‹ Jésus Christ et ses apôtresChapitre 1 sur 23 · Jésus Christ et ses apôtres · texte numérisé non relu

Jésus Christ et ses apôtres

Oous le règne d'Hérode, roi de Judée, il y avoit un prêtre, nommé Zacharie , qui servoit dans le rang d'Abia , et dont la femme , Elisabeth , étoit de la race d'Aaron. Cétoient deux personnes justes devant Dieu , qui marchoient dans la voie de tous les commandemens et de toutes les lois du Seigneur, sans qu'on eût rien à leur reprocher. Ils n'avoient point

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d'enfans, parce qu'Elisabeth étoît stérile , et qu'ils étoient tous deux avancés en âge. Or, il arriva , pendant que Zacharie exerçoit , selon la coutume, la fonction du sacerdoce , que le sort tomba sur lui pour offrir l'encens. Il entra dans le temple. Tout le peuple étoit alors à prier dehors L'Ange du Seigneur apparut à Zacharie, au côté droit de l'autel des parfums. A la vue de l'Ange , Zacharie fut troublé : la frayeur le saisit tout à coup. Mais l'Ange lui dit: « N'ayez point peur, <( Zacharie , car votre prière est exau- « cée. Elisabeth votre femme vous « donnera un fils que vous appellerez « Jean. Vous serez transporté de joie, « et plusieurs se réjouiront à sa nais- « sance : car il sera grand devant le a Seigneur. Il ne boira ni vin, ni lï-

' A LA YIE DE JESUS-CHRÏST. Vi)

« queur qui enivre. Dès le ventre de « sa mènf, il sera rempli dn Saint- <( Esprit. Il convertira au Seigneur « leur Dieu un grand nombre des « enfans d Israël. Il marchera avec « l'esprit et la vertu dElie, pour tour- « ner les cœurs des pères vers les en- (( fans, et donner aux incrédules la « sagesse des justes. Il préparera au « Seigneur un peuple parfait. »

« — Comment m'assurerai-je de la « vérité de ces choses? demanda Za- « charie à l'Ange. Je suis vieux , et <( ma femme est avancée en âge. »

L'Ange lui répondit : « Je suis Ga- « briel, qui est toujours présent de- « vant Dieu. Je suis envoyé pour « vous parler et pour vous annoncer « cette bonne nouvelle. Vous allez

vii) INTRODUCTION

« être muet, et vous ne pourrez par- « 1er jusqu'au jour où ces choses arrive veront , parce que vous n'avez pas « cru à mes paroles , qui s'accomplir <( ront dans leur temps. »

Cependant le peuple attendoit Zacharie ; on s'étonnoit qu'il s'arrêtât si long-temps dans le temple. Mais lorsqu'il fut sorti , il ne pouvoit leur parler. Ils connurent qu'il avoit eu une vision dans le temple : car il leur parloit par signes , et il resta muet.

Lorsque le temps de faire les fonctions de son ministère fut passé , il s'en retourna chez lui. Peu de jours après , sa femme devint grosse. Elle fut cinq mois sans se montrer, et elle disoit : <* C'est là ce que le Seigneur a fait « en ma faveur, pour effacer l'op-

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« probre que je souffrois parmi les ce hommes. »

Au sixième mois de sa grossesse, le Seigneur envoya l'Ange Gabriel dans la ville de Galilée nommée Nazareth , à une vierge qui avoil pour époux un homme de la maison de David. Il s'appeloit Joseph , et la vierge s'appeloit Marie. L'Ange entra chez elle , et lui dit : « Je vous salue , « vous qui êtes pleine de grâce; le « Seigneur est avec vous ; vous êtes « bénie entre les femmes. » A ces paroles de l'Ange, Marie se troubla.

Elle songeoit à ce que vouloit dire cette sorte de salut. « Ne craignez « point, Marie, lui dit l'Ange; vous <( avez trouvé grâce devant Dieu.Vous <\ allez devenir enceinte. Vous mettrez

x INTRODUCTION

« au monde un fils , et vous lui don- « nerez le nom de Jésus. Il sera grand « et on l'appellera Fils du Très-Haut.

« Le Seigneur-Dieu le mettra sur le « trône de David son père. Il régnera « éternellement dans la maison de a Jacob , et son règne n'aura point « de fin — Comment cela se feraa t-il ? dit alors Marie à l'Ange; car « je n'ai commerce avec aucun hom- « me. — Le Saint-Esprit viendra en « vous, lui répondit l'Ange; la vertu « du Très Haut vous couvrira de son « ombre ; et le Saint qui naîtra de « vous s'appellera le Fils de Dieu.

« Voilà que votre cousine Elisabeth <( est devenue elle-même, dans sa « vieillesse, enceinte dun fils; et celle « qu'on appelle stérile est maintenant « dans son sixième mois. Car rien

A LA VIE DE JESUS-CHRIST. xj

« n'est impossible à Dieu. « Marie dit alors : (Voici Ja servante du Seigneur; « qu'il soit fait selon votre parole. » Et l'Ange la quitta. Marie se mit aussitôt en chemin et s'en alla au pays des montagnes, dans la ville de Juda, où demeuroit Zacharie. En entrant chez lui, elle salua Elisabeth. Dès que celle-ci s'entendit saluer par Marie, l'enfant tressaillit dans ses flancs ; Elisabeth fut remplie du Saint-Esprit; elle s'écria à haute voix : « Vous êtes « bénie entre les femmes , et le fruit u de vos entrailles est béni. Et d'où « me vient ce bonheur que la mère « de mon Seigneur me visite? Car, « au moment où vous m'avez saluée, « l'enfant a tressailli de joie dans mes « flancs. Vous êtes heureuse d'avoir « cru ; car les choses qui vous ont été

sij INTRODUCTION

« dites de la part du Seigneur saccom- « pliront. » Marie dit alors : « Mon « âme célèbre les grandeurs du Sei- < gneur. Mon esprit est transporté de a joie en Dieu, auteur de mon salut, « parce qu'il a jeté les yeux suit* son « humble servante, Voilà que tous «4 les siècles m'appelleront désormais « bienheureuse , pour les grandes cho- « ses qu a faites pour moi celui qui « peut tout. Son nom est saint. Sa « miséricorde se fait sentir de race « en race à ceux qui le craignent. Il a « signalé la puissance de son bras : il « a détruit les desseins que les orgueil- <( leux formoient dans leur cœur; il a « renversé les puissans de leur trône; « il a élevé ceux qui étoient dans la <( bassesse; il a rempli de biens ceux « qui étoient dans le besoin , et a ren ~

A LA VIE DE JESUS-CHRIST, xiij

< voyé les riches dénués de tout. Il a

< relevé Israël son serviteur, et s est ce ressouvenu de sa miséricorde, selon « la parole qu'il en a donnée à nos « pères, à Abraham et à sa postérité. »

Marie demeura environ trois mois avec Elisabeth ; après quoi elle retourna dans sa maison.

Mais Elisabeth étant à son terme , accoucha d'un fils. Ses voisins et ses parens apprirent que Dieu avoit fait éclater sa miséricorde sur elle , et l'en félicitèrent. Au bout de huit jours, ils vinrent pour la circoncision de l'enfant. Ils vouloient le nommer Zacharie, du nom de son père. « Non, « dit sa mère, il sera nommé Jean.

« — - Il n'y a personne de ce nom dans

xiv INTRODUCTION

« votre parenté, » reprirent-ils; et ils faisoient signe au père de donner un nom à l'enfant. Zacharie demanda des tablettes, et il écrivit en disant: « Son nom est Jean. » Tous demeurèrent étonnés; car, à l'heure même, sa bouche s'ouvrit, sa langue devint libre , il parla et bénit Dieu. Tout le voisinage fut dans la crainte, et cet événement se répandit dans le pays des montagnes de la Judée. Tous ceux qui en entendirent parler se gravèrent dans l'esprit tout ce qui étoit rapporté, et disoient : « Que pensez -vous « que sera cet enfant? » Car la main du Seigneur étoit avec lui.

Zacharie, son père, fut rempli du Saint-Esprit , et prophétisa en disant:

« Béni soit le Seigneur, le Dieu d Is-

A LA VIE DE JESUS-CHRIST, xv

« raël, de ce qu'il a vîsité et racheté « son peuple, et a élevé un rempart « de salut dans la maison de David , « son serviteur.

« Il avoit donné sa parole , par la « bouche des saints Prophètes qui (( sont de tout temps, de nous tirer « des mains de nos ennemis et de tous « ceux qui nous haïssent.

a Et cela , pour exercer sa mïséri-

« corde envers nos pères , et pour

« montrer qu'il n'a pas oublié sa

« sainte alliance, ni le serment qu'il

« a fait à Abraham de se donner à

((nous, afin qu'étant délivrés de la

« crainte de nos ennemis , nous le

a servions tous les jours de notre vie r

« et marchions, en sa présence, dans

« la sainteté et la justice. »

xvj INTRODUCTION

Et s'adressant au nouveau-né , Zacharie ajouta :

<( Et vous, enfant, vous serez ap- « pelé le Prophète du Très- Haut , « car vous précéderez le Seigneur, (( pour lui préparer la voie et donner « la connoissance du salut à son peu- « pie, afin qu'il reçoive la rémission « de ses péchés.

« Cela s'est fait par les entrailles « de la miséricorde de Dieu, qui nous « a visité d'en -haut. Eclairez ceux « qui demeurent dans les ténèbres a et à l'ombre de la mort, et dirigez « nos pas dans le chemin de la paix. »

Cependant l'enfant grandit et se fortifia selon l'esprit. Il resta dans le désert jusqu'à ce qu'il se produisît

A LA VIE DE JESUS-CHRIST, xvij

aux yeux d'Israël. Jean étoit alors vêtu de poil de chameau, avoit une ceinture de cuir autour de ses reins, et se nourrissoit de sauterelles et de miel sauvage. Quand le temps de sa manifestation fut arrivé , il se fit entendre au désert , conformément à ce qui est écrit dans le prophète Isaïe , lorsqu'il dit : « J'envoie mon Ange « devant votre face , pour préparer « votre voie devant vous. » « Faites « pénitence y disoit-il , car le royaume « des deux approche. » Le prophète Isaïe avoit encore parlé de lui en ces termes : « C'est la voix de celui qui « crie dans le désert : Préparez le che- « min du Seigneur; faites- lui des a sentiers droits. Toute vallée sera <( comblée, toute montagne, toute « colline sera abaissée. Ce qui n'est

xviij INTRODUCTION

« pas droit sera redressé; ce qui est « raboteux deviendra uni , et toute « chair verra le salut de Dieu. »

Jean disoit aux peuples qui accouroient en foule à ses prédications, et qui venoient pour être baptisés dans le Jourdain : « Faites de dignes fruits ce de pénitence , et ne dites pas : Abra^ <( ham est notre père ; car je vous dis, (( moi, que de ces pierres, Dieu peut « faire naître des enfans d'Abraham.

« On a déjà mis la cognée à la racine « des arbres : ainsi , tout arbre qui ne « porte pas de bons fruits sera coupé « et jeté au feu. » Cette foule de peuple lui demandoit : « Qu'avons-nous « donc à faire? » Et Jean leur répondoit : « Que celui qui a deux habits « en donne un à celui qui n'en a

A LA VIE DE JESUS-CHRIST, xix

« point. Que celui qui a de quoi mai>» « ger, en use de même. » Il lui vint des publicains pour être baptisés , et qui lui demandèrent : « Maître , qu'a- « vons-nous à faire? — Ne faites rien, ce leur dit-il , au-delà des ordres que « vous avez reçus. » Les gens de guerre lui firent la même question , et il leur répondit : « Ne faites point de conçus- « sions, n'accusez faussement perte sonne, et contentez- vous de votre « solde* »

Comme le peuple se persuadoit que Jean pourroit bien être le Christ 5 et que tout le monde en avoit la pensée r Jean leur parla à tous en ces termes : « A la vérité, je vous donne « à tous un baptême d'eau , afin que « vous fassiez pénitence; mais celui

xx INTRODUCTION

« qui va venir après moi est pins « puissant que moi. Je ne suis pas « digne de porter ses souliers. Non , <( je ne suis pas digne, en me prosc< ternant , de lui délier la courroie de <( ses souliers. C'est lui qui vous don- « nera le baptême de TEsprit-Saint « et du feu. Le van est dans ses mains ; « il nettovera son aire , il amassera « son bled dans son grenier; il brû- « lera la paille dans un feu qui ne « s'éteindra point. »

Un jour, les scribes et les pharisiens envoyèrent de Jérusalem des piètres et des lévites, pour demander à Jean : « Qui êtes- vous? » Jean le déclara et dit nettement : « Je ne « suis point le Christ. — - Qui êtesk vous donc? reprirent-ils; êtes-vous

A LA VIE DE JESUS-CHRLST xxj

« Elie? — Je ne le suis point. — Etes- « vous prophète? — Non. — Qui êtesa vous donc, afin que nous rendions « réponse à ceux qui nous ont en- « voyés ? Que dites - vous de vousa même? — Je suis, répondit Jean, « la voix de celui qui crie dans le dé- « sert : Faites au Seigneur un chemin « droit , comme a dit le prophète « Isaïe. »

Or, ceux qu'on avoit envoyés étoient de la secte des pharisiens. Ils lui firent cette nouvelle question : « Pour- « quoi donc baptisez - vous , si vous « n'êtes ni le Christ , ni Elie , ni pro- « phète? — Je baptise, moi, d'un <( baptême d'eau, répondit Jean; mais « il y a au milieu de vous un homme « que vous ne connoissez pas , qui doit

ïxij INTRODUCTION

« venir après moi , qui est avant moi, « et dont je ne suis pas digne de délier « les souliers. »

Le tétrarque Hérode envoya prendre Jean, et le fit mettre aux fers en prison, à cause d'Hérodias, femme de Philippe , son frère , qu'il avoit épousée, et parce que Jean avoit dit à Hérode : « Il ne vous est pas permis « d'avoir la femme de votre frère. »

Ce prince avoit envie de le faire mourir; mais il craignoit le peuple, qui regardoit Jean comme du prophète. Néanmoins Hérodias lui tendoit des pièges, et vouloit sa mort; mais elle ne pouvoit l'obtenir.

Cependant, un jour qu'Hérode célébroit sa naissance par un festin qu'il

A LA VIE DE JESUS-CHRIST, xxiij

donnoit aux grands de sa cour, à ses capitaines et aux plus considérables de la Galilée , la fille d'Hérodias étant entrée dans la salle , et ayant dansé , plut au tétrarque et à ceux qui étoient à table. Hérode lui dit : « Demandez- « moi ce que vous voudrez, et je vous « le donnerai , fût - ce la moitié de <<< mon royaume. » Cette fille étant sortie , alla consulter sa mère pour savoir ce qu'elle demanderoit. « La « tête de Jean-Baptiste,» répondit sa mère. Elle revint prompt ement trouver le Roi, et lui fit sa demande en ces termes : « Ce que je veux , c'eot « que vous me donniez tout à l'heure, « dans un bassin, la tête de Jean- « Baptiste. > Hérode fut affligé ; mais, à cause de son serment, et de ceux qui étoient à table avec lui > il ne vou-

xxiv INTRODUCTION etc.

lut pas la refuser. Il envoya un de ses gardes, avec ordre de lui apporter la tête de Jean dans un bassin. Le garde exécuta cet ordre, et vint offrir, dans un bassin , la tête de Jean à la fille d Hérodias, qui la donna à sa mère.

Ainsi mourut le précurseur de Jésus-Christ. Les disciples de Jean, ayanrt appris sa mort, vinrent prendre son corps et le mirent dans un tombeau. Ils allèrent ensuite annoncer cette nouvelle à Jésus.

ET

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Home avoit soumis presque toute la terre 9 et César-Auguste avoit mis fin aux discordes civiles qui avoient si long-temps agité Rome, lorsque, jouissant en paix de l'autorité suprême, qu'il devoit à sa politique plus qu'à ses armes , ce prince ordonna un dénombrement de tous les habitans de l'Empire. Ce dénombrement se fit, pour la première fois, par Cyrinus , qui commandoit dans la Syrie. Tous aîloient se faire inscrire , chacun dans

s VIE

la ville dont il étoit originaire. Joseph r de la maison et de la famille de David , alla de Nazareth en Galilée, dans la ville de Bethléem en Judée , pour se faire écrire avec Marie son épouse , qui étoit enceinte. Pendant qu'ils y étoient, Marie, se trouvant à terme, mit au monde un fds, qu'elle enveloppa de langes et coucha dans une crèche, parce qu'il n'y avoit plus de place dans l'hôtellerie. Il y a voit aux environs des bergers qui veilloient et se relevoient les uns les autres , pendant la nuit , pour la garde de leurs troupeaux. L'Ange du Seigneur parut tout-à-coup auprès d'eux. Une grande clarté se répandit à l'entour, et les bergers en furent effrayés. Mais l'Ange leur dit : « N'ayez point peur ; car je viens vous « annoncer un grand sujet de joie. Il vous est «. né aujourd'hui un Sauveur dans la ville de ci David. C'est le Christ, le Seigneur, et voici « à quoi vous le reconnoîtrez : vous trouverez « un enfant enveloppé de langes et couché ce dans une crèche. »

Aussitôt une troupe nombreuse de la milice céleste se mit avec l'Ange à louer Dieu et à

dire : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, « et paix sur la terre aux hommes de bonne « volonté. »

Les bergers se dirent ensuite les uns aux autres : « Allons jusqu'à Bethléem , et voyons « ce qui vient d'arriver. » Ils y allèrent en hâte , et trouvèrent Marie et Joseph avec l'enfant, couché dans une crèche. Ils virent de leurs propres yeux ce qu'on leur avoit dit de cet enfant ; et tous ceux qui en entendirent parler, en furent étonnés , ainsi que des choses qu'ils apprirent eux-mêmes de la bouche des bergers. Ceux-ci s'en retournèrent , glorifiant et louant Dieu de tout ce qu ils avoient entendu et de tout ce qu'ils avoient vu. »

Les historiens fixent l'époque de la naissance de Jésus à l'an du monde 5g66. Ce nom de Jésus fut donné à l'enfant au bout de huit jours, lorsqu'il fallut le circoncire. C'étoit le nom qui avoit été indiqué par l'Ange , au moment où il annonça à Marie qu'elle deviendroit enceinte par l'opération du Saint- Esprit.

