‹ Jésus-ChristChapitre 40 sur 376 · V.—LESs SECTES ET LES PARTIS EN JUDÉE · texte numérisé non relu

V.—LESs SECTES ET LES PARTIS EN JUDÉE

La secte des esséniens forme la transition entre le judaïsme palestinien et le judaïsme alexandrin. Elle s’est constituée sous l'influence du dualisme oriental, qui flottait partout dans l’air, aussi bien en Asie qu’en Egypte. Le mysticisme transcendant qui s'est formulé plus tard dans la Aubbale existait alors à l’état

d'influence; le Talmud y fait de claires allusions et on ne saurait contester que ses croyances fondamentales ne fussent déjà répandues. La théorie de: l'émanation était l’un des grands courants intellectuels de ce temps. La notion d’un Dieu caché et mystérieux | qui se révèle par ses attributs, hypostases tout idéales constituant dans leur ensemble le prototype du monde et avant tout de l’homme, l'assimilation du mal à la matière, l’exégèse réduite à l’allégorisme et la

t Vita Moysis, lib. II.

L'ESSÉNISME. 152 morale à Tascétisme: voilà autant de traits communs à toutes les: élaborations de la théosophie orientale ‘. I n’est pas étonnant de les retrouver en: Judée sous une forme-moins philosophique qu'en Egypte, et plutôt à l'état! d'aspirations vagues. qu'avec la rigueur d’un système proprement dit, « Za, mort est un baiser de Dieu, » lisons-nous dans la Kabbale. Ce mot mélancolique, quiexprime si bien la: tristesse inconsolable-de la créature bornée aspirant. à se perdre dans l'infini, remonte, peut-être à ces temps troublés.

I est évident pour nous que l’essénisme fut le produit de: cette tendance dualiste. Le tableau qu’en tracent Philon: et-Josèphe nous le montre, non-seulement en, quête d'une morale plus pure, mais encore livré à des pratiques qui rappellent le pythag'orisme *. C’est bien une plante du sol de la Palestine, mais éclose au mêmesouffle qui en tant de lieux divers développait un mysticisme ascétique. Les esséniens, enseretirant dans lesrsolitudes de la mer Morte, rompaient avec la religionnationale; ces hommes du désert la condamnaient par leur empressement à se placer en dehors de son cadre officiel; ils la proclamaient du moins insuffisante. En supprimant les offrandes sanglantes, en s'interdisant de franchir le seuil du temple, ils constituaient en, réalité un nouveau culte auquel présidaient

1 Voir l'ouvrage de M. Franck sur la Kabbale, et l’article de M. Reuss dans l'Encyclopédie de Herzog.

? Voir le traité de Philon : De Vita contemplativa; et Josèphe : Dell. Judaic.,.Il, 8.

126 L'ESSÉNISME.

leurs anciens, qui n'avaient aucun lien avec le sacerdoce. Ils avaient établi une initiation à trois degrés très sévère et s'étaient empressés d’abolir toute distinction de rang, effaçant jusqu'aux moindres traces de l’es- ‘clavage. Malheureusement, ils avaient rendu d'avance leurs réformes stériles, en s’isolant de leur peuple. Jamais l'égalité d’un monastère ne tirera à conséquence dans la vie commune.

Cen’est pas tout, non contents d'avoir institué la communauté des biens, ils condamnaient le rmariag'e en soi ‘. [ls montraient bien qu'ils considéraient la matière comme la source du mal, par les précautions extraordinaires qu'ils prenaient pour se purifier de toute souillure corporelle. Vêtus de blane, ils offraient leur prière au soleil, aux premiers rayons de l'aurore * ; ils voyaient sans doute dans la pure lumière du matin, le symbole de la Divinité. Les esséniens n'admettaient que le Pentateuque et rejetaient tout le développement prophétique de l’ancienne alliance. Quel rapport pouvait donc exister entre le christianisme et cette secte dualiste qui s'était séparée en fait de la tradition religieuse de l'Ancien Testament, et qui, à l'exemple de l'école de Philon, laissait à l'homme le soin d'opérer son propre salut par l’ascétisme? Plus étrangère qu’aucune autre fraction du peuple juif à l’attente du Messie, elle trompait les grandes aspirations de l'âme

| 2 Es adroy adyas, (Ibid. IL, 8, 5.)

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