‹ Jésus-Christ et sa doctrineChapitre 49 sur 53 · VOTE E · texte numérisé non relu

VOTE E

lui étaient en partie inconnus, comment supposer que ses propres principes doués de tant de vigueur, et dont chacun de ses membres, par le seul fait de son éducation populaire , était un écho naturel , n’aient pas sillonné à une grande profondeur les terres étrangères ?

Qu’on ouvre d’ailleurs le Zendavestn actuel , le recueil de la parole de vie ; c’est le livre ou les idées de Zoronstre semblent s’unir d'un côté aux anciennes doctrines de In Médie et du Magismc, et recevoir d’un autre côté, par des interpolations ultérieures , l’influence propre des Grecs; on s’aperçoit aussitôt que le Jéhovah , l’être suprême ou l’éternel des livres juifs y a pris droit de possession , pour ramener b l’unité le dualisme absolu et la souveraineté fatale du mal qui faisait le fond des doctrines générales de l’Asie.

Mais, de même que les dogmes orientaux communiqués h la Judée ne se mêlèrent que d’une manière très-incomplète aux doctrines de cette nation, jusqu’à l’époque oii ils furent définitivement réuni» en un seul corps par le christianisme du fils do Marie , de même cela eut lion pour le nouvel être suprême du réformateur persan. Cet être suprême qu’il appelle lelemps sans bornes, Zervan Akerené , ne joue qu’un rôle très-incomplet et tout passif en présence des deux principes vraiment fondamentaux des doctrines du pays, en présence des génies du mal et du bien , d’Ormuzd et d’Àhrtmane,

R A PPROCII FMF..NS HISTORIQUES. /|ti I

La légende religieuse des Perses , qui abonde en merveilles, selon l’usage de ces climats, dit de Zorooslre ou Zerndocht qu’il était émané directement de la Divinité pour réréler la science des sciences. Son nom signilic, selon les avis divers, le contemplateur des étoiles, l’ami du feu, l’étoile d’or, ou de Sirius. Sa naissance n’aurait coûté aucune douleur h sa mère. En paraissant au monde, il répandit autour de lui une éblouissante clarté. Arrivé ii l’àge convenable pour éprouver l'eiTet des célestes inspirations , le prophète ne s’attacha point h des génies intérieurs. Mais sou auic entièrement séparée de son corps accomplit un grand , voyage dans je ciel, auprès d’Orinuzd; ensuite elle visita les enfers , et apres avoir repris son enveloppe mortelle , qui avait clé déposée dans une sombre caverne pour plus do sûreté, elle permit ii Zoroaslre de se retirer sur un Sinaï nouveau, sur la montagne sainte de l’AIborji. Là il écrivit tout le recueil de prières, de dogmes, de rites et de lois, dont le Zcndavcsla que nous possédons no renfermerait que la plus faible partie (fie de Zoroaslre dans Anquelil Duperron, t. i).

Les mêmes rapprochcmcns d’époque et de principes doivent se faire pour la légende d’un autre réformateur de l’Orient, c’est de Boudha que je veux parler; la huitième des incarnations de ^ iciinou , le Jésus-Christ de l’Indostan , qui compte aujourd’hui parmi ses sectateurs plus de deux cent millions d’ames.

NOTÉ E

D’abord , il est avéré par le témoignage dos hommes appliqués à l'étude spéciale de ces questions , que les monumens historiques de l’Inde n’offrent rien de certain ni sur les faits ni sur les dates. L’antique, le récent et même le moderne, disent-ils, s’y trouvent confondus au point de donner des argumens aux opinions les plus contraires (Klapproth, Mémoires relat. à l’Asie , p. 39a et 5g6 ; Creutzer- Guigniaut , t. 1 , 2’ partie, p. 658}.

Toutefois, rangeons-nous 5 la date généralement avouée, et qui donne le plus d’antiquité à la réformation réelle propagée au nom de Boudha ; c’est le cinquième ou sixième siècle avant Jésus- Christ. Or, il est impossible de ne pas s’apercevoir qu’elle tombe, comme les jours de Zoroastre, bien après la première dispersion des Juifs. Ensuite, demandons-nous en quoi consiste le principe essentiel de celte réformation? Nous y trouvons l’une des hases les plus frappantes et les plus connues de la loi du peuple juif, la substitution de l’égalité d’origine de tous les humains à l’idée asiatique d’une création différente pour chaque caste.

Enfin, supposons qu’on puisse tracer la ligne exacte de l’Asie, au-delà de laquelle les dépositaires du ferment hébraïque n’auraient point eux-mêmes pénétré; supposons que les exemples réalisés à Babylonc et à Suze , où des membres assez nombreux du peuple juif avaient obtenu à la cour des rharges importantes et avaient été admis dans les

fWPPROiHKUF.XS HISTORIQIKS.

collèges s» van s , ne se soient renouvelés dans les villes principales d’aucun autre État, nous serions encore avertis , par les traditions des contrées situées aux extrémités de l’Orient , qu’il existait une disposition des esprits des plus favorables pour transporter au loin leurs races d’idées.

