‹ Jésus-Christ (volume 3)Chapitre 19 sur 32 · ÉLU · texte numérisé non relu

ÉLU

« Et mon esprit est ravi en Dieu mon 8a uvour. «

Le premier fruit de l'Esprit, c'est la paix et la joie. La bienheureuse "Vlerp;c qui a reçu la plénitude, dit donc avec raison : «< Mon cime tressaille de joie. » Par ce mot de tressaillir, l'Écriture peint d'ordinaire l'état d'une âme juste qu'inonde la joie céleste : Ainsi tressaille la Vierge d'un tressaillement ineffable, et son cœur est ravi dans la chaste ivresse du divin amour. Elle ajoute: « En Dieu mon Sauveur. » Marie se réjouit dans l'éternelle divinité de ce Fils qui s'engendre d'elle dans le temps. L'âme de la bienheureuse Vierge tressaille en Dieu parce que, toute dévouée d'âme et de cœur et au Pore et au Fils, elle honore dans un transport pieux le Dieu qui seul accomplit l'ineffable mystère. Ah ! que l'âme de Marie soit en chacun de nous pour glorifier le Seigneur! que l'esprit de Marie soit en chacun de nous pour tressaillir dans le Seigneur ! Si, selon la chair, il n'y a qu'une seule Mère du Christ, selon la foi le Christ est devenu la commune propriété de tous, puisque toute âme engendre en elle le Christ, alors qu'immaculée et exempte de vices elle met sa chasteté sous la garde d'une inviolable pudeur. Celui-là glorifie Dieu qui marche dignement sur les pas du Christ, et qui; orné du nom de chrétien, n'altère pas en lui l'honneur du Christ, mais accomplit de grandes et saintes œuvres : l'esprit, c'est-à-dire l'onction de la grâce, tressaillira alors, fera de merveilleux progrès et ne demeurera jamais languissant. Si le jour se faisait dans votre âme et que vous aperceviez, même d'un coup d'œil passager, la constance des saints à aimer Dieu et à mépriser les choses terrestres, certainement vous ressentiriez une grande joie dans le Seigneur. L'âme

commence par glorifier Dieu, puis ensuite elle tressaille ; la foi commence, la délicieuse ivresse de l'amour vient après.

■ Parce qu'il a regardé la bassesse de sa servante; et voici que désormais toutes les générations m' appelleroat Bienheureuse. »

Marie indique la cause de ce tressaillement qu'elle ressent dans le Seigneur : « C'est qu'il a regardé la bassessede sa servante. » Comme si elle disait : Il atout fait! moi je ne songeais à rien; j'étais contente dans la bassesse de mon obscurité; mais voici que Dieu jette les yeux sur moi, et de la terre il me grandit et m'exalte jusqu'au plus haut des cieux. C'est l'humilité qui parle en Marie. 0 humilité, qui a enfanté Dieu et l'a donné au monde, humilité qui a rendu la vie aux hommes, renouvelé les cieux, purifié la terre, ouvert le ciel, et délivré nos âmes de la servitude et de la mort ! L'humilité de Marie est devenue comme Téchelle divine par laquelle le Fils de Dieu est descendu parmi nous. Que sigQifie ce mot : il a regardé? 11 a été propice, il a approuvé l'humilité de sa servante. Beaucoup paraissent humbles au dehors et néanmoins leur humilité, le Seigneur « ne la regarde pas. » Ils ne sont pas véritablement humbles : s'ils l'étaient, ce n'est point eux-mêmes, c'est le Seigneur qu'ils voudraient voir loué par tous les hommes, et ce n'est point dans le monde, c'est « dans le Seigneur » qu'ils tressailliraient. La créature bénie qu'a regardée le Seigneur, sera justement et par le monde entier « appelée Bienheureuse : » Marie ajoute • « Et voici que toutes les générations m'appelleront bienheureuse.» Vraiment oui! Car si, selon la parole du prophète, ceux-là sont bienheureux qui ont leur famille dans Sion et leurs proches dans Jérusalem, que

