LA DÉLIBÉRATION DU SANHÉDRIN
immense; nulle part elle ne fut plus grande qu’au sanhédrin. Les chefs de la hiérarchie comprirent qu’un tel miracle, accompli aux portes de Jérusalem, serait'le point de départ d’un mouvement irrésistible en faveur
propres. Si dans l’histoire de Jésus les synoptiques ne racontent pas la résurrection de Lazare, ils font allusion à des faits qui s’y rattachent étroitement. Ainsi Marc (XIV, 3-9) rapporte l'acte par lequel Marie de Béthanie exprime sa vive gratitude pour la résurrection de son frère. Il y à plus: tous les évangiles sont d'accord pour raconter l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, et pour nous représenter l’implacable résolution du sanhédrin de frapper un grand coup. Sans la résurrection de Lazare, ni cet enthousiasme, ni cette explosion de haine ne se comprennent. Rien dans le séjour en Pérée n’eût pu les motiver. Quelque événement nouveau a dû se passer entre le dernier séjour de Jésus dans la ville sainte et son retour triomphal. Jean seul comble la lacune. Le ton même du récit a un cachet d’authenticité qui frappe tout de suite le lecteur non prévenu. Les explications données par ceux qui en contestent la véracité la confirment pour nous. Je ne reviens plus à celle de M. Renan indiquée plus haut; elle
est tombée sous le ridicule. Baur et, après lui, M. Réville voient dans
le récit du miracle le développement symbolique de cette parole de Jésus : Je suis la résurrection et la vie. Mais c’est une supposition gratuite qui n’explique pas la crise qui suit, et qui est en opposition avec le caractère de la narration. Strauss, fidèle à son système, y voit non pas un mythe philosophique, mais le reflet des miracles légendaires d'Elie et d'Elisée. Il fait sortir le récit du quatrième évangile de la
combinaison la plus artificielle qui se puisse imaginer; cet évangile,. d'après lui, a pris à Luc le Lazare de la parabole, et il a exaucé après”
coup le vœu du mauvais riche en le faisant ressusciter. (Nouvelle Vie de Jésus, p.470.) Chose étrange! nous retrouvons dans cette hypothèse la même confusion que dans la légende populaire. A Béthanie, on montre au voyageur, en face de la maison de Lazare, la maison du mauvais riche. C'est ainsi que la critique effrénée rejoint la fable grossière. Quant à l’idée d’une mort apparente, soutenue par Schenkel, nous ne la discutons pas. La réflexion de Marthe sur l'état du cadavre .J'écarte absolument. Schleiermacher, dans ses lecons sur la Vie de | Jésus, semble reculer devant sa propre hypothèse des morts apparentes. Il distingue cette résurrection des autres en l’attribuant directement à la puissance divine invoquée par Jésus (Leben Jesu, p. 233). Ewald admet l'authenticité du récit, mais le reprodui sans commentaire (Vol. V, 405-407).
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