CHAPITRE T
LE MINISTÈRE PUBLIC DE JÉSUS DEPUIS SON BAPTÊME JUSQU'A SON RETOUR EN GALILÉE APRÈS LA FÊTE DE PURIM ‘ (ANS DE ROME 780-782).
Nous divisons le ministère de Jésus en trois périodes qui s'enchaînent étroitement. Tout d’abord le jeune maître galiléen se manifeste aux hommes, il se donne comme le Messie; cette révélation est graduelle, et, comme les côtés austères de sa mission n'apparaissent que peu à peu, elle ne soulève qu'une faible opposition.
Mais à mesure que Jésus se fait connaître pour ce qu’il
est véritablement, comme le fondateur du royaume en
Le
à ; 1 Je tienscompte dans mon récit des récents ouvrages de MM. Renan, Strauss, Schenkel et du cours de Schleiermacher sur la Vie de
Jésus, récemment publié par Rütenik..Je ne néglige aucune des dif-
ficultés qui sont soulevées dans ces livres, sans me croire obligé d’en-
gager une discussion sur tous les points. A part la riche littérature des commentaires de Lücke, Olshausen, de Wette, MM. Godet,
Astié, Bonnet, etc., etc., je mentionnerai en fait de travaux plus anciens les Vies de Jésus de Néander, de Lange, de Hase et d'Ewald.
398$ TROIS PÉRIODES DU MINISTÈRE DEJÉSUSs
esprit, et non comme le Messie théocratique attendu par
ses contemporains, il voits’éloigner les sympathiespopu-
aires. L'abandon, déjà mêlé de haïne, tel est poler,
de la première période de son ministère. La seconde SU 7
une lutte ouverte avec les chefs de la nation, qui aura
pour théâtre principal la ville sainte. Enfin viendra le :
dénoùment infaillible, l’opprobre et la mort, mais aussi la victoire éternelle dans l’apparente défaite. A ce développement de l’incrédulité au sein du peuple juif, correspondent les progrès de la foi et de l'amour dans
le cercle restreint des disciples de Jésus. Tandis que le.
Maître combat contre le judaïsme dégénéré, il forme
le premier noyau de l'Eglise; celle-ci se dég'agera plus
tard, au temps marqué, des liens de la synagogue, et communiquera au monde les résultats de son œuvre. La sainte vie de Jésus, du commencement à la fin, à un caractère rédempteur, parce qu’elle est un long sacrifice d’obéissance et d'amour. L'existence
humaine est ainsi rétablie dans ses conditions normales; dès lors, les amères conséquences de la chute |
étant librement acceptées, elles se transforment en
actes réparateurs; partout où le premier Adam à mis las
révolte, le Fils de l’homme, le chef de l humanité nouvelle met l'entière soumission et la parfaite sainteté: il fait sortir la réconciliation du châtiment lui-même, car tandis que nous, qui l'avons mérité, nous le subissons, lui, il l’accepte et s'y soumet volontairement; il l'élève à la hauteur d’une sainte immolation: il rétablit
ainsi l'accord entre l'humanité et Dieu et renoue le
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ke quoi ce qui importe le plus dans le ministère de Jésus,
Le .
lien moral qui avait été brisé à la chute. Voilà pour-
ce m'est ni sa lutte avec ses ennemis, ni même l’édu-
2 cation de ses apôtres, c'est sa vie elle-même, c'est cette
existence d'homme semblable à toute autre, hormis la souillure du mal, mais transformée en un continuel holocauste : « Ma nourriture, dit-il, est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé, » ce mot est la devise et le résumé de toute sa carrière terrestre.
Ce principe d’obéissance, qui est l'inspiration générale de son ministère, ne se manifeste pas seulement par son acceptation de la souffrance et de la mort, mais encore par sa disposition constante à suivre jour à jour et comme pas à pas les directions providentelles. Il ne veut pas plus hâter que retarder l'heure
« pour laquelle il est venu, » l'heure où il consommera son sacrifice; il peut s'appliquer tout le premier cette parole : « À chaque jour suffit sa peine. » Rien n’est plus
héroïque qu’une telle patience, c’est le renoncement absolu qui n'attend pas pour se produire l’exaltation
… des grandes crises, mais pénètre la vie tout entière.
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Son ministère est marqué d'un sceau d'unité. Le
simple exposé des faits fera disparaître comme une vaine hypothèse toute cette fausse poésie dont on
s'est plu naguère à entourer ses débuts en Galilée.
On ne trouvera nulle part la place de cette pastorale, grossière malgré l’apprêt des décors, qui au-
1 Euby Boud Éoriv, Wa mou vo Oéhmua Toù mépbavrés ps.
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rait égayé Due jours les bords fleuris du lac 0 Tibériade, Nous verrons que Celui sur le berceau duquel le meurtre avait plané n’a jamais cessé de provo-
quer la haine. Sans doute, sa journée de travail & eur
son aurore et son midi avant de s’éteindre dans le sang, mais de ce ciel du matin jaillissent déjà les signes précurseurs de l'orage. Dès qu'il ouvre la bouche, sa parole est tour à tour miséricordieuse et sévère. Le feu qu'il a allumé sur la terre n’enflamme pas seulement l'adoration; il consume encore le mal. Il lui suffit de paraître au milieu de l'humanité pour la troubler profondément et y susciter les contradictions les plus tranchées. Là est le signe de sa puissance et la grandeur tragique et sublime de son ministère. Du premier jour jusqu'au dernier, l'amour et la haïne ne feront que croître et grandir; au lieu d’un changement sans motif dans son caractère et dans sa pensée, qui, d'un blond
David ferait un sauvage Goliath, nous avons une
progression continue, les lois de cette logique morale sans laquelle l'unité dé la personne est détruite sont strictement maintenues.
Rappelons en quelques traits la situation politique du pays au moment précis où Jésus se produit devant ses compatriotes. L'ombre d'indépendance qui lui avait été laissée sous la royauté vassale d'Hérode le Grand avait disparu depuis longtemps. Auguste avait joint
la Judée à l'empire romain, non pas en en faisant une de ces provinces sénatoriales qui seules avaient des proconsuls, mais comme dépendant directement de son autorité. Il la rattacha au gouvernement de la Syrie, dont la capitale était Antioche, résidence du légat impérial. Cependant, à cause de son importance et des difficultés que présentait la soumission complète d'un ‘tel peuple, le procwrateur de la Judée jouissait d’une certaine latitude dans son administration; il gérait en .même temps la Samarie, mais comme un second département distinct du premier. Fidèle à la sage politique qui lui avait réussi pendant tant de siècles, Rome laissait subsister le plus possible les usages et les institutions de la province conquise. Le sanhédrin avait donc été maintenu à côté du procurateur, mais son pouvoir était nécessairement très limité. Sa compétence était bornée aux affaires religieuses et aux petites affaires civiles; le procurateur avait seul le droit de prononcer les peines capitales. La souveraine sacrificature avait beaucoup perdu de son importance; les Asmonéens et les Hérodes en avaient fait une magistrature subordonnée qu'ils exploitaient à leur profit. Hérode le Grand s'était constitué le gardien des vêtements sacerdotaux, sous prétexte qu'il les avait fait rétablir dans leur premier lustre, d’après le modèle du Lévitique; il ne les donnait qu'aux hommes de son choïx. Les Romains s’empressèrent de suivre son exemple et de tenir ainsi dans leur dépendance une charge qui eût pu devenir un péril pour DS