‹ Jésus-ChristChapitre 332 sur 376 · LA PITE DE LA VEUVE · texte numérisé non relu

LA PITE DE LA VEUVE

ceux de la première; le peuple persévère dans son incrédulité; son aveuglement actuel châtie ses refus obstinés de se laisser éclairer, et, selon le terrible oracle du . prophète, « son cœur est engraissé de telle sorte qu’il ne peut voir de ses yeux, ni se convertir, ni être guéri'. » La divine parole qui a retenti en ces lieux demeure au sein d'Israël comme un témoin accusateur et un juge redoutable. Le commandement du Christ, c'était la vie éternelle; le judaïsme dégénéré n’a pas voulu s’y soumettre, cest dire qu'il a choisi la mort. Telle est, d'après saint Jean, la conclusion du ministère public . de Jésus ?. Ainsi se trouve justifié ce mot douloureux déjà inscrit au frontispice du quatrième évangile : « Il est venu chez les siens et les siens ne l'ont point reçu. »

La seconde scène qui consola Jésus est une preuve touchante du caractère individuel de la vraie religion; . car, lors même qu'un peuple à été rejeté du royaume de * Dieu dans son ensemble et à titre national, il conserve toujours uneélite morale, d'ordinaire cachée et comme ‘invisible dans son obscurité, qui ne participe pas à son endurcissement. Le Maître était sur le point de quitter pour toujours avec ses disciples ce sanctuaire profané. En traversant la salle du trésor où de vastes troncs étaient déposés pour recevoir les aumônes, il vit des riches fastueux qui y jetaient leur or en le faisant sonner

4 Jean XII, 40.

2? À partir du verset 44 jusqu'au verset 50, nous avons, sous forme de discours direct, un simple résumé de l'enseignement de Jésus.

vos.

Jt

594 LA PITE DE LA VEUVE, pour attirer l'attention; à leur suite, timide, tremblante,

une pauvre veuve déposait en secret une obole qu'elle avait prise sur son nécessaire". Il semble que les der- À

niers enseignements de Jésus eussent pris corps dans Gi ces deux types de piété qui se produisaient re ses.

yeux. Rien ne pouvait mieux qu’un tel spectacle faire ressortir le contraste saisissant qu'il avait établi entre

‘la vraie et la fausse religion. D’un côté, voici la reli-

gion pharisaïque qui accomplit ses bonnes œuvres pour

que les hommes les voient, n’adorant et ne servant qu'elle-même tout en ayant l'air de rendre un culte à

Dieu. D'un autre côté, voici la religion du cœur, a

religion de l'amour, la douce et humble charité. La chétive offrande de la veuve est magnifique aux yeux de Jésus, car elle y a mis de sa disette, elle s'est donnée elle-même. Là, tout est pompe et apparence; ici, tout est pauvreté et vérité. Heureux les pauvres en

esprit! Malheureux les riches qui le sont à leurs pro

pres yeux! Aïnsi la dernière parole publique de Jésus®

est une confirmation de la première des béatitudés. Cette âme aimante qui se sacrifie avec joie, voilà le vrai temple de Dieu, l’autel d'où monte au ciel le pur encens. Que sont auprès de cette beauté morale ces splendides portiques de marbre? qui arrachent un Cri d'admiration aux disciples au moment où ils les fran-

chissent, « Est-ce là ce que vous regardez? leur dit le"

? Luc XXI, 1-5.

2 Luc XXI, 6. Voir le beau discours de Vinet sur les pierres du

"temple.

Maître, » Les jours viendront où ils ne seront plus qu'un monceau de débris, tandis que l'acte saint de cette pauvre veuve subsistera jusque dans ces temps éténels où la foi et l'espérance elles-mêmes n'existeront plus.

Partant de cet incident, Jésus déroule le tableau de l'avenir aux yeux éblouis de ses disciples, bien qu’ils soient encore incapables d’en distinguer les plans divers. Ce solennel entretien se poursuit sur le mont des Oliviers, alors que les derniers feux du jour colorent les remparts de Jérusalem.

