JÉSUS ET LES PROSÉLYTES GRECS
tion de la victoire. Ces paroles pouvaient être facilement comprises de ces enfants de la Grèce; ils avaient assisté peut-être aux grands mystères d'Eleusis qui représentaient l'immortalité de l’âme sous l’image du grain de blé déposé en terre pour y germer. Seulement, Jésus en agrandit singulièrement la portée. S'il faut haïr son âme pour la sauver, que faudra-t-il donc faire quand il s’agit de racheter un monde? Le frisson de sa mort prochaine l’a traversé; il en savoure l’amertume, il passe de la joie à la tristesse avec cette rapidité d'impression .qui dénote toute la réalité de son humanité, le cri de triomphe se termine par un cri d’angoisse : « Maintenant mon âme est troublée, et que dirai-je? Père, sauve-moi de cette heure, mais quoi! c'est pour cette heure que je suis venu'! » Il y à là une anticipation du drame tout intérieur de Gethsémané. Il s’en suit que le quatrième évangile, pas plus que les trois premiers, ne nous donne un Christ impassible; si, après avoir rappelé cette première lutte douloureuse qui précéda l’agonie de Jésus, 1l n'a pas mentionné la seconde, c’est qu'il n'avait rien à ajou- ter au tableau que ses devanciers en avaient tracé. Pour s'étonner de la répétition d’une même crise morale, il faut traiter la nature humaine comme une . quantité abstraite gouvernée par une inflexible logique; la victoire d'aujourd'hui n’épargne pas le combat de demain et le triomphe n’est définitif que lorsque tout a été accompli avec notre dernier souffle exhalé.
1 Jean XII, 27.
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