Un autre signe qui devoit manifester le

Messie aux nations, et qui avoit été également prédit par les Prophètes , fut celui qui amena des Mages de 1 Orient à Jérusalem. « Où est , demandèrent-ils , le Roi des Juifs « qui est ne? Nous avons vu son étoile en ce Orient, et nous sommes venus pour l'ado- « rer. » À cette nouvelle , le Roi Hérode fut troublé , et tout Jérusalem avec lui. Il assembla tous les princes des prêtres et les scribes de la nation , et leur demanda où devoit naître le Christ. « A Bethléem de Juda , lui dirent- « ils ; car voici ce qui a été écrit par le Procc phète : Et vous , Bethléem de Juda , vous « n'êtes pas la moindre entre les principales ce villes de Juda, puisque de vous sortira le c< conducteur qui gouvernera Israël mon peuce pie. » Hérode fit venir alors secrètement les Mages, s'informa exactement du temps auquel ils avoient vu paroître l'étoile, et les envoyant à Bethléem , il leur dit : « Allez , enquérezcc vous soigneusement de l'enfant; et quand « vous l'aurez trouvé, donnez-m'en avis, pour « que j'aille aussi l'adorer. » Les Mages partirent, et l'étoile qu'ils avoient vue en Orient

parut les précéder dans leur marche , jusqu'à ce qu'elle s'arrêtât sur le lieuoùétoit l'enfant. A la vue de cette étoile , les Mages eurent une très-grande joie. Ils entrèrent dans la maison, où ils trouvèrent l'enfant avec Marie sa mère ; et se prosternant , ils l'adorèrent. Ils lui offrirent ensuite en présent, de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Ayant été avertis en songe de ne point aller retrouver Hérode , ils retournèrent en leur pays par un autre chemin.

Ce prince attendoit leur retour ; mais quand il vit qu'ils l'avoient trompé, il entra dans une grande colère , et envoya tuer tout ce qu'il y avoit d'enfans mâles dans Bethléem eV aux environs , depuis l'âge de deux ans et au-dessous. Mais Joseph et Marie étant allés à Nazareth pour présenter l'enfant au Seigneur, un Ange apparut en songe à Joseph , et lui dit • « Levez -vous, prenez l'enfant et « sa mère ; fuyez en Egypte , et n'en partez « point que je ne vous le dise ; car il arrivera « qu'Hérode cherchera l'enfant pour le faire

« périr. » Joseph se leva la nuit même, et se

retira en Egypte jusqu'à la mort d'Hërode. Alors le même Ange lui apparut de nouveau en songe, et lui dit : « Levez -vous, prenez « l'enfant et sa mère ; allez-vous-en dans la « terre d'Israël : car ceux qui en vouloitnt à « la vie de l'enfant sont morts. » Joseph se. leva , prit Penfant, et revint dans la terre à Israël ; mais entendant dire qu'Archelaùs régnoit dans la Judée, en la place d'Hërode son père, il n'osa y aller; et ayant été averti en songe , il se retira dans la Galilée et alla faire sa demeure à Nazareth , afin que ce qui avoit été dit par les Prophètes , au sujet de Jésus , s'accomplît : il sera appelé Nazaréen.

Cependant l'enfant plein de sagesse devenoit plus grand et plus fort. La grâce de Dieu étoit en lui. Son père et sa mère alloient tous les ans à Jérusalem , au temps de la Pâque , et il les y accompagnoit. Il avoit atteint l'âge de douze ans , lorsqu'il resta dans Jérusalem , après les jours de la fête, sans que ses parens y prissent garde. Ils le croyoient dans la troupe de ceux qui étoient venus comme eux, selon la coutume, à la solennité; mais, après

l'avoir cherché en vain, ils retournèrent à Jérusalem , et le trouvèrent , au bout de trois jours , dans le temple , assis au milieu des docteurs , qu'il écoutoit et interrogeoit. Tous ceux qui l'entendoient parler étoient surpris de sa sagesse et de ses réponses. Ses parens furent alors étonnés de le voir; et sa mère lui dit . « Mon fils , pourquoi en avez-vous usé « ainsi avec nous ? Yoilà que nous vous cherce chions , tout affligés , votre père et moi. » « — Pourquoi me cherchez-vous ? leur répon- « dit-il; ne saviez-vous pas qu'il faut que je « m'emploie aux choses qui regardent mon « père? » Mais ils ne comprirent pas ce qu'il leur dit. Etant parti avec eux , il alla à Nazareth , et il leur étoit soumis. Il croissoit en sagesse, en âge et en grâce, aux yeux de Dieu et des hommes ; et il demeura ainsi caché jusqu'à l'âge de près de 3o ans.

Dans la quinzième année de l'empire de Tibère -César , la Judée ayant pour gouverneur Ponce-Pilate, la parole du Seigneur se fit entendre , dans le désert , à Jean , fils de Zacharie , précurseur de Jésus , et plus âgé

que lui de six mois. Jean commença à prêcher dans le désert de la Judée , et vint , dans toute la contrée du Jourdain , baptisant et prêchant le baptême de la pénitence et l'approche du royaume des Cieux. Au bruit de ses premières prédications, les peuples accoururent en foule. On venoit le trouver pour confesser ses péchés , et recevoir de lui le baptême dans le fleuve du Jourdain. Jésus, qui ne connoissoit pas le péché, mais qui s'étoit chargé de nos iniquités, voulut bien se mêler à la foule des pécheurs. Il partit de Nazareth, et vint trouver Jean pour en être baptisé dans le Jourdain. Jean s'en défendit; mais Jésus lui dit : « Laissez-moi faire maintenant ; car il est à « propos que nous remplissions ainsi toute « justice. » Alors Jean ne fit plus de résistance, et Jésus fut baptisé dans le Jourdain. Mais lorsqu'il sortit de l'eau en faisant sa prière , les cieux s'ouvrirent à lui ; il vit le Saint-Esprit , sous la figure d'une colombe, descendre et s'arrêter sur lui; et dans le même temps, on entendit une voix du Ciel qui disoit : « Vous êtes mon Fils bien-aimé: j'ai

« mis en vous toutes mes complaisances. » Jésus avoit alors trente ans.

Ce baptême ne fut point une vaine cérémonie pour Jésus. C'étoit une profession de pénitence ; car il quitta aussitôt le Jourdain pour aller dans le désert , où il devoit être tenté par le Démon. Il y passa et jeûna quarante jours et quarante nuits. Au bout de ce temps, il eut faim, et le tentateur, s'approchant , lui dit : « Si vous êtes fils de Dieu, « commandez que ces pierres se changent en « pain. » Jésus lui répondit : «Il est écrit : ce « n'est pas le pain seul qui fait vivre l'homme, « mais toute parole qui sort de la bouche de <c Dieu. » Le tentateur le transporta alors dans la ville sainte , le mit sur le pinacle du temple, et lui dit : « Si vous êtes fils de Dieu, jetez- « vous en bas ; car il est écrit : il a chargé ses « Anges du soin de votre personne , pour « qu'ils veillent à votre conservation , et ils « vous porteront entre leurs mains , de peur « que votre pied ne heurte contre quelque « pierre. — Il est aussi écrit , lui répondit « Jésus : vous ne tenterez point le Seigneur

ÎO

YIE

<( votre Die a. » Après cette réponse , Satan porta Jésus sur une montagne fort haute, et lui fit voir en un instant tous les royaumes du monde avec leur gloire , et lui dit : a Je « vous donnerai toutes ces choses, toute cette « puissance et la gloire de ces empires , si vous « m'adorez. » Jésus loi répartit : « Retire-toi, « Satan , car il est écrit : Yous adorerez le « Seigneur votre Dieu, et vous le servirez lui « seul. » Le démon le quitta alors , et au même moment, les Anges vinrent et le servirent.

A la sortie du désert , Jésus passa le Jourdain et vint trouver Jean, qui étoit aussi passé de ce côté. Jean, en le voyant, dit: « Yoilà l'Agneau de Dieu ; voilà celui qui ef- « face le péché du monde. C'est de lui que « j'ai dit : il vient après moi un homme qui « est avant moi ; car il est plus ancien que « moi. Pour moi, je ne le connoissois pas ; « mais je suis venu donner un baptême d'eau , «afin qu'on le connoisse en Israël. J'ai vu « l'Esprit descendre du Ciel , sous la figure a d'une colombe , et il s'est arrêté sur lui. Je «. ne le connoissois pas : mais celui qui m'a

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« envoyé pour donner un baptême d'eau, m'a « dit : Celui sur qui vous verrez que l'Esprit « descendra et s'arrêtera , c'est lui qui bap- « tise dans le Saint-Esprit. J'ai vu cela moi- « même, et j'ai rendu témoignage que c'est <c le fds de Dieu. »

Le jour suivant, comme Jean étoit encore là avec deux de ses disciples, il dit, en voyant passer Jésus : « Voilà l'Agneau de Dieu. » Les deux disciples , entendant ce qu'il disoit, suivirent Jésus ; mais Jésus s'étant retourné et les voyant qui le s ui voient , leur demanda : « Que cherchez -vous ? — Maître , lui réponse dirent-ils, oii logez-vous? — Venez et voyez,» reprit Jésus. Ils vinrent et ils virent oii il logeoit. Il étoit environ la dixième heure du jour, c'est-à-dire quatre heures après midi. André , frère de Simon-Pierre , étoit un des deux disciples. Ayant rencontré son frère Simon , il lui dit : ce Nous avons trouvé le Messie. » Et il le mena à Jésus, qui, l'ayant regardé , lui dit : « Vous êtes Simon , fds de « Jonas; vous serez appelé Céphas, c'est-à-dire ïc Pierre. »

Le lendemain , Jésus , voulant aller en Galilée , rencontra Philippe , et lui dit : ce Suivez- « moi. )) Philippe étoit de la ville de Betlisaïde, pays d'André et de Pierre. Philippe rencontra Nathanaël , et lui dit : ce Nous avons trouvé <( celui dont Moïse, dans la loi, et les pro- « phètes , ont écrit : c'est Jésus de Nazareth , <c fils de Joseph. » Nathanaël lui répartit : ce Peut-il sortir de Nazareth quelque chose de ce bon ? — Venez et voyez , » lui dit Philippe. Jésus , voyant venir Nathanaël , dit de lui : ce Voilà un véritable Israélite , en qui il n'y ce a nul artifice. — D'où me connoissez vous? ce demanda Nathanaël. — Je vous ai vu sous <c le figuier , répondit Jésus , avant que Phice lippe vous appelât. — Maître , répartit Nace thanaël ? vous êtes le Roi d'Israël. — Vous ce croyez , reprit Jésus , parce que je vous ai ce vu sous le figuier. \ous verrez quelque chose ce de plus grand que ceci. En vérité , en vé- K rite, je vous le dis , ajouta-t-il, vous verrez ce au-dessus du fils de l'homme , le Ciel s'ou- * vrir, et les Anges monter et descendre. »

Trois jours après , Jésus fut invité 9 avec

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ses disciples , à des noces qu'il y eut à Cana en Galilée. Le vin étant venu à manquer, la mère de Jésus lui dit : « Ils n'ont point de ce vin. » Jésus lui répondit : « Femme , qu'a- « vons-nous de commun , vous et moi ? Mon « heure n'est pas encore venue, » Sa mère dit à ceux qui servoient : « Faites tout ce « qu'il vous dira. » Or, il y avoit là six urnes de pierre destinées aux purifications des Juifs , et qui tenoient chacune deux ou trois mesures. Jésus leur dit : « Emplissez d'eau les « urnes. » Et ils les remplirent jusqu'au haut. Jésus ajouta : « Puisez, à présent, et portez ce au maître du festin. » Et ils le firent. Dès que celui-ci eut goûté l'eau qui avoit été changée en vin , ne sachant pas d'où venoit ce vin , il appela l'époux et lui dit : « Tout le monde ce donne le bon viu au commencement , et « après que les gens ont bien bu , on en donne ce qui n'est pas si bon ; mais vous , vous avez « gardé le bon vin jusqu'à cette heure. »

Jésus fit ce premier miracle à Cana en Galilée. Par là, il fit éclater sa gloire, et ses disciples crurent en lui. Il alla ensuite , avec sa

mère , ses frères et ses disciples , à Capliarnaùm, où ils ne restèrent que peu de jours , mais qui fut, depuis, la demeure la plus ordinaire et comme le centre des missions de Jésus. Ses disciples, qui ne s'étoient pas encore attachés à lui de façon à ne s'en séparer jamais , lavoient quitté pour retourner à leur travail. Jésus, qui vouloit avoir des coopéra teurs pour annoncer l'Evangile du royaume de Dieu, se les attacha plus étroitement, de la manière suivante. Il passoit le long de la mer de Galilée , lorsqu'il vit Simon et André , son frère, qui jetoient leurs filets dans la mer : car ils étoieut pêcheurs ; et il leur dit : <c Suivez-moi , et je vous ferai pêcheursdhom- <c mes. » De là , s'étant un peu avancé, il vit Jacques, fils de Zébédée, et Jean, son frère, qui étoient aussi dans une barque à accommoder leurs filets, et au même instant , il les appela. Le peuple , venant en foule pour entendre la parole de Dieu , accabloit Jésus , qui étoit sur le bord de la mer. Jésus monta alors dans la barque de Simon , et le pria de s'éloigner un peu du rivage- S'étant assis , il instrui-

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soit le peuple de dessus la barque. Dès qu'il eut achevé son discours , il dit à Simon : « Menez -nous en pleine eau, et jetez vos a filets pour pécher. — Maître , lui répondit « Simon , nous avons fatigué toute la nuit , « et nous n'avons rien pris ; mais , puisque « vous me le dites , je jetterai le filet. « Ce qu'ayant fait , ils prirent une si grande quantité de poissons , que leur filet en rompoit; et ils firent signe à leurs compagnons qui étoient dans l'autre barque de venir leur aider: Ceux-ci vinrent, et on emplit les deux barques, en sorte quelles alloientpresqu'à fond. Simon-Pierre, voyant cela, dit à Jésus en se jetant à ses pieds : « Eloignez-vous de moi, «Seigneur, parce que je suis un pécheur. » Car la vue de la pêche qu'ils venoient de faire l'avoit épouvanté , lui et ceux qui étoient avec lui , ainsi que Jacques et Jean , fils de Zébédée , qui étoient compagnons de Simon. Mais Jésus dit à celui-ci : « N'ayez point peur : dé- « sonnais ce sera des hommes que vous prenez drez. » Ayant tiré leurs barques à terre , ils quittèrent tout pour suivre Jésus , abandon-

nant leurs filets et le père Zébédée, avec les gens à gages qui étoient comme lui dans la barque.

La Pâque des Juifs ëtoit proche , et le temps étoit venu où Jésus devoit faire connoître à tout Israël son Messie et son Roi. Il alla donc, avec ses nouveaux disciples , à Jérusalem , où la solennité rassembloit les Juifs de toutes les nations. Il s'y fit remarquer d'abord par une action qui attira sur lui tous les regards. Il trouva dans le temple des vendeurs de bœufs, de moutons et de pigeons, avec des changeurs qui étoient assis. Ayant fait un fouet avec de petites cordes , il les chassa tous du temple avec les moutons et les bœufs ; il jeta aussi par terre l'argent des changeurs, et renversa leurs tables. Il dit à ceux qui vendoient des pigeons : « Otez cela d'ici, et ne faites « point de la maison de mon père une maison « de trafic. » L^s Juifs , surpris, lui demandèrent : « Quel miracle nous faites-vous voir, « pour entreprendre de telles choses? — Dé- « truisez ce temple , leur répondit Jésus , et « je le rebâtirai en trois jours. — On a été

« quarante-six ans à le bâtir, répliquèrent les « Juifs, et vous le rebâtiriez en trois jours? )> Mais c'étoit du temple de son corps que Jésus parloit ; et quand il fut ressuscité , ses disciples se rappelèrent que c'étoit ce qu'il disoit, et ils ajoutèrent foi à l'Ecriture et aux discours de Jésus. Pendant le temps de la fête de Pâques , plusieurs crurent en son nom , en voyant les miracles qu'il faisoit. Mais Jésus ne se fioit point à eux , parce qu'il les connoissoit tous , et qu'il n'avoit pas besoin que personne rendît témoignage d'aucun homme; car il connoissoit par lui-même ce qui étoit dans rhomme. Toutefois il gagna un des Pharisiens , nommé Nicodème , homme considérable parmi les Juifs, déjà fidèle, mais encore timide; avide d'instruction, mais redoutant la persécution. Après avoir fait cette conquête, Jésus quitta Jérusalem, pour parcourir la Judée avec ses disciples. Il y fut quelque temps avec eux , et il y baptisoit ; c'est-à-dire que ses disciples baptisoient pour lui. Ce fut dans cette occasion que Jean rendit un nouveau témoignage à Jésus ; car ses disciples l'avant

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interrogé sur le baptême que donnait Jésus « il leur fit connoître en ces termes l'extrême différence qu'il y a voit entre le Messie et lui : « Celui qui vient d'en haut est au-dessus de « tous. Celui qui vient de la terre est terrestre, « et son langage l'est aussi. Celui qui vient « du ciel est au-dessus de tous , et il rend técc moignage de ce qu'il a vu et de ce qu'il a « ouï ; mais son témoignage n'est reçu de perte sonne. Celui qui a reçu son témoignage, a « attesté que Dieu est véritable : car celui que ce Dieu a envoyé, dit les mêmes choses que « Dieu ; parce que Dieu ne lui communique ce pas son esprit avec réserve. Le Père aime le a Fils, et il lui a mis toutes choses entre les « mains. Celui qui croit au Fils possède la vie « éternelle ; mais celui qui refuse de croire « au Fils ne jouira point de la vie , et la cote 1ère de Dieu ne se retire point de dessus « lui. »

Ce magnifique témoignage rendu à Jésus fut bientôt suivi de l'emprisonnement du saint précurseur , emprisonnement ordonné par Hérode le tétrarque, et qui lit quitter la

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Judée à Jésus , pour retourner en Galilée prêcher l'évangile du royaume de Dieu.

