TÉMOIGNAGE DES HÉRÉTIQUES
ment le plus décisif du débat engagé sur leur origine.
L'hérésie vient elle-même déposer en leur faveur dans tout le cours du second siècle. Elle altère sans doute le texte sacré et fait un évangile à sa ressemblance auquel elle mêle ses rêveries et ses spéculations bizarres. Mais sous ses subtiles imaginations on retrouve sans cesse le ferme tissu de nos récits canoniques. Parfois tout un système allégorique est
rattaché à un trait isolé, à un détail, et donne ainsi à ces récits une confirmation d'autant plus décisive qu'elle est plus indirecte’. Les fameuses homélies clémentines, espèce de roman hérétique qui remonte à la première moitié du second siècle, citent de nombreux passages de nos quatre évangiles avec une exactitude telle qu’on ne peut douter un instant que l’auteur ne les ait eus sous les yeux *. On nous opposera peut-être que dans le cours de ce même
siècle plusieurs évangiles apocryphes ou hérétiques
1 On peut voir dans Irénée (Contr. Hæres., I, 8, 15, 18) des exemples nombreux de cette interprétation allégorique des évangiles qui suppose l'existence du récit sacré. Les gnostiques puisaient au hasard dans nos quatre évangiles. L'entretien de Jésus avec les docteurs à l’âge de douze ans, l’apostasie de Judas, la guérison des démoniaques, la parabole de trois mesures de farine, les paroles du Sauveur en Gethsémané, ses entretiens avec ses disciples après sa résurrection, tous ces traits, et bien d’autres, servaient à leur typologie fantastique. Nous verrons plus tard à quel point ils confirment spécialement l’authenticité de notre quatrième évangile.
? Il est certain que les Clémentines sont antérieures aux Recognitiones qui en sont un remaniement. Or, ce dernier écrit ne peut être placé après l’an 162, parce qu’il cite le livre De Fato de Bardesane, lequel, d'après Eusèbe (A. E., IV, 80), avait disparu dès la seconde moitié du deuxième siècle. Voir pour les citations de nos évangiles dans les Clémentines, édition Dressel : 1° pour Matth., Homélie XIX,