VIE DE JÉSUS-CHRIST
Jean-Baptiste, sa manière de concevoir et d’interpréter le système prophétique , le but de ses miracles, l’esprit de prosélytisme et de conquête auquel il donnait l’impulsion, les causes qui amenèrent si promptement autour de lui les classes inférieures du peuple, le choix de ses apôtres, l’examen de sa morale, les conditions inse'parables de son dogme , le point de départ de la mythologie nouvelle, enfin la lutte directe du fils de Marie avec les magistrats de la Judée , et le degré de dévouement et de courage qu’il est permis, dès que ses convictions sont admises , d’attacher à sa résolution de mourir.
Les deux autres phases de la période d’origine du christianisme, depuis la mort du maître jusqu’au commencement du règne de Trajan , pendant lesquelles la doctrine et le nom de Jésus acquirent, sous les auspices par-? ticulicrs de Paul et de l’apôtre Jean1, un ac- * croissement successif, appartiennent à mon livre troisième et dernier, ainsi que la vie et les écrits de ces personnages.
1 Das» mes publications précédentes) toutes les foi» que j’ai eu à citer les évangélistes , le* apôtres et les pères
Mais convieiit-il de croire que Jésus ait réellement existé? ou bien faut-il conclure du silence des écrivains juifs contemporains que son souvenir n’est que le fruit pieux de l’imagination d’une école appliquée à revêtir ses doctrines d’un symbole vivant. ? Telle est l’une des premières questions qui s’offre à l’esprit, et qui se résout tout entière, comme je l’avais annoncé, en faveur de l’existence réelle.
Le silence des écrivains juifs , en effet , obtient des explications faciles dans la faible trace que les efforts du fils de Marie laissèrent à Jérusalem, confondus, comme ils
de l’église chrétienne, j'ai attaché à leurs noms la qualification de saint , d'abord pour me conformer à l’usage, ensuite parce que cette qualification s’applique, abstraction faite de toute opinion et de tout système philosophique ou religieux, ù une certaine disposition de l’ame et à une haute direction de l’esprit , dont il n’est permis à personne de leur contester le mérite; mais, en traitant de l’histoire du premier siècle de l’église, ce serait un anachronisme perpétuel. Les Evangiles sont intitulés selon Matthieu, selon Marc, et nullement selon saint Matthieu ou selon saint Marc ; et les Jetés des Jpôtres s’occupent de Pierre et de Paul, et nullement de saint Paul ni de saint Pierre.
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étaient à l’origine , avec beaucoup d’autres évènemens du même genre qui passeront sous nos yeux 1 . D’ailleurs, outre les présomptions fournies par l’état de la Judée, où tout se prêtait ù des convictions et à des enseignemens analogues à ceux que Jésus-Christ proclama ,
1 II existe pourtant dans Josèphe quelques lignes sur Jésus-Christ; mais elles portent les marques si évidentes, si reconnues d'une falsiiication, qu'on n'aurait plus la faculté de s’en étayer aujourd'hui , en admettant même que la partie de ces ligues relative seulement à l’apparition naturelle de Jésus en Judée, vienne de l'historien juif, ainsi que plusieurs l'ont sup|>osé. Comment Josèphe aurait-il attaché si peu d'intérêt et consacré si peu de mots aux assertions extraordinaires qu'on lui attribue, et comment les aurait-il enchâssées entre deux* récits d'une importance aussi éloignée qu'une simple révolte des Juifs contre le gouverneur romain, et l’aventure singulière d'une dame romaine, sur laquelle nous aurons occasion de revenir dans une des notes du chapitre consacré à la naissance du fils de Marie? Au reste, voici le passage de Josèphe, divisé en deux parties, selon l’hypothèse qui repousse les mots imprimes en caractères différens, comme ayant été intercalés dans le cinquième ou sixième siècle, mais qui prend les autres pour vrais : « En ce même temps naquit Jésus, qui était un homme sage, si toutefois il faut rappeler homme, car il fit des oeuvres admirables, enseignant ceux qui aimaient k recevoir la vérité. Il fut suivi,
in traditions des quâtre évangélistes reconnus s'accordent avec toutes les oeuvres des apôtres, et avec la multitude secondaire des récits apocryphes , pour affirmer en commun son existence. Or, h quelque idée qu’on s’ar* rète en définitive touchant ces traditions, quel* que influence qu’on réserve à la pensée systématique qui y présidait, il est impossible, après un examen attentif, de ne pas les adopter dans leur ensemble pour des monumens véritables; il est impossible surtout de ne pas s’avouer que, dans la supposition de la non-existence de Jésus, la puissance d’esprit nécessaire aux auteurs, pour concevoir et pour faire agréetsi vite tous les détails d’une si étrange fiction, sérail sans contredit de beaucoup supérieure a la puissance que ces monumens mêmes,
non-seulement de beaucoup de Juifs, mais aussi de beaucoup de Grecs. C'était le Christ. Des principaux de notre nation l'ayant accusé devant Pilate, il le fit crucifier. Ses partisans ne l’abandonnèrent pas après sa mort. Il leur apparut vivant et ressuscité te troisième jour , comme les saints prophètes l’avaient prédit, pour faire mille autres choses miraculeuses. La société des chrétiens, qui subsiste encore aujourd'hui, tire de lui son nom.» ( Josèphe, /jntiquit. judaïq. liv. xvjii, ch. IV.)
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compares avec leur époque, obligent d’accorder à leur principal personnage 1 .
Ensuite , est-ce à d’autres hommes que des Juifs, que l'invention des tableaux évangéliques pourrait être attribuée convenablement? à quelque génie de l’Orient ou à des Platoniciens d’Alexandrie? Mais comment croire que des savans étrangers se fussent réunis et succédés dans l’ombre pour composer une œuvre où la science, prise Bcion son acception commune, est loin de jouer un rôle essentiel ; une oeuvre destinée à donnerune haute importance à une petite nation qui était alors en proie au sort le plus malheureux ; une œuvre enlin dans laquelle le lieu de la scène, le héros, les Ggures accessoires, tout le matériel, appartiennent à cette nation même, et où chaque ligne exige, pour être comprise, la connaissance rigoureuse
{Jean- Jacques, entre autres, a présenté cette observation avec son éloquence accoutumée: « Au fond, c’est reculer là difficulté, dit-il , sans la détruire. Il serait plus inconcevable que plusieurs hommes d'accord eussent composé ce livre, qu'il ne l’est qu'un seul en ait fourni le sujet L’Évangile a des caractères si parfaitement ini-
mitables, que l’inventeur en serait pins grand que le héros. * [Etntte, profes*. de foi.)