Comme il lui falloit passer par la Samarie , il arriva à une ville de ce pays nommée Sichar, près de l'héritage que Jacob donna à son fils Joseph. Là étoit la fontaine de Jacob. Jésus, fatigué du chemin, s'étoit assis sur le bord. Il étoit environ la sixième heure du jour, c'est-à-dire midi. Une femme samaritaine étant venue puiser de l'eau, Jésus lui dit : ce Donnez-moi à boire. » ( Ses disciples e'toient alors allés dans la ville acheter de quoi manger. ) Mais la Samaritaine lui répondit : « Comment , vous qui êtes Juif, me de- « mandez-vous à boire , à moi qui suis Sama- « ritaine? Car les Juifs n'ont point de corn- « munication avec les Samaritains. — Si vous « connoissiez le don de Dieu , lui répartit Jé- « sus, et qui est celui qui vous dit : Donnez- « moi à boire , peut-être que vous lui en au- « riez demandé ; et il vous auroit donné une « eau vive. — Seigneur, dit cette femme, vous « n'avez pas avec quoi puiser, et le puits est « profond. D'où avez-vous donc une eau vive?

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a Est-ce que vous êtes plus grand que notre « père Jacob qui nous a donné ce puits , dont « il a bu , lui , ses enfans et ses troupeaux ? « — Quiconque boit de cette eau, reprit Jésus, « aura encore soif; mais celui qui boira de « l'eau que je lui donnerai , n'aura jamais soif, « et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui « une source d'eau qui jaillit à la vie éter— « nelle. » Cette femme, ne comprenant pas encore de quelle nature étoit cette eau merveilleuse, lui dit: «Seigneur, donnez -moi «de cette eau, afin que je n'aie plus soif et « que je ne vienne plus ici puiser. — Allez , « reprit Jésus , appelez votre mari et venez « ici. — Je n'ai point de mari, répondit la « Samaritaine. — Vous avez fort bien dit : Je « n'ai point de mari, répliqua Jésus ; car vous « en avez eu cinq ; et celui que vous avez à « présent n'est pas le vôtre. — Ce que vous « avez dit là est vrai, Seigneur, répliqua cette « femme ; vous êtes, à ce que je vois, un pro- « phète. Nos pères, ajouta-t-elle ensuite, ont «adoré sur cette montagne; et vous dites, « vous autres, que le lieu où il faut adorer

« est à Jérusalem. » Alors Jésus lui parla ainsi : « Femme, croyez-moi, voici le temps « que vous n'adorerez plus le Père ni sur cette « montagne, ni dans Jérusalem. Vous adorez « ce que vous ne connoissez point. Pour nous, « nous adorons ce que nous connoissons ; car « le salut vient des Juifs. Mais le temps vient, « et il est même venu , que les véritables adore rateurs adoreront le Père en esprit et en . « vérité ; car ce sont de tels adorateurs que « cherche le Père. Dieu est esprit, et ceux « qui l'adorent doivent l'adorer en esprit « et en vérité. — Je sais , répondit la Sama- « riraine , que le Messie vient. Lors donc « qu'il sera venu , il nous instruira de toutes <c choses. — Je le suis , moi qui vous parle , » lui dit Jésus. Dans ce moment , les disciples arrivèrent , et ils furent surpris de ce qu'il sentretenoit avec une femme. Aucun d'eux néanmoins ne lui dit : Que lui demandez-vous? ni : D'où vient que vous vous entretenez avec elle? La femme, laissant alors sa cruche, s'en alla dans la ville, et dit aux habitans : « Yenez voir un homme oui ma

« dit tout ce que j'ai jamais fait. N'est-ce point « le Christ? » Ils sortirent donc de la ville et vinrent à lui. Ils le prièrent de faire quelque séjour dans leur ville; et Je'sus y séjourna deux jours. Beaucoup de gens crurent en lui, après avoir entendu ses discours. Ils disoient même à la femme : ce Ce n'est plus sur ce que ce vous dites , que nous croyons ; car nous l'a- « vons entendu nous-mêmes, et nous savons « que c'est lui qui est véritablement le San- « veur du monde. »

Au bout de deux jours , Jésus quitta les Samaritains , et s'en alJa en Galilée ; car Jésus a déclaré lui-même qu'un prophète n'est point honoré dans son pays. Lors donc qu'il arriva en Galilée , les Galiléens , qui avoient vu euxmêmes ce qu'il avoit fait à Jérusalem durant la fête, lui firent accueil. On commença à parler de lui dans tout le pays. Jésus enseignoit dans leur synagogue, et tout le monde publioit ses louanges.

Il alla une seconde fois à Cana en Galilée. Il y avoit là un seigneur dont le fils étoit malade à Capharnaum. Ce seigneur, ayant appris

l'arrivée de Jésus , vint le trouver et le supplia de guérir son fils qui se mouroit. Jésus , qui connoissoit sa disposition , la lui reprocha en ces termes : « Si vous ne voyez , vous «autres, des miracles et des choses extraor- « dinaires , vous ne croyez pas. — Venez, « reprit ce père, avant que mon fils meure. « — Allez , lui dit Jésus , votre fils est plein « de vie. » Cet homme crut ce que Jésus lui dit, et s'en alla. Le lendemain, étant encore en chemin , il rencontra ses serviteurs , qui lui annoncèrent que son fils étoit plein de vie. Il s'informa d'eux à quelle heure le malade avoit été mieux , et ils lui dirent : « La fièvre a le quitta hier à la septième heure du jour. » Le père vit que c'étoit l'heure même où Jésus lui avoit dit : Yotre fils est plein de vie; et il crut , lui et toute sa maison. Ce fut le second miracle que fit Jésus , à son retour de Judée en Galilée. De Cana il alla à Capharnaùm , et commença à enseigner dans la synagogue , où il venoit les jours de sabbat. On étoit tout étonné de sa doctrine ; car il enseignoit comme un homme qui a autorité, et

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non pas comme faisoient les scribes. Il y avait dans ]a synagogue un homme possédé de l'esprit immonde f qui , jetant un cri 7 dit à haute voix : « Quavons-nous à démêler avec vous , « Jésus de Nazareth? Etes -voua venu pour ce nous détruire? Je sais qui vous êtes , le saint « de Dieu. — Tais-toi , lui dit Jésus, d'un ton «menaçant, et sors de cet homme. » Alors l'esprit immonde , l'agitant avec de violentes convulsions , le jeta au milieu de l'assemblée , et poussant de grands cris , il sortit hors de lui , sans lui avoir fait aucun mal. Tous ceux qui virent ce prodige furent épouvantés et saisis d'étonnement ; ils se disoient les uns aux autres ; ce Qu'est-ce que ceci? Quelle est ce cette nouvelle doctrine ? Il commande avec ce autorité , même aux esprits immondes , et ce ils lui obéissent. » La réputation de Jésus se répandit dès-lors dans toute la Galilée.

Au sortir de la synagogue , Jésus alla au logis de Simon et d'André , avec Jacques et Jean. La belle-mère de Simon y étoit au lit

a\ec une grosse lièvre. Les disciples en parièrent d'abord à Jésus ; et le prièrent de la

secourir. Jésus approcha du lit , la prit par la main et la souleva. Il commanda en même temps à la fièvre de sortir, et la fièvre la quitta sur-le-champ. La malade se leva aussitôt et se mit à les servir. Sur le soir, après le coucher du soleil, on apporta à Jésus tous les malades et tous les possédés. Toute la ville étoit assemblée devant la porte. Jésus , mettant la main sur chacun d'eux , guérit plusieurs personnes qui étoient travaillées de diverses maladies. Il chassa, par sa parole, plusieurs démons, et rendit la santé à tous ceux qui étoient malades. Les démons sortoient du corps de plusieurs personnes , criant et disant : « Vous « êtes le fils de Dieu. » Mais Jésus , en les menaçant, les faisoit taire, parce qu'ils savoient qu'il étoit le Christ.

Le lendemain, s'étant levé de fort grand matin, il sortit et s'en alla dans un lieu solilaire, où il se mit à prier. Simon et ceux qui étoient avec lui suivirent Jésus , et l'ayant trouvé , lui dirent : ce Tout le monde vous ce cherche. » Il leur répondit : a Allons aux « villages et aux villes des environs, afin que

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« j'y prêche aussi ; car c'est pour cela que je <c suis \enu. » Une foule d'habitans sortis de la ville vinrent le chercher. Ils arrivèrent jusqu'au lieu où il étoit; et comme ils s'efiforçoient de le retenir, il leur dit : « Il faut que « j'annonce aussi à d'autres villes le royaume « de Dieu; car je suis envoyé' pour cela. » Et Jésus se mit à parcourir toute la Galilée , enseignant dans les synagogues , prêchant l'Evangile du royaume de Dieu, guérissant tout ce qu'il y a voit de maladies et d'infirmités parmi le peuple. Sa réputation se répandit par toute la Syrie, et on lui présenta tous les malades , des gens travaillés de diverses sortes de maux et de douleurs , des possédés ? des lunatiques , des paralytiques; et il les guérit. Beaucoup de peuple le suivit de la Galilée, de la Décapole , de Jérusalem , de Judée et- d'audelà du Jourdain.

Un jour, Jésus , ayant congédié la foule qui le suivoit, monta dans une harque avec ses disciples. Us se mirent en mer, et d'autres barques les accompagnoient. Pendant le trajet > Jésus s'endormit. Tout a coup la mer fut

violemment agite'e ; un tourbillon de vent fondit sur le lac , et soulevant les flots , il les jetoit dans la barque avec une telle furie, qu'elle en e'toit toute couverte. Elle commençoit à s'en remplir , et le danger étoit pressant. Jésus étoit à la poupe, dormant sur un oreiller. Ses disciples , s' approchant de lui , le réveillèrent , en lui disant : « Seigneur, sauce vez-nous , nous sommes perdus. Ne vous <c mettez-vous point en peine de ce que nous « périssons ? Jésus leur répondit : Pourquoi avez-vous peur, gens de peu de foi ? » Alors il se leva , menaça le vent, et dit à la mer : ce Tais-toi , cesse de te faire entendre. » Le vent cessa aussitôt, et il se fit un grand calme. « D'où vient que vous avez peur ? « reprit Jésus ; est-ce que vous n'avez point « encore de foi ?» Et les disciples furent saisis d'une grande crainte; ils se disoient l'un à l'autre : « Quel est cet homme qui commande « aux vents et à la mer , et à qui les vents et « la mer obéissent? »

On continua de voguer ; et on arriva à l'autre bord de la mer, dans le pays des Gé-

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raseniens, à l'opposite de la Galilée. Comme Jésus sortoit de la barque, il vint à lui des possédés du démon , qui étoient si furieux , que personne ne pou voit passer par le chemin qu'ils fréquentaient. Jésus les guérit, et ordonna aux esprits immondes qui les tourmentoient d'entrer dans des pourceaux qui étoient là. Les pourceaux se précipitèrent aussitôt avec impétuosité dans la mer , et cet événement causa tant de frayeur aux Géraseniens , qu'ils prièrent Jésus de se retirer de chez eux. Jésus monta dans la barque , et s'en retourna ; et quelques jours après , il rentra à Capharnaùm. Lorsqu'on sut qu'il étoit de retour, il s'assembla tant de monde devant la maison, que tous ne pouvoient pas tenir, même devant la porte. Jésus leur annonça la parole de Dieu, et les instruisoit étant assis. Il y avoit dans l'assemblée des pharisiens et des docteurs de la loi qui étoient venus de tous les villages de Galilée et de Judée, et de la ville de Jérusalem. La puissance du Seigneur éclatoit dans la guérison des malades. On lui amena un paralytique, auquel Jésus

dit : « Mon fils , prenez courage , vos péchés « vous sont remis. » Ce que les scribes et les docteurs de la loi ayant entendu, ils se mirent à raisonner et à dire en eux-mêmes : a Comte ment cet homme pirle-t-il de la sorte? Il « blasphème. Qui peut remettre les péchés , « que Dieu seul ? » Jésus connoissant leurs pensées, leur dit :« Pourquoi faites -vous « vous-mêmes de mauvais jugemens? Lequel ce est le plus facile de dire à un paralytique : « vos péchés vous sont remis , ou de lui dire : a levez-vous, prenez votre lit et marchez ? « Mais afin que vous sachiez que le fils de <c l'homme a sur la terre le pouvoir de re- « mettre les péchés, je vous l'ordonne, ditce il au paralytique, levez-vous, prenez votre « lit et allez-vous-en chez vous. » Aussitôt Thomme se leva en leur présence , prit le lit ou il étoit couché , et s'en alla chez lui , publiant les grandeurs de Dieu. Le peuple , voyant cela , fut saisi de crainte et loua hautement Dieu , qui avoit donné aux hommes un tel pouvoir. •

Après cela , Jésus partit de nouveau et re-

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tourna du côté de la mer. Tout le monde venoit à lui , et il instruisoit selon sa coutume. Lorsqu'il e'toit en marche , il vit un homme, nommé Mathieu, autrement Levi , fils d'Alphée , qui étoit assis au bureau des fermes. Il lui dit : « Suivez-moi. :» Celui-ci se leva d'abord, et quittant tout, le suivit. Il lui fit un grand festin dans sa maison , et il y avoit à la table où étoit Jésus des publia cains et des pécheurs en grand nombre. Les scribes et les phariseens, voyant qu'il raangeoit avec eux , dirent à ses disciples : « D'où « vient que votre maître mange et boit avec « les publicains et avec les pécheurs? » Jésus , qui les avoit entendus , leur dit : « Ce n'est ce pas à ceux qui se portent bien qu'il faut « un médecin, mais à ceux qui se portent ce mal ; ce n'e t pas les justes que je suis venu « appeler à la pénitence , mais les pécheurs. » Pendant que Jésus discouroit ainsi , un chef de la synagogue, appelé Jaïre, vint le prier, en l'adorant , d'entrer dans sa maison pour guérir une fille unique , âgée de douze ans , qui se mouroit, Jésus se leva , s'en alla

DE JESUS-CHRIST. 5i

arec lui et le suivit avec ses disciples. Dans le chemin, une femme malade d'une perle de sang depuis douze ans, vint dans la foule par derrière et toucha le bord de la robe de Jésus, et elle se trouva sur-le-champ guérie de son infirmité. Jésus, se tournant vers elle , lui dit : « Prenez courage , ma fille , votre foi vous a « guérie. Allez en paix , et soyez délivrée de « votre infirmité. » Pendant ce temps , on vint annoncer au chef de la synagogue que sa fille étoit morte. Jésus lui dit : « Ne craignez rien ; « croyez seulement , et elle vivra. » Arrivé au logis , il ne permit à personne d'entrer , sinon à Pierre , à Jacques , au père et à la mère de la fille. Il fit sortir une troupe de gens qui faisoient grand bruit, qui pleuroient et jetoient les hauts cris. Il alla au lieu ou la fille étoit couchée ; il lui prit la main , et lui ordonna de se lever. La jeune fille se leva aussitôt et se mit à marcher. Jésus commanda qu'on lui donnât à manger. Son père et sa mère en furent hors d'eux-mêmes. Jésus leur défendit expressément d'en rien dire à personne , mais la chose se divulgua dans tout le

pays. En retournant chez lui, Je'sus guérit deux aveugles qui le suivoient , et un muet possédé du démon qu'on lui présent!. Quelque temps après, il alla à Jérusalem, ou le temps de la Pâque l'appeloit. Il y avoit à Jérusalem une piscine qu'on nommait Bethsaïda. Elle étoit entourée de cinq galeries , où étoient étendus des malades, des aveugles, des boiteux, des paralytiques , qui attendoient que l'eau fût agitée ; car l'Ange du Seigneur descendoit , à certains temps , dans la piscine pour agiter l'eau, et le premier qui y descendoit, après l'agitation de leau, guérissoit, quelque maladie qu'il eût. Il y avoit là un homme qui languissoit depuis trente-huit ans. Jésus , qui le vit étendu , et qui savoit qu'il étoit malade depuis long-temps, lui dit : ccVou- « lez-vous être guéri ? » Le malade lui répondit : « Je n'ai point d'homme qui me jette dans la piscine , dès que l'eau est agitée ; car dans le temps que j'y vas , un autre descend avant moi. « Levez- vous , lui dit Jésus, pre- « nez votre lit et marchez. » Aussitôt l'homme fut guéri ; et, prenant son lit, se mit à mar—

cher. Or, c étoit un jour de sabbat. Les Juifs donc disoient à celui qui avoit été guéri': « C'est aujourd'hui le jour du sabbat , il ne « vous est pas permis de porter votre lit. » Il répondit : « Celui qui m'a guéri m'a dit : <c Prenez votre lit et marchez. »

