‹ Jésus-ChristChapitre 339 sur 376 · L'INSTITUTION DE LA CÈNE · texte numérisé non relu

L'INSTITUTION DE LA CÈNE

le regard indigné et navré de Jésus fut compris par Judas. C'était un suprême appel; l'heure de sa destinée avait sonné; il n'y avait pas de milieu pour lui. # entre le relèvement et l’endurcissement. Le malheureux

S'abandonne aux puissances démoniaques dont il n’est

plus que l'instrument. « Fais ce que tu as à faire, »

lui dit Jésus, qui voit à sa froide résolution que tout

est fini pour lui. Judas sort de ce lieu sacré pour

donner son dernier mot au sanhédrin. « Il faisait

nuit, » dit saint Jean, établissant une sorte de paral-

lèle entre cette âme où vient de s’éteindre la dernière

étincelle du bien et l'obscurité du dehors.

Depuis que le traître s’est éloigné, il semble que le poids qui pesait sur les cœurs a été enlevé; Jésus parle | de la gloire qui l'attend et qui est aussi celle de son Père. C’est sa mort qu'il désigne par ces mots : « Enfants, je suis encore avec vous pour un pei de

temps. Je vous donne un commandement ou c’est que vous vous ahniez les uns les autres'. » Le moment est venu d'instituer le grand sacrement de l'amour. Toujours conformément aux cérémonies usitées, Jésus prend un morceau du pain azyme, il le distribue en disant : « Prenez et mangez, ceci est mon corps livré pour vous. Faites ceci en mémoire de moi°.» La seconde des coupes bénies par le père de famille devient le signe auguste de son sang versé pour le monde. « Cette coupe, dit-il, est la nouvelle alliance en. 4

4 Jean -XIII, 33, 34. 14 3 Touré Édrtv ro ca piou td Dre buov Cidémevey. (Luc XXIT, 19) |

L'INSTITUTION DE LA CÈNE, c9

mon sang versé pour vous’. » Le sens de ces paroles, qui ont provoqué tant d'orageux débats, est simple et clair. Le pain et le vin de la première Eucharistie ne sauraient enfermer le corps même du Christ qui est là, assis à cette table, et qui les distribue, sous peine de n être ni son vrai corps ni son vrai sang. Nous sommes donc contraints au symbolisme, mais le symbole contient une réalité vivante et spirituelle. Demander et prendre les signes augustes de la rédemption, c’est confesser devant le monde et devant l'Eglise que l’on croit à ce grand fait, que l’on ne veut savoir, comme Paul, que le Christ crucifié; c’est montrer que l’on aspire à une assimilation morale de sa vie divine, aussi positive que l'assimilation physique qui transforme en notre substance le pain matériel; et comme, dans cet ordre, demander c’est recevoir, le disciple qui participe à ce repas sacré obtient une glorieuse confirmation de sa foi en échange de son faible témoignage, car le Christ lui-même se communique à l’âme pénitente et croyante. À la table de la sainte Cène, l’homme et Dieu se rencontrent : l’homme avec ses meilleures aspirations, Dieu avec ses dons les plus riches. L'Eucharistie est l'expression la plus solennelle et la plus ardente du besoin de salut et, par conséquent, la communication la plus réelle de la vie divine. Elle concentre et résume tous les éléments de la piété et peut se nommer le sacrement de la vie chrétienne. Il y a plus, elle

1 Toÿro rd rorhptov À wav dadin àv TO alaté Lo, T0 ÜT

dpOy Éxyvvépevov. (Luc XXI, 20.)

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est encore le repas mystique de l'Eglise, confondant tous …

les cœurs en une seule adoration. Mémorial sacré des

pardons gratuits de Dieu, elle implique l’espritde pardon et de miséricorde. Cette table sainte est le point de rencontre entre l'amour puissant qui descend du ciel et l'a: mour humble et fervent qui monte de la terre. Il n’est donc pas nécessaire d’y chercher d'autre mystère que le mystère central de l'Evangile. C’est dénaturer la Cène que d'en faire, non le mémorial, mais le renouvellement d'un sacrifice qui n'aurait dù se répéter que s’il eût été incomplet. Le Christ n’a pas dit : Je m'immolerai tous les jours de nouveau sur l'autel, mais simplement :« Vous ferez ceci en mémoire de moi. » « Ce n'est pas quil s'offre plusieurs fois lui-même, dit l’auteur de l’épître aux Hébreux, mais à présent, dans la consommation des siècles, il a paru une fois pour abolir le péché . »

II.— LES AVERTISSEMENTS ET LES CONSOLATIONS.— LA PRIÈRE SACERDOTALE., :

Le pain et le vin ont rappelé vivement l’immolation prochaine. Ce jour de douleur sera sans doute un jour de triomphe pour Jésus, mais comment pourrait-il oublier la tristesse et l'abattement de ses faibles disciples?

