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Le procurateur de la Judée résidait à Césarée. Il ne : venait à Jérusalem qu'aux fêtes solennelles ou, dans les circonstances exceptionnelles, pour rendre la justice. Bon prétoire s'élevait près de la citadelle Antonine. La garnison romaine, dans toute la Palestine, ne dépassait pas une légion. Le prélèvement des impôts portant sur la fortune mobilière et sur les. personnes, amenait d’incessantes difficultés; il n’en était pas de même de l'impôt de deux drachmes pour le temple qui était levé par les émissaires du sanhédrin. Les percep— teurs au service des Romains étaient considérés comme les représentants d’une domination détestée; aussi les. 4 péagers, pour la plupart Juifs de naissance, étaient-ils | l'objet d'un mépris universel. La première révolte de
. quelque gravité eut lieu à l’occasion du cens de Qui-
% rinius.
pee l’époque: où nous sommes parvenus, la Judée était
g'ouvernée par Pilate, le troisième procurateur depuis son annexion à l'empire; il avait trouvé en charge comme souverain sacrificateur J ean, surnommé Caïphe, beau-fils d'Anne, fils de Seth, qui avait longtemps rempli le même office sous Valérius Gratus. Pilate avait un allié plutôt qu'un rival dans le sadducéen Caïphe, car celui-ci n'avait d'autre principe que l'intérêt de sa caste et la conservation de son pouvoir. Pontius Pilatus manquait du sens politique qui adoucit dans la forme les rigueurs de la domination étrangère; c'était un vulgaire ambitieux ou plutôt un de ces hommes sans patriotisme qui ne songent qu'à "
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tirer de leur autorité le plus grand profit pour euxmêmes. [l n'avait tenu aucun compte des dispositions particulières et des répugnances du peuple qu'il devait gouverner. C’est ainsi qu'il avait envoyé à Jérusalem une garnison romaine avec ses étendards; les Juifs virent dans ce fait une abominable profanation, car les aïs'les étaient adorées comme des divinités. Assaïlli dans son prétoire de Césarée par une foule muette et suppliante, mais qu'aucuné violence ne parvenait à dissiper, le procurateur dut céder à des prières qui pouvaient facilement se transformer en résistance acharnée. Dès ce moment, son influence fut ruinée en Judée; il la compromit encore davantage le jour où il fit suspendre aux parvis extérieurs de la citadelle Anto- rs nine des boucliers d’or sur lesquels le nom de l’empe-.
reur Tibère était gravé avec le sien; cette flatterie au souverain, sans péril ailleurs, fut prise, à Jérusalem, ci pour une provocation; il dut revenir sur une me- + sure dont le maintien eût amené une émeute terrible. Devenu un objet d'aversion universelle, il ne put a: même faire le bien sans danger, car pour avoir voulu
élever un aqueduc fort utile sur le sol brûlé de la Ju-
dée, il souleva une résistance tellement violente qu’il es
… ne put la briser que par la force. Sous un gouverneur k semblable, les passions nationales étaient dans une fermentation continuelle. Cet accroissement du fanatisme patriotique créait de nouveaux obstacles à une — œuvre toute morale, comme celle de Jésus !.
un 1 Voir Ewald, vol. V, p. 10 à 55.
La Gaulonitide, la Pérée et la Galilée appartenaient encore momentanément à la famille d'Hérode. Le télrarque Philippe gouverna pendant trente-sept ans la partie nord-ouest du pays, et se fit remarquer par sa modération. Il bâtit la ville de Banias ou Césarée de Philippe, près des sources du Jourdain et celle de Julias-Bethsaïda, sur la rive orientale du lac. La Ga- … lilée et la Pérée étaient le lot d'Hérode Antipas, le meurtrier de Jean-Baptiste. Son divorce avec la fille d'Arétas, après qu'il eut épousé Hérodiade, la femme de son frère, avait déchaîné la guerre sur les vastes provinces qu'il gouvernait, il allait subir prochainement une humiliante défaite. Il devait mourir sans enfant comme son frère. Sous l'influence d’un tel prince, entouré d’une cour licencieuse, les mauvais instincts se donnaient librement carrière, et la corruption des mœurs préparait mal à une religion de pureté et de renoncement. Dans le malheur des temps, les Hérodes, quoique du sang des vils despotes qui avaient vendu l'indépendance des Juifs, paraissaient en quelque mesure une dynastie nationale. Ils avaient un parti qui portait leur nom et qui, en fait d'idées religieuses, unissait, à l'exemple d'Hérode le Grand, le pharisaïsme et le sadducéisme.
Telles étaient les circonstances politiques au milieu desquelles Jésus se trouvait placé. Elles contribuèrent sans doute à amener la catastrophe qui termina sa vie, mais, quelque grande que fût la tyrannie qui pesait sur la Judée, elle ne ressemblait point au despotisme