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mémo jugement pour le faible et pour le fort , pour l’étranger et pour l’indigène.
« On se gardera donc, dit le juif helléniste, d’attacher la noblesse à la parenté plutôt qu’à la droiture et à l’intelligence. Ceux qui autorisent parmi nous une pareille usurpation ne sont pas • moins ennemis des Juifs que de tout le reste des humains : des Juifs, parce qu’ils leurs apprennent à se confier bien moins à leur propre vertu qu’à celle de leurs aïeux ; des autres hommes, en leur laissant croire qu’il ne leur profiterait en rien d’arriver au sommet de la vertu, à cause que leurs pères et leurs aïeux n’ont pas été sans reproches. Certes, je ne connais pas au monde de doctrine plus pernicieuse que celle-là; il s’ensuivrait que la justice ne réserverait point scs punitions aux mauvais enfans qui seraient venus de bons pères, ni scs honneurs aux enfans recommandables qui seraient venus de méchans. Notreloi.au contraire , juge expressément selon les mérites de chacun, n’ayant nul égard quand elle loue ou quand elle punit à la nature des personnes. » ( Traité de la noblesse, à ta fin.)
« Quoi, tu as de l’orgueil, et lu te crois au-dessus des autres hommes, mais ne sont-ils pas tes parens faits et composés du. même limon que toi ? Qu’astu apporté dans ce monde? Tu es arrivé nu, tu t’en iras de même, n’ayant reçu de Dieu à ton usage que le temps qui s’écoule entre la naissance et ta mort, afin de l’employer pour la société, pour la
PHMCIfE u’ÉC.VUTt.
concorde, pour In justice, l'humanité, répudiant tous les penchans , tous les vices qui Iransi'oriuenl l'homme, cet animal doux par caractère, en une bête sauvage. » ( Cm spalio , i/uiil mugis convenit quant socictatis, concordiœ, juris excquandi, Itumanitatis, virtulisque ttudium; abjectis injustis, iniquis et impacatis vitiis quœ Itomitiem , animal suopte ingenio mitissimum, ferumet immansuetum faciunt. — Philo, de f'ictim. aff erent ib. in med. ) « La vie la plus longue d’uu homme ne suffirait pas pour raconter les bienfaits de l’égalilc. Elle est la source d’un bien qui à lui seul lui mérite beaucoup de louanges, la bonne volonté et l’amitié que les hommes se portent les uns aux autres. Dans l’univers, elle produit l'ensemble; dans les villes, la démocratie bien réglée, si différente de l’ochlocratic où la multitude ignorante et passionnée veut commander; dans le corps elle est la santé, dans les auies l’honnêteté et la vertu. L’inégalité, au contraire, est la cause première du mal qui se fait icibas. » ( Ælas quantumvis longainedeficeret, si relient percensere oui nés laudes œqualitatis, et ex eâ natte justicier. Est enima-qualitas mater justiciw... In civitatibus optimum et maxime legitimam rei • publicte speciem , dcmocratiam sire popularem
administrationem ut ne in deterrimam ntalœ
reipubliav oclilocratiam, quw ex optimâ démarrai ià depravalur, prolapsi lumultibus et intestinis seditionibus, agitemurinperpetuum.... incor-
M'Th II.
poribus saiiUalem, virlutein lu animis. — . Philo, de Crcatione principis el de Agricullurà allégorie.)
« Mais il ne faul pus croire pour cela que loul puisso être accordé à tous indistinctement, mais à chacun ce qui convient; autrement l’ordre, ce qu’il y a de meilleur el de plus profitable dans la vie, ierait place à la plus grande confusion. Si dans un navire, par exemple, les matelots voulaient s'égaler aux pilotes, les rameurs il leurs olliciers; dans l’armée les cavaliers à leurs commaudans, les centurions h leurs généraux; dans les villes, les rapporteurs des affaires aux sénateurs, les plaideurs aux juges, et tous les individus quelconques aux magistrats, il en résulterait du tumulte, des séditions cl une inégalité de fait des plus fâcheuses. » (Tumultus sedaionesque nascenlur, et ista verbo tenus aqualitas inœqualilatcm rerutn parcrct. Main (tqualia, imparibus trlbtirre est ituvqualilns; inœqualitas vero jbns malovum. — Philo, de Monarch . , lib. h, ultim. pag.)
Enfin, je citerai un autre fragment de Philon, tiré de son traité de la création du prince. Son objet est de développer le texte du Deutéronome qui prescrit à Israël, si l’on se donne un roi, de le choisir parmi les nationaux. Ce roi sera tenu de connaître les lois, de les exécuter, surtout de ne jamais s’élever par orgueil au-dessus de ses concitoyens. Il ne s’écartera de ce commandement ni h
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droite, ui à gauche, alin de prolonger sou lègue et le règne de scs fds au milieu du peuple.
