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LES LETTRES NON CONTESTÉES DE PAUL

la croix, sa résurrection, son règne dans les cieux, tous ces grands événements de l'histoire évangélique font l’objet des exhortations, des brülants appels, des mystiques élévations de l'Apôtre. Il n'entre dans aucun développement narratif, il y fait de perpétuelles allusions comme si rien n était plus connu de ses lecteurs; on voit quil puise au fonds commun de la tradition primitive. Ainsi cette tradition est si bien formée vingt ans après Jésus-Christ qu'on se contente d'y faire appel d'une manière toute générale; on ne la développe ni ne la discute. L'Eglise repose sur elle comme sur us solide fondement. Nous touchons ainsi le roc par delà les terrains mouvants de la légende. [l n’est pas possible d'admettre que, dans ce court intervalle, une tradition si nette et si positive ait été enfantée par cette espèce de germination inconsciente d’une mythologie capricieuse. I] ne faut pas oublier que Paul à vécu dans l'intimité des disciples immédiats de Jésus, qu'il s’est rencontré à Jérusalem avec Pierre, avec Jean, avec Jacques', qu’il est revenu fréquemment dans la métropole de l'Eglise primitive, et que, sur le théâtre même de l'histoire évangélique, il a pu interroger ses premiers témoins. [l avait vécu au milieu de ces cinq cents chrétiens qui avaient vu le Ressuscité?. Nous sommes ainsi reportés au temps même de Jésus-Christ, et ces trento années que l’on demandait pour la formation de là mythologie chrétienne nous manquent absolument,

1 Gal. IL, 9.

2 1 Cor. XV, 6.

k ä p ee Tee TÉMOIGNAGE DE L'APOCALYPSE.

Les écoles tiques les plus négatives sont d' accord pour” admettre l'authenticité de l’Apocalypse, et pour reporter sa composition avant le siég'e de Jérusalem. Il nous suffirait de ce seul livre pour.retrouver toutes les fermes assises de l’histoire évangélique; peu importe la couleur judaïque dont on prétend, non sans exagération, que le livre entier est recouvert; il n’en

demeure pas moins que nous y retrouvons à chaque

page le Christ mort pour les péchés du monde, et ressuscité pour sa justification. Les faits évangé-

liques sont partout supposés dans cette épopée inspirée

du martyre. Ainsi én dehors même de nos écrits canoniques, les événements principaux de la vie de Jésus sont garantis par les témoignages unanimes de l'Eglise primitive. Les récits plus complets dont nous

allons examiner la crédibilité ne sont pas isolés; üls se rattachent à toute la tradition du premier siècle, si “bien que, même lorsqu'ils viendraient à nous man-

quer, le christianisme subsisterait tout entier, grâce aux seuls documents qui aient obtenu un universel assentiment.

Ce n'est pas que ces documents puissent remplacer

nos évangiles pour la connaissance de la vie de Jésus,

car s'ils nous en conservent les faits essentiels, ils ne nous en donnent qu’une idée bien imparfaite, précisément parce qu'ils supposent le fond de tradition sur

lequel ils s'appuyaient. L’Evangrile à l’époque des let-

tres de Paul était, en quelque sorte, dans toutes les bouches; voilà pourquoi il n’était pas nécessaire de re-

RÉ ES a dons à nn: Gén ee

je courir à une tradition écrite, tandis qu'elle est pour nous le seul moyen de rejoindre cette abondante source d'information qui coulait partout au premier siècle. De là la suprême importance de l'authenticité et de la crédibilité de nos quatre évangiles, les seuls récits qui aient subsisté et qui aient dû subsister parmi les diverses relations de la vie de Jésus que vit naitre l'Eglise apostolique.

IT. — QUE Nos QUATRE ÉVANGILES REMONTENT AU PREMIER SIÈCLE {.