:Î'J0 AI'PMNDICES

sera-ce de la Vierge Marie qui a pour fils le Fils mômf de Dieu ? Ce n'est point l'orgueil qui parle en Marie quand elle se dit bienheureuse; oix peut être l'orguei! dans celle qui s'intitule si humblement la servante de Seigneur? Ici Marie est prophète, et découvre le grand secret de l'avenir. Comme la mort était entrée dans le monde par l'orgueil de nos premiers parents, il convenait que la vie y entrât par l'humilité de Marie. Quand Marie dit : « Toutes les générations m'appelleront bienheureuse, » elle indique clairement qu'elle n'a pas en vue seulement Elisabeth, mais que les siècles se dévoilent devant elle, et que lui apparaît toute l'immense multitude des croyants.

« Car il a fait en moi de graades choses Celui qui est le Tout- Puissant ; et son nom est saint. »

L'humble Vierge s'empresse de déclarer de nouveau pourquoi les géné?a*:ions la doivent « appeler bienheureuse. >» Ce n'est point à cause de ses mérites, c'est parce que « le Tout-Puissant a fait en elle de grandes choses. » Et quelles sont ces grandes choses, ô Marie? C'est que, simple créature, vous mettez au monde le Créateur du monde; c'est que, servante du Seigneur, vous engendrez le Seigneur, c'est que par vous Dieu rachite le monde et par vous le rappelle à la vie. Comment sont-elles « grandes » ces choses, ô Mai-ie, sinon parce que en dehors des lois de la nature, vous devenez mère sans cesser d'être vierge, vous devenez., sans aucune union terrestre, Mère du Rédempteur? « Mon âme glorifie donc le Seigneur. » Car c'est à V&n.c pour laquelle Dieu a fait de grandes choses à glorifioile Seigneur. Marie ajoute : « Celui qui est le Tout-Puissant. » Si l'on doutait du mystère de sa conception

divine, et de ce merveilleux privilège d'être mère sans cesser d'être vierge, qu'on songea la puisi^ance de Celui qui seul a opéré. « Son nom est saint. » Ainsi arriva-t-il qu'elle fut mère sans souillure, et qu'un Fils lui fut donné qui n'altéra point sa virginale intégrité : Dieu « est saint; » il surpasse à d'incommensurableshauteurs la création tout entière et il se sépare infiniment de tous les ouvrages que sa puissance a produits. Le mot grec qui exprime cette sainteté, AyioÇjrend parfaitement bien ce mystère, puisqu'il signifie « séparé, éloigné, de la terre, » sans point de comparaison, sans contact avec elle.

« Sa miséricorde se répand d'ûge en âge sur ceux qui le craignent. »

Quittant ses gloires personnelles, Marie étend sa vue sur le monde; contemple la providence universelle de Dieu, et décrit ainsi l'état du genre humain tout entier: « Sa miséricorde se répand d'âge en âge sur ceux qui le craignent. » Comme si elle disait : ce n'est pointa moi seule que Dieu a fait de grandes choses, il est secourable à tout peuple qui le craint. La miséricorde divine ne se circonscrit pas dons une génération unique, elle s'étend de génération en génération et dans toute la durée des siècles. Et le grand efïet de cette miséricorde de Dieu sur tous les âges, c'est que moi-même j'enfante le Verbe fait chair, c'est ({ue Dieu s'unit à la nature humaine poussé par le seul sentiment de la plus tendre compassion. 11 est plein de miséricorde, non pas sans doute à l'aveugle, mais pour « tous ceux qui le craignent» dans n'importe quelle nation, t Sur ceux qui le craignent, » c'est-à-dire sur ceux qui, conduits par lo repentir, se convertissent à la foi et à la pénitence Car

pour ceux qui s'obstinent, ils se sont, par leur Incrédulité, fermé les portes du pardon. Marie, par ces paroles : « de génération en génération, ^ insinue peutêtre que dans la génération présente les justes obtiendront miséricorde, et dans la génération future la gloire éternelle : le centuple dans le siècle présent, infiniment plus dans le siècle à venir.

