L'ENTRETIEN AVEC LA FEMME DE SICHEM
vive incessamment renouvelée ‘. L'enseignement devient plus direct encore quand Jésus jette comme un trait acéré dans la conscience de cette femme ce mot sévère : « Tu as eu cinq maris, et celui que tu as n’est pas ton mari. —Je vois que tu es un prophète, » s’écriet-elle accablée et vaincue par cette révélation. Immédiatement elle soumet à cet étranger qui Ht si bien au fond de son âme la grande question débattue entre son peuple et les Juifs. Où faut-il adorer? Est-ce à Garizim ou à Jérusalem ? Jésus lui répond qu'il n’y aura plus désormais de lieu consacré. « Dieu est Esprit et ceux qui l’adorent doivent l’adorer en esprit et en vérité ?. » Ainsi c'est cette pauvre femme méprisée qui, la première, à reçu la révélation de la glorieuse vérité dont saint Paul assurera le triomphe dans le monde et . dans l'Eglise au prix de tant d'héroïques combats. Rien ne prouve mieux que le christianisme n'a pas attendu ce orand apôtre pour se constituer dans son
v Lens |
Au moment où Jésus vient de dire à fs femme : C'est moi qui suis ce Messie que tu attends, les disciples © reviennent de la ville en rapportant les aliments desti- 7 nés à réparer ses forces. Mais tous les besoins du corps sont oubliés quand l’âme est absorbée tout entière dans une œuvre d’obéissance et d'amour. « Ma nourriture, dit Jésus à ceux qui le pressent d'apaiser sa faim, est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé,
1 Jean IV, 14. … 3 [lveüpx © Geôs. (Jean IV, 24.)
RETOUR EN GALILÉE. 419 et d'accomplir son œuvre‘. » Déjà la moisson blanchi dans ce champ du père de famille labouré et ense- imencé par tant de saints ouvriers sous l’ancienne alliance. Que sont toutes les préoccupations inférieures comparées à l’ardente impatience du moissonneur ap- pelé à recueillir ces épis qui mûrissent ?? Par une de ces transitions rapides qui lui sont habituelles, Jésus passe de sa propre mission à celle de ses disciples. Après tout, ils ne feront qu'entrer dans une terre déjà labourée et fécondée. Qu'ils n’oublient pas le travail plus rude qui leur aura préparé cette tâche glorieuse, et que les moissonneurs associent les semeurs à leur joie.
À peine finissait-il ce discours, qu'on voit apparaître un certain nombre de Samaritains attirés par ce que leur a dit la femme de Sichem du grand prophète qui a visité leur contrée. Ils s’approchent de lui, ils l'écoutent, et leur foi naissante s'exprime par cette belle parole : « Ce n’est plus par ton témoignage que nous. croyons, car nous avons entendu de lui et nous avons vu qu'il est vraiment le Sauveur du monde *. » Certés, un tel résultat démontrait à lui seul que la moisson des âmes mûrissait. Chaque événement dans cette sainte vie était une révélation nouvelle. :
Ce n’est pas seulement par mesure de prudence, pour ne pas hâter le moment d’une lutte finale entre lui et les chefs de la nation que Jésus avait repris le chemin de la Galilée, en apprenant l’emprisonnement de
1 Jean IV, 34, 2 Id., 86.
# Id. 42.