Il. — LE GRAND DISCOURS PROPHÉTIQUE. — LES PARABOLES DE LA VIGILANCE.

Nous avons déjà expliqué, à l’occasion du plan de Jésus, la pensée générale dece grand discours prophétique, en protestant contre ce faux idéalisme qui ne veut pas ‘admettre la consécration de la justice éternelle dans un autre ordre que celui de la pensée pure. C'est oublier que le mal ne s’y est pas renfermé et qu’il s’est étalé avec audace dans le monde extérieur où il a paru définitivement triompher; il s’est emparé des forces de la riature et des forces sociales. De quel droit, au nom de quelle philosophie interdirait-on au bien d’avoir

sa revanche et sa justification là même où il paraissait avoir été vaincu et étouffé? L'histoire humaine ne saurait être un drame sans dénoûment, à moins de n'avoir aucune moralité et de n'être qu'un entassement confus et bizarre d'incidents, une fantasmagorie

monotone sur une scène mobile. Il ne sert de rien de prétendre que, derrière la toile qui retombe sur ce

triste spectacle, chaque individu reçoit son châtiment :

ou sa récompense selon qu'il a mérité ou démérité. Dans de telles conditions la justice ne serait pas réalisée dans l’ordre humain, et les générations se succéderalent sans recevoir instruction du passé et sans rien attendre de l'avenir. Dieu n’a pas permis qu'il en fût ainsi. Chaque période de l’histoire a son dénoûment à elle, son jugement solennel. Ces jugements partiels annoncent le grand jugement final qui doit clore ce

qu'on peut appeler l’économie terrestre. Il n y a point

là de coups de théâtre, ou pour mieux dire de coups d'Etat de la Providence, attentatoires à la liberté. Non, rien ne montre mieux à quel point Dieu prend celle-ci au sérieux que de voir l’histoire des sociétés et l’histoire de la nature elle-même dépendre des déterminations

morales, si bien que pour exécuter les sentences de la.

justice divine la terre et le ciel seront bouleversés. Nous ne connaissons pas de spiritualisme plus hardi

que ce prétendu matérialisme.

Dans son discours prophétique Jésus rattache tous

ces jugements partiels de l’histoire au jugement final et décisif qui doit clore cette économie; mais il n'établit nulle part d’une manière tranchée la distinction

entre ce qui doit arriver prochainement et les évé=.

nements des derniers jours. La destruction de la théocratie se confond -avec les convulsions suprêmes du monde, d'où sortira une nouvelle terre où la justice

3 fesetodtetél til

habitera. La prophétie n’a qu’un seul plan sans per-

spective; la profanation du sanctuaire par les armées

étrangères, la fuite précipitée des disciples, les premières persécutions de l'Eglise, l'apparition des faux Messies, toute cette peinture anticipée des événements qui accompagneront la destruction de Jérusalem est encadrée dans un tableau plus large, qui n’est rien moins que celui du dénoûment de l’histoire humaine !. Ces guerres, ces pestes, ces tremblements de terre, qui ne seront qu un commencement de douleurs ”?; cette prédication de l'Evangile dans le monde entier * qui doit servir de témoignage aux nations, voilà autant de traits qui nous transportent aux derniers temps; il en est de même de la conclusion du discours, qui nous représente le soleil et la lune voilés d’une obscurité soudaine, les étoiles tombant du ciel, le Fils de l’homme apparaissant devant les tribus de la terre consternées, et les élus ressuscitant aux sons de la trompette ansélique *. Cette confusion des périodes de l'histoire s'explique de deux manières. D'abord le jugement final a vraiment commencé avec la destruction de la théocratie infidèle; les premières et terribles manifestations de la justice divine ne sont pas seulement le symbole de ses consommations, elles en sont le prélude. Ensuite Jésus lui-même reconnaît que Ju

- distinction des temps et des moments ne lui appar-

1 Matth. XXIV, 15-26.

2 Jd., 7-8.

8 Id., LA.

. Far

598 LE GRAND DISCOURS PROPHÉTIQUE. + ne) «

tient pas. Le Père seul connaît le jour et l'heure’, car il faut la prescience absolue pour pouvoir déterminer la date d'événements qui seront retardés où avancés par une multitude infinie d'actes libres, puis

ke + Pr.