i II a déployé la force de son bras ; il a dissipé les superbes et les pensées de leur cœur. »

Décrivant l'état du genre humain, Marie montre ce que méritent les orgueilleux et ce que méritent les humbles. Le bras de Dieu est le Verbe; car de môme que ce par quoi nous agissons c'est notre bras, de même le bras par lequel Dieu agit est son Verbe. Il a donc fait éclater la force de son bras sur ceux qui le craignent. Étes-vous faible et infirme, vous qui approchez de Dieu? Si vous avez en vous sa crainte, vous obtiendrez le secours et la force qu'il vous a promis. La puissance de son bras (c'est-à-dire de son Verbe incarné) que Dieu a déployée, c'est le miracle, au-dessus de toutes les lois de la nature, d'une vierge qui devient mère et d'un Dieu qui se fait homme comme nous. Ce n'est plus comme autrefois par Moïse contre les Egyptiens, ni contre les Assyriens par un ange qui en extermina plusieurs mille, que Dieu triomphe en personne, c'est lui qui combat et triomphe, c'est lui qui reste victorieux des intelligences et des cœurs. « Il a dispersé les superbes, » les orgueilleux qui ne se sont pas soumis à sa domination; il a mis à nu leurs pensées superbes. C'est surtout des phalanges infernales qu'il faut entendre les paroles de Marie. Les démons infestaient et ravageaient la terre, le Seigneuries a dissipés par sa venue.

et, leur arrachant les captifs qu'ils tenaient enchaînés, il en fait les sujets de son empire.

« n a précipité les puissants de leur trône et il a exalté les humbles. »

Dans toute la suite des siècles, les orgueilleux et les humbles, par la juste conduite de la Providence, ne cessent pas, ceux-là de périr, ceux-ci d'être exaltés. Qu'ils étaient puissants, les démons, princes de ce monde, et les sages de la gentilité, et les pharisiens et les scribes! Dieu pourtant les a tous déposés, et ceux qui s'humiliaient sous sa main puissante il les a exaltés, leur donnant la force de fouler sous leurs pieds serpents et scorpions, leur livrant toute la puissance de leurs ennemis. Ils étaient grands aussi dans leur puissance, les Juifs, mais leur incrédulité les renversa du trône ; et la gentilité humble et méprisée est montée jusqu'au faîte radieux de la foi. Notre âme est le siège de la divinité, maisles puissances infernales avaient envahi ce siège et l'occupaient comme leur propre trône : alors vint le Seigneur qui chassa ces esprits mauvais, releva leurs ,rictimes gisantes, purifiant nos consciences souillées, et faisant de nos âmes son inaliénable domaine.

« Il a comblé de biens les affamés et il a renvoyé vi<ie3 les riches. »

Comme la prospérité de ce monde semble consister surtout dans les honneurs de la puissance et l'affluence des richesses, après la chute des grands et l'e.xaltation des humbles, Marie en vient au dénùment des riches et au rassasiement des pauvres. Ce passage peut s'appliquer aux biens temporels et nous y voyons rincertitude des choses de ce monde, fragiles comme ces nuages

que dissipe le souffle des vents. Au sens spirituel : le genre humain était affamé tandis que, nourris par les leçons de la loi et enrichis par les enseignements des prophètes, les Juifs étaient dans l'abondance. Les Juifs refusèrent de s'attacher humblement au Verbe, et ils ■urent renvoyés vides dans le plus complet dénûmcnt, «ans foi, sans connaissance, sans l'espérance des biens promis, privés à la fois de la Jérusalem de la terre et de celle des cieux. Ceu.\ des gentils qui s'attachèrent au Christ, après le long épuisement et les tortures de la faim, furent comblés de biens de toute sorte. Les âmes qui désirent avec ardeur, qui sont comme affamées des biens éternels, seront rassasiées quand le Christ apparaîtra dans sa gloire ; ceux qui auront aimé les biens terrestres seront alors laissés vides et affamés.

