JÉSUS À BÉTHANIE
Jésus fut ramené dans les environs de Jérusalem par une triste nouvelle qui lui vint d’une famille amie au. sein de laquelle il avait reçu plus d’une fois l'hospita- «
lité. La bourgade de Béthanie est située à une petite distance de la ville sainte à l’est du mont des Oliviers. Ses blanches maisons, encore debout, apparaissent du milieu des oliviers et des caroubiers qui lui font une ceinture d’ombrages;, elle est entourée de collines qui,
en la dominant, la dérobent au monde: c’est un asile de .
paix et de silence qui avait d'autant plus de prix que la capitale bruyante était plus voisine. Ici le regard
n’embrasse plus le vaste et lumineux horizon qu’il con-:
temple de la cime prochaine d’où il pouvait se porter tour à tour sur la majestueuse enceinte du temple et sur les plaines brülées de la mer Morte. Rien ne rappelle les splendeurs ou les terreurs de la théocratie.
Béthanie est un lieu de recueillement qui était bien fait M
pour devenir le sanctuaire d’une mysticité divine, Mais
ce n’était pas seulement le calme pour sa prière qu'y M
cherchait Jésus, comme sur les collines désertes où il s'était retiré si souvent; il y avait trouvé des cœurs qui répondaient au sien. Là vivait un de ces Israélites sincères qui devenaient ses disciples dès qu'ils l'avaient entendu. Lazare demeurait avec ses deux sœurs, Marthe
et Marie, également attachées à Jésus, chacune selon sa. nature; la première avait un caractère vif et prompt,
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RÉSTIRRECTION DE LAZARE. 941
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facilement entraîné à l’activité extérieure, la seconde une âme profonde tournée vers la contemplation. Il semble que Marie ait devancé saint Jean lui-même dans cette relation intime qui doit unir le vrai disciple à Jésus, car elle a obtenu de lui une approbation sans réserve le jour où, assise à ses pieds, elle l’écoutait avec adoration. Aucun devoir ne l’emportait pour elle sur celui de se nourrir de sa parole; cette affection absolue où le respect le plus entier se mêle à l’ardeur, ce don de tout son être à Celui qui est à la fois son frère et son Dieu, voilà la bonne part qui ne lui sera point ôtée; c'est ce qui fait sa supériorité sur sa sœur affairée et distraite, mais dont le cœur loyal subira aussi l’influence de l'hôte divin. Luc, en quelques mots, nous a fait comprendre l'attrait du Maître pour cette maison si souvent honorée de sa présence‘. Il venait se reposer des luttes arides de Jérusalem sous les figuiers de Béthanie, car il savait que là il était aimé pour luimême et non pour ses miracles ou ses bienfaits. Si l'homme qui donne un verre d’eau à l’un des siens a été proclamé heureux, combien plus heureux encore ceux qui l'ont reçu à leur foyer et lui ont offert, au milieu de tant de froissements et d’outrages, la consolation de leur sympathie respectueuse.
La maladie avait pénétré dans cette maison où les liens d'affection étaient étroits. Lazare était couché sur un lit de souffrance; le mal s’aggravait et Jésus était en
1 Luc X, 38-42. Le récit de Luc montre que les relations avec la famille de Lazare étaient antérieures au fait qu'il raconte.
Pérée; il fallait bien des heures de marche avant qu’on pût le rejoindre. Un messager lui fut envoyé en hâte par les deux sœurs. Au lieu d’accourir,il se borne pour toute réponse à ces mots prophétiques : « Cette maladie n’est point à la mort, mais pour la gloire de: Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle. » Evidemment Jésus parle sous l’action d'une révélation spéciale; l'événement qui allait s’accomplir devait avoir une influence assez grande sur sa propre destinée pour qu’il l'ait connu d'avance. Deux jours après, il annonce son dessein de retourner en Judée. Mais la, Judée, pour lui, c’est le plus grand péril, c’est la mort peut-être. A ces objections d’une affection peu éclairée il répond que tant qu'on suit sa vocation. on marche en pleine lumière, sous le soleil de Dieu, tandis que celui qui s’y dérobe s’avance dans la nuit et tombe bientôt. Le vrai péril, c’est de ne pas obéir aux saints appels. « N'y at-il pas douze heures au jour ? Si quelqu'un marche de jour, il ne bronche pas, parce qu'il voit la lumière de ce monde, mais si quelqu'un marche dans la nuit, il bronche, parce qu’il n’a pas la lumière en lui?. » « Lazare, notre ami, dort, ajoute le Maître, mais.je m'en vais l’éveiller*. » C’est par cette image douce et sublime qu'il représente ce que l’Ecriture appelle le roi des épouvantements. Quand les disciples ont compris de quel sommeil il s’agit, ils n’hésitent plus, et Thomas