« Du jour que le roi sera parvenu au trône, dit Philon , Moïse lui commande d'écrire de sa main un recueil abrégé des lois, afin qu’elles se gravent fortement en son ame. Si les autres rois tiennent un sceptre en leurs mains, celui-là aura pour sceptre le livre même de la loi en signe d’une domination irréprochable, et par là il acquerra les deux choses les plus avantageuses : d’abord, l’égalité du droit qui apporte avec clic la paix et la lumière et qui lui vaudra 1’afTection de ses sujets et une pleine sécurité, lundis au contraire que l’inégalité enfante toute sorte de dangers , d’embuches et de trahisons dont l'issue est souvent douteuse : l’autre avantage sera de marcher avec droiture et fermeté sans se pencher d’un coté ou d'autre et sans détourner les lois dans des sentiers de traverse. Or, c’est là cc que Moïse a coutume d’appeler la voie royale, qui s’étend cuire l’excès et le défaut, d’autant que ce qui est au milieu des trois est le principal et lie les deux extrémités par un lien indissoluble. C’est pourquoi la récompense que le même législateur promet au prince qn! garde les lois, qui honore l’égalité, qui sc décide selon la justice, qui n’est point corrompu par le désir d’amasser des richesses, qui pense toujours aux choses justes et équitables, c’est de vivre et de régner long-temps. Non qu’il sc contente de lui assigner
4yo .'OTfc H.
une longue suite d’années , mais il inoutre à tous que co prince continuera de vivre après sa mort, en ce sens que la mémoire et l’influence exemplaire de ses vertus et de ses belles actions seront immortelles. » (His sac ris legibus semper subnixtts assequar duos res eximias : primurn, œqualitalem, quia nihil prestantius. Nam tcqualilas conciliai subditorum benevolentiam , sccuritatem principi, benc mérita rependcntium, sicut inœqualilas périrai is semper est obnoxia... Alteram vero assequar ut in neutrarn partent deflectam velut in cquilibrio recto , régi tique viâ manda torum incedens. Talent enim viamMoses tolet appellarc regiam, qutv inter defectum et nimietalem tramitem tenet medium. .. .
T ali autan principi jus tvquabile honuranti
Longwvum principatum propluta proponit vice prœmii; non quod annosam wtatem pollicealur recto administrantibus rempublicam, set ut nos doceat , légitimant principem victurum etiam post obitum, délia â post se immortali virtutis rerumque a se gestarum memorid. — Philo, de Crealione principis).
Voici maintenant les titres des traités principaux de Philon qui sont venus jusqu’à nous. Les subtilités allégoriques dans lesquelles cet écrivain se complait ne doivent jamais être séparées par la pensée de l’époque , du lieu et des circonstances qui les produisirent. D’ailleurs , lors même qu’elles sont portées au dernier excès, ces allégories ne
EXTHAIT h’afILÉE. 4'J*
manquent jamais d’aboutir à des iuductions morales relatives à la lutte de la raison avec les sens, des bons sentimens avec les passions condamnables : La création du monde, les allégories de la Genèse, les chérubins; Caïn et Abel; l’agriculture ou plutôt la culture des plantes de l’ame; Noé, l’ivresse; les géans; l’immutabilité de Dieu; la confusion des langues; la vie du sage ou Abraham; Joseph, les songes ; la vie de Moïse ; l’amour des hommes ou la charité; la création du prince; le juge; le vrai courage; le Décalogue; les lois particulières; la monarchie de Dieu ; les sacrificateurs ; les victimes et ceux qui les présentent; comment tout homme probe est vraiment libre; la vie contemplative; la noblesse; les récompenses et les peines; l’incorruptibilité du inonde; enfin le traité contre Flaccus ou la Providence et l’ambassade à Caius-Caligula.
Mote J , page
Extrait d' Apulée sur la croyance des anciens aux démons.
Le petit traité d’Apulée intitulé le démon de Socrate, est des plus précieux par les rcuseigiicmens qu’il nous transmet sur les croyances des anciens en matière de démouologie. Je vais en donner un extrait , afin que dans le dépouillement général
•NOTE J
«les termes cl opinions religieuses qui doit rendre ;i chacun ce qui lui appartient , on reporte ces théories des démons à leurs véritables sources.
