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dides pouvaient recevoir facilement l'empreinte de l'enseignement et surtout de la personnalité de Jésus. Voulant poser les assises du grand édifice destiné à abriter tant de générations, il a cherché en quelque sorte au sein des: masses populaires un marbre vierge afin de le façonner à: son gré. D'ailleurs les dons les plus remarquables du cœur et de l'esprit avaient été répartis à ces douze hommes.
Nous connaissons déjà les principaux d’entre eux, et, en première ligne, les deux fils de Jona, Simon, surnommé Pierre, et André, l’un et l’autre natifs de Bethsaïda. Ils ont été deux fois appelés par le Maître avant ce jour solennel. Si la figure d'André pâlit à côté de celle de son frère, il n’en conserve pas moins l'honneur d'avoir été le premier à acclamer Jésus ‘, et il s'est toujours montré empressé à le servir *. Quant à: Pierre, c'est une nature ardente, sincère, mobile, capable de passer en un instant de l'enthousiasme à l’abattement; on remarque en lui lacourageuse initiative qui, une fois purifiée au creuset de l'épreuve et du repentir, fera de lui l'homme d'action et d'influence prépondérante dans: la: première période du siècle apostolique. Il vient à peine: de quitter sa barque de pêche, bien qu'il ait passé comme son: frère à l’école de Jean-Baptiste. Les fils de Zébédée sont arrivés à Jésus par la même voie. Ils:ont encore beaucoup à apprendre, et tout d’abord l'humilité qui renonce à toute primauté, aussi bien dans
1 Jean 2 40.
2 Marc XIII, 3. Jean XII, 22. ,
l'Eglise que dans le monde; ils sont encore bien loin de cette charité qui sait tout pardonner, même l'outrage fait au Maître. Leur amour pour Jésus est mêlé parfois de violence*, mais lorsqu'il sera dégagé de ce ferment humain, il jettera le plus pur éclat. Jacques versera le premier son sang pour l'Evangile, et Jean sera le disciple bien-aimé. Son développement sera d'autant plus lent, qu’il sera plus riche, car nous savons déjà qu'il doit être le dépositaire des plus intimes pensées du Maître, et que c’est lui qui au soir du siècle apostolique prononcera le dernier mot de la révélation, ce mot de charité qui la résume et qu’il lira dans le regard même de Jésus. Philippe et Nathanaël, surnommé Barthélemi, sont aussi des disciples de la première heure; Matthieu, appelé peu de jours auparavant au bureau des péages est encore tout imbu de l'antique piété juive, et sa grande préoccupation sera toujours de chercher le rapport entre les deux Testaments. Thomas a quelque analog'ie avec Pierre; nous trouvons en lui la même impétuosité, la même affection dévouée, capable parfois d'atteindre l’héroïsme, mais il est sujet à de grandes défaillances dont il se relève par l'enthousiasme. Nous ne savons rien de précis sur Jude, qui paraît se confondre avec Thaddée ou Lebbée, et qui était probablement le frère de Jacques, fils d'Alphée‘. Ni l’un ni l’autre n’ont marqué dans les annales du premier siècle.
1 Marc X, 35-37.
LAN LM À 3 CAL t RES LP | + 3 Jean XI, 16.
* Jude, 1.
du
Le surnom de Zélote donné à Simon fait supposer que cet apôtre avait déjà montré ce zèle ardent qui, quelques années plus tard, devait donner naissance à un nouveau parti en Galilée. Il était natif de Cana. .
Le nom de Judas Iscariote éclaire d’une lueur sinistre ce catalogue apostolique. S'il a été choisi par Jésus, ce n’est certes pas pour devenir l'instrument fatal d'un mystérieux décret. Jamais une âme immortelle ne sera rabaissée à ce point, sous peine de renverser l'ordre moral tout entier. N'oublions pas que Jésus ne possédait pas directement la toute-science!; certes quand il a fait de Judas un apôtre, il ne prévoyait
- pas ce qu'il deviendrait. Il a reconnu en lui, comme
dans ses autres disciples, un mélange de bonnes et de mauvaises tendances; il pouvait espérer que sous son influence les bonnes l’emporteraient sur les mauvaises:
cela dépendait de Judas lui-même. Le douzième apôtre
- paraît avoir été doué d’une nature forte et passionnée,
comme le prouve sa fin tragique. Probablement 1l s'était attaché à Jésus avec une ardeur extraordinaire, espérant trouver en lui le Messie de ses rêves théocratiques
et unissant des vues ambitieuses à un attachement sin-
cère pour sa personne. C'était à l'avenir à montrer si les sombres passions qui couvaient en lui cèderaient à
1 Strauss oppose à cette assertion le texte Jean VI, 70, où Jésus s'exprime avec sévérité sur Judas. Mais cette parole n’a été prononcée qu'un certain temps après le choix des douze, et quand déjà le profond regard du Maître avait pu démêler ce qui s’agitait dans le cœur de l’apôtre. Le passage Jean II, 25, lui-même savait ce qui est dans l'homme, ne peut être pris au sens absolu.
l'influence de Jésus. Dans le cœur de tout homme sommeille une puissance démoniaque; 1l lui appartient «le la dompter ou de la déchaîner. Plus ila été haut placé au point de vue moral, plus sa chute peut être terrible. Celui qui ne s’est pas transformé aucontact de la sainteté parfaite roule au plus bas de l’abîme,etrnul ne devait être plus semblable à un démon qu'un apôtre pervertl”.
Les douze n'étaient pas tous dans l’indigence. La mère de Jean assistait Jésus de ses biens”, Pierre et André possédaient une maison à Capernaïüm”, Matthieu donne ‘un festin au Maître *. Mais il n'en demeure pas moins que les apôtres appartenaient à une condition médiocre et qu'ils n'étaient pour’ les Juifs de Jérusalem que des provinciaux méprisés dontile lanœage excitait au premier abord la raillerie. Ce sont des gens sans lettres, disait-on*. Le célibat n’était point exigé d'eux, il est certain que Pierre-étaitwmariéf; d’autres pouvaient l'être. Dans le groupe des pieuses femmes qui suivirent Jésus jusqu'à là croix, on retrouve Salomé, mère de. Jacques et de Jean, et Marie mère de Jacquesle mineur. Aïnsi.se dessine. dès laurore de la religion nouvelle ce type de la mère chrétienne, l’une des plus belles créations de l'Evangile.
1 Jegn VI, 70.
3 Luc: VIII, 3.
3'Marc. 1,729.
* Matth. IX, 10.
5 Luc XXI1, 59.:Actes IV, 13,
6 Marc'I, 30.
T7 Marc XV, 40,