‹ Jésus-ChristChapitre 220 sur 376 · L’ENTRETIEN AVEC LA FEMME DE SICHEM · texte numérisé non relu

L’ENTRETIEN AVEC LA FEMME DE SICHEM

choisit la route qui traverse la Samarie; cette route est particulièrement aride jusqu'à Béthel où elle atteint les riants coteaux d’Ephraïm. Ce n'est plus

alors qu’un sentier de montagne sinueux, mais pit-

toresquement encadré. On compte trois journées de

voyage de Jérusalem à Sichem, aujourd'hui Naplouse.

Marchant à pied sous les ardeurs du soleil de Syrie, Jésus arriva vers le milieu du troisième jour au bord du puits que Jacob avait creusé devant Sichem, non loin du tombeau de Joseph. La contrée environnante n’a point changé depuis l'heure sacrée où, semblable aux pèlerins indigents que l’on rencontre encore aux mêmes lieux revenant de Nazareth, le Sauveur du monde s’y arrêta pour s’y reposer. Le puits est tari, mais il est

facile d'en mesurer la profondeur. Tout autour se ba-

lancent les épis dans les champs fertiles. En face se

dressent les deux montagnes de l’'Hébal et du Garizim;

sur cette dernière un monceau de pierres marque la

place où s'élevait le temple samaritain, bâti jadis par

Manassé pour rivaliser avec le sanctuaire de Jérusalem. Les toits aplätis de la ville voisine s’aperçoivent au travers des oliviers. Rien donc n’a changé en ces lieux pour l'aspect général; aussi nulle page de l'Evangile ne porte mieux le cachet de la réalité historique.

On sait quelle haine mortelle divisait les juifs et les Sa-

maritains ; les premiers reg'ardaient les seconds comme des apostats et des traîtres, ils leur prodiguaient les

termes méprisants et étaientlargement payés de retour.

Cette animosité s'était encore augmentée depuis que,

L'ENTRETIEN AVEC LA FEMME DE SICHEM. 417 sous 1e gouvernement de Coponius, quelques années

auparavant, une troupe de Samaritains avait fait une

rapide invasion à Jérusalem pendant la fête de Pâque et

avaient profané le sanctuaire en y jetant des ossements humains. Leur dessein était de rendre impossible, pour cette année, la célébration de la plus grande solennité des Juifs", Ceux-ci regardaient comme une abomination de s'entretenir avec un Samaritain. Lesrabbins, par fausse austérité, se faisaient également scrupule d'a dresser la parole à une femme quelle qu'elle fût. C’est ce qui explique l’étonnement de la Samaritaine quand

: Jésus engagea l'entretien avec elle. Elle était venue,

selon l'usage oriental, portant sa cruchesur la tête pour puiser de l'eau. Cette femme réunissait en elle tout ce. qui pouvait exciter le mépris d’un Juif, non-seulement par son extraction, mais encore par ses débordements. L'amour rédempteur, « qui cherche ce qui est perdu, » ne s'arrête ni devant le préjugé, ni devant l’infamie. Oublieux de sa fatigue, Jésus fixe son regard Com patissant sur cette créature dégradée et ignorante.

Grâce à une révélation spéciale, il a pénétré les hontes

de sa vie; il reconnaît aussi en-elle les aspirations confuses que tant de désordres n’ont pas étoufiées. Le

début de l'entretien ‘est d’une parfaite simplicité. Le

Maître rattache à l'incident le plus vulgaire les plus hautes leçons. Ce puits au bord duquel il est assis devient un symbole expressif de la vie divine qu'il

… veut faire jaillir des cœurs comme une source d’eau

2 Josèphé, Ant., XVIII, 2, 2,

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