# Or, Jésus dans son abaissement s’est dépouillé de 1

qu'ils sont le contre-coup de déterminations morales.’

cette prescience; il nous avertit lui-même de ne pas chercher la succession des temps dans son discours prophétique?. $es disciples ne pouvaient donc. dintro duire dans leur récit, la confusion des époques y était comme forcée. Nous n’avons aucun scrupule à reconnaître que, dans l’ardeur de leur attente du retour immédiat de Jésus, ils ont appliqué à ce retour ce qu se rapportait uniquement à la ruine de Jérusalem. C’est ainsi qu’ils font porter sur les derniers temps une parole de leur Maître, qui évidemment ne les concerne pas et se rapportait uniquement à la destruction du temple et de la ville sainte; c'est le fameux passage ainsi Conçu : « Je vous dis que cette BÉREGUES ne pas-: sera pas que toutes ces choses n’arrivent?. »

Ce qui se dégage de ces grandes images, c'est l'annonce certaine de son retour et de son triomphe sur cette terremême quil'a rejeté et qui participera au jug'ement par une dernière révolution cosmique. Cen’estpas pour enflammer l'imagination de ses disciples que Jésus.

1 Matth. XXIV, 56. L.

2 Actes I, 7. 5

$ Matth. XXIV, 34 Toutes les explications destinées à atténuer =" cette difficulté ne parviennent qu’à la tourner sans la faire disparitre. Nous la retrouvons dans Luc XXI, 32.

TR … de

2e j - /… LES PARABOLES DE LA VIGILANCE. 599

a peint l'avenir en vives couleurs. Non, il a voulu leur

donner son mot d'ordre à la veille des luttes formidables qui vont s'engager : Veillez, leur dit-il, veillez pour discerner les signes des temps, comme le labou-

reur qui sait que l'été est proche, quand les branches

des figuiers commencent à être tendres'. Veillez pour ne pas être pris par surprise, car le jugement fondra

sur le monde plus rapide que l'éclair qui fend la nue, … vou comme ces eaux du déluge dans lesquelles disparut

une génération insouciante qui ne songeait qu'à ses

plaisirs et à ses affaires. « De deux hommes qui seront

dans un champ, l’un sera pris et l’autre laissé. De deux femmes qui moudront au moulin, l’une sera prise et l’autre laissée *. » La parabole des dix vierges présente, sous une forme saisissante, ce grave avertissement de la vigilance. Malheur à l’âme qui a laissé tarir en elle la foi et l’amour! Quand, à l’heure de

minuit, on s'écriera : Voici l'époux! la vierge impru-

dente n'aura plus qu'une lampe éteinte et les portes de la salle du festin se refermeront sur elleÿ! La parabole des talents, qui dif ère de celle des mines en

ce qu elle mesure exactement la responsabilité du chré-

tien à l'étendue des grâces qu’il a reçues, indique en quelques traits l'emploi qu'il faut faire de ces heures

courtes et précieuses qui doivent précéder le solennel

minuit‘! Le discours prophétique se termine par la

4 Matth. XXIV, 82.

4 Id., 37-41.

8 Jd., XXV, 1-14.

# Id., 14-31.

600 LE JUGEMENT FINAL. LR peinture grandiose des assises suprêmes où chacun seræ jugé par Celui qui sonde les cœurs et les reins'. En

vain la pensée frivole se rit de cet arrêt souverain; elle n'échappe pas aux épouvantes de la conscience. « Après tout, la doctrine des peines et des récompenses … est inséparable de la notion même du juste. Sous « quelle impression de sainte terreur et d’ardent espoir 4 les disciples ne durent-ils pas rentrer ce soir-là. à Béthanie, quand ils quittèrent le sommet Véro du mont des Oliviers d’où ils avaient vu se dérouler É

l'histoire du monde à la clarté effrayante des divines justices | à

Le ministère public de Je ésus a pris fin; il va consaæcrer aux siens les dernières heures qui lui restent avant -

l’immolation. | *

* Matth. XXV 31-48,

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