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pour tout apaiser au dedans et au dehors, quelle sublime parabole en action! c’est l’histoire même de l'Eglise chrétienne au travers des âges ! Que de fois, au moment où sa nacelle semblait près d’être submergée sous le vent de la persécution, n'a-t-elle pas entendu vibrer de nouveau la voix divine, plus puissante dans sa douceur que tous les orages déchaînés !
Le lendemain, dès l'aube, on vit le lac se couvrir d’une multitude de barques, venues de Tibériade et de Bethsaïde pour ramener le peuple qui la veille avait rejoint Jésus au prix de tant de fatigues; il s'était jeté dans toutes les embarcations qu'il avait pu se procurer pour arriver en même temps que lui au pays de Génésareth. Depuis le miracle des pains, son ardente impatience ne connaissait plus de bornés. Il trouva le divin prophète dans la vaste synagogue de Capernaüm, car le sabbat venait de commencer ‘.
L'occasion est favorable pour dissiper ces grossières et dangereuses illusions d'une multitude abusée. Cette intention perce dans les premières paroles de Jésus :
« Vous me cherchez, dit-il, non pas parce que vous avez vu des signes de ma mission, mais parce que vous avez mangé des pains et que vous avez été rassasiés ?. » I1 n’était pas possible de flétrir plus hardiment le matérialisme caché sous ces dehors religieux, Rattachant son enseignement du jour au miracle dont ses auditeurs sont uniquement préoccupés, Jésus essaie de les
1 Jean. VI, 59, 2 “Ont épopréodnre. (Jean VI, 26.)
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élever aux grandes réalités spirituelles : « Travaillez, dit-il, non pour avoir la nourriture qui périt, mais celle qui subsiste dans la vie éternelle, laquelle le Fils de l’homme vous donnera, car le Père l'a scellé pour cela!.» Le miracle est un sceau divin destiné à le faire reconnaître ; il ne faut donc pas s’arrêter à l’avantage matériel qu’il peut procurer, mais y voir un signe auguste de la mission du Fils de l’homme, seul capable d’apaiser la faim de l’âme et de lui communiquer la vie éternelle. Alors s’engage entre Jésus et le peuple un dialogue rapide et parfaitement naturel, dans lequel les Juifs expriment plus clairement qu'ils ne l’ont encore fait leur mécontentement. Leurs objections font jaillir en quelque sorte de la parole du Maître une lumière toujours plus vive, mais aussi toujours plus insupportable à leurs yeux obscurcis. [ls demandent en quoi doit consister ce travail qui à pour salaire la vie éternelle; ils l'entendent dans un sens mercenaire, et ils s'imag'inent qu'il s'agit de bonnes œuvres, d’aumônes, de rites scrupuleusement observés. Quel scandale pour eux quand il se trouve que l’œuvre salutaire, c’est tout simplement la foi en Jésus, l’'humble abandon de l’âme à lui?! Qu'il accomplisse au moins un miracle éclatant qui démontre son droit à une telle confiance! Moïse à fait jadis descendre du ciel un pain miraculeux. Que celui qui prétend être le prophète semblable
1 Jean VI, 27, 2 Toüré Sort rd Épyov toù Osod, va miorebonte eic dy Améotethey ! éxeiyos. (Jean VI, 29.)
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à lui se désigne au peuple par un prodige analogue‘. On le voit, les assistants ont encore l'esprit tout préoccupé de l'événement de la veille.
Jésus s'empare de ce grand souvenir de l'histoire d'Israël. La manne ne nourrissait que le corps et ne l’empêchait pas de mourir. Le vrai pain céleste, Dieu vient de le donner au monde; on le reconnaît à ceci quil descend du ciel et procure la vie éternelle : « Donne-nous toujours de ce pain-là, s’écrient les Juifs poursuivant je ne sais quel rêve grossier. — C’est > moi, répond Jésus, qui suis le pain de vie?. » Puis il décrit en quelques mots sa mission auprès des âmes. Quiconque obéit à cet instinct divin qui est en lui et par lequel Dieu même l'attire vers son Fils, quiconque arrête sur le Sauveur le regard de la foi a la vie éternelle, dès maintenant, en attendant la résurrection *.