« Se souvenant de sa miséricorde, il a accueilli Israël son serviteur ainsi qu'il le promit à nos pères, à Abraham et à sa postôril6, pour toujours. »

Après cette vue générale de la Providence divine dans le monde, Marie revient au don spécial et ineffable de l'Incarnation. « Il a accueilli Israël » comme un médecin charitable recueille son malade et le traite. Dieu se fait visible au milieu des hommes, afin qu'Israël (qui signifie voyant Dieu) puisse devenir son serviteur. Qui dit son serviteur dit obéissant et humble: sans cette humble obéissance impossible d'arriver au salut. Marie ne parle pas « d'Israël » dans le sens matériel du mot, mais, dans un sens spirituel, de toutes les âmes qui, ù l'exemple du patriarche antique, ont les yeux fixés sur Dieu et le contemplent du regard de la foi. Ce texte pourrait s'entendre aussi du peuple juif puisqu'un grand nombre du milieu de lui ont eu foi dans lo

APPENDICES 3CJ

Rédempteur. Or Dieu a fait tout cela «« se souvenant c'.c ra miséricorde, » accomplissant lu promesse faite à Abraham en ces termes : « tous les peuples de la tcri-c seront bénis dans un rejeton de ta race. » C'est la promesse dont Marie évoque le souvenir quand elle dit : « selon la promesse faite à nos pères, à Abraham et à 5a race à jamais. » Dieu avait dit à Abraham : « J'établirai mon alliance entre moi et toi et ta race après toi, pacte éternel pour toute la suite des générations, afin que je sois ton Dieu et le Dieu de ta postérité après toi . » Ce mot de « postérité » ne s'applique pas à ceux qui sont nés selon la chair du patriarche Abraham, mais à ceux qui ont suivi les traces de sa foi et auxquels le Christ a été promis depuis les siècles. Cette promesse d'une postérité n'a point de terme assigné : jusqu'à la fin des siècles il y aura des croyants, et la béatitude promise à la foi doit être éternelle

ilippendice 12

LE CANTIQUE BENEDICTUS EXPOSÉ DANS LA Chauie d'oi'

« Béuile Seigneur Dieu d'Israël pirce qu'il a visilé sou peuple et en a opéré la rédoinpliou. »

Rempli de l'Esprit de Dieu, Zacharie fuit une double prophétie dans ce cantique : l'une sur Jésus-Christ, l'autre sur Jean. Il parle au présent comaie si déjà le Christ était né au monde : ^t boni soit le Seigneur Dieu d'Israël, parce qu'il a visiLc, etc. > Zacharie parle

• d'Israël » soit qu'il faille entendre par là le peuple juif, car Jésus-Cl)i-ist vint « pour rassembler les brebis perdues de la maison d'Israël, » soit qu'il faille entendre les âmes saintes qui se sont rendues dignes de cette visite de leur Dieu en coopérant à ses miséricordes. Didu allait visiter son peuple abattu par une longue et douloureuse maladie ; vendu au péché, il allait le racheter de son ignominieux esclavage ; Zacharie connaissait cet avenir, et, suivant le manière des prophètes, il le raconte comme déjà accompli. 11 dit : « son peuple., » non pas qu'il fût son peuple quand il vint au milieu de lui, mais il le fit sien en le rachetant.

« Et il nous a suscité notre Rédemption de la maison de David

son serviteur. »

t)ieu semblait dormir, regardant en silence les mnombrables crimes de la terre; puis enfin, lorsque vient la plénitude des temps, il se réveille dans l'Incar* nation et terrasse les démons, nos haineux et terribles ennemis. Le texte dit donc : « il nous a suscité une rédemption de la maison de David son serviteur ; » car c'est de la famille de David qu'est né le Christ selon la chair. Le texte porte : « il nous a suscité une corne de salut. » La chair recouvre les os, la corne seule la surmonte et la domine : le monde entier est comme enseveli dans la chair, mais cette chair, le rogne du Christ la domine et la subjugue à son tour.

