AUTHENTICITÉ DU LIEU DE LA TRANSFIGURATION AU THABOR
La tradition qui désigne le Thabor comme lieu authentique de la Transfiguration remonte au quatrième siècle. Elle a pour représentants, à cette époque, saint Cyrille et Eusèbe de Césarée. Saint Jérôme, à la fm du même siècle, la confirme. L'authenticité, alors, ne souffrait pas de difficulté. Saint Jérôme eût certainement dissipé les doutes s'ils existaient ; et s'il les eût partagés , son témoignage ne se serait point traduit en termes aussi affirmatifs.
Dans son Épître XLVI à iVIarcella, il raconte son projet de voyage à la u Montagne sainte " , et il dit : a Pergimus ad Itabyrium et Tabernacula Salvatoris. ^ Dans son épitaphe de sainte Paule {Epître LXXXVI), il dit d'elle : « Scandebat montem Thabor in quo transfiguratus est Dominus. ^ Les tabernacles auxquels fait allusion saint Jérôme sont les trois églises qu'avait fait bâtir sainte Hélène sur le Thabor, vers l'an 527, suivant l'historien NicéphoreCalliste (Histoire ecclés., I. VIII, XXX).
Antonin le Martyr, au sixième siècle, les mentionne [îtiner., VI), témoignant ainsi de la tradition antérieure.
Au septième, Adamanus signale de plus un grand couvent (Adam., ex Arculpho. De locis sanctis).
Au huitième, saint Willibald parle du même monastère et d'une église consacrée à Jésus, à Moïse et à Élie.
Les témoignages en faveur de la tradition se continuent sans interruption pendant la durée des Croisades; et ni les révolutions, ni les guerres, ni le temps, malgré toutes les ruines accumulées, n'ont réussi à faire perdre au Thabor la gloire dont il est couronné.
Les objections qui se sont élevées contre l'opinion traditionnelle qui place au Thabor la Transfiguration sont les suivantes :
1" Les documents ne mentionnent pas le voyage qui aurait amené Jésus des environs de Césarée de Philippe en pleine Galilée; ce qu'ils eussent certainement fait si le voyage avait eu lieu.
L'argument n'a rien de décisif. Il suppose que les synoptiques ont nettement indiqué tous les déplacements ac Jésus. Or, leur étude attentive prouve qu'il n'en est .rien. Beaucoup, je dirai même la plupart des .scènes rapportées par eux sont sans inaication précise du temps et du lieu. Jésus a pu, sans difficulté, en six jours, se rendre « incognito», avec ses disciples, des régions nord de la tétrarchie de Philippe, au Thabor, à travers la Galilée, en traversant la contrée à l'ouest cm Jourdain.
2" Une autre objection se fonde sur l'état du Thabor, dont la cime n'était point solitaire, puisqu'on y voyait une forteresse et un village. Le voyageur américnin Robinson qui,' dans ses Recherches bibliques, a formulé cette difficulté, ne prouve pas qu'au temps de Jésus le sommet
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de la montagne fût vraiment habité. Au témoignage de Josèphe, ce n'est que sous son gouvernement, dans les dernières guerres des Juifs contre les Romains, que l'Itabyrion aurait été fortifié. {Bell. Jiui., ii, 20, 6; IV, I, 8.)
L'opinion qui a voulu donner à l'une des cimes de l'Hermon la gloire d'avoir été choisie par Jésus pour lieu de sa Transfiguration, n'a pour elle que l'hypothèse arbitraire de quelques auteurs modernes. On n'en trouve pas la moindre trace avant la fin du dix-huitième siècle.
En de telles matières, la nouveauté, qui ne s'autorise d'aucun document ancien, est toujours suspecte.