1 Jean XI, 4, 5, 2 PA" OETO $ Adlapos © eihos Moy KEkoUNTA. (Jean XI, 11.)
s’écrie en leur nom : « Allons mourir avec le Maître, »
Les scènes qui suivent sont décrites par l'évangéliste avec un pinceau sobre et fidèle qui les rend vivantes sousnos yeux. Lazare est mort depuis quatre jours, il a été déposé dans la grotte funéraire selon l'usage juif, Les amis de la famille sont venus de Jérusalem:et mènent un deuil bruyant sur le défunt, tandis que Marthe et Marie sont plongées dans une douleur immense à laquelle se mêle un froissement intime qu'elles osent à peine s’avouer. Pourquoi Jésus n’était-1l pas là dans ces heures de détresse? Suffit-il donc de l'aimer pour qu'il refuse son assistance toute-puissante? Soudain on apprend qu'il approche. Marthe, avec l’impétuosité qui la caractérise, se lève et s’élance au-devant de lui. « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » C’est ainsi qu’elle l’accueille. Cette âme ardente passe sans transition de la plainte à l'espoir. « Je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera. » Jésus ne veut pas accorder un miracle à un simple élan d'affection naturelle; il veut la foi dans son sens le plus élevé, et il s'attache tout d'abord à la ranimer dans ce cœur dé-! solé. Il faut que Marthe comprenne que ce qu’elle demande est moins que ce qui est déjà accordé à l’hu- | manité. Le miracle particulier d’une résurrection partielle et anticipée a peu d'importance, comparé à celui de la résurrection générale. « Ton frère ressuscitera, dit-il. — Je sais qu'il ressuscitera au dernier jour, répond Marthe. » Le triomphe de Jésus sur la mort n'at-
tend pas pour éclater cette dernière manifestation, il apparaît dès l'heure présente : « Je suis, reprend-il, la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi ne mourra point. » « Mourir en pleine lumière, dans la sereine clarté de la vie qui est en Jésus, n’est plus le fait que la langue humaine désigne par le nom de mort.» Marthe exprime sa foi au Christ avec une ferme assurance qui égale son témoignage à celuide Pierre, qu’elle rappelle par tant de traits. « J’ai cru, dit-elle, que tu es le Christ, le Fils de Dieu venu dans le monde?. » Si la scène s'était terminée là, Jésus n'en eût pas moins laissé à la famille de Béthanie une consolation efficace: c'est celle dont se contentent aujourd’hui les maisons
chrétiennes que la mort a visitées, et elle leur suffit non pour tarir leurs larmes, mais pour les illuminer d'un
rayon de gloire. La foi compte sur le grand miracle, seulement l'intervalle est plus long entre la promesse et son accomplissement définitif, mais ce n’est qu'une question de temps. Partout où a passé celui qui est la résurrection et la vie, la mort a été vaincue. Toutefois, le cœur navré voudrait un revoir immédiat. Marthe, tout en pleurs, va chercher Marie, qui n’a pas eu la force de la suivre, tant elle est abîmée dans sa douleur, profonde comme tous ses sentiments. Sur l'invitation de sa sœur, elle rejoint Jésus qui est demeuré à l'entrée de la bourgade. Les amis de la famille se lèvent avec elle, s’imaginant qu’elle se rend au sépul-