Les Juifs , sachant du paralytique que c'étoit Jésus qui l'avoit guéri , lui firent un crime d'avoir violé le sabbat; et voici ce que Jésus leur répondit : « Mon père agit toujours , et « moi j'agis avec lui. En vérité 9 je vous le dis , « Je fils ne sauroit rien faire de lui-même ; il « ne fait que ce qu'il voit faire à son père : ce car tout ce que fait le père , le fils le fait « aussi ; parce que le père aime le fils , qu'il ce lui communique toutes les choses qu'il fait « lui-même, et qu'il lui en communiquera de « plus grandes que ne sont celles-ci , afin que « vous les admiriez. Comme le père ressuscite a les morts et leur donne la vie, de même le fils ce donne la vie à qui il veut. En vérité , je vous « le dis , celui qui écoute ma parole, et qui croit « à celui qui m'a envoyé, possède la vie éternelle « et n'encourt point la condamnation ; mais

ce il a passe de la mort à la vie. En vérité , en a ve'rité , je vous le dis, le temps vient , et il « est déjà venu , où les morts entendront la a voix du fils de Dieu : et ceux qui l'auront « entendue recouvreront la vie ; car comme le « père a la vie en lui-même, aussi a-t-il donné a au fils d'avoir la vie en lui-même, et il lui a « donné le pouvoir de juger, parce qu'il est le « fils de l'homme. Que cela ne vous sur- « prenne point ; car le temps approche que a ceux qui sont dans le tombeau , entendront « la voix du fils de Dieu : et ceux qui auront ce fait de bonnes actions ressusciteront pour ce vivre ; au lieu que ceux qui en auront fait <c de mauvaises, ressusciteront pour être con- « damnés. »

Les actions et les discours de Jésus lui suscitoient beaucoup d'ennemis parmi les pharisiens. Un d'eux cependant osa lui donner des marques d'attachement et de considération ; il s'apeloit Simon. Il invita Jésus â manger chez lui. Jésus y consentit, et fit voir, en se rendant à son invitation, que ce qu'il haïssoit dans les pharisiens , c'étoit leurs vices

et non leurs personnes. Il entra donc dans la maison de celui-ci , et se mit à table. Alors une femme qui étoit pécheresse, et connue pour telle dans la ville , sachant qu'il éioit à table chez le pharisien , apporta un vase d'albâtre , plein d'une liqueur odoriférante , et se tenant derrière Jésus, à ses pieds, elle les arrosa de ses larmes, les essuya de ses cheveux , les baisa et les parfuma de cette liqueur. Le pharisien qui l'avoit invité , voyant cela, dit en lui-même : « Si cet homme éloit un « prophète , il sauroit sans doute qui est celle « qui le touche et ce quelle est ; car c'est une «pécheresse.)) Jésus, connoissant ses pensées , lui dit : « Un créancier avoit deux dé- « biteurs , dont l'un devoit cinq cents deniers, «et l'autre cinquante; comme ils n'avaient « pas de quoi payer , il leur remit à l'un et à « l'autre la somme qu'ils dévoient. Lequel « donc l'aime davantage? — J'estime , leur ré- « pondit Simon , que c'est celui à qui il a « remis une plus grosse somme. » Jésus lui dit : «Yous en avez bien jugé. » Puis se tout?nant vers la pécheresse ; « Yoyez-vous cette

« femme ? dit-il à Simon. Je suis entre dans « votre maison ; vous ne m'avez point donné « d'eau pour me laver les pieds ; et elle , au ce contraire , les a arrosés de ses larmes , et ce les a essuyés avec ses cheveux. Vous ne ce m'avez point donné de baiser ; au lieu ce qu'elle , depuis qu'elle est entrée , elle n'a ce point cessé de me baiser les pieds. Vous ce n'avez point répandu d'huile sur ma tète , ce et elle a répandu des parfums sur mes pieds, ce C'est pourquoi , je vous le dis , beaucoup ce de péchés lui sont remis, parce qu'elle a ce beaucoup aimé; mais celui à qui on remet ce le moins, aime moins.» Après cela , il dit à la femme : ce Vos péchés vous sont remis. » Ceux qui étoient à table avec Jésus commencèrent à dire en eux-mêmes : ce Qui est celuice ci qui même remet les péchés ? » Mais Jésus dit à la femme : ee Votre foi vous a sauvée ; ce allez en paix. »

Après que la fête fut passée, Jésus reprit la route de la Galilée , où il s'occupa ; comme à son ordinaire , à faire des courses évangéliquesTUn jour de sabbat, lorsqu'il passoit

parles blés, il arriva que ses disciples, qui avoient faim , se mirent à arracher des épis , les brisèrent entre leurs mains , et les mangèrent. Quelques pharisiens , témoins de cette action , dirent aux disciples : ce Pourquoi <c faites-vous ce qu'il n'est pas permis de faire « le jour de sabbat ? » Puis s'adressant à Jésus : ce Voilà, lui dirent-ils j que vos disciples font <c ce qu'il n'est pas permis de faire le jour de «sabbat. — Eh, quoi! leur répondit Jésus , ce n'avez-vous pas lu ce que fit David , quand ce il eut faim, lui et ceux qui étoient avec lui? <c comme il entra dans la maison de Dieu , du « temps d'Àbiathar, prince des prêtres; comme « il prit et mangea les pains de proposition , <c dont il n'étoit permis de manger ni à lui , « ni à ceux qui étoient avec lui, mais au.< « seuls prêtres ? N'avez-vous pas lu, dans la « loi , qu'aux jours de sabbat, les prêtres, a dans le temple, violent le sabbat sans être c< coupables pour cela ? Pour moi , je vous dis « qu'il y a ici quelqu'un plus grand que le « temple. Le sabbat a été fait pour l'homme, « et non pas l'homme pour le sabbat; c'est

<c pourquoi le fils de l'homme est maître même <c du sabbat. »

Il arriva, un outre jour de sabbat, que Jésus entra dans la synagogue, et se mit à enseigner. Il se trouva là un homme qui a voit la main droite desséchée. Les scribes et les pharisiens prenoient garde s'il feroit une guérison le jour du sabbat, et ils demandoient à Jésus s'il étoît permis de faire des guérisons ce jour-là. Jésus connoissoit leurs desseins. Il dit à l'homme qui avoit la main desséchée : <c Levez-vous et mettez-vous au milieu. » Il se leva et s'y mit. S'adressant alors aux pharisiens : ce Voici , leur dit-il, une question que « je vous fais: est -il permis, les jours de ce sabbat , de faire du bien ou du mal , de ce sauver la vie ou de l'oter ? » Les pharisiens se taisoient. a Y a-t-il quelqu'un de vous , ce ajouta Jésus , qui n'ayant qu'une brebis, ce si elle tombe dans une fosse , le jour du ce sabbat , ne la prenne et ne l'en retire ? » De ce combien l'homme est -il au-dessus de la ce brebis? Il est donc permis de faire du bien « i$s jours du sabbat. » Les pharisiens se tai-

soient toujours. Jésus , jetant sur eux des yeux d'indignation, et contristé de l'aveuglement de leur cœur, dit à cet homme : « Eten- « dez votre main. » Il l'étendit , et elle redevint aussi saine que l'autre. Les pharisiens devinrent furieux. Ils sortirent et prirent aussitôt , avec les Hérodiens , une résolution sur les moyens de perdre Jésus ; mais Jésus , qui le savoit, se retira vers la mer avec ses disciples. On le suivit en foule de la Galilée, de la Judée , de Jérusalem , de l'Idumée et de delà le Jourdain. Les habitans des environs deïyr et de Sidon , apprenant les choses qu'il faisoit, vinrent aussi à lui en grand nombre.

Peu de temps après , Jésus alla sur une montagne , et y passa toute la nuit en prières. Dès qu'il fit jour, il appela ses disciples , qui vinrent à lui. Il en choisit douze d'entre eux , ceux qu'il lui plût, pour être avec lui, et à dessein de les envoyer prêcher. Il leur donna le nom d'apôtres, et leur accorda le pouvoir de guérir les malades et de chasser les démons . Voici les noms des douze apôtres : Simon, à qui Jésus donna le nom de Pierre ; Jacques a

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fils de Zébêdee , et Jean, frère de Jacques ; André, Philippe, Barthélémy, Mathieu le publicain , Thomas , Jacques , fils d'Alphée ; Judas , son frère , nommé Thadée ; Simon le Cananéen , surnommé le Zélé ; et Judas l'Iscariote , celui-là même qui trahit Jésus.

Après avoir fait ce choix , Jésus descendit de la montagne et s'arrêta dans la plaine avec ses disciples. Il y trouva une multitude infinie de peuple de toute la Judée , de Jérusalem et du pays maritime, de Tyr et de Sidon, qui étoient venus pour l'entendre et pour être guéris de leurs maladies, Ceux qui étoient possédés des esprits immondes en furent délivrés; et toute la troupe cherchoit à le toucher, parce qu'il sortoit de lui une vertu qui les guérissoit tous.

Mais voyant que ce peuple étoit avide de sa parole, Jésus monta une seconde fois sur la montagne , où il s'assit. Ses disciples s'approchèrent de lui. Alors , levant les yeux sur eux , il prit la parole et leur adressa ce discours sublime qui renferme la plus pure mo-

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raie du christianisme , et dont nous ne pouvons ici donner que quelques extraits.

« Bienheureux , dit- il, sont les paiwres « d'esprit , car le royaume des Cieux leur ap~ « partient. Bienheureux ceux qui sont doux , « car ils posséderont la terre. Bienheureux « ceux qui pleurent, car ils seront consolés. « Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la « justice , car ils seront rassasiés. ' Bienheu- « reux ceux qui sont miséricordieux, car ils « obtiendront miséricorde. Bienheureux ceux « qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu. « Bienheureux les pacifiques , car ils seront « appelés enfans de Dieu. Bienheureux ceux «qui souffrent persécution pour la justice, « car le royaume des Cieux leur appartient. « Vous serez heureux, lorsqu'à mon sujet, « les hommes vous chargeront d'opprobres ; « qu'ils vous persécuteront ; qu'ils diront de « vous toutes sortes de mal contre la vérité. « Réjouissez-vous et faites éclater votre joie, a parce que la récompense qui vous attend « dans le Ciel est grande; car c'est ainsi qu'ils « ont persécuté les prophètes.

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ce Ne croyez pas que je sois venu pour abote lir la loi et les prophètes. Ce n'est pas pour « les abolir que je suis venu, mais pour les ce accomplir ; car je vous le dis en vérité : avant « que le ciel et la terre viennent à manquer, « tout ce qui est de la loi s'accomplira , sans « qu'il en manque un seul ïota ou un seul « point. Celui donc qui violera un de ces préce certes /même des plus petits, et qui enseicc gnera aux hommes à les violer, sera estimé ce le plus petit dans le royaume des Cieux. ce Car je vous dis que si vous ne surpassez ce pas en justice les scribes et les pharisiens , ce vous n'entrerez point dans le royaume des ce Cieux. »

ce Tout homme qui vient à moi, qui ence tend mes discours et les met en pratique, ce est semblable à un homme qui bâtit une ce maison , et qui , après avoir creusé bien ce avant , mit les fondemens sur le roc; la pluie ce vint , les rivières se débordèrent , les vents ce soufflèrent et battirent cette maison : mais ce elle ne tomba point , parce qu'elle étoit base tie sur le roc. Au contraire, quiconque en-

« tend ce que je viens de dire, et ne le met a point en pratique , sera semblable à un ce homme sans jugement qui bâtit sa maison « sur le sable. La pluie vint, les rivières se « débordèrent , les vents soufflèrent et batte tirent celte maison : elle tomba , et le débris « en fut grand. »

Jésus ayant achevé ce discours , le peuple demeura plein d'admiration pour sa doctrine ; car il les enseignoit comme un homme qui a autorité, et non pas comme leurs scribes et les pharisiens.

En descendant de la montagne, Jésus fut suivi d'une grande foule de peuple; et dans le même temps , un lépreux vint à lui , l'adora et fut guéri. A son retour à Gapharnaùm, un centurion lui envoya les anciens des Juifs , pour le prier de venir guérir un de ses serviteurs qui étoit malade. Jésus y alla; et comme il approchoit de la maison, le centurion lui envoya de ses amis lui dire : « Seigneur, ne « vous incommodez point ; car je ne mérite « pas que vous entriez chez moi. Dites seule- « ment un mot, et mon serviteur sera guéri. »

Jésus fut dans l'admiration de ces paroles , et dit au peuple qui le suivoit : « Je vous le dis « en vérité, je n'ai point trouvé tant de foi, « même dans Israël. » Puis s'adressant au centurion ; «Allez, reprit-il, et qu'il vous soit ce fait selon ce que vous avez cru. » Et à l'heure même le serviteur fut guéri. Jésus alla ensuite à une ville appelée Na'ïm , suivi de ses disciples et d'une foule nombreuse. En approchant de la ville , il rencontra un mort qu'on portoit au lieu de la sépulture. C'étoit un fils unique dont la mère étoit veuve. Dès que le Seigneur la vit, il fut touché de compassion pour elle. «Ne pleurez point, » lui dit-il. Puis sapprochant , il toucha le cercueil. Ceux qui le portoient s'arrêtèrent : « Jeune homme , dit «Jésus, levez-vous, je vous l'ordonne.» Le mort se mit aussitôt sur son séant et commença à parler. Jésus le rendit à sa mère. Tout le monde fut saisi d'une frayeur religieuse, et le bruit de ce miracle se répandit dans toute la Judée. Il parvint jusqu'aux oreilles de Jean, dans sa prison. Ce précurseur lui envoya, un jour, deux de ses disciples,

qui lui dirent : « Jean-B tpliste nous a envoyés « pour vous demander : est-ce vous qui devez « venir, ou devons-nous en attendre un au- « tre?» Avant de leur répondre, Jésus fit ce que Jean avoit prévu. Il délivra , sur l'heure, plusieurs personnes de leurs infirmités , et rendit aussi la vue à plusieurs aveugles. Ensuite il dit aux disciples de Jean : «Allez, a rapportez à Jean ce que vous avez ouï et ce « que vous avez vu : que les aveugles voient, « que les boiteux marchent , que l^s lépreux « deviennent nets , que les sourds entendent, «que les morts ressuscitent, que l'Evangile « est prêché aux pauvres. Heureux quiconque « ne se scandalisera pas à mon sujet ! » Quand les envoyés furent partis , Jésus se mit à parler de Jean, et à le présenter au peuple comme son précurseur et le plus grand des prophètes. Cependant Jésus continuoit à parcourir les bourgs et les bourgades , prêchant et annonçant le royaume de Dieu. Ses douze apôtres étoient avec lui. Il y avoit aussi quelques femmes qui avoient été délivrées des malins esprits et de maladies j savoir . Marie, appelée

Madeleine ; Jeanne , femme Je Chusa, intendant d'Hérode ; Suzanne , et plusieurs autres qui , de leurs biens , fournissoient à ses besoins.

Ce fut vers ce temps-là qu'on lui présenta un possédé aveugle et muet, et il le guérit. Tout le peuple étoit dans l'admiration. Mais les scribes et les pharisiens qui étoient venus de Jérusalem , disoient : « Il est possédé de ce Belzébuth , et il chasse les démons par le ce moyen de Belzébuth, prince des démons. » D'autres, pour l'éprouver, lui demandoient quelque prodige. Jésus, voyant leurs pensées et connoissant leurs desseins, leur tint ce discours : ce Comment Satan peut-il chasser Sacc tan ? Tout royaume divisé et opposé à luice même sera détruit, et toute ville ou toute ce maison opposée à elle-même ne subsistera ce point. Or, si Satan chasse Satan , il est dice visé et opposé à lui-même : comment donc ce son royaume subsistera-t-il? Il ne pourra ce plus se maintenir, et il touche à sa fin. Vous ce dites que c'est par le moyen de Belzébuth <c que je chasse les démons, Au nom de qui

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ce vos enfans les chassent-ils donc? Mais si « c'est par lesprit de Dieu que je chasse les « dénions, le royaume de Dieu est donc venu.» Quelques-uns des scribes et des pharisiens lui dirent alors : ce Maître , nous voudrions « bien voir quelque prodige de vous. » Et Jésus répondit, en présence du peuple qui accouroit en foule : « Cette race d'hommes est a une race méchante et infidèle. Elle demande « un prodige, et il n'y aura point de prodige « pour elle que celui du prophète Jonas. Car a comme Jonas fut un prodige pour ks Nini- « vites , ainsi le fils de l'homme en sera un « pour cette race. De même que Jonas fut a trois jours et trois nuits dans le ventre de « la baleine , de même le fils de l'homme sera « trois jours et trois nuits dans le sein de la « terre. Les hommes de Ninive paroîtront au « Jugement avec cette race, et la condamne- <c ront : car, dès que Jonas prêcha , ils firent « pénitence; et cependant il y a ici plus que « Jonas. La reine du Midi paroîtra au Jugece ment avec cette race , et la condamnera : car « elle vint des extrémités de la terre pour en-

« tendre les sages réponses de Salomon; et il «va ici plus que Salomon. »

Ce même jour, une grande multitude s'etant assemblée , Jésus sortit de la maison et s'assit au Lord de la mer. Il expliqua plusieurs choses au peuple en paraboles. Il compara la parole de Dieu à la semence, dont une partie tombe sur des endroits pierreux ou elle ne lève point ; une autre partie tombe dans les épines , où elle est étouffée ; et une autre partie, tombant dans de bonne terre, monte en épis et grossit. Il compara aussi le royaume des Cieux à du bon grain semé dans un champ. Pendant que le maître du champ dormoit , l'ennemi vint et sema de l'ivraie qui leva avec le froment. Il le compara encore à un grain de sénevé , qui devient plus grand que toutes les plantes , après qu'on l'a semé ; ou à un trésor enterré dans un champ : un homme l'ayant découvert, dans la joie qu'il en a , va vendre tout ce qu'il possède pour acheter le champ ; ou encore à un filet qui , étant jeté dans la mer, ramasse toutes sortes de poissons. Ouand il est plein, on le tire sur le ri-

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vage , on met les bons poissons à part dans des vaisseaux, et on jette les mauvais.

