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LE MOYEN AGE

lui pour les reprendre, les corriger et les achever. Les Papes soutinrent le monde qui retombait dans la nuit.

Près de trois siècles se passèrent au milieu d’une confusion inexprimable et, pour ainsi dire, incurable. Ce ne fut que guerres, révolutions, partage de royaumes, invasions, meurtres, incendies et trahisons de toutes sortes. Au début, quand on vit que la dynastie de Charlemagne allait manquer au genre humain, et en effet elle lui manqua, le genre humain crut qu’il allait finir. Tout semblait appuyer la tradition qui le faisait croire; de longues années du dixième siècle furent remplies de cette terreur. Le désordre s’était introduit même dans l'Église. De folles et cruelles hérésies la tourmentaient; les troubles politiques envahissaient la hiérarchie sacrée; les Papes, perpétuellement attaqués par les séditions qui remplissaient Rome, étaient souvent rejetés de la ville, souvent captifs des partistriomphants. Les factieux ne respectaient pas leur autorité, attentaient même à leur vie. Dans cette tempête furieuse ont péri la plupart de ceux que l’ignorance a calomniés et qu'aujourd'hui toutes les découvertes de la science historique justifient et honorent.

Citons Jean X, l’un des plus indignement décriés. Quand les descendants de Charlemagne demeurent inactifs et que les petits princes de l'Italie font alliance avec les Sarrasins, le Pape Jean X se lève au milieu de ces couards et de ces pervers. Il parvient à lever une armée, en prend le commandement, attaque les Sarrasins retranchés sur le Garigliano et les défait. Cette bataille gagnée de la main du Pape refoule linvasion qui allait submerger l’Europe.

En attendant que les Papes fondent la politique des Croisades, ils ne manquent pas à leur mission essentielle, déjà dix fois séculaire, et sont comme toujours les fermes gardiens de la parole de Jésus-Christ. A leur ombre, grâce au miraculeux ascendant qu'ils exercent sur les âmes, les peuples, par la force morale du droit qu’ils ne cessent de proclamer, durent, se relèvent, revivent et conservent tous les éléments de salut. Cette terre obstinément dévastée restait obstinément pleine de germes précieux; ces peuples à demi sauvages avaient une foi invincible et d’intarissables dévouements. En somme, le Pape, le Seigneur Apostolique, battu, chassé, assassiné, sans pouvoir matériel stable, sans secours, hors de lui-même, sur

lequel il pût compter, ne laissait pas d’être au fond le souverain le plus obéi.

Dans ce qu’on a appelé « le siècle de fer », on vit naître des monastères, les saints moines abondent, les saints évêques jettent un incomparable éclat, de saints rois passent sur le trône. Les barbares mêmes, établis dans les pays dont ils ont renversé les églises et tué les prêtres, se convertissent et relèvent plus d’autels qu’ils n’en ont détruit.

La France subit l'invasion des Normands et vit leur conversion. L’Angleterre eut saint Alfred le Grand et saint Édouard ; l'Espagne, Alphonse le Grand; l'Allemagne, sainte Adélaïde et saint Henri; la Hongrie, saint Étienne et saint Émeric; la Norwége, saint Olaüs. Nous ne pouvons dresser ici la simple nomenclature des saints, des héros et des conquérants qui apparaissent dans les monastères et sur les siéges épiscopaux. [ls n’ont pas, pour ainsi dire, quitté la scène du monde, tant l’histoire répète encore leurs noms, et ils restent les flambeaux toujours visibles de ces époques ténébreuses.

Auprès de ces hommes dont la vie était réglée sur les conseils évangéliques et qui faisaient leur art et leur but d'être humbles, pauvres, chastes et dévoués, le monde apprenait comment la fange humaine devient pierre à bâtir. Au-dessus d'eux, tenant tête à toutes les passions, à tous les crimes, à toutes les erreurs, les Papes se succèdent et paraissent n'être que le même homme par la constance du courage et de la sainteté. La constance contre tout mal et pour tout bien est le génie de l'institution pontificale. Après le Pape saint Léon III, qui vit mourir Charlemagne, on vit saint Pascal, saint Nicolas [°, saint Léon IX, saint Grégoire VIT, et entre eux des hommes remplis de science, d'intelligence et de piété. Le Pape Sylvestre IT, Français, s’éleva comme un phare au plus noir de cette nuit terrible mais féconde; le Pape saint Grégoire VIL, colonne de l'Église et du monde, la termina par lui-même et par ceux qu'il avait formés et désignés pour lui succéder. Les papes de cette période obtinrent tous ensemble la plus grande victoire qu’ils pussent ambitionner, ils maintinrent l'unité intellectuelle et préparèrent tout ce qui se fit de bon, de beau et de grand durant huit siècles après eux. Sous saint Grégoire VII, on peut dire que la papauté prit officiellement la direction des royaumes. Urbain II, son successeur immédiat, tint le concile de Clermont en France où, par ses efforts,

fut décidée la première croisade. La nuit était finie, grâce à la papauté; le

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