1 Godet II, 334.
? Jean XI, 27.;
Leg. ù
cre. Quand Jésus eut aperçu ce lugubre cortége, quand il eut entendu la plainte de Marie, qui n’est que l'écho fidèle de celle de Marthe, — car ces deux sœurs ont été traversées du même coup, — il frémit en lui-même, puis, arrivé près de la grotte funèbre, il pleura‘. Que ceux-là s’en étonnent qui prennent la mort pour un fait
naturel et ordinaire. « Il est affreux, dit Pascal, que
l'homme meure et qu'il le sache. » Que l'être intelligent et libre, fait pour la vie éternelle, meure et mêle, comme l'animal, sa poudre à la poudre de la terre, cela est contre nature. C’est un bouleversement de l’ordre de là création et nul n’en a plus souffert que le Fils de l’homme qui y a vu la honte suprême du péché. À cette compassion générale pour l'humanité déchue se mêle
sa tendre et poignante pitié pour tous les déchirements
des amères séparations. Près du sépulcre de Lazare il a porté sur son cœur le fardeau de tous nos deuils. I a su ce que c'était que de voir celui qu'on aime réduit au silence et à l’immobilité de la tombe. Chaque personnage est fidèle à lui-même à ce moment suprême. Les Juifs malveillants ne sont pas désarmés par les larmes de Jésus, ils lui reprochent de n'avoir pas usé de son pouvoir miraculeux*. Quand on a roulé la pierre du sépulcre, Marthe, en reconnaissant les signes de la décomposition du corps, obéit à son impression du moment et exprime une pensée de doute, Jésus raffer-
1 Eôdupusey © Tnsoüc. (Jean XI, 35.)
2 Jean XI, 37-38. Si les Juifs mentionnent les guérisons d’aveugles, c'est qu'elles se sont accomplies à Jérusalem et qu’ils en ont été témoins. Cela ne prouve rien contre les résurrections antérieures.
eh. e” dé 4
516 RÉSURRECTION DE BÉPAEES ke
mit sa foi par cette grande parole : « Ne t’ ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu?» Les yeux. ; levés au ciel, il rend grâce à son Père avant même d’avoir accompli le miracle, tant il est certain qu'il Jui demande ce qui est conforme à sa volonté. N° avait-il pas reçu une révélation positive sur ce qui allait se passer avant même que Lazare eût expiré? Dans de telles circonstances sa prière est plutôt un hommage public rendu à Dieu devant le peuple qu’une. de plication proprement dite, puisqu'il sait que cette rés 24 surrection est voulue de Dieu : « Père, je te rends grâce. Je savais bien que tu m’exauces toujours, mais j'ai dit cela pour la foule qui m’entoure afin qu ‘elle 4 sache que tu m'as envoyé. » Puis, se penchant str ! # le sépulcre, il dit au mort à haute voix : « Lazare, * ê ss sors dehors! » et le mort se relève plein de vie, encore M Le F recouvert de son linceul, dont on le dépouille aussitôt. Tel est ce drame pathétique et simple comme la vie M humaine à ses grands moments, auquel on a osé <° substituer une comédie de bas étage! !
ee La résurrection de Lazare produisit une sensation
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.e 4 La résurrection de Lazare est l’un des faits évangéliques que l’on a le plus révoqués en doute. On s’est fondé d’abord sur le silence des synoptiques. Strauss, dans sa mordante brochure (Die Halben und die Ganzen), ramène cet argument avec une insistance particulière. M Ce silence est incontestablement une difficulté, mais il s'explique du moment où l'on ne considère plus nos trois premiers évangiles …
sr RES comme écrits par des témoins oculaires, mais avant tout comme le : Por. es faits galiléens. L'explication de Lange (Leben Jesu, IH, à P- 1132), qui voit dans le silence des synoptiques un ménagément j “pour la sécurité de Lazare, nous parait trop ingénieuse. El pen) SR fallu PARRAEES précautions “bien plus UT et taire tous Le noms a % af à jé Le A * k "# ji & ÿ a .» … PAR | + Li 'uY ERA 1 # 3 EUR, «4 3 L : “ + e w? 4 Fe # dl À * * FR Le 4 dd y 1 LA » + ù =} 4 D à PCR V4 RL pre + Le ur” ! — #2 ‘7 1. x La «’