Jésus parcouroit toutes les villes et les bourgades , enseignant dans les synagogues , prêchant l'Evangile et guérissant toutes sortes de maladies et d'infirmités. Alors, voyant les troupes de peuple qui venoient en foule à lui de toutes parts , il eut pitié d'eux , parce qu'ils étoient accablés de maux et couchés ca et là , comme des brtbis qui n'ont point de pasteur. Là-dessus , il dit à ses disciples : a La moisson « est grande , à la vérité ; mais le nombre des « ouvriers est petit. Priez donc le maître de a la moisson d'envoyer des ouvriers. » Et ayant assemblé les douze Apôtres , Jésus leur donna un pouvoir absolu sur tous les démons pour les chasser, et la puissance de guérir toutes les langueurs et toutes les maladies. Il les envoya deux à deux : Simon , surnommé Pierre, et André son frère ; Jacques , fils de Zébédée , et Jean son frère; Philippe et Barthélémy; Thomas et Mathieu le publicain ; Jacques , fils d'Alphée, et Thadée; Simon le Cananéen et Judas l'Iscariote. Il leur ordonna de s'en aller

Avec un bâton seulement. « N'allez point , leur « dit-il, dans les terres des Gentils, et n'en- <c trez point dans les villes des Samaritains ; « mais allez plutôt aux brebis de la maison <c d'Israël qui sont perdues-: et en allant, puce bliez que le royaume des Gieux est proche. <c Guérissez les malades , ressuscitez les morts, <c rendez nets les lépreux , chassez les dé- <c mons.Yous avez reçu gratuitement, donnez « gratuitement. N'ayez ni or, ni argent , ni <c aucune monnoie dans votre bourse : car <c l'ouvrier mérite sa nourriture. En quelque <c ville ou en quelque village que vous entriez, « informez-vous quel homme de bien il y a là. a En quelque maison que vous entriez, dece meurez-y jusqu'à ce que vous sortiez de ce a lieu-là. Quand vous entrerez dans la maison* a saluez-la en disant : La paix soit sur cette « maison. Et si cette maison le mérite, votre <c paix viendra sur elle ; mais si elle ne le mé- « rite pas, votre paix reviendra à vous. Que a si l'on ne vous reçoit pas , ou que l'on n'é- « coûte pas vos paroles ; sortez de la maison « ou de la ville 3 et secouez la poussière de vos

<t pieds , afin que ce soit un témoignage contre «t eux. Je vous le dis en vérité , au jour du « Jugement , le pays de Sodome et de Go- « morrhe sera traité moins rigoureusement « que cette ville-là. » Jésus leur donna d'autres instructions sur leur apostolat ; et en leur annonçant les persécutions qu'ils auroient»à Souffrir, il leur enseigna la conduite qu'ils dévoient tenir dans leur mission. Les apôtres partirent et allèrent parles villages, prêchant F Evangile et faisant partout des gnérisons. Ils prêchoicnt qu'on fît pénitence ; ils chassoient beaucoup de démons, et ils faisoient des onctions d'huile sur beaucoup de malades qu'il? guéiissoient.

Sur ces entrefaites , Hérode le tétrarque ayant, sur les instances d'Hérodias, fait couper la tête à Jean-Baptiste , les disciples de ce saint précurseur vinrent en donner la nouvelle à Jésus , qui s'éloigna du lieu où il étoit. Les Apôtres étant, de retour de leur mission ,, vinrent le trouver et recevoir de lui de nouvelles instructions. Jésus les emmena à l'écart dans un lieu solitaire du territoire de Beth-

52 YTE.

saïde , à l'autre bord de ]a mer deGalilée , qui est celle de Tibériade. On le sut, et on y accourut par terre de toutes les villes. Jésus reçut toute cette foule et monta sur une mon-

tagne , où il s'assit avec ses disciples. Le temps de la Pâque approchoit. Jésus parla du royaume de Dieu , et rendit la santé à ceux qui avoient besoin de guérison. Gomme il étoit déjà tard, ses douze disciples l'abordèrent et lui dirent : « Ce lieu-ci n'est point habité, et « l'heure est déjà passée. Renvoyez-les, afin « qu'ils aillent aux environs , dans les métaicc ries et dans les villages , s'acheter de quoi « manger. — Il n'est pas besoin qu'ils y aillent, «répondit Jésus; donnez-leur vous-mêmes a de quoi manger.)) Mais les disciples n'avoient pas de quoi acheter tout le pain qu'il auroit fallu pour nourrir cette multitude ; et il se trouva là un jeune garçon qui n'avoit que cinq pains d'orge et deux poissons. Or, il y a voit cinq mille hommes environ de rassemblés , sans compter les femmes et les petits enfans. Cependant Jésus ordonna de les faire tous asseoir, par bandes de cinquante, sur

l'herbe verte ; et prenant les cinq pains avec les deux poissons , il jeta un regard vers le ciel , bénit les pains , les rompit et les donna à ses disciples , afin qu'ils les missent devant ceux qui étoient assis. Il partagea aussi les deux poissons , et en donna à tous autant qu'ils en voulurent. Tous mangèrent et furent rassasie's. Jésus dit ensuite à ses disciples : ce Ramassez les morceaux qui restent , afin <c qu'ils ne soient pas perdus. » Ils les ramassèrent , et des morceaux que laissèrent ceux qui avoient mangé des cinq pains d'orge , ils en emplirent douze corbeilles. On emporta aussi ce qui étoit resté des poissons. Ces gens, ayant vu le miracle qu'avoit fait Jésus, disoient : ce C'est là, sans doute , le prophète qui « doit venir dans le monde. » Mais Jésus , sachant qu'ils alloient venir pour l'enlever et le faire roi , obligea aussitôt ses disciples d'entrer dans la barque qui les avoit amenés , afin qu'ils passassent avant lui de l'autre côté du lac , vers Bethsaïde , tandis qu'il congédieroit le monde ; et après qu'il l'eut congédié ,

il s'enfuit une seconde fois sur la montagne.

Il y monta pour prier, et la nuit étant venue, il y demeura seul.

Les disciples, de leur côté, quand le soir fut venu , allèrent à la mer ; et étant montés dans une barque , firent le trajet pour aller à Capharnaiïm. Mais la barque fut agitée, au milieu de la mer, par un grand vent qui souleva les flots. Jésus , voyant qu'ils avoient beaucoup de peine à ramer, parce que le vent leur ctoit contraire , alla à eux vers les trois heures du matin , marchant sur la mer. Quand ils eurent fait vingt -cinq ou trente stades, ils aperçurent Jésus qui s"approchoit d'eux , porté sur les eaux, et ils eurent peur, « Rasce surez-vous, leur dît Jésus ; c'est moi , « n'ayez point peur. — Seigneur, lui répondit « Pierre, si c'est vous, ordonnez-moi d'aller « à vous sur les eaux. — "Y enez , » lui dit Jésus. Et Pierre, descendant de la barque , marchoit sur Peau pour aller à Jésus. Mais, voyant que le vent étoit fort, il fut effrayé; et comme il commençoit à eufoucer, il s'écria : a Seigneur, ce sauvez -moi. » Au même instant, Jésus 9 étendant la main, le prit et lui dit : ce Homme

« de peu de foi , pourquoi avez-vous doute? » Les disciples de'sirèrent alors recevoir Jésus dans la barque , et il y monta. Dès que Jésus et Pierre y furent entrés , le vent cessa , ce qui les étonna encore davantage , et la barque aborda au lieu où ils alloient, c'est-à-dire au pays de Genezareth. Dès qu'ils furent débarqués , les habitans reconnurent Jésus , et apportèrent des malades clans des lits, partout ou ils entendoient dire qu'il étoit ; et tous ceux qu'il touchoit étoient guéris.

Le lendemain , Jésus voyant de l'autre côté

du lac une grande multitude qui le cherchoit,

lui adressa ainsi la parole : ce En vérité , en

« vérité , je vous le dis , ce n'est pas pour avoir

« vu des miracles que vous me cherchez ,

« mais à cause des pains dont vous avez man-

« gé , et parce que vous avez été rassasiés.

« Travaillez ? non pour la nourriture qui pé-

« rit , mais pour celle qui demeure dans la

« vie éternelle, et que le fils de l'homme vous

« donnera , parce que c'est lui que Dieu son

« père a marqué de son sceau. — Que ferons-

« nous, demandèrent-ils, pour faire des œuvres

« de Dieu? — L'œuvre de Dieu, répondit Jë- <( sus , c'est que vous croyiez en celui qu'il a « envoyé. — Où donc est le miracle que vous « faites? reprirent-ils , afin que nous le voyions « et que nous vous croyions. Quelles sont vos* « œuvres ? Nos pères ont mangé la manne « dans le désert, comme il est écrit ; il leur « a donné un pain céleste à manger. )> Les Juifs , indolens et ingrats , demandoient des miracles à celui qui venoit d'en faire un si éclatant en leur faveur. Us ne nioient pas le prodige qu'ils a voient vu ; mais , en rappelant celui de la manne , ils sembloient défier Jésus d'en faire un aussi grand. Jésus , qui commissoit leurs dispositions , en prit occasion pour leur adresser le discours suivant, dans lequel il développe tout le mystère de l'Eucharistie : ce En vérité , en vérité , je vous le dis , ce n'est ce point Moïse qui vous a donné le pain cé- « leste , mais c'est mon père; car le pain de ce Dieu est celui qui vient du Ciel et qui donne « la vie au monde. C'est moi qui suis le pain « de vie. Celui qui vient à moi n'aura point « faim , et celui qui croit en moi n'aura jamais

« de soif. Mais je vous l'ai dit : vous m'avez « vu , et cependant vous ne crwez point. Cece lui qui croit en moi, a la vie éternelle. Je « suis le pain de vie. Yos pères ont mangé la «manne dans le désert, et ils sont morts. « C'est ici le pain descendu du Ciel; si quelce qu'un en mange , il vivra éternellement, ce Le pain que je donnerai , c'est ma chair que a je dois donner pour la vie du monde. »

Sur cela , les Juifs dirent entre eux : ce Comcc ment cet homme-ci peut-il nous donner sa ce chair à manger? » Jésus reprit : ce En vérité , ce en vérité , je vous le dis , si vous ne mangez ce la chair du fils de l'homme, et si vous ne ce buvez son sang, vous n'aurez point la vie ce en vous. Celui qui mange ma chair et boit ce mon sang , a la vie éternelle , et je le ressuscc citerai au dernier jour : car ma chair est vécc ritablement une nourriture , et mon sang ce est véritablement un breuvage. Celui qui ce mange ma chair et boit mon sang, demeure ce en moi , et moi en lui ; comme le Père qui ce est vivant m'a envoyé , et que je vis par le ce Père, de même aussi celui qui me mange

a vivra aussi par moi. C'est ici le pain qui est « venu du Ciel. Il n'en est pas comme de vos « pères c.ui ont mangé la manne, et qui sont « morts. Celui qui mange ce pain-ci vivra « éternellement. »

Ce discours ne trouva pas des incrédules seulement parmi le peuple; plusieurs des disciples en murmurèrent. Mais Jésus leur dit : « Cela vous scandalise-t-il ? Si vous voyiez « donc monter le fils de l'homme où il étoit « auparavant. C'est l'esprit qui vivifie ; la a chair ne sert de rien. Les paroles que je « vous ai dites sont esprit et vie. Mais parmi « vous il y en a qui ne croient point. C'est a pour cela que je vous ai dit que personne a ne peut venir à moi s'il ne lui a été donné « par mon père. » Jésus, s'adressant ensuite aux douze Apôtres , leur dit : a Et vous , ne <c voulez-vous point aussi vous en aller?» A quoi Simon -Pierre répondit : « Seigneur, à « qui irions-nous? "Vous avez les paroles de a la vie éternelle. INous avons cru , et nous « l'avons reconnu , que vous êtes le Christ , « le Fils de Dieu. »

DE JESUS-CHRIST. &g

Jésus étant parti de là , prit son chemin par Tyr et par Sidon. Il voulut en vain se cacher aux habitais de ce pays; une femme cananéenne , dont la fille étoit possédée par un esprit immonde , n'eut pas plutôt entendu dire qu'il étoit venu , qu'elle accourut en criant : « Seigneur, fds de David , ayez pitié «de moi. Ma fille est fort tourmentée du dé- « mon. » Jésus ne lui répondit rien. Mais cette femme le s ni voit toujours; et s'étant jetée à ses pieds , elle l'adora et lui dit : « Seigneur, « secourez-moi. — Laissez, répartit Jésus , les « enfans se rassasier auparavant ; car il n'est <c pas convenable de prendre le pain des ence fans et de le jeter aux chiens. » Cette femme étoit païenne , originaire de Syrophénicie. «.Oui, Seigneur, il est vrai, répondit-elle: « cependant les petits chiens mangent des « miettes qui tombent sous la table de leurs «maîtres. — O femme, lui dit alors Jésus, « votre foi est grande ; à cause de cette parole « que vous venez de dire, allez , le démon est « sorti du corps de votre fille. » Dès ce moment, sa fille fut guérie; et s'en étant allée à

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son logis , elle trouva sa fille qui reposoit sur le lit, et que le démon avoit abandonnée.

Jésus , quittant de nouveau les confins de Tyr, alla par Sidon à la mer de Galilée, au travers du pavs de Décopolis. On lui amena un homme qui étoit sourd et muet , et on le pria d'imposer ses mains sur lui. Jésus , tirant cet homme hors de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et lui toucha la langue avec sa salive : puis , levant les yeux au ciel , il jeta un soupir et lui dit : Ephetha , c'est-à-dire « Ouvrez -vous, m Aussitôt ses oreilles s'ouvrirent , sa langue se délia , et il parla librement.

Jésus monta ensuite sur une montagne , où il sassit. De grandes troupes de peuple vinrent à lui , amenant des muets , des aveugles , des boiteux , des gens perclus de leurs membres, et quantité d'autres qu'ils mirent à ses pieds, et il les guérit; et tout le monde étoit étonné de voir que les muets partaient, que les boiteux marchoient , que les aveugles voyoient ; et on publioit les grandeurs du Dieu d'Israël. Jésus renouvela , dans cette

DE JESDS-CHRIST. 61

circonstance, le miracle qu'il avoit fait quelques mois auparavant. Il y avoit trois jours que cette multitude le suivoit, et elle navoit plus rien à manger. Il ne se trouva que sept pains et quelques petits poissons. Jésus ordonna à tout ce peuple de s'asseoir sur la terre. Il prit les sept pains, les rompit et les fit distribuer par ses disciples. Il bénit aussi les petits poissons qui furent servis de même. Tous mangèrent et furent rassasiés, et d -s morceaux qui restèrent on remporta sept corbeilles pleines. Or, le nombre de ceux qui avoient mangé étoit d'environ quatre mille, sans compter les petits enfans et les femmes.

Les Pharisiens et les Saducéens vinrent alors trouver Jésus. Us commencèrent par disputer avec lui, puis ils le prièrent de leur fuie voir quelque prodige dans le ciel. Leur dessein étoit de le tenter. Jésus leur dit pour réponse : a Le soir, vous dites : le temps sera <c beau, car le ciel est rouge ; et le matin : il « y aura aujourd'hui de l'orage , car le ciel a est rouge et chargé. Ainsi, vous savez con- « noitre les apparences du ciel, et vous ne

« sauriez Connoître quelles soûl les marques « des temps. Hypocrites! vous savez juger de a ce qui arrive au ciel et sur la terre: coin-

ce

ment donc ne jugez-vous point du temps c< où vous êtes , et pourquoi ne discernez-vous «.pas vous-mêmes ce qui est juste? Cette race ce perverse et adultère , reprit Jésus, demande ce un prodige ; je vous le dis , en vérité , il n'y ce aura point de prodige pour elle que celui ce du prophète Jonas. » Alors Je'sus, les laissant là , remonta dans la barque et repassa à l'autre bord. Ses disciples , n'ayant point pris de pain, commeucèrent à s'inquiéter; et Je'sus , connoissant leur embarras, leur dit : ce Gens de peu de foi, pourquoi dites -vous ce en vous-mêmes que vous n'avez point de ce pain? Ne voyez-vous et ne comprenez-vous ce encore rien?\otre cœur est-il encore aveuce gle? Quoi! ayant des yeux, vous ne vovez ce pas! ayant des oreilles , vous n'entendez ce pas! Et ne vous souvient-il plus , quand je ce rompis les cinq pains pour cinq mille homce mes, combien vous remportâtes de paniers ce pleins des morceaux qui restèrent? — Douze,

« lui dirent-ils. — Et quand je rompis les sept

« pains pour quatre mille hommes , de ce qui

« resta de morceaux, combien en remportâtes-

« vous de corbeilles? — Sept , lui direnl-iîs.))

Jésus alla ensuite à Betïisaïde , où il guérit

encore un aveugle qu'on lui amena. De Beth-

saïde , il s'en alla , avec ses disciples , dans les

bourgs d'autour de Gesarée. Sur le chemin ,

comme il étoit seul avec eux , il leur lit

cette demande : « Qui dit-on qu'est le fils de

<c l'homme? » Ses disciples lui répondirent :

« Les uns disent que c'est Jean-Baptiste, les

« autres , Elie ; les autres , Jére'mie : d'autres ,

« qu'un des anciens prophètes est ressuscité.

