‹ Jésus-Christ (volume 3)Chapitre 4 sur 32 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

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au lieu d'une nourriture solide, ce que l'Apôtre appelait des niaiseries et des fables ?

Le besoin du retour à la vraie prédication se fait partout sentir ; nous commençons, Dieu merci, à comprendre que cette -éloquence retentissante et creuse n'est rien autre chose que la famine du pain dont parlait le Prophète. Si notre livre, au Heu d'être un obscur et timide essai, était quelque œuvre importante, nous oserions dire qu'il vient à l'heure.

L'orateur chrétien trouve dans saint Thomas d'Aquin les trois choses dont il a besom et qui lui suffisent pour captiver fructueusement un auditoire ; des divisions lucides et frappantes; un fonds inépuisable de doctrine pour remplir ces divisions ; enfin, ce qui semblera paradoxal et n'est que rigoureusement vrai, un charme constant de nouveauté, de fraîcheur, de brillant. Avec saint Thomas pour guide et pourvoyeur, l'orateur est de suite et complètement à l'aise ; assuré de sa marche, possesseur des plus riches matériaux, son intelligence s'élève, son cœur s'échauffe, l'expression jailht puissante et

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alerte de cette plénitude et de cette force dont il se sent soutenu. N'est-ce pas pitié de voir comment les panoramas, les Revues, les Tribunes, les Sermonnaires se jouent du prédicateur, offrant à sa crédule bonne foi des divisions, des sujets, des points de vue^ sans substance pour les féconder et les remplir, sans chaleur pour les vivifier, sans agrément d'aucune sorte pour les faire réussir ? Jamais le Docteur Angélique ne présente un sujet qu'il ne le féconde, une division qu'il ne la fasse pleine et opulente, une perspective qu'il n'en parcoure l'étendue, n'en épuise les scènes, et n'en révèle toutes les splendeurs.

Notre travail, dans ce nouv(;au livre que nous offrons aux prédicateurs, a été de recueillir des œuvres de saint Thomas et de grouper sous le plus auguste comme sous le plus fécond des titres : JÉSUS -CHRIST, les plus belles doctrines, les plus riches et les plus pratiques sujets, dont l'orateur puisse entretenir ses divers auditoires.

Peut-èî,re nousreprochera-t-on, quelque remplies que soient ces pages, d'avoir laissé bien des matières, et négligé bien des trésors : nous l'avouons ingénu-

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ment : nous avons été plus d'une fois vaincu par la profusion de nos richesses, et nous avons plié souvent sous la charge de notre butin. Jeter ses filets dans un tel océan, c'est se condamner au glorieux danger d'une pêche miraculeuse. Assez audacieux pour affronter ce péril, nous n'avons pas été assez robuste pour en triompher : la barque s'est trouvée trop petite, et les filets trop faibles se sont rompus. Qu'on nous pardonne les pertes en faveur du butin, déjà riche, que nous avons recueilli, et que noua offrons à nos frères de tout cœur.

N'eussions-nous fait d'ailleurs qu'entr'ouvrir unô mine si féconde, et inspiré à d'autres le désir de la faire mieux valoir, nous nous croirions trop payé des longues études dont cet ouvrage est le fruit.

In principio evat Verbum... Cette page de nos Ecritures, d'une si désespérante profondeur pour qui s'y engage sans guide, devient dans le commentaire du docteur angélique à la fois lumineuse et grandiose. Quelles révélations nous y sont faites ! Quelles perspectives s'ouvrent à notre regard ! Quel vol dans les immensités di\ incs, d'un point à l'autre de l'Eternité, l'Evangéliste nous fait prendre ! C'est à la fois le temps et l'éternité ; la génération éternelle et la naissance temporelle du Eils de Dieu; ce sont les œuvres divines, les opérations intimes et les œuvres du dehors; c'est Jésus-Christ et tout l'immense ouvrage qu'il est venu accomplir, l'illuinination, le racliat, la sanctification, la glorification du monde : tout ce qu'est Dieu et tout ce qu'a fait Dieu I Voilà l'immensité au travers de laquelle saint Jean nous emporte, et le génie de saint Thomas nous soutient.

Trois vastes objets remplissent le début de l'Evangile selon saint Jean, et en marquent les divisions : c'est le

2 CHAPITRE niEMlER

Verbe dans sa génération divine et les ineffables attributs de la Divinité : c'est ce même Verbe devenu Médiateur et Rédempteur, qui prélude aux merveilles de sa vie dans le temps, et fait, avant même sa naissance temporelle, sentir au ciel et à la terre les influences de vie, de grâce, de lumière et de salut : c'est enfin le Verbe descendu dans la cbair, fait chair^ fait homme, devenu notre semblable et notre frère, qui naît, vit, souITre au milieu de nous et pour nous ; nous réconcilie à son Père, nous purifie de nos souillures, nous dépouille de notre néant, nous revêt de sainteté et de grandeur, nous mène jusqu'au Très-Haut pour nous en faire devenir, par la plus m'^.rveiUeuse solidarité,les enfants adoptifs et les héritiers éternels.

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