Le murmure indigné des Juifs montre qu’ils ont compris quelle suprême dignité revendique ce Jésus daïns lequel ils persistent à voir le fils de Joseph. La vue naturelle de l’esprit est en effet confondue; maïs qu'y a-t-il là d'étrange? Ne faut-il pas une vue supérieure pour contempler les choses divines? I] faut avoir pris Dieu pour guide et avoir entendu sa voix dans le secret de son cœur pour venir à Celui qui le représente. Maïs quand on ne s’est pas laissé instruire par lui, on ne sait pas le recon- 1 Deut. XVIII, 18.
2 Eyé eux 6 doros ths (wc. (Jean VI, 35.) 8 Jean VI, 37-53. |
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naître dans sa manifestion suprême. Personne n’a vu le Père, si ce n’est celui qui est né de Dieu '. Jésus répète, en l’agoravant, le mot qui a exaspéré ses auditeurs : « Je suis, dit-il, le pain vivant qui descend du ciel et le pain que je donnerai c'est ma chair qui sera pourla vie du monde. » Il insiste plus énergiquement encore sur la même pensée à la suite d’un nouveau murmure des Juifs : le pain qu’il s’agit de manger, c'est sa chair immolée; le breuvage qu’il s’agit de boire,. c’est son sang. Ainsi, celui qui donne la vie, ce n’est pas seulement un Messie humble et abaïissé, c’est encore un Messie crucifié, c’est lui qu’il faut recevoir et s’assimiler par la foi aussi intimement que le corps s’assimile le pain qu’il fait entrer dans sa propre substance. « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle *. »
Ces hardies métaphores, si étroitement rattachées aux incidents du dialogue et au miracle même qui en avait’été l’occasion, ne sauraient être prises au sens matériel. Jésus écarte toute interprétation de cet ordre, quand il ajoute : « C’est l'esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien °.» Le fond même de sa pensée
1 Jean V1, 46.
2 OTpoyoy pou Tv cdpua nat miwy pou vd ait, Éyer Cuy aiwytov. (Jean VI, 54.)
8 To nvebpé or To Cwonotoby, À càpË oùx pedet dvdév. (Jean VI, 63.) Evidemment, c’est bien à tort que l’on verrait dans les paroles qui précèdent une allusion à la Cène. Elles portent sur le grand fait dont la Cène est le symbole, c’est-à-dire sur la chose signifiée et non sur le signe. Ce serait faire une absurde interversion que de supposer le contraire. |
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excite à lui seul le scandale et l'irritation. On lui demande des signes de puissance, et voici l’humiliation et, le: sacrifice. On veut voir le royaume de Dieu fondé par des coups d'éclat, et voici un Messie victime. L'œuvre du salut ne consiste pas à accomplir des hauts faits pour purger la théocratie de ses oppresseurs, on, n obtient pas le ciel par les prétendus mérites de la sainteté légale; non, le salut c’est la foi à cet homme de douleur, c'est la participation. à ses suprêmes humiliations. Il est vrai qu'il dit être descendu du ciel et devoir y retourner; mais cette gloire, il faut la discerner par la foi sous le voile sanglant de sa chair immolée, et cette grandeur invisible est aussi difficile à accepter que ses opprobres et ses souffrances. Certes, il n’était pas possible de dissiper plus courageusement toutes les illusions du peuple, et de froisser davantage tous ses instincts matérialistes. Aussi comprend-on que les auditeurs d’un tel discours se soient écriés : « Cette parole est dure! » Ils ont senti la pointe de l'épée que Jésus a jetée dans le monde. Sans doute ils n’entrevoient cette profonde doctrine que comme au travers d’un nuage, mais ce qu’ils en comprennent suffit pour les indigner. La solitude se fait autour de Jésus, le peuple se retire comme une marée qui décroît. Il n'est plus entouré que d’un petit groupe. « Et vous, dit-il avec une indicible tristesse, ne voulez-vous pas aussi vous en aller? » Simon-Pierre s’écrie : « À qui irions-nous, Seigneur, tu as les paroles de la vie éternelle. » Mot admirable sorti du fond de ce cœur