« — Et vous , dit Jésus, qui dites-vous que

<c je suis? » Simon-Pierre , prenant la parole ,

dit : «Vous êtes le Christ, le fils du Dieu

ce vivant. » Jésus lui répartit : ce Vous êtes

<c heureux , Simon , fils de Jouas : car ce n'est

« point la chair et le sang qui vous la révélé ,

<c mais mon père qui est dans le Ciel. Et moi

« je vous dis que vous êtes Pieire ; que sur

« cette pierre je bâtirai mon Eglise , et que

« les portes de l'Enfer ne prévaudront point

« contre elle. Je vous donnerai les clefs an « royaume des Cieux. Tout ce que vous lierez « sur la terre sera lié aussi dans le Ciel; et « tout ce que vous délierez sur la terre sera <c délié aussi dans le Ciel. »

Jésus commença dès -lors à déclarer à ses disciples qu'il devoit aller à Jérusalem, souffrir beaucoup, être condamné par les anciens , par les princes des prêtres et par les scribes, être mis à mort et ressusciter trois jours après; et il tenoit ouvertement ce discours. Sur quoi Pierre, le prenant en particulier, se mit à lui faire des reproches. « Ah ! Seigneur, que cela ce ne vous arrive pas , dit -il ; non , cela ne ce vous arrivera point. » Jésus se tourna , et regardant ses disciples , dit à Pierre avec menaces : « Retirez- vous de devant moi, Satan; ce vous m'êtes un sujet de scandale : car vous ce ne goûtez point les choses de Dieu , mais ce celles des hommes. » Puis faisant approcher le monde avec ses disciples , il leur dit à tous : a Si quelqu'un veut marcher sur mes pas, ce qu'il renonce à soi-même, qu'il porte sa a croix chaque jour, qu'il me suive : car celui

<i qui voudra sauver sa vie, la perdra , et qui « la perdra pour moi et pour l'Evangile , la « sauvera. El que servira à un homme de gâte gner tout l'univers, s'il vient à se perdre? « Ou qu'aura-t-il à donner en échange pour « soi-même? Si quelqu'un a honte de moi et « de mes paroles , parmi cette race infidèle et « dépravée , le fils de l'homme , de son côté , « aura honte de lui , lorsqu'il viendra dans « l'éclat de sa majesté , de celle de son Père « et de ses Auges. Car le fils de l'homme doit « venir avec la gloire de son Père , et accointe pagné de ses Anges ; et alors il rendra à « chacun selon ses œuvies. Je vous le dis en « vérité : de ceux qui sont ici présens , il y en ce a quelques-uns qui ne mourront point sans « voir paroître le royaume de Dieu dans sa « puissance, et le fils de l'homme dans l'éclat « de son règne. »

Cette magnifique promesse ne tarda pas à s'accomplir; car, huit jours après, Jésus prit avec lui Pierre , Jacques et Jean, son frère. Il les mena seuls sur une haute montagne à l'écart , où il monta pour prier. Pendant qu'il

prioit, la forme de son visage parut tout autre, et il se transfigura en leur présence : sa face devint resplendissante comme le soleil ; ses vêtemens parurent tout brillans de lumière, et d'une blancheur vive comme celle de la neige. Tout à coup il parut deux hommes qui s'entretenoienl avec lui. C'était Moïse et Elie. Ils étoient dans un état de gloire , et parloient de la mort de Jésus qui devoit arriver à Jérusalem. Mais Pierre et ceux qui étoient avec lui étoient accablés de sommeil. En se réveillant, ils virent la gloire de Jésus , et les deux personnes qui étoient avec lui. Moïse et Elie, alloient le quitter, lorsque Pierre dit à Jésus : «Maître, il est bon pour nous d'être ici. Si « vous voulez , dressons-y trois tentes , une a pour vous , une pour Moïse et une pour ce Elie. » Comme il parloit encore , il parut une nuée lumineuse qui les couvrit de son ombre. Lorsqu'ils y entrèrent , les Apôtres lurent saisis de crainte. Au même moment, il sortit de la nue une voix qui dit : ce C'est là et mon fils bien-aimé, en qui j'ai mis toutes a mes délices. Ecoutez -le. » Tandis que la

voix se faisoit entendre, il ne se trouva que Jésus tout seul. La frayeur des disciples redoubla ; ils tombèrent le visage contre terre. Mais Jésus , s'approchant, les toucha et leur dit : a Levez-vous , n'ayez point peur. » Alors levant les yeux, et les jetant de tous côtés , ils ne virent plus avec eux que Jésus. Comme ils descendoient de la montagne, Jésus leur ordonna de ne dire à personne ce qu'ils av oient vu, que quand le fils de l'homme seroit ressuscité d'entre les morts. Les disciples gardèrent en effet le silence sur ce qu'ils avoient vu ; mais ils se demandoient l'un à l'autre ce que vouioit dire : quand il sera ressuscité cV entre les morts. Pour s'en éclaircir, ils firent à Jésus cette question : « Pourquoi les pharisiens « et les scribes disent- ils qu'il faut qu'Elie a vienne auparavant? » Jésus leur répondit : <c Elie viendra en effet , et il rétablira toutes « choses ; et il en sera de lui comme du fils de <c l'homme , dont il est écrit qu'il doit souffrir « beaucoup et être traité avec mépris. Mais je « vous le dis , Elie est déjà venu ; ils ne l'ont « pas connu, et ils lui ont fait souffrir tout ce

« qu'il? ont voulu, comme il est écrit de lui. « Le fils de l'homme sera traité de même par « eux. )) Les disciples comprirent alors que c'étoit de Jean-Baptiste que Jésus leur avoit parlé.

Le jour suivant, étant descendu de la montagne , et une grande multitude de peuple étant venue au-devant de Jésus, un homme l'aborda et se jeta à genoux , en disant : « Maire, je vous ai amené mon fils qui est « possédé d'un esprit muet. Jetez , je vous a prie , les yeux sur cet enfant , car je n'ai que a lui. Je l'ai présenté à vos disciples , et les ai « priés de chasser le démon, et ils n'ont pas « pu. » Jésus fit approcher l'enfant, menaça l'esprit immonde, qui sortit du possédé en jetant de grands cris et l'agitant avec beaucoup de violence. Mais Jésus prenant la main de l'enfant, lui aida à se lever, et l'enfant se leva et fut guéri. Tous ceux qui étoient présens étoient dans l'admiration de la grande puissance de Dieu.

Dans le dernier séjour que Jésus fit à Capharnaûm, il opéra un miracle signalé, qui

contient une grande instruction. Les receveurs des deux drachmes qu'on payoit tous les ans pour l'entretien du temple, vinrent trouver Pierre , et lui dirent : « Yotre maître «ne paie-t-il pas les deux drachmes? — « Oui, » répondit Pierre. Lorsqu'il fut entré dans la maison , Jésus le prévint , et lui dit: « Simon, que vous en semble? De qui est-ce « que les rois de la terre tirent des tributs ou « des tailles? Est-ce de leurs enfans ou des « étrangers? — C'est des étrangers, répoudit- « il. — Les enfans en sont donc exempts, ré- «partit Jésus. Néanmoins, ajouta-t-il , pour « ne pas scandaliser ces gens-là , allez à ta « mer, jetez l'hameçon , et le premier poisson «qui s'y prendra , tirez-le, et, lui ouvrant « la bouche , vous y trouverez une pièce de « quatre drachmes ; prenez-la , et la leur don* « nez pour moi et pour vous. »

Les disciples de Jésus , étonnés et flattés de lui voir opérer tant de merveilles , se laissèrent aller à des idées d'ambition. Il leur vint en pensée de savoir qui d'entre eux étoit le plus grand. Jésus , qui n'ignoroit pas de quoi

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leur esprit étoit occupe , leur demanda , lorsqu'ils furent dans la maison , ce De quoi par- « liez-vous , eu chemin? » Ils ne répondirent rien. Jésus s étant assis, appela les douze , qui lui dirent : ce Qui estimez-vous le plus « grand dans le royaume des cieux? » Jésus leur répondit : « Si quelqu'un veut être le ce premier, qu'il soit le dernier de tous et le « serviteur de tous. » Alors il appela un petit enfant, et, après l'avoir embrassé, il le mit au milieu d'eux , près de lui , et leur dit : « Je vous le dis , en vérité, si vous ne chance gez et si vous ne devenez comme de pea tits enfans, vous n'entrerez point dans le a royaume des cieux. Quiconque donc se fera « petit comme cet enfant, celui-là est le plus ce grand dans le royaume des cieux. Celui qui ce recevra en mon nom un enfant tel que cece lui-ci, me recevra moi-même. Quiconque cerne recevra, recevra celui qui m'a envoyé: ce car celui qui est le plus petit parmi vous , ce est le plus grand. »

Après avoir enseigné l'humilité à ses disciples, Jésus leur parla de la charité, ce Si

« votre frère, leur dit-il , a pe'clie' contre vous, « reprenez-le ; s'il se repent , pardonnez-lui ; « et s'il vous offense sept fois le jour, et que « sept fois le jour il revienne à vous, et vous <c dise, je m'en repens, pardonnez-lui. Pierre, s'approchant alors de Je'sus , lui dit : ce Coince bien de fois pardonnerois-je à mon frère qui « m'aura offensé? Jusqu'à sept fois? — Je ne «vous dis pas jusqu'à sept fois, repartit Je- << sus , mais jusqu'à septante fois sept fois. »

Cependant la fête des Tabernacles approchoit. Les frères de Jésus lui dirent : ce Quitte tez ce pays, et allez en Judée, afin que les « disciples que vous y avez soient aussi técc moins des œuvres que vous faites ; car perce sonne n'agit en secret lorsqu'il veut être,, xc connu dans le public. Puisque vous faite? ce de ces sortes de choses, montrez-vous au « monde. » Or, ces frères de Jésus ne croyoient pas en lui. ce Mon temps n'est pas encore ce venu , leur répondit-il , mais pour le vôtre ce il est toujours prêt. Le monde ne peut vous ce haïr. Pour moi, il me hait ,. parce que le tête moignage que je rends de lui est que ses

«œuvres sont mauvaises. Allez donc, vous «autres, à cette fête. Moi, je n'y vais pas, « parce que mon temps n'est pas encore « venu. )) Après le départ de ses frères , Jésus partit aussi lui-même pour la fête , non pas publiquement, mais comme en cachette. En passant par la Samarie et la Galilée, il rencontra à l'entrée d'un village dix lépreux qui se tenoient éloignés , et qui s'écrièrent : « Jé- « sus, notre maître , ayez pitié de nous. » Dès que Jésus les eut aperçus: « Allez, dit-il, « montrez-vous aux prêtres. » Ils y allèrent, et se trouvèrent guéris. L'un d'eux revint sur ses pas , louant Dieu à haute voix , et se jeta aux pieds de Jésus , le visage contre terre, lui rendant des actions de grâces. G'étoit un Samaritain. Jésus s'étonnant que les neuf autres ne fussent point revenus, dit à celui-ci : « Levez -vous , allez , car votre foi vous a « sauvé. »

Jésus arriva à Jérusalem , où les Juifs , qui s'attendoient à le voir, le cherchoient , et demandoient : « Où est-il ? » Et le monde parlait fort de lui. Les uns disoient : «Il est homme

i de bien ; m les autres, « il ne l'est pas , mais « il séduit le peuple. » Personne néanmoins ne s'expliquoit sur son sujet , parce qu'on craignoit les Juifs. On étoit déjà au milieu de la fête, lorsque Jésus monta au temple et se mit à enseigner. Les Juifs, tout étonnés de ses discours , se demandoient : « Comment « cet homme a-t-il du savoir, n'ayant point « étudié? — Ma doctrine , leur répondit Jésus, « n'est point de moi, mais de celui qui m'a a envoyé. Ceux qui voudront faire la volonté « de celui qui m'a envoyé , connoîtront si « cette doctrine est de Dieu, ou si je parle de « mon chef. Celui qui parle de son chef, a en « vue sa propre gloire ; mais quiconque a en « vue la gloire de celui qui l'a envoyé , dit ce toujours la vérité, et il n'y a pas en lui d'in- « justice. Tous savez qui je suis et d'où je « suis venu. Ce n'est pas de moi-même que e< je suis venu ; mais celui qui m'a envoyé est ce véritable , et vous ne le connoissez pas. <c Pour moi, je le connois, parce que je proce cède de lui ; et que c'est lui qui m'a envoyé.

« Je suis encore avec vous pour un peu de

«temps, ajouta Jésus, et je vas à celui qui « ma envové. Tous me chercherez , et vous « ne me trouverez point , et ou je suis , vous « ne sauriez y venir. » LlS Juifs ne comprenant rien à ces dernières parole? , se dirent les uns aux autres : « Ou cet homme ira-t-il , «que nous ne le trouverons puint? Est-ce « qu'il ira à ceux qui sont disperses parmi les « Gentils , et qu'il enseignera les Gentils ? « Que signifie cette parole : vous me cherche- « rez, et vous ne me trouverez point, et ou « je suis vous ne sauriez y venir? »

Le dernier jour de la fête des Tabernacles, Je'sus , se t. nant debout, disoit à haute voix : « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et « qu'il boive. Du sein de celui qui croit en « moi , il coulera des fleuves d'eau vive , se- « Ion ce que dit l'Ecriture. » Il parloit de l'esprit que recevroient ceux qui croiroient en lui : car l'esprit n'avoit point encore été donné , parce que Jésus n'étoit pas encore glorifié.

Plusieurs de ceux qui étoient là, l'ayant entendu parler de la sorte, dirent: « C'est

DE JESUS-CHRTST. 75

« véritablement un prophète ; » d'antres , «c'est le Christ. » Mais quelques -uns disoient : « Esl-ce que le Christ doit venir de « Galilée? L'Ecriture ne dit-elle pas que le « Christ sera de la race de David ? » Le peuple fut donc partage sur son sujet , et quelques-uns d'entre eux avoient dessein de le prendre , mais personne ne mit la main sur lui. Ceux qui ëtoient Tenus dans cette intention, retournèrent vers les princes des prêtres et les pharisiens , qui leur dirent : «Pource quoi ne l'avez-vous pas amené? — Jamais ce homme n'a parlé comme celui-là , répondi- « rent-ils. — Etes-vous aussi séduits? repri- « rent les pharisiens. Quelqu'un des chefs de « la nation ou des pharisiens a-t-il cru en lui? « Quant à cette populace qui n'entend point « la loi, ce sont des gens maudits de Dieu. » Mais Nicodème, celui-là même qui étoit venu voir Jésus la nuit, et qui étoit un des leurs , dit alors : « Notre loi juge-t-elle un homme « sans l'entendre? — Etes-vous aussi G :li= «léen? lui répondirent-ils. Examinez les « écritures, et apprenez que de la Galilée il

« ne vient point de prophète. » Et chacun s'en retourna chez soi.

Jésus s'en alla au mont d'Olivet , où il passa la nuit , selon sa coutume , et dès la pointe du jour il retourna au temple , où tout le peuple vint à lui ; et , s'étant assis, il l'instruisoit. Les scribes et les pharisiens, toujours dans l'intention de lui tendre quelque piège 3 lui amenèrent une femme surprise en adultère, et la mirent au milieu de l'assemblée. « Maître, dirent-ils à Jésus, on vient de surce prendre cette femme en adultère. Or, Moïse « nous a ordonné , dans la loi , de lapider ces « sortes de personnes. Que dites -vous là- « dessus ? » Jésus , paroissant occupé de quelqu'autre pensée , se courba et écrivit sur la terre avec le doigt. Ses ennemis persistant à l'interroger, il se redressa, et leur dit : «Que « celui de vous qui est sans péché lui jette la a première pierre. » Et , se courbant une seconde fois, il écrivoit sur la terre. Cette parole produisit son effet ; ils s'en allèrent l'un après l'autre , les anciens les premiers , de sorte qu il ne resta que Jésus et la femme qui

étoit au milieu. Alors Jésus se redressant , lut dit : « Femme, oii sont les gens qui vous ac- « cusoient? Personne ne vous a-t-il condam- « née? — Personne, seigneur, dit-elle. — Je « ne vous condamnerai pas non plus, reprit a Jésus ; allez , et ne péchez plus désormais. » Jésus étant sorti du temple, vit en passant un homme qui étoit né aveugle ; et ses disciples lui firent cette question : ce Est-ce cet « homme qui a péché , ou son père et sa mère, « pour qu'il soit aveugle? — Ils n'ont point « péché , répondit Jésus , ni lui , ni son père c< ni sa mère. Mais c'est afin que les œuvres « de Dieu paroissent en sa personne. Il faut, « pendant qu'il est jour, que je fasse les œucc vres de celui qui m'a envoyé ; la nuit vient « où l'on ne peut rien faire. Tant que je suis ce au monde, je suis la lumière du monde. » Après ces paroles , il cracha à terre , et ayant détrempé de la terre avec sa salive , il en frotta les yeux de l'aveugle , et lui dit : « Allez vous « laver dans le bain de Siloë. » L'aveugle s'en alla, se lava et revint avec la vue. Or, les gens du voisinage, et ceux qui, auparavant, lui

a"voient vu demander l'aumône , disoient i « N'est-ce pas là celui qui se tenoit assis et « qui demandait l'aumône? » Les uns disoient : <c C'est lui » ; les autres : ce Ce n'est pas lui , « mais c'est quelqu'un qui lui ressemble. » Pour lui , il disoit : « C'est moi. » Ils lui demandèrent donc : ce Comment les yeux vous «c ont-ils été ouverts? — Cet homme , qui s'ap- <c pelle Jésus, leur répondit-il, a détrempé de a la terre , m'en a frotté les yeux, et m'a dit: « Allez au bain de Siloë , et lavez -vous. Ce « que j'ai fait, et je vois. — Où est cet hommece là? demandèrent-iis. — Je ne sais, » reprit l'aveugle guéri.

Ils le menèrent ensuite aux pharisiens ; et comme c'était un jour de sabbat que Jésus l'avoit guéri , quelques - uns dirent : ce Cet ce homme qui n'observe pas le sabbat n'est ce pas de Dieu. » Mais d'autres demandoient : ce Comment un homme pécheur peut-il faire ce de tels miracles? » Et ils étoient divisés entre eux. ce Et vous, dirent-ils à l'aveugle, ce que dites-vous de celui qui vous a ouvert « les yeux? — C'est un prophète, » répondit-

il. Mais les Juifs ne voulurent point croire qu'il eût été aveugle , ni qu'il eût reçu la vue. Ils interrogèrent son père et sa mère, qui s'en rapportèrent à son témoignage. Les Juifs le firent venir de nouveau ; et , sur les réponses qu'il fit à leurs nouvelles questions , ils le chassèrent de leur présence. Jésus l'ayant su, et l'ayant rencontré , lui demanda : « Croyez- « vous au fils de Dieu? — Qui est-il , Seigneur? <c répondit l'aveugle , afin que je croie en lui. « — Vous l'avez vu , lui dit Jésus , et c'est « lui-même qui vous parle, a Je crois, Sei- « gneur, » dit-il alors ; et se jetant à ses pieds, il l'adora.