Nous passerons rapidement sur ce qui est g'énéralement admis par la critique. Nul doute n’est possible sur l'acceptation universelle par l'Eglise de nos quatre évang'iles dès le troisième siècle; cette acceptation a d'autant plus de valeur qu’elle précède l'époque des décisions sommaires et qu’elle n’est pas imposée par décret. Le canon des Ecritures n’a encore d’autre base que l'adhésion libre et unanime de la chrétienté. Le témoignage si explicite, en faveur de nos évangiles,

des grands théologiens d'Alexandrie a une haute valeur, surtout si l’on tient compte des immenses travaux :

1 Ce paragraphe était écrit avant la publication du beau travail de M. Tischendorf: Wann wurden unsere Evangelien verfasst, Leip- -zig, 1865. Je suis heureux d'y trouver une pleine confirmation des résultats auxquels je suis parvenu. Je ne puis cependant admettre la formation du canon du Nouveau Testament dans les dernières années du premier siècle; cette assertion me semble dépasser la réalité des faits. Je n'ai pas besoin de dire combien les découvertes de M. Tischendorf, consignées dans ses autres opuscules ou dans les préfaces de ses

précieuses.éditions du Nouveau Testament m'ont servi pour ce chapitre.

; : + Ce LES ÉVANGILES RECONNUS AU TROISIÈME SIÈCLE. 183

exégétiques d'Origène et de ses longs voyages dans: l'Orient chrétien. Eusèbe parle au nom de tous ses devanciers immédiats quand il dit : « Au premier rang des écrits acceptés par tous, il faut placer le quadrige sacré des évangiles'. » Si nous remontons à la dernière moitié du second siècle, nous trouverons un assentiment non moins unanime et non moins précis. Tertullien s'accorde sur ce point avec Clément d'Alexandrie et Irénée ?. On a essayé d'infirmer le témoignage de l’évêque de Lyon, parce qu'il use d'un symtolisme étrange pour expliquer le nombre de nos évangiles qu'il compare aux quatre parties du monde, aux quatre colonnes d’un édifice, aux quatre chérubins. Une métaphore contestable n'empêche pas Frénée d’avoir puisé à la source d'information la plus pure et la plus riche. À la même époque, vers l’an 181, le canon de l'Eglise de Rome, retrouvé par Muratori au siècle dernier, mentionne l’évangile de Luc et celui de Jean en les désignant comme troisième et quatrième évangiles, ce qui implique l'existence des deux autres ?. La traduction syriaque connue sous le nom de Peslito ne saurait être placée à une date plus tardive *; elle

1 Toxtéov àv mowrois Thv Gylar Toy edayyeAlwy Tetpaxthy. (Eusèbe, H. E., IIT, 25.)

2 Tertullien, Contr. Marc., IV, 2-5. — Clément dans Eusèbe, A: E., VI, 14. — Irénée, Advers. Hœres., I, 1.

3 Le canon dit de Muratori porte sa date. En effet, l’auteur nous apprend que le Pastor Hermas a été écrit très récemment (nwperrime conscriptus) à Rome sous l’épiscopat de Pie. Or, Pie était évêque en l’an 156. s

à La Peshito appartient à une époque où la canonicité est encore

contient nos quatre évangiles; ils circulaient donc depuis longtemps dans les Eglises. Il est certain qu’il y eut de nombreuses versions latines en Afrique et en Italie dans le courant du deuxième siècle. Augustin reconnaît qu'elles se multiplièrent « dès les premiers temps de la foi'. » Or, Tertullien, le traducteur d'Irénée, et Cyprien citent toujours le même texte, ce qui n'était possible que si l’une de ces versions avait supplanté les autres. Personne ne contestera qu’un certain laps de temps ne fût nécessaire pour qu’un type de traduction se constituât. Il s’en suit que nos évanciles avaient été acceptés dans les Eglises d'Occident à une époque bien antérieure à celle d'Irénée. Nous sommes ainsi reportés jusqu'au milieu du second siècle. Si nous remontons plus haut nous pouvons invoquer

le témoignage de Justin Martyr dont la conversion au

christianisme peut être placée vers l’an 132. Moins lié à la lettre des textes que les Pères des âges suivants, et ‘assez rapproché des temps apostoliques pour puiser encore à la source de la tradition orale, il cite avec une certaine liberté nos évangiles. Il les appelle les mémoires des apôtres, parce qu'il a la coutume de traduire le plus possible les termes bibliques dans la

loin d’être fixée; elle ne contient ni ladeuxième épitre de Pierre, ni la deuxième et la troisième de Jean, ni celle de Jude, ni l’Apocalypse. Cela nous reporte à la date indiquée. L’idiome employé et la prompte diffusion de cette version dans les Eglises de Syrie nous amènent au même résultat.

