‹ Jésus-Christ et sa doctrineChapitre 26 sur 53 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

comme on a pu s’en convaincre, était de ramener les populations de la terre, toutes les branches de la famille proclamée unique d’Adam, h une pensée commune d’alliance, de félicité positive et de paix, arriva-t-elle à prendre là forme et l’organisation qui ont constitué le christianisme? Où est la force , où est la faiblesse de ce développement immense d’ellemême? et comment expliquer surtout, sans jamais s’écarter des inductions naturelles, ce fait, le plus extraordinaire de l’Jiistoire morale de l'humanité, qu'un petit peuple comme le peuple juif ait saisi, dans un de ses bourgs les plus obscurs, un de ses jeunes hommes, qu’il l’ait soulevé de toute la puissance de son bras, et qu'il l’ait, en quelque sorte, jeté hors de son sein, et à la face des nations les plus civilisées, avec ces paroles : « En altendaut cjue le jour soit venu de mieux nous entendre , fléchissez la tête devant un des nôtres, il est marquédusigne indélébile : voilà votre Dieu ! » Mais , avant d’entrer dans cette seconde partie du sujet qui doit sa principale difficulté à l’obligation d’examiner rigoureusement et sous plusieurs aspects chacune de ses donnée;, même les plus délicates, nous avons à recon-

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naitre la méthode de procéder qui lui est spécialement applicable ; avant de parler de la vie et de la doctrine de Jésus-Christ , nous avons à nous faire une opinion précise de la l'éalité de son existence; avant de recourir aux traditions évangéliques, à nous occuper un moment de leur degré d’authenticité.

Saqs doute des aperçus généraux , empreints d’une philosophie plus ou moins élevée, peuvent, dans une foule de matières r satisfaire pour un temps les besoins de l’imagination. Sans doute , avec un certain nombre d’idées sur la morale évangélique , sur Jésus-Christ , considéré comme un réformateur et comme un sage , sur son église primitive , et sur le» altérations fâcheuses que l’ambition et la malice des hommes y auraient apportées, il a été permis de créer divers systèmes assez spécieux pour s’établir avec honneur dans le monde, et pour répondre à des circonstances extérieures d’un intérêt d’ailleurs très-direct. Mais , dès qu’on a résolu de pénétrer dans l’essence d’un problème historique aussi compliqué que le christianisme à son origine ; dès qu’on a accepté la tache laborieuse de détourner jusqu’à un certain point scs regards de la grandeur

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des résultats produits par un instrument de civilisation, aussi énergique , pour s’arrêter à nature et à l’accord des premiers élémens dont il a été composé; enfin lorsque, après avoir reçu l’impression inévitable des temps et des choses, on se trouve presque subjugué par la conviction entière qu’il y aura tôt ou tafrd à retirer des profondeurs du passé, et en faveur du présent et de l’avenir, quelque puissance d’action prodigieusement efficace et toute nouvelle : alors ces systèmes provisoires , tous ces aperçus généraux laissent leur insuffisance à découvert. Alors, comme Bacon le disait pour d’autres sciences, il faut reprendre la question dans ses bases 1 ; il faut être ramené bon gré malgré à l’ordre didactique des faits ; il faut accorder le plus de soin à ce qu on croyait le plus connu , accorder le plus de poids à des incidens auxquels on avait supposé le moins d’importance, et préférer, d’une manière invariable, la marche lente et mesurée du jugeînentà toutes les facultés de l’esprit les plus rapides et les plus brillantes.

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Considérons d’abord le principe incontesté, l’axiome de toutes les sectes du christianisme, depuis sa naissance jusqu’à nos jours. De leur aveu, la vie et la doctrine de Jésus se sont manifestées au dehors comme étant l’accomplissement parfait, la réalisation dernière non-seulement des espérances grandes et morales que la loi de Moïse et les prophètes hébreux propageaient , mais comme la réalisation absolue de leurs formes poétiques, de leurs tableaux, jusque dans les parties les plus minutieuses, lus plus matérielles. On juge, d’après cela, combien il sera nécessaire de définir en quel sens cet accomplissement des théories nationales avait été conçu par le fils de Marie et en son nom ; de définir surtout en vertu de quel esprit interprétatif une école juive nouvelle parvint à dégager du fond qui lui était commun avec les autres écoles le type d’une vie aussi opposée , dans son ensemble , que celle de Jésus-Christ, à la vie de l’homme telle que les maîtres les plus anciens de la sagesse du pays l’avaient représentée ; comment elle parvint à dégager de ce fond commun une loi qui, sous une foule de rapports, se montre aussi opposée à la loi hébraïque et à ses conditions

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intimes, que la loi chrétienne lui est opposée dans la plupart de ses premières conditions.

Toutefois, après avoir reconnu ce point vue spécial du sujet hors duquel on s’efforcerait en vain d’embrasser les faits et d’en suivre la chaîne, il faut savoir que le nom de Jésus- Christ, quel «pie soit le caractère de réalité ou de symbole qu’on se réserve bientôt d’attribuer à toute sa vie, entraîne, dans lsfyériode que nous avons à traiter, deux signibeations distinctes. En général, il indique le corps entier de la doctrine nouvelle; en particulier, le rôle du fils de Marie dans sa formation, son dessein, ses idées, ses actes personnels, tout ce qui constitue la première et la plus essentielle des trois phases de l’origine du christianisme.

Or , cette phase étendue de la naissance de Jésus- Christ à sa mort est l’objet exclusif de mon second livre. Elle nous fait parcourir dans dix chapitres une foule de questions dont je dois énoncer ici les plus importantes, mais sans les unir par aucun lien, et seulement afin de mieux préparer l’attention aux recherches qu’elles imposent.

La situation naturelle et primitive de Jésus auprès de ses concitoyerft, ses rapports avec

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