LA MORALE PHARISAÏQUE
cette manière : « Voici, Adam est rique dans le monde.» Le commentateur se scandalise de la parole du serpent à Eve : Vous serez comme des dieux, et lui fait dire: Vous serez heureux comme des princes. Cette répuonance marquée pour tout ce qui tend à un rapprochement entre l'humanité et la Divinité est très significative. « Les apparitions personnelles et corporelles de la Divinité, dit M. Reuss, ne s’accordaient pas avec le point de vue d’une spéculation qui n'était plus à son début". » Certes, la distance était grande entre un tel point de vue et la théophanie par excellence qui est l'incarnation du Fils de Dieu. S'il est fait mention du Verbe ou de la Parole de Dieu: dans les Targums, il y est réduit à nêtre, comme la Schechina, qu'une manifestation partielle de la Divinité. ’
Les écoles juives discutaient de préférence tout ce qui se rapportait à l'anthropologie. Les pharisiens acceptaient la notion du péché originel, qu'ils complétaient souvent par la théorie de la préexistence ; ils faisaient la part très grande à l’action divine dans la vie humaine, et inclinaient même à une sorte de fatalisme religieux. Quant à la morale proprement dite, on peut glaner plus d'un admirable précepte dans le Talmud. Il y est recommandé de ne pas faire aux autres ce que rous ne voudrions pas qui nous fût fait, et d'aimer rotre prochain comme nous-
1 Reuss, Histoire de la Théologie chrétienne, I, p. 83.
SON CARACTÈRE MERCENAIRE. 149 mêmes. Toutefois l'esprit général qui anime ces règles de conduite est en parfait accord avec ce que nous savons du pharisaïsme; l'inspiration dominante est essentiellement intéressée; il faut faire le bien comme un mercenaire pour se créer des mérites, pour acheter sa part de bonheur : « Quiconque aura pratiqué la loi, qu’il vienne au dernier jour et reçoive sa récompense. Considère pour qui tu travailles, et quel est le maître qui te payera le salaire de ton ouvrage ‘.» « Ceux qui nourriront les pauvres obtiendront le pardon de Jeur péché comme s'ils eussent apporté un holocauste à l'autel ?. » Le repentir lui-même n'est qu'un moyen de racheter ses fautes : « Trois choses te feront prospérer, la prière, l’aumône et la pénitence. » Il ne faut pas que la prière soit courte; celui qui allonge sa prière ne s'en retournera pas à vide. Certaires formules lui donnent une valeur particulière. Aïnsi les actes les plus saints, et qui devraient être les plus spontanés, rentrent dans ce compte courant entre l’hémme et Dieu si exactement tenu par les pharisiens.
La foi est considérée comme une œuvre méritoire. « Quelle est la cause de. la joie des saints? lisons-nou: dans le Talmud. C'est le #érite de la foi que nos pères ont montrée pendant la vie. Grande est la foi devant Dieu, car par son mérite l'Esprit-Saint a habité en Israël *. »
4 Pirke Aboth, p. 495.
? dem, p. 154.
# Idem, p. 500.