« Selonqu il promit par la bouche de ses saints prophètes envoyés des le commencement. »

Michée annonce que le Christ doit naître dans la maison de David, quand il dit : « Et toi, Bethléem, terre de Juda. tu n'ea point la plus petite, car de toi sortira

le chef qui gouvernera mon peuple d'Israël. » Tous les prophètes ont parlé de l'Incarnation. Aussi Zacharie dit-il : « selon qu'il l'avait promis par la bouche de ses saints prophètes : » C'est la confirmation formelle de la divinité de leurs prophéties et la garantie que rien d'humain n'est sorti de leur bouche. Zacharie ajoute : « envoyés dès le commencement. » Tout l'Ancien Testament n'est, en effet, qu'une longue et perpétuelle annonce de la venue du Christ ; la vie même d'Abraham et des autres patriarches n'est qu'un témoignage au mystère de la divine Incarnation.

« De nous délivrer de nos ennemis et des mains de tous ceux qui nous haïssent.»

Ces paroles sont l'explication et le développement de ces autres : « il nous a suscité une rédemption. » « Une rédemption, » c'est-à-dire un Libérateur qui nous sauve de la tyrannie de nos ennemis et du pouvoir de ceux qui nous haïssent. Ne nous imaginons pas qu'il soit ici question d'ennemis corporels ; ce sont les ennemis de nos âmes dont entend parler Zacharie : Jésus, le Sauveur, le Fort, est venu détruire nos adversaires, nous délivrer de leurs embûches, et nous faire triompher de leurs tentations.

« Pour exercer sa miséricorde à l'égard de nos pères, se ressouvenant de sa sainte alliance qu'il jura à notre père Abraham. »

Zacharie venait de dire que le Messie naîtrait de David: Il ajoute ici que Dieu nous sauve pour accomphr sa promesse d'envoyer le Ilédempteur, de recueiUir la Gentihte, de faire incarner son Verbe : promesse faite surtout à Abraham et aux Patriarches. A David Dieu avait surtout promis oue le Christ naîtrait de sa

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race ; a AbraHam ii avait surtout promis la conversion de lu Gcntilité : voilà pourquoi Zacharie fait mention do David d'abord, puis passe à Abraham et à la promesse que Dieu lui fait d'exercer sa miséricorde. En quel sens le Christ naissant exerce-t-il sa miséricorde envers nos pères? Assurément Abraham, Isaac, Jacob jouirent de sa miséricorde. Eux qui avaient vu son jour et s'étaient réjouis de le voir, ne sont pas restés privés, à sa naissance, des suavités de sa grâce Cette grâce du Rédempteur s'étendait à ceux qui étaient morts, puisque tous ressuscitent par lui, non-seulement nous, vivant actuellement, mais aussi tous ceux qui nous ont précédés. Dieu a exercé sa miséricorde envers nos pères dans ce sens qu'il a comblé leurs désirs, qu'il a rempli toutes leurs espérances, « je vous comblerai de bénédictions, je vous multiplierai, » avait dit Dieu au saint Patriarche. La race d'Abraham s'est en effet multipliée dans toutes les nations qui sont devenues ses enfants par l'imitation de sa foi. Les Patriarches voyant leur innombrable postérité recevoir toutes ces bénédictions divines, tressaillent de joie et reçoivent eux aussi la miséricorde dans l'onction de cette joie.

c Âûa que délivrés de la maia de nos ennemis, nous le servions sans crainte. »