Toujours durant les mêmes siècles, entre l’an 600 et l’an 5oo avant Jésus-Christ , un philosophe célèbre parmi les hommes que le sol de la Chine a produits, et du nom de Laot-Scu , entreprit de longs voyages vers les régions occidentales. Je laisse à l’un des orientalistes de notre époque , qui a acquis le plus d'autorité dans la connaissance de la littérature des peuples chinois, à nous faire connaître l'influence directe que ces voyages ont exercé sur l’échange réciproque des doctrines. «Le livre de I.aol-Seu , dit cet écrivain , découvre un véritable philosophe, moraliste judicieux, théologien disert et subtil métaphysicien; et scs opinions, dans les sublimes rêveries qui les distinguent, présentent une conformité frappante avec la doctrine que professèrent un peu plus lard les écoles de Pylhagore et de Platon. Pour comble de singularité , Laot-Scu donne à l’être qui aurait formé l’univers, et auquel il rattache toute la chaîne des êtres, un nom hébreu h peine altéré , le nom même qui désigne dans nos livres saints celui qui a été et qui sera , Jéhovah (I H V). Or, ce dernier trait confirme tout ce qu’indiquait déjà la tradition d’un voyage de Laot-Scu

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dan» l'Occident, et ne laisse aucun doute sur l’origine de sa doctrine. Vraisemblablement il la tenait ou des Juifs des dix tribus que la conquête de Sahnauaxar venait de disperser dons toute l’Asie, ou des apôtres de quelque secte phénicienne, h laquelle appartenaient aussi les philosophes qui furent les mailres cl les précurseurs de Pylhagore et de Platon... On conçoit à peine aujourd'hui que le seul désir de counallre des opinions ail pu fuire entreprendre des courses si pénibles; il y a dans ces excursions lointaines quelque chose de romanesque qui nous les rend b peine croyables. Nous ne saurions nous imaginer qu’à ces époques reculées , oii la géographie était si peu perfectionnée et le monde encore enveloppé d’obscurité , des philosophes pussent, par i'cflèt d'une louablo curiosité , quitter leur patrie cl parcourir, malgré mille obstacles et en traversant des régions inconnues , des parties considérables du continent ancien. Mais on ne peut pas nier tous les faits qui embarrassent, et ceux de ce genre se multiplient chaque jour, à mesure qu’on approfondit l’histoire ancienne de l’Orient. » (Abel de Rémusat , Méltmgex asiatique$ , t, j, p. 88 et suiv. )

TIl/i8\mCTF.(i.

Note F, page t 26.

Institut (1rs Thérapeutes*

Le traité de Philon sur la vie contemplative est le document fondamental que nous possédons au sujet de l’établissement et des usages des thérapeutes. Long-temps on avait pris h tâche de voir des chrétiens dans la communauté de ces Juifs qui avaient cédé en partie à l’influence de l’esprit contemplatif et mystérieux de l'Égypte; mais l’erreur de cette opinion a été démontrée sans retour par une foule d’écrits.

Depuis le mariage de Salomon avec une tille des Pharaons, des relations nombreuses de politique et de commerce n’avaient pas cessé d’exister entre les pays arrosés par le Jourdain et par le Nil (I , Rois, 111; II, Chivniq., i, 16). Plus tard, les invasions successives des Assyriens et des Chaldécns avaient ■ entraîné des colonies entières de juifs h s’établir en Égypte. Jérémie le prophète s’y était opposé de toutes ses forces par deux motifs : en restant sur le sol natal , leur présence devait faciliter un jour le réveil inévitable do la nation (xxvn , 7, 10); ensuite, lo torrent dévastateur, auquel son avis formel avait été de céder momentanément , défait se répandre sur l’Égypte elle-mèinc et lui ôter bientôt tonie sftrolé intérieure fjéréhi. \xvir , 7. 10; sut,

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y, 17; xliii). Loin de céder h ses injonctions, les colonies émigrantes se transportèrent dans les villes égyptiennes de Aligdol, de Tapbnès, de Noph, et au pays de Patros. Lh elles sc mêlèrent fréquemment au culte des dieux étrangers ; elles offrirent leurs encensemens et leurs aspersions & la reine des cicux (Jérémie xuv, xlv) , qui était à la fois l’Isis des Égyptiens et la Vénus phénicienne.

Mais lorsque l’invasion de Cambyse eût porté le fer et le feu dans l’empire des Pharaons , et que toutes les prévisions politiques et lugubres de leurs prophètes se furent accomplies , ces mêmes colonies juives , frappées pour la plupart de tant de malheurs , s’enfoncèrent dans les solitudes afin d’y trouver quelque repos. Elles puisèrent, dans la majesté mélancolique des lieux et dans le souvenir des foyers paternels , une disposition naturelle h la contemplation et au détachement de la vie commune.