Ce fut peu de temps après ce miracle que Jésus tint aux pharisiens le discours suivant: « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui « qui n'entre point par la porte dans la ber- « gerie, et qui y monte par un autre endroit, « est un larron et un voleur. Mais celui qui « entre par la porte est le pasteur des brebis. « C'est à lui que le portier ouvre , et les bre- « bis entendent sa voix ; il appelle ses brebis « par leur nom et 1rs fait sortir, et quand il a

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« fait sortir ses propres brebis , il marche dece vant elles , et les brebis le suivent , parce ce qu'elles connoissent sa voix. Pour l'étrance ger , elles ne le suivent point , mais elles ce s'enfuient de lui, parce quelles ne conce noissent pas la voix des étrangers. »

Les pharisiens ne comprenoient rien à cette parabole. C'est pourquoi Jésus ajouta : ce En ce mérité, en vérité, je vous le dis : je suis la ce porte de la bergerie. Tous ceux qui sont ce venus sont des larrons et des voleurs , et les ce brebis ne les ont pas écoutés. Je suis la porte: ce si quelqu'un entre par moi, il se sauvera ; ce il entrera , il sortira , et il trouvera des pâcc tarages. Le larron ne vient que pour voler, ce pour égorger et pour faire du dégât : mais ce moi , je suis venu afin que les brebis aient ce la vie , et qu'elles l'aient plus abondamment. ce C'est moi qui suis le bon pasteur. Le bon ce pasteur donne sa vie pour ses brebis ; mais ce le mercenaire, celui qui n'est point le pasce teur , et à qui les brebis n'appartiennent ce pas , voyant venir le loup , abandonne les ee brebis et s'enfuit. Cependant le loup les en-

« lève et les disperse. Or, le mercenaire s'en- « fuit , parce que c'est un mercenaire , et qu'il ce ne se met pas en peine des brebis. C'est moi « qui suis le bon pasteur. Je connois mes bre- « bis , et mes brebis me connoissent , comme « mon père me connoît et que je connois mon « père ; et je donne ma vie pour mes brebis. <c J'ai encore d'autres brebis qui ne sont point a de cette bergerie : il faut aussi que je les ce amène. Elles entendront ma voix, et il n'y « aura plus qu'une seule bergerie et un seul « pasteur. »

Les Juifs furent encore divisés à l'occasion de ce discours. Plusieurs d'entre eux disoient: <c C'est un démoniaque, et il est hors de son ex bon sens. Pourquoi l'écoutez-vous? » D'autres disoient : « Ce n'est pas là le discours d'un ce démoniaque. Est-ce que le démon peut o liée vrir les yeux des aveugles ? »

Jésus partit alors de Jérusalem pour retourner en Galilée , et il choisit soixante-et-douze autres disciples , qu'il envoya deux à deux devant lui , dans toutes les villes et dans tous les lieux où lui-même devoit aller. «La mois-

a son est grande , leur dit-il ; mais le nombre a des ouvriers est petit.... Yoici que je vous o envoie comme des agneaux au milieu des <c loups.... Le royaume de Dieu est proche de « vous. Mais en quelque ville que vous ence triez , si on ne vous y reçoit point , allez « dans les rues et dites : Nous secouons contre «vous jusqu'à la poussière qui nous est de- « meurée de votre ville. » Il reprocha ensuite aux villes où il avoit fait plusieurs miracles y qu'elles n'avoient point fait pénitence. « Malce heur à toi , Corosaïn ! malheur à toi , Beth- « saïde •' car si les miracles qui ont été faits <c chez vous avoient été faits dans Tyr et dans « Sidon , il y a long -temps qu'elles auroient <c fait pénitence dans le sac et dans la cendre. . . « Et toi, Capharnaùm, est-ce que tu t'élevecc ras jusqu'au ciel? Tu seras abîmée jusqu'aux « enfers ; car si les miracles qui ont été faits « chez toi , avoient été faits dans Sodome , « peut-être subsisteroit-elle encore aujour- « d'hui. Celui , dit-il en s'adressant à ses dis- « ciples, celui qui vous écoute m'écoute ; celui « qui vous méprise me méprise , et celui qui

ce me méprise, méprise celui qui m'a envoyé. » Les soixante-douze disciples revinrent tout joyeux de leur mission. ce Seigneur, lui direntcc ils , les démons mêmes nous sont assujétis ce par la vertu de votre nom. —Voilà, leur récc pondit Jésus, que je vous ai donné le pouce voir de marcher sur les serpens et sur les c< scorpions et sur toutes les forces de l'enne- « mi , sans en recevoir aucun mal. Cependant « ne vous réjouissez pas de ce que les démons ce vous sont soumis ; mais réjouissez-vous de ce ce que vos noms sont écrits au Ciel. » Puis adressant la parole au peuple qui étoit venu pour l'entendre : « Venez , venez tous à moi , <c dit-il , vous qui avez de la peine et qui êtes «chargés, et je vous soulagerai. Mettez mon ce joug sur vous, et apprenez de moi que je ce suis doux et humble de cœur, et vous trouce verez le repos de vos âmes ; car mon joug ce est doux et mon fardeau est léger. »

Un docteur de la loi se levant, un jour, à dessein de sonder Jésus : ce Maître, lui dit-il, ce que ferai-je pour posséder la vie éternelle? ce — Qu'y a-t-il d'écrit dans la loi? lui deman-

« da Jésus ; que lisez-vous ? » Le docteur répartit : « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu « de tout votre cœur, de toute votre âme , de « toutes vos forces et de tout votre esprit , et <c votre prochain comme vous-même. — \'ous « avez bien répondu , -lui dit Jésus ; faites ce cela , et vous vivrez. »

Le docteur demanda à Jésus : « Et qui est <c mon prochain? » Sur quoi Jésus fit cette « réponse : «Un homme qui alloit de Jérusa- « lem à Jéricho , tomba entre les mains des « voleurs , qui le dépouillèrent et , après Face voir chargé de coups, le laissèrent à demice mort. Il arriva, par hasard, qu'un prêtre « tenoit le même chemin. Il vit cet homme « et passa outre. De même, un lévite étant « près de là, et l'ayant vu, passa aussi. Mais « un Samaritain , qui faisoit voyage , vint ce jusqu'à lui , et le voyant, il fut touché de « compassion. Il s'en approcha et banda ses « plaies , après y avoir versé de l'huile et du « vin. Il le mit ensuite sur son cheval, le « mena à une hôtellerie, et prit soin de lui. a Le jour suivant , il tira de sa bourse deux

« deniers d'argent qu'il donna à l'hôte , en « lui disant : Ayez soin de cet homme-là , et « tout ce que vous aurez dépensé de plus , je « vous le rendrai à mon retour. Qui de ces « trois vous semble avoir été le prochain de <c celui qui tomba entre les mains des voleurs? ce C'est , répartit le docteur, celui qui a usé de «. charité envers lui. » Sur quoi , Jésus lui dit : « Allez, et faites de même. »

Un jour qu'il avoit prié en un certain lieu , un de ses disciples lui dit : « Seigneur, ensei- « gnez-nous à prier, ainsi que Jean Ta lui- « même enseigné à ses disciples. — Quand te vous voudrez prier , répondit Jésus , dites : « Père , que votre nom soit sanctifié ; que « votre règne arrive. Donnez-nous aujour- « d'hui notre pain de chaque jour; remettez- « nous nos offenses , puisque nous remettons « à tous ceux qui nous sont redevables, et « ne nous induisez point en tentation, »

Jésus profita de cette occasion pour faire à ses disciples plusieurs instructions; et pendant qu'il parloit, un homme s'adressa à lui et lui dit : « Maître , dites à mon frère qu'il

m vie

« partage avec moi la succession. » À quoi « Jésus repondit : ce Homme , qui m'a établi <c votre juge ou arbitre de vos partages? » Et s'a dressant à tout ce qu'il y avoit de monde assemblé : ce Voyez , dit -il , gardez -vous de « toute avarice ; car ce n'est pas l'abondance « des biens qu'un homme possède qui le fait « vivre. Un homme riche, ajouta-t-il ensuite, (.(. avoit une terre qui lui rapportent heaume coup, et il disoit en lui-même : Que ferai— « je ? car je n'ai point ou. serrer ma ré- « coite. Il dit donc . Voici ce que je ferai : j'a- « battrai mes greniers , et j'en ferai de plus « grands , ou je mettrai toute ma récolle et «c tout ce que j'ai de biens, et je dirai à mon « âme : Mon âme , tu as des biens en réserve « pour plusieurs années. Prends du repos , «mange, bois, fais bonne chère. Mais Dieu « lui dit : Insensé ! cette nuit même on te re- « demandera ton âme ; et ce que tu as mis en « réserve, pour qui sera-ce? Tel est l'homme « qui thésaurise pour lui-même , et qui n'est « pas riche selon Dieu. »

5' adressant ensuite à ses disciples : « Ne

« vous inquiétez point pour votre vie, leur « dit-il , ou vous trouverez de quoi manger, « ni pour votre corps , où vous trouverez de « quoi vous vêtir. La vie est plus que la tiource ri tore, et le corps est plus que l'habille-- « ment. Regardez les corbeaux , ils ne sè- « ment ni ne moissonnent ; ils n'ont ni cellier «ni grenier, et Dieu les nourrit. Combien « êtes -vous plus excellens qu'eux ! Qui de « vous peut, à force d'y penser, ajouter une « coudée à sa taille ? Si donc vous ne pouvez <. pas même la moindre choie , pourquoi vous « inquiétez -vous du r^ste? Voyez les lis, « comme ils croissent. Ils ne travaillent ni ne a filent ; et cependant, je vous le dis , Salo- « mon même, dans toute sa gloire , n'etoit pas « si bien paré que l'un de ces lis. Or, si Dieu « habille de la sorte une herbe qui est au jource d'hui dans les champs, et qu'on jettera de- « main dans le four, combien plus le fera-t-il « pour vous, gens de peu de foi? Ainsi , ne « vous inquiétez point de ce que vous mangerez « ou de ce que vous boirez ; n'ayez point Teste prit en suspens pour cela : car ce sont les

« gens du monde qui ont de l'inquiétude sur « toutes ces choses , et votre père sait que « vous en avez besoin ; mais cherchez pre- « mièrementle royaume de Dieu et sa justice, « et toutes choses vous seront données par « surcroît, m

Une autre fois , Jésus parlant à ses disciples de la nécessité de faire pénitence , leur dit cette parabole : «Un homme qui avoit un fice guier planté dans sa vigne , vint y chercher «du fruit, et n'en trouva point. — \ous « voyez, dit-il au vigneron ,xque depuis trois « ans je viens chercher du fruit à ce figuier, et <c que je n'en trouve point. Coupez-le donc. « Pourquoi occupe -t- il la terre? — Seigneur, ce lui répondit le vigneron, laissez-le encore « cette année , jusqu'à ce que j'aie bêché tout a autour et que j'y aie mis du fumier, et s'il ce porte du fruit, à la bonne heure , sinon vous « le couperez après. »

Comme Jésus enseignoit dans la synagogue les jours de sabbat, il se trouva là une femme qu'un esprit rendoit infirme depuis dix-huit ans. Jésus, l'apercevant, l'appela et lui dit :

«Femme, vous êtes délivrée de votre infir- « mite'. » En même temps il mit ses mains sur elle , et s étant aussitôt redressée, elle rendit gloire à Dieu. Mais un chef de la synagogue , indigné de ce que Jésus avoit fait une guérison le jour du sabbat , dit au peuple : « Il y a « six jours destinés pour travailler : venez « donc ces jours-là vous faire guérir, et non « pas le jour du sabbat. »

ce Hypocrite, dit le Seigneur à celui-ci, y « a-t-il quelqu'un parmi vous qui ne détacbe « le jour du sabbat son bœuf ou son âne , et « ne le tire de l'étable pour le mener boire? « Et cette fille d'Abraham que Satan tenoit « captive depuis dix-huit ans , il ne falloit pas « la délivrer de ce lien un jour de sabbat? )> Ce discours fit rougir de honte tous les ennemis de Jésus , et tout le peuple étoit ravi de lui voir faire tant d'actions glorieuses.

Dans ce temps , Jésus alloit par les villes et par les villages , enseignant et s'avançant vers Jérusalem. Quelqu'un lui dit • « Seigneur, y « a-t-il peu de gens qui se sauvent? Efforcez- « vous , répondit Jésus , d'entrer par la porle

go Y1E

« étroite ; car, je vous le dis , plusieurs cher- « cheront à entrer et ne le pourront. Or, quand a le père de famille sera entré , et qu'il aura a fermé la porte, tous vous trouverez dehors, « et vous vous mettrez à frapper , en disant : « Seigneur, ouvrez-nous : et il vous dira, pour « toute réponse : Je ne sais qui vous êtes , ni « d'où vous êtes. iVlcrs tous commencerez à a dire : Nous avons mangé et bu avec vous , et « vous avez enseigné dans nos places publi- « ques ; et il vous dira : Je ne sais qui vous « êtes , ni d'où vous êtes. Retirez- vous de moi, a vous qui êtes des ouvriers d'iniquité. Ce « sera alors qu'il y aura des pleurs et des grince cemens de dents , quand vous verrez Abra- « bam, Isaac et Jacob , avec tous les propbècc tes , dans le royaume de Dieu , et que vous « vous en verrez cliasser. Il en viendra d'O- « rient et d'Occident, du Septentrion et du « Midi , qui seront placés au festin dans le « royaume de Dieu. Et il arrivera que ceux « qui sont les derniers seront les premiers , et « que ceux qui sont les premiers seront les « derniers. »

DE JESUS-CHRIST. $i

Comme Jésus se communiquoit à tous avec une égale bonté', des publicains et des pécheurs s'approchoient de lui. Les pharisiens et les scribes en murmuroient. « Voilà , di- « soient- ils, un homme qui reçoit les pé- « cheurs et qui mange avec eux, — Oui d'entre « vous , leur demanda Jésus , ayant ctnt bre- « bis , s'il en perd une , ne laisse pas les qua- « tre-vingt-dix-neuf dans le désert, et ne va «pas chercher la brebis perdue, jusqu'à ce « qu'il la retrouve ? Quand il l'a retrouvée , il « la met sur ses épaules avec joie ; et dès qu'il « est chez lui , il assemble ses amis et ses voi- « sins, et leur dit : Réjouissez-vous avec moi, « parce que j'ai trouvé ma brebis y qui étoit «perdue. Je vous dis qu'il y aura de même « plus de joie dans le ciel pour un seul pé- « cheur qui fait pénitence , que pour quatre- « vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de «pénitence. Ou, quelle est la femme qui ? « ayant dix drachmes , si elle en perd une 3 « n'allume la lampe , ne balaie la maison et « ne cherche avec soin jusqu'à ce qu'elle la « trouve? Quand elle l'a trouvée , elle assem-

« ble ses amies et ses voisines, et leur dit : « Réjouissez -vous avec moi, parce que j'ai « trouvé ma drachme , que j'avois perdue. « C'est ainsi , je vous le dis, que, parmi les « Anges de Dieu , on se réjouira de la conver- « sion d'un seul pécheur. »

A ces deux paraboles , Jésus ajouta cette troisième : « Un homme avoit deux fils , le <i plus jeune dit à son père . « Mon père, don- « nez-moi la portion de bien qui doit m'ap- « par tenir ; et le père leur partagea son bien. <c Quelque temps après , le cadet ayant tout « ramassé , alla voyager dans un pays éloi- « gné , et il y dissipa , en débauches , tout ce « qu'il avoit. Après qu'il eut tout consumé , <c il survint une grande famine dans ce pays- <c là , et il se trouva dans l'indigence. Alors il «. se mit au service d'un des habitans du pays, « qui 1 envoya dans sa métairie garder les « pourceaux ; et il eût bien voulu se rassasier « des gousses que les pourceaux mangeoient; (c mais personne ne lui en donnoit. xAlors, « étant rentré en lui-même, il dit : Combien <( y a-t-il de mercenaires dans la maison de

« mon père qui ont du pain en abondance , et a moi je meurs ici de faim. Je vais partir; « j'irai à mon père , et je lui dirai : Mon père , « j'ai péché contre le ciel et contre vous : je « ne mérite plus d'être appelé votre fils ; trai- « tez-moi comme l'un de vos mercenaires. Il a partit donc /et s'en alla à son père. Comme ce il étoit encore éloigné, son père l'aperçut; ce et, touché de compassion , il courut à lui, « l'embrassa et le baisa. Mon père , lui dit le « fds, j'ai péché contre le ciel et contre vous ; a je ne mérite pas d'être appelé votre fils. Le « père dit aussitôt à ses serviteurs : Apportez « promptement la plus belle robe, habillez-le-, « mettez-lui un anneau au doigt, et donnez- « lui des souliers. Amenez le veau gras et « tuez-le : mangeons et faisons grande chère , « parce que mon fils , que voici, étoit mort , « et il est ressuscité ; il étoit perdu, et il est « retrouvé : et ils se mirent à faire grande a chère. Cependant le fils aîné , qui étoit dans « les champs , revenant et approchant de la « maison, entendit le son des instrumens et «le bruit de la danse. Il appela aussitôt un

« des serviteurs , et s'informa de ce que c'é- « toit. C'est, lui dit le serviteur, que votre « frère est de retour, et votre père a fait tuer « le veau gras , parce qu'il l'a recouvré sain et <c sauf. Laine en conçut de l'indignation, et «il ne voulut point entrer. Son père sortit « donc , et se mita le prier. Mais il lui répon- « dit : Il y a tant d'années que je vous sers « sans avoir jamais contrevenu à vos ordres, « néanmoins vous ne in' avez jamais donné un « chevreau pour régaler mes amis ; mais votre « ûls , que voilà, qui a mangé son bien avec «des femmes débauchées, à peine est -il de « retour, que vous faites tuer le veau gras « pour lui. — Mon fils, lui dit son père, « vous êtes toujours avec moi , et tout ce « qui est à moi est à vous ; mais il falloit « bien faire un festin et se réjouir , parce « que votre frère, que voici, étoit mort, et « il est ressuscité ; il étoit perdu , et il est re- '.< trouvé. »

