LE TRAITRE EST DÉSIGNÉ
générale de l'âme obtenue par le pardon ne dispense pas de la purification journalière, car le pèlerin en marche vers les cieux ne peut poursuivre son voyage sans que la poussière de la route ne s'attache à ses pieds. « Celui qui a été purifié n'a besoin que d’avoir les pieds lavés'.» Maïs cet enseignement n’est qu’épisodique, en quelque sorte, à cette heure ; la grande leçon donnée, c'est que les serviteurs d’un Dieu abaissé doivent chercher leur gloire dans l'humilité et l’amour, et que toute supériorité doit se transformer en un généreux service de l'humanité.
Les disciples, selon la coutume antique, ont pris place sur les lits qui entourent la table. Jean, dans un élan d'affection attristée et inquiète, s'appuie sur la poitrine de Jésus; il ne peut supporter la pensée de perdre si tôt son ami divin, et sa foi, faible encore, n'entrevoit que vaguement le triomphe futur au travers des obscurités du présent. Alors, on entend le Maître s’écrier :.« Quelqu'un de vous me trahira?. » Les disciples sont dans la stupeur; sur un signe expressif de Pierre, Jean demande lequel d’entre eux est ca- pable de ce forfait inouï. Jésus répond qu'il va désioner le traître en lui tendant, selon l’ordre du repas pascal, un morceau trempé dans les herbes amères. Ces paroles s'étaient échang'ées à voix basse ; nul des assistants, à part Pierre et Jean, ne se doute de la portée terrible de l'acte qui va s’accomplir. Sans doute
f Jean XIIT, 10.
3 Matth. XX VI, 21.