Après avoir dit qu'un Sauveur nous est suscité dans la maison de David, Zacharie montre comment par ce Sauveur nous sommes comblés de gloire et nous triomphons des entreprises de nos ennemis : « afin, dit-il, que, délivrés de la main de nos ennemis, nous le servions sans crainte. » Gloire et délivrance, il n'est pas facile de réunir ces deux biens à la fois : le criminel gracie par son prince jouit de la liberté, mais il no

jouit pas de la gloire ; au contraire.d'autres ont la gloire, mais ils ne l'achètent qu'au prix de mille dangers ; témoin ces guerriers qui, embrassant la carrière des armes, conquièrent la gloire, mais vivent perpétuellement au milieu des périls. Le Sauveur qui nous est donné sauve tout ensemble et glorifie ; son salut n'est pas opéré à demi, il est admirable, il est merveilleux; le texte ajoute : « afin que, sauvés des mains de nos ennemis, nous le servions sans crainte. » Souvent on est délivré des mains de son ennemi, mais non de la crainte qu'il inspire encore ; aussi, pour montrer ce qu'a de complet notre délivrance, le texte sacré dit que, délivrés, plus aucune crainte ne nous reste ; nos ennemis n'ont plus pu rien entreprendre ; arrachés tout à coup de leurs mains, nous nous sommes tout à coup trouvés dans la royale demeure de notre éternel héritage.

8 Dans la sainteté et dans la justice, nous tenant en sa présence tous les jours de notre vie. »

Nouveau sujet de glorifier Dieu : non-seulement nous le servons sans crainte, mais nous le servons spirituellement et non plus d'une façon charnelle comme les juifs qui ne lui immolaient que de grossières victimes. « Dans la sainteté et dans la justice. » La sainteté nous rend irréprochables devant Dieu, la justice, devant les hommes. « Tous les jours de notre vie. >• Il en est qui avant leur mort abandonnent le service de Dieu, qui maculent la splendeur de leur foi, ou déchirent l'intégrité de la vertu chrétienne, ou cherchent le regard et l'estime des hommes sans se soucier de l'œil de Dieu ; ceux-là ne sont pas entièrement délivrés des mains de leurs ennemis, ni ne servent pas entièrement le Seigneur : ils ressemblent à ces Samariuins qui pré-

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tendaient allier le culte du vrai Dieu à celui des idoles de la Gentilité,

» Et vous petit enfant, vous serez appelé le Prophète du Très- Haut, car vous marcherez devant la face du Seigneur pour lui préparer les voies. »

Après avoir magnifiquement prophétisé sur Dieu, Zacharie ramène sa pensée et sa parole à son fils, ce fils qui est encore un bienfait de Dieu : il ne faut pas que repassant les miséricordes accordées à tous, il semble par ingratitude taire celle qui lui est propre. « Vous marcherez devant la face du Seigneur : » les autres prophètes annoncèrent de loin le mystère du Christ; Jean y assiste, il le contemple, il l'indique à la foule.

« Pour donner à son peuple la connaissance du salut, afin qu'il obtienne la rémission de ses crimes. »

Voici comment le Précurseur préparera les voies du Seigneur : le salut, c'est le Christ : Jean donnera à son peuple la connaissance du salut lorsqu'il lui fera connaître le Christ Rédempteur du monde.

tt Par le* entrailles de la miséricorde de noire Dieu qui a fait que l'Orient nous a visités d'eu haut. »

Ce n'est point i)ar nos mérites ni nos efforts que nous avons obtenu miséricorde, c'est parce que Dieu nous est venu visiter d'en haut.

« Pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres, à l'ombre de la mort, et pour diriger notre marche dans lo chemin de la paix. »

C'est bien justement que le Christ est appelé Orient, Lui qui nous a ouvert l'entrée de la véritable lumière.