11 faut ajouter plusieurs autres circonstances 5 ces * premières inductions. Vers la même époque (5oo ans avant Jésus-Christ), une foule de membres de l’institut pythagoricien arrivèrent en Égypte. Ces philosophes sc voyaient dispersés et proscrits par les villes de l’Italie méridionale , autrement appelée la Grande-Grèce,, dont ils avaient été les bienfaiteurs; mais leur tendance, vraie ou supposée, à s’emparer de la puissance politique, à la manière des castes sacerdotales de l’Orient , avait excité contre eux les inimitiés les plus terribles. Ajoutons encore

THiRAPKOTF.S.

les progrès de la métaphysique platonicienne dans Alexandrie et la transplantation volontaire ou forcée, en Égypte, de colonies juives nouvelles, déjà tont imbues des idées de la Perse et du reste de l’Orient. Enfin, on connaît les calamités qui tombèrent sur cettc contrée, en général, et sur ses habitans juifs , en particulier, pendant la dernière période de la dynastie des Ptolémées. Ce sont là des motifs assez puissans pour expliquer l’existence , bien antérieure à Jésus-Christ, do la communauté religieuse et contemplative des thérapeutes.

Le document mémo auquel je vais emprunter presque à la lettre scs traits essentiels, n été écrit plusieurs années avant les prédications de Jésus. On y apprend que les membres de l’institut en question étaient répandus, sous les yeux de l’auteur de ce document, dans quelque* provinces de l’Égypte, principalement autour d’Alexandrie. Ils se considéraient comme morts à la société active. Après avoir abandonné tous leurs biens à leurs parens ou à leurs amis , ils se retiraient dans des lieux écartés, nullement par haine du genre humain , mais afin de se livrer en paix à l'adoration de Dieu et à la contemplation de la nature.

Leurs maisons étaient entourées de jardins, dans des positions saines, sur le penchant des collines; on les choisissait assez rapprochées les unes des autres pour ne pas se priver des secours mutuels. Elles n’ offraient aucune autre commodité qu’un obri

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contre les rigueurs des saisons. À l’intérieur ces maisons se divisaient en petites cellules ou temniet, dans lesquelles chaque membre no devait apporter que les livres de la loi, les prophètes, des hymnes et autres œuvres do ce genre. Les thérapeutes recevaient parmi eux des femmes avancées en £ge qui avaient gardé lo célibat. Au lever du soleil, ils faisaient une prière pour obtenir un jour heureux 1 quand le soleil se couchait, ils priaient de nouveau pour que leur nme, déchargée du poids des choses . du dehors, devint beaucoup plus digne de s’élever à la vérité pure. Tout l’intervalle du matin au soir était rempli par la méditation des livres de la loi; ils les considéraient comme un être vivant auquel les préceptes servent de corps, tandis que le sens allégorique ou intérieur en serait l’ame. Les plus anciens fondateurs de leur secte leur avaient laissé beaucoup de commentaires sur ces allégories. Ils s’efl'orçaient de les augmenter dans le même esprit; ils y ajoutaient des chants de leur composition , toujours en l’houneur de Dieu et sur des rythmes très-graves.

Pendant six jours entiers les thérapeutes ne sortaient pas de leurs demeures; mais le septième jour ils se formaient en assemblée publique pour se communiquer leurs réflexions. Les femmes étaient séparées de la salle commune, suivant l’usage ordinaire dos Juifs, par une cloison qui leur permettait de tout entendre sans être vues. Les hommes

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s’asseyaient par ordre d’âge sur des nattes de papyrus relevées à la hauteur des coudes pour les soutenir. La main droite placée ontre la poitrine et la barbe et la main gaucho sur le flanc, ils prêtaient il celui d'entre eux qui avait ù parler l’attention la plus solennelle.

La sobriété des thérapeutes dépassait tout ce qu’on raconte des pythagoriciens : ils ne faisaient chaque jour, et après le coucher du soleil, qu’un soûl repas, composé do pain, de quelques racines et do sel ; ils restaient souvent plusieurs jours sans recourir ft aucune nourriture. Ln plus curieuse de leurs fêtes était celle que chaque période de sept semaines ramenait. Le banquet fraternel ne s’écartait pas de la sobriété habituelle; mais les femmes y prenaient rang, et l’on terminait la solennité par des chœurs de danse sacrée. Cos chœurs avaient pour but de rappeler les danses accomplies sur les bords de la mer rouge après la délivrance des Hébreux; ils formaient, en outre, nno image vivante des chœurs et des harmonies célestes (Philon, de la vie contemplative).

Note G, page i3i.

Complément de l'idée générale à sc faire de ta kabale. ou tradition spéculative des Juifs.

On pense bien que je ne me propose nullement ici de discuter ni d’éclairer dans toute son étendue

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