Ils seront secoués par la tempête comme les blés qui passent au crible. Jésus prédit leur défection. Pierre M proteste avec indio nation parce qu'il confond encore …

l’ardeur naturelle avec la foi persistante; il déclare qu'il demeurera fidèle à son Maître, et que, quand tous les 1 Hébr. IX, 25-26,

autres se disperseraient, lui, il demeurerait comme un roc. Hélas! le chant du coq n’aura pas retenti dans 1a nuit qui va commencer que déjà il se sera démenti. Jésus prophétise avec certitude son reniement, caril sait que la présomption mène infailliblement à la chute‘.

Les disciples ne se font pas une juste idée de la gravité suprême de la crise qui s’approche. Pour la leur faire entrevoir, Jésus use de la méthode symbolique qui lui est habitueke; il leur parle comme à des soldats qui vont entrer en campagne. « Que celui qui n’a point d'épée, dit-1l, vende sa robe pour acquérir une épée ?. » Les apôtres prennent à la lettre une recommandation qui n'est qu'une image et ils présentent deux épées à Jésus. Le misérable nombre des combattants rangés autour de lui eût suffi à lui seul pour dissiper cette grossière illusion. Jésus a simplement voulu dire : « Le temps du péril est venu. Préparez-vous à l’affronter. »

Les dernières paroles du Maître ont glacé d’effroi les disciples : ils éprouvent cette angoisse indicible qui précède les déchirantes séparations. Et quelle séparation que celle qui les attend! Ne plus voir, ne plus entendre Jésus, être abandonnés aux terribles tentations qu'il vient de leur prédire, est-il une douleur comparable à la leur? Aussi Jésus cherche-t-il à leur offrir une consolation suffisante ; il y met cet art divin qui n'appartient qu'à la parfaite charité.

« Que votre cœur ne se trouble point, dit-il, vous

1 Matth. XX VI, 31. Jean XIII, 26-88.

2 Luc XXII, £6.

croyez en Dieu, croyez aussi en moi'!» Tel est le début de ce discours qui est consacré à énumérer tous ses titres à leur confiance. D'abord, il leur ouvre la perspective la plus glorieuse; il leur parle de cette demeure des bienheureux où il va leur préparer une place. C’est là le terme certain de leurs labeurs et de leurs souffrances. « Je reviendrai, dit-il, et je vous prendrai avec moi ?. » Le retour du Christ est, en effet, la seule consolation suffisante de son départ. Où il sera, ils seront aussi; cette promesse fait pour eux du ciel une maison de famille; il ne présente plus à leur esprit l’idée d’une vague et effrayante immensité. Si Jésus doit se retrouver au terme de la carrière, il est déjà le chemin qui conduit à Dieu; bien plus, celui qui l’a vu a vu Dieu. « Tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, vous le recevrez *. » Mais une consolation plus prochaine leur est réservée.

Rien ne relève et ne réjouit le cœur comme une grande

mission; celle qui leur est dévolue va grandir sans mesure, car ils sont appelés à recueillir le fruit du travail de leur Maître; ils accompliront des œuvres plus ærandes que les siennes, bien qu’elles lui appartiennent encore comme les conséquences appartiennent au principe qui les produit. Une force suffisante pour cette mission sublime leur sera accordée : c’est l’'Esprit même de Dieu, le Paraclet, le consolateur, l’aide efficace qui sera la lumière de leur intelligence, la

1 Jean XIV, 1, PUMA IMES, 2 GX NV NC

flamme de leur cœur et leur révélera toute vérité". Cet Esprit triomphera du monde par ce qui semblait à son prince le gage assuré du succès. La croix préparera, en effet, cette éclatante victoire, car le monde doit, en l’élevant, manifestér sa honteuse incrédulité. La justification du Crucifié ressortira avec éclat de la gloire divine qui suivra son supplice. Enfin, le bois maudit deviendra, en réalité, le pilori où les puissances mauvaises seront comme exposées, car elles se sont jugées elles-mêmes en y clouant le Saint et le Juste. Tel est le sens de ces mots si controversés : « Quand le Consolateur sera venu, il convaincra le monde de péché, de justice et de jugement; de péché, parce qu’ils n’ont pas cru en moi; de justice, parce que je m'en vais à mon Père; de jugement, parce que le prince de ce monde est déjà jugé*. » Si l'action de l'Esprit divin est admirable en dehors de l'Eglise, elle l’est plus encore dans l'Eglise elle-même. C’est lui qui fera habiter Jésys dans les siens. Aïnsi sera réalisée cette touchante promesse, gage précieux d’une paix inaltérable que le monde ne peut ni donner ni ôter : « Je ne vous laisserai point orphelins, je viendrai à vous *. » La belle comparaison du cep et des sarments symbolise, dans toute son intimité et dans toute sa fécondité, la relation qui unit le disciple à son Maître *.

Il ne s’agit pas d’un amour qui ne serait qu'enthou-

1 Jean XIV, 16-17.

2 Jd. XVI, 8-12.

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