Jésus aimoit à appuyer ses instructions de paraboles , parce que ceux qui l'écoutoient les goùtoient mieux et les recevoient plus fa-

cilcment. C'est ainsi qu'il peignit les mauvais riches :

«Il y avoit, dit-il, un homme riche qui ce étoit vêtu de pourpre et de fin lin , et qui se « traitoit splendidement tous les jours. Il y « avoit aussi un pauvre nommé Lazare, étendu ce à sa porte, tout couvert d'ulcères, lequel ce désiroit de se nourrir des miettes qui tomcc boient de la table du riche , et personne ne ce lui en donnoit , tandis que les chiens vece noient lécher ses plaies. Ce pauvre vint à ce mourir, et les Anges le portèrent dans le ce sein d'Abraham. Le riche mourut aussi, et ce l'enfer fut son tombeau. Au milieu des ce tourmens , élevant les yeux , il vit de loin ce Abraham avec Lazare dans son sein , et il ce s'écria : Père Abraham , ayez pitié de moi , ce et envoyez Lazare , afin qu'il trempe dans ce l'eau le bout du doigt , pour me rafraîchir cela langue, car je suis cruellement tource mente dans ce feu. — Mon fils , lui dit Abrace ham , souvenez^ vous que vous avez reçu ce des biens pendant votre vie , et que Lazare , « au contraire, n'a eu que du mal; mainte-

« nant, il est dans la joie, et vous , vous souicc frez. Outre cela , il y a un grand abîme entre ce nous et vous , en sorte que ceux qui vou- « droient aller d'ici à vous , ou venir de là ce ici, ne le peuvent. — Père , répondit le ri- « clie , je vous prie donc de l'envoyer dans la « maison de mon père , afin qu'il avertisse a mes frères (car j'en ai cinq), de peur qu'ils et ne \iennent aussi eux-mêmes dans ce lieu ce de tourmens. — Ils ont Moïse et les prophète tes, lui dit Abraham; qu'ils les écoutent. « — Non, père Abraham, répondit-il; mais ce si quelqu'un des morts retourne à eux, ils ce feront pénitence. Mais Abraham lui réparée tit : S'ils n'écoutent point Moïse et les prot< phètes } ils ne croiront pas non plus , quand ce même quelqu'un des morts ressusciteroit. »

Une autre fois, pour humilier les pharisiens , qui mettoient beaucoup d'ostentation dans les pratiques extérieures de la religion, il dit :

ce Deux hommes montèrent au temple pour ee prier : l'un étoit pharisien et l'autre publics cain. Le pharisien ; se tenant de bout, fai-

« soit cette prière en lui-même : Mon Dieu , je ce vous rends grâce de ce que je ne suis pas « comme le reste des hommes , qui sont vote leurs, injustes , adultères, ni tel aussi que « ce publicain ; je jeûne deux fois la semaine ; « je donne la dîme de tous mes bieus. Le «publicain, de son côté, se tenant éloigné , « n'osoit pas même lever les yeux au ciel , « mais se frappoit la poitrine en disant : Mon «Dieu, ayez pitié de moi, qui suis un pé- « cheur. Je vous déclare que celui-ci s'en re- « tourna chez lui justifié , et non pas l'autre : « car quiconque s'élève sera humilié, et qui- « conque s'humilie sera élevé. »

Des pharisiens proposèrent un jour à Jésus « cette question, qui étoit alors fort agitée : « Est -il permis à un homme de renvoyer sa «femme, pour quelque sujet que ce soit? Jésus profita de cette occasion pour déclarer la réforme qu'il venoit mettre dans le mariage : « Que vous a ordonné Moïse? leur de- « manda-t-il. — Moïse , reprirent-ils , a perce mis de faire un acte de divorce et de ren- <* voyer sa femme. — C'est à cause de la du-

« retë de votre cœur, répondit Jésus, qu'il « vous a fait cette ordonnance. N'avez-vous <c pas lu que celui qui a fait l'homme au com- <c mencement du monde , fit l'un mâle et l'au- « tre femelle , et qu'il dit : C'est pour cela <c que l'homme laissera son père et sa mère, « qu'il s'attachera à sa femme , et ils seront ce deux dans une seule chair? De sorte qu'ils « ne sont plus deux , mais une seule chair. <c Que l'homme donc ne sépare point ce que ce Dieu a joint. »

Un des principaux de la Judée vint, un jour, au-devant de Jésus, et fléchissant le genou : ce Bon maître, lui dit -il, quel bien a faut- il que je fasse pour obtenir la vie éter- «nelle? — Pourquoi m'interrogez -vous sur « ce qui est bon , répondit Jésus , et pourquoi <c m'appelez-vous bon? Il n'y a que Dieu seul « qui soit bon. Au reste, si vous voulez parce venir à la vie , gardez les commandemens. ce — Lesquels? demanda ce Juif. — Yous les a counoissez , répartit Jésus. Yous ne ferez a point d'homicide; vous ne commettrez point a d'adultère ; vous ne déroberez point ; vous

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« ne direz point de faux témoignage ; vous «ne tromperez personne ; honorez votre père <c et votre mère ; de plus, vous aimerez votre «prochain comme vous-même. » Le jeune homme lui dit : ce J'ai gardé tous ces préceptes," « que me manque-t-il encore? » Ce qu'entendant Jésus, il le regarda et l'aima. « Il « vous manque encore une chose, lui dit-il; « si vous voulez être parfait, allez vendre ce « que vous avez , donnez-le aux pauvres , et « vous aurez un trésor dans le Ciel. Après « cela, venez et suivez-moi. » Ce jeune homme fut affligé de cette réponse, et s'en alla tout triste ; car il possédoit de grands hiens. Jé^us le voyant attristé , et regardant autour de soi, dit à ses disciples : « Qu'il est difficile que « ceux qui ont des richesses entrent dans le « royaume de Dieu ! Mes enfans, répéta-t-il, « qu'il est difficile que ceux qui mettent leur «confiance en leurs richesses, entrent dans « le royaume de Dieu ! — Qui pourra donc « être sauvé9» se demandoient les disciples, en entendant ce discours de Jésus. « — Cela « est impossible aux hommes, reprit-il, mais

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a non pas à Dieu ; car toutes choses sont posa sibles à Dieu. »

Jésus ayant dit plusieurs fois à ses apôtres et à ses disciples , en parlant du royaume des Cieux, que les premiers* seroient les derniers, et les derniers , les premiers , crut devoir leur expliquer ce discours par une parabole :

« Le royaume des Cieux, leur dît— il, est « semblable à un père de famille qui sortit de « grand matin , afin de louer des ouvriers « pour sa vigne. Lorsqu'il eut fait marché c< avec les ouvriers à un denier d'argent par <c jour, il les envoya à sa vigne. Etant sorti « sur la troisième heure , il en vit d'autres <c dans la place qui ne faisoient rien , et il leur « dit : Allez aussi , vous autres , à ma vigne , « et je vous donnerai ce qu'il faudra. Et ils « s'y en allèrent. Il sortit encore sur la sixième a heure et sur la neuvième , et il fit la même a chose ; ensuite , vers la onzième heure , il « sortit, et en ayant trouvé d'autres qui étoient « là, il leur dit : «Pourquoi vous tençz-vous ce là tout le joui à rien faire? Us lui répon-

« dirent : C'est que personne ne nous a loués. « Et il leur dit : Allez-vous-en aussi à ma « vigne. Or, le soir, le maître de la vigne dit « à son homme d'affaires : Faites venir les « ouvriers , et payez-les depuis les derniers « jusqu'aux premiers. Ceux donc qui étoient « venus sur la onzième heure, s'étant appro- « che's , reçurent chacun un denier. Ceux qui « avoient été les premiers au travail , s'étant a aussi approchés, crurent qu'ils recevroient « davantage ; mais ils ne reçurent eux-mêmes « que chacun un denier, et en le recevant, ce ils murmuroient. Ces derniers, disoient-ils , « n'ont été qu'une heure au travail, et vous « les avez payés autant que nous qui avons « porté le poids du jour et de la chaleur. Mais « il répondit à l'un d'eux : Mon ami , je ne «vous fais point de tort; nêtes-vous pasce convenu avec moi d'un denier? Prenez ce « qui vous dû , et retirez-vous? Pour moi , je « veux donner à ce dernier- ci tout autant « qu'à vous» Ne m'est-il pas permis de faire « ce que je veux? Votre œil est -il mauvais, « parce que je suis bon? C'est ainsi que les

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« derniers seront les premiers , et que les prece miers seront les derniers ; car plusieurs sont « appelés , et peu sont élus. »

Il y avoit un homme malade , appelé Lazare , qui étoit de Bétbanie , bourg où demeuroient Marie et Marthe, sa sœur. Celles-ci envoyèrent dire à Jésus que Lazare , qu'il aimoit , étoit malade. Jésus alla à Béthanie. Quand il y arriva , il y avoit déjà quatre jours que Lazare étoit dans le tombeau. Marthe ayant su que Jésus venoit , alla au-devant de lui, et Marie se tint au logis. « Seigneur, dit <c Marthe , si vous aviez été ici , mon frère ne « seroit pas mort; mais je sais que, même à « présent , tout ce que vous demanderez à «Dieu, il vous l'accordera. — Votre frère «ressuscitera, lui dit Jésus. — Je sais, lui « répondit Marthe, qu'il ressuscitera au temps « de la résurrection, au dernier jour. — Je suis « la résurrection et la vie, reprit Jésus : celui « qui croit en moi vivra , quand même il se- « roit mort; et quiconque vit et croit en moi, ce ne mourra point pour toujours. Croyez- « vous cela? — Oui, Seigneur, lui dit-elle ,

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« je l'ai cru , que vous êtes le Clif ist , fils du <c Dieu vivant , qui êtes venu en ce monde. x> Marthe alla aussitôt avertir sa sœur Marie que Jésus arrivoit. Marie se leva, courut au-devant de Je'sus , se jeta à ses pieds et lui dit : « Sei- «gneur, si vous eussiez été ici, mon frère «a ne seroit pas mort. » Jésus , la voyant pleurer, elle et les Juifs qui étoient venus avec elle , se troubla lui-même ; puis s'étant fait conduire au tombeau où étoit renfermé Lazare : ce Otez la pierre qui le couvre, » dit-il. Marthe répondit : « Mais il commence à sente tir mauvais. — Ne vous ai-je pas dit, reprit a Jésus , que si vous croyez , vous verrez Dieu « glorifié? » Ils ôtèrent donc la pierre, et Jésus, après avoir levé les yeux, cria à haute voix : « Lazare, venez dehors. » Le mort sortit aussitôt, avec les bandes qui lui lioient les pieds et les mains , et avec le linge qui lui couvroit le visage. « Déliez-le, lui dit Jésus, a et laissez-le aller. » Là-dessus, grand nombre de Juifs qui étoient venus voir Marie et Marthe , et qui avoient vu ce que Jésus avoit fait, crurent en lui. Mais quelques-uns d'entre

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eux allèrent aux pharisiens et leur dirent ce que Jésus venoit de faire.

Enfin , le temps où il devoit être enlevé de ce monde étant arrivé , Jésus prit la résolution d'aller à Jérusalem. Il envoya devant lui des gens pour annoncer sa venue. Ils partirent et entrèrent dans une ville de Samarie , pour lui préparer ce qui étoit nécessaire. Mais on ne le reçut pas , parce qu'on voyoit bien qu'il alloit à Jérusalem. Les disciples Jacques et Jean lui dirent alors : ce Seigneur , voulez- « vous que nous disions que le feu descende « du ciel et les consume?» Jésus, se tournant vers eux , les reprit. « Vous ne savez pas , (c dit-il , de quel esprit vous êtes. Le fils de <c l'homme n'est pas venu pour perdre les « hommes, mais pour les sauver, » Et ils s'en allèrent en un autre bourg. Ils continuaient leur chemin vers Jérusalem ; et comme Jésus avançoit plus que ses disciples, ceux-ci étoient tout étonnés et le suivoient avec crainte ; car, après avoir pris ses douze Apôtres en particulier, il leur avoit déclaré ce qui lui devoit arriver. « Yoici , leur avoît-il dit , que nous al-

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«Ions à Jérusalem, et toutes les choses que « les prophètes ont écrites du fils de l'homme « s'accompliront. Il va être livré aux princes « des prêtres, aux scribes et aux anciens. Us « le condamneront à mort , et ils le livreront « aux Gentils ; ils se moqueront de lui ; ils « lui cracheront au visage ; ils le flagelleront ; c< ils le feront mourir, et le troisième jour il « ressuscitera. » Les disciples à qui Jésus répétait cette prédiction pour la troisième fois, n'entendirent rien à tout cela : c'étoit une chose cachée pour eux, et ils ne comprirent point ce discours. Les fils de Zébédée , Jacques et Jean , l'abordèrent , et lui dirent : « Maître , nous souhaitons que vous nous ac- « cordiez tout ce que nous avons à vous dece mander. — Que souhaitez-vous que )e vous « accorde? leur dit Jésus. — Accordez-nous , «dirent-ils, que, dans votre gloire, nous « soyons assis, l'un à votre droite , l'autre à « votre gauche. — Vous ne savez , leur ré- « pondit Jésus, ce que vous demandez. Pou- « vez-vous boire le calice que je vas boire, ou « être baptisés du baptême dont je vas être

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ce baptise. — Nous le pouvons, lui dirent-ils, « — Tous boirez , en effet , le calice que je vas « boire , reprit Jésus , et vous serez baptises a du baptême dont je vas êlre baptisé. Mais « d'être assis à ma droite ou à ma gauche, ce «n'est pas à moi de vous l'accorder, c'est ce pour ceux à qui cela est destiné par mon ce père. » Les dix autres disciples furent indignés contre les deux frères Jacques et Jean. Alors Jésus les appelant tous à lui, leur dit: ce Yous savez que les princes des nations doce minent sur elles , et que les grands leur ce commandent avec autorité. Vous n'en usece rez pas de même entre vous ; mais quieonce que voudra être le plus grand parmi vous , ce qu'il se fasse votre serviteur; et celui qui ce voudra être le premier parmi vous , qu'il ce soit votre esclave ; de même que le fils de ce l'homme n'est pas venu pour être servi, ce mais afin de servir et de donner sa vie pour ce la rédemption de plusieurs. »

Jésus approchoit de Jéricho , lorsqu'un aveugle qui étoit assis près du chemin , et qui demandoit l'aumône, entendant passer une

foule de monde , s'enquit de ce que c'e'toit. On lui dit que c'ëtoit Jésus de Nazareth qui passoit, et aussitôt il s'écria : « Jésus, fils de «. David , ayez pitié de moi. » Ceux qui alloient devant le reprenoient, en lui disant de se taire ; mais il crioit plus fort : ce Fils de « David , ayez pitié de moi. )> Jésus s'arrêta et le fit amener. Quand l'aveugle se fut approché, il lui demanda : ce Que souhaitfzcc vous que je vous fasse? — • Seigneur, répon- « dit l'aveugle , que je voie. — Voyez, lui dit a Jésus , votre foi vous a sauvé. » Il vit aussitôt, et il suivit Jé^us, publiant les grandeurs de Dieu. Tout le peuple aussi, qui en fut témoin, rendoit gloire à Dieu.

Pendant que Jésus traversoit Jéricho, un homme nommé Zachée, chef des publicains, et fort riche , cberchoit à le voir, pour le connoître ; mais , à cause de la foule , il ne le pouvoit , étant fort petit. Il courut devant, et monta sur un sycomore. Quand Jésus fut devant, il regarda en haut, le vit, et lui dit : ccZachée, descendez vite, parce qu'il faut « que je loge aujourd'hui chez vous. » Zachée

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descendit promptement, et le reçut avec joie. Tout le monde voyant cela , en murmuroit , disant que Jésus étoit allé loger chez un pécheur.

Zachée, se présentant devant le Seigneur, lui dit : a Voilà que je donne aux pauvres la « moitié de mes biens ; et si j'ai fait tort à ce quelqu'un en quelque chose, j'en rends ce quatre fois autant. » Jésus lui dit : « C'est « aujourd'hui un jour de salut pour cette maice son, parce que Zachée est aussi enfant d'Ace braham : car le fils de l'homme est venu « chercher et sauver ce qui étoit perdu. »

Jésus, continuant sa route vers Jérusalem, vint à Béthanie , où étoit Lazare , qu'il avoit ressuscité. On lui donna à souper dans la maison de Simon le lépreux. Marthe servoit, et Lazare étoit un de ceux qui mangeoient avec Jésus. Marie prit une livre d'huile d'un nard excellent et d'un grand prix ; elle en arrosa les pieds de Jésus , et les lui essuya avec ses cheveux. Ayant cassé le vase, elle répandit ce qui restoit de cette liqueur sur sa tête, pendant qu'il étoit à table, et la maison fut

remplie de l'odeur du parfum. Alors Judas Iscariote, l'un des disciples de Jésus, et celui qui devoit le livrer, dit : a Que n'a-t-on ven- « du cette liqueur trois cents deniers , et que « ne les a-t-on donne's aux pauvres?» Ce qu'il dit, non qu'il s'intéressât pour les pauvres, mais parce que c'étoit un voleur, et qu'étant chargé de la bourse , il avoit entre les mains ce qu'on y mettoit. Quelques-uns s'indignèrent et dirent comme lui : « Pourquoi perdre « cette liqueur? Car on en pouvoit tirer plus « de trois cents derniers d'argent, et les don- « ner aux pauvres. » Et ils murmuroient fort contre elle.

Jésus , s'adressant à tous , leur dit : « Pource quoi faites- vous de la peine à cette femme . « C'est une bonne action qu'elle vient de « faire à mon égard. Car vous avez toujours « des pauvres avec vous , et vous pouvez leur «faire du bien quand vous voudrez; mais, «pour moi, vous ne m'avez pas toujours. « Elle a fait ce qu'elle pouvoit ; car, en répan- « dant ce parfum sur mon corps , elle l'a fait a pour m' ensevelir : elle a embaumé mon

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