Apulée s’attache à exposer les opinions répandues dans les écoles de Pythagore et de Platon ; mais il est bien crideut que ces données n’étaient que le reflet des croyances empruntées par ces philosophes aux castes orientales. Au reste, les formes de raisonnement auxquelles l’auteur du traité lui-méme a recours ne sont pas la partie la moins intéressante de son œuvre.
n Platon, dit Apulée, reconnaissait des dieux supérieurs, d’autres inférieurs, et d’autres qui tiennent le milieu. Parmi les dieux supérieurs, les uns sont visibles, tels que le soleil père du jour, lu lune et les cinq étoiles errantes. Les autres ne peuvent être vus qu’avec les yeux de l’esprit, tels que Junou, Vcsla, Jupiter cl beaucoup d’autres dont les différons pouvoirs ne se manifestent que par les bienfaits qu’on en reçoit ici-bas.
« Platon croit que ces dieux sout des substances immatérielles, animées, qui ont existé de toute éternité et qui existeront éternellement; elles se distinguent de la matière par leur propre essence ; elles jouissent de la suprême félicité duc à leur nature intelligente; bonues sans la communication d’aucun bien externe, mais par elles-mêmes, elles ont facilement, simplement, librement cl parfaitement tout ce qui leur convient. Le père des dieux
EXTRAIT d’aUJI.&H. 495
i'st le souverain être et créateur de tous les êtres; il est dégagé de la nécessité d’agir cl de rien souffrir, il n’est soumis il aucun soin.
« Après cela , il y a des puissances moyennes qui habitent l’intervalle aérien compris entre la terre et le ciel. Ce sont les démons, parle ministère desquels les dieux reçoivent les prières et les supplications des hommes, et les hommes, les secours et bienfaits des dieux. Ces démons président, dit encore Platon dans son banquet, h toutes les révélations, ii tous les présages, il tous les songes, aussi bien jii’aux divers miracles (pii proviennent des magi-
« En effet , puisqu’il existe des animaux particuliers ii la terre, d’autres au feu, d’autres h l’eau, cl puisque nous voyons tant d’astres différons au-dessus des airs, c’est-h-dire, dans le feu élémentaire, il faut bien que des êtres animés s’engendrent aussi dans l’air; ear ce (terait une grande erreur de regarder les oiseaux comme les habitons des airs , eux qui s’élèvent ît peine dans leurs plus grands efforts h quelques stades do la terre.
« La raison exige donc de concevoir des êtres animés qui soient particuliers b la grande quantité d’air étendue depuis le sommet du mont Olympe jusqu’il la ligne où le feu élémentaire a son commencement
« Or, ces êtres animés, ces démons , sont constitués de manière b n’être pas assez pesans pour tom-
4<|4 NOTK. 1.
ber en bas, ni assez légers pour sc perdre dons le l'eu supérieur. Ils échappent aux regards des humains, si ce n’est quand l’ordre de sc rendre visibles leur a été transmis par les dieux, attendu que la matière dont ils sont composés offre quelque chose de si brillant, de si rare, de si subtil que les rayons de In lumière la traversent sans laisser aucune trace.
« A la différence des dieux célestes qui sont dans une perpétuelle égalité d’esprit, sans douleur ni plaisir, sans attrait ni aversion pour quoi que ce soit, les dieux mitoyens ou les démons, quoique doués de l’immortalité, participent à toutes les affections et passions des habitans de la terre. La colère les irrite, la pitié les fléchit] on les gagne par des offrandes, on les adoucit par les prières; le mépris les révolte, le respect les réconcilie; enfin, pour mieux les définir, on peut dire que les démons sont des êtres animés dont l’esprit est raisonnable, l’amo sujette à toutes les impressions, le corps aérien et la durée éternelle.
« On appelle encore démons, dans un autre sens, les ornes affranchies et délivrées des liens du corps. Celles qui ont bien vécu prennent soin de leur postérité, s’attachent au gouvernement des familles et y entretiennent, sous le nom de Lares ou de démons familiers, la tranquillité et la paix. Au contraire, celles qui ont mal vécu sur la terre n’obtiennent aucune demeure certaine et sont condamnées, sous le nom de Larves ou fantômes, à
EXTRAIT b’ A HUÉ K.
errer nu hasard sans nuire emploi que d’effrayer les bons cl de poursuivre les médians de leur colère.
« Enlin , il y a des dieux d’une autre espèce et en aussi grand nombre, qui surpassent de beaucoup ces derniers eu dignité, et qui ayant été toujours affranchis des entraves et des liens du corps mortel ont une puissance plus étendue.
« Dans celle troupe infinie de génies sublimes, Platon prétend que chaque homme a le sien , arbitre souverain de sa conduite, toujours invisible et assidu témoin non -seulement de ses actions, mais de ses plus secrètes pensées. Après notre mort ce même génie se saisit de nous pour nous conduire en jugement devant les dieux; là, son devoir est de nous reprendre si dans notre défense nous avançons quelque fausseté, de jurer pour nous si nous sommes vrais, et de donner ainsi son témoignage pour fondement à la sentence qui est prononcée. *
FIN DU TOME PtU.WIHl.