1 «Primis fidei temporibus.» (Augustin, De Doctrina christiana, IL, 1.) La traduction des divers livres ne parait pas avoir été d’une seule main.

langue philosophique de la Grèce. Cette appellation de

mémoires était bien plus claire que celle d’évangiles pour les lecteurs de Xénophon. Mais il suffit de relever es citations de Justin pour reconnaître qu’elles contiennent toute la substance de l’histoire évangélique, avec des ressemblances verbales si frappantes qu’elles supposent nos textes canoniques ‘. D’après Justin luimême, la lecture des mémoires des apôtres faisait partie intégrante du culte chrétien de son temps”. On ne saurait imaginer d’autres livres que nos évangiles qui pussent obtenir au second siècle cet honneur public et cette consécration. Comment en douter quand on voit

Tatien, le disciple immédiat de Justin, écrire un com-

mentaire sur les quatre évangiles, comme pour faire disparaître toute équivoque sur ce que son maître entendait par les mémoires des apôtres. Les Pères aposto-

liques, trop rapprochés des faits pour tenir aux mots,

citent les textes avec moins d’exactitude encore que

Justin. Ils sont, avant tout, les hommes de la tradition

orale, comme l’un d’eux à pris soin de nous le dire formellement : «Je ne pensais pas, dit Papias, recevoir autant d'utilité des livres que du témoignage vivant *. » Cet aveu explique parfaitement comment nos récits canoniques occupent beaucoup moins de place dans les écrits des Pères apostoliques que les événements qui

1 On n’a, pour s’en convaincre, qu’à lire dans l’Introduction au Nouveau Testament de De Wette la collection complète de ces cita= tions rapprochées des textes canoniques, $ 66 et suivants.

? Justin, Apol., I, 67.

$ Eusèhe, A. E., IL, 39.

é Les à de ne sac ie LÉ ie ni à cé te ‘artédeten ui its ht de

en fontl’objet, Il n’en demeure pas moins que les allusions à nos évangiles y sont fréquentes et incontestables et que les lettres de ces Pères reposent sur le même fondement historique. Papias, dont nous ne possédons que quelques fragments, mentionne directement deux de nos évangiles dans un passage auquel nous reviendrons. Il y a plus : d'après une découverte récente, l’épître de Barnabas élève le premier évangr'ile à la hauteur d’un livre sacré; ce qui supposerait, non pas la fixation du canon dans son ensemble, mais la tendance prononcée dès les premières années du second siècle à mettre à part nos évangiles comme le saint dépôt de la tradition apostolique. Ce n’est certes pas un fait de médiocre importance que de lire dans un écrit remontant à l’an 110 ou 115 une citation de l'évang'ile de Matthieu avec cette formule : Z7 est écrit". Le texte original a été découvert dans le couvent du - Sinaï avec le fameux manuscrit du Nouveau Testament. C’est ainsi que de la poussière d’une cellule surgit un témoin des premiers temps pour nous garantir la valeur historique de nos évangiles, au mo-

1 Mhnore, ds yÉyoartar * root xAnTot, dAyot DE ÉxAENTOI. D Ces mots contiennent une citation directe de Matthieu XIX, 80. Jus-

… qu'à ces derniers temps, on ne lisait la formule : Il est écrit, que

dans la traduction latine de la lettre de Barnabas; elle passait généralement pour une glose, Cette supposition n’est plus possible depuis - la découverte du Codex Sinaiticus. Volkmar essaye bien d’atténuer l'importance de cette citation, en la rapportant à un passage du qua- trième livre d'Esdras, déjà cité par nous, qui porte : Multi creati, pauci autem saloati (4 Esdras VIII, 3). Mais il n’y à là qu'un tour de force exégétique accompli pour les besoins de la cause. L’analogie avec le passage de Matthieu saute aux yeux

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