Zacharie sans doute n'entend point parler des ténèbres matérielles, mais de l'erreur et de la privation de la foi. Les Gentils étaient dans les ténèbres, courbés sous le culte des idoles, jusqu'à ce que se levât sur eux la splendeur de la vérité. « L'ombre de la mort, » c'est l'oubli de l'âme. Ce que tue la mort, elle l'enlève du milieu de la vie ; ce que frappe l'oubli, il l'enlève du milieu des souvenirs. Ayant oublié Dieu, le peuple juif se trouvait dans l'ombre de la mort. L'ombre de la mort, c'est encore l'imitation du démon que l'Apocalypse appelle la mort. Nous étions « assis, » nous ne marchions plus, tenus immobiles par le manque d'espérance et de destinée. Non-seulement le Seigneur illumine les malheureux assis à l'ombre de la mort, mais «< il conduit leur marche dans le chemin de la paix. >» « Le chemin de la paix, » c'est la voie de la justice : notre marche dans ce chemin, ce sont les affections de nos cœurs.

Proibndcurs et magniCcences de celte page de nos Écritures. Elle trace Ihistoire sublime du Verbe de Dieu, et ouvre sur l'histoire du moade les plus vastes perspectives. — Belle division de saint Thomas : Le Verbe dans le sein du Père ; le Verbe dans la création ; le Verbe fait chair l

I — Le Verbe dans le sein du Père.

1. — L\ GÉNÉRATION DU Vep.be. — 1 Dicu est fécond : Dieu a un Fils : c'est sa gloire d'avoir une fécondité infinie : c'est le privilège de son infinie perfection S

2. — Quelle idée nous faire de la génération toute mystérieuse du Fils dans le sein du Père ? — Les images matérielles quelque justes et parfaites qu'elles puissent être, expriment mal une si divine génération. — Image plus exacte et plus sublime dans la naturehumaine : le verbe de l'homme engendré dans l'intime de son âme, image du Verbe divin engendré dans le sein de Dieu. — Identités et différences profondes entre ces deux Verbes et cette double génération 4

II. — Les grandeurs do Verbe de Diec. — Le Verbe de Dieu, tel que saint Jean nous le fait contempler dans le sein du Père, est Créateur. — Le Verbe foyer de toute vie, centre de tous les mondes, sommet de toutes les créations; tout relève du Verbe, tout est soutenu par a la parole de sa puissance. •' — Le Verbe, en Dieu, est con.' substantiel k son Père. Le Verbe est dans le Père comme dans son principe. Il ne fait qu"((/iavecle Père dans l'unité de nature. — Le Verbe consubstaniiel au Père, u?i avec

le Père dans l'unité de nature, est néanmoins distinct du Père dans la Trinité des Personnes. Sens profond de ce terme : « il était chez Dieu. » — Le Verbe est éternel : il est devant toutes choses : il est au commencement do toute création : commentaire que fait saint Thomas do ce mot in principio erat. — Le Verbe a un principe : il sort, il est engendré du Père 7

III. — Les PROKONDEuns dd mot Verbe — Par ce mot Verbe, saint Jean exprime admirablement tout ce qu'a d'immatériel et de divin la génération du Verbe. En Dieu, concevoir c'est penser : le Verbe est le fruit infini d'une Intelligence infinie.

La mission que le Fils de Dieu est venu remplir parmi nous lui fait donner par saint Jean, avec une admirable justesse, le nom de Verbe. — La mission du Fils fut de parler au monde : il est la Parole dite au monde : il est venu nous révéler la pensée de Dieu, inaccessible à toute intelligence créée Il

IV. — Suite des profondeurs du mot Veube. — Le dogme catholique touchant l'Incarnation est tout entier en germe dans les premiers mots de l'Evangile de saint Jean. Ces mots suffisent à terrasser les erreurs de. tous les temps. Ils établissent -. contre les unes, la divinité du Fils de Dieu: contre les autres, la distinction des Personnes divines : contre d'autres, l'égalité et la consubstanlialité du Fils : contre la philosophie incrédule, la puissance créatrice dans le Verbe ; contre le rationalisme, les droits du Verbe à régir et à dominer toute intelligence créée 13

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