‹ Jésus-ChristChapitre 103 sur 139 · SAINT GRÉGOIRE VIL — LES CÉSARS ALLEMANDS · texte numérisé non relu

SAINT GRÉGOIRE VIL — LES CÉSARS ALLEMANDS

Les lumières de Rome, qui enflammaient saintement les rois barbares, n’échauffaient plus les empereurs. L'Empire, transféré aux Allemands, redevenait païen; les successeurs de Charlemagne se portaient héritiers de César. Ils posaient l'étrange doctrine que l’Empire est le seul souverain, le seul propriétaire de tout le monde, la loi vivante des princes et des particuliers. L'Église était sous le joug. César voulait investir les évêques et faire le Pape. La Papauté, à peine délivrée des liens ignobles où l'avaient enlacée les factieux de Rome, devait lutter contre cette prétention de la puissance séculière. A la surprise de l'Empire et du monde, la Papauté surgit du cachot où la tenait un Crescentius, — et l’empereur Henri IV se trouve en présence du moine Hildebrand, homme de rien, devenu Grégoire VII.

Grégoire dit à l'Empereur que Dieu seul est souverain ; que le Christ, Fils de Dieu fait homme, a été investi de cette souveraineté ; qu’il n'y a pas de puissance parmi les hommes ni de droit de commander, si ce n’est de Dieu et par son Verbe; et qu’il n'y a pas d’interprète infaillible du Verbe divin, si ce n’est l’Église catholique. « Par conséquent, ajoute Grégoire, l’empereur entreprend sans droit de s'établir comme la loi vivante du monde, et il l’entreprend en vain, car la conscience des peuples relève de l’Église catholique et non pas de la puissance séculière. L'Église catholique n’abandonnera ni les peuples, ni elle-même, ni Dieu, mais, par la voix de son chef, elle décidera les cas de conscience entre les peuples et les rois. »

Le Pontife n’a que son droit, l'Empereur dispose de toute la force humaine. La lutte s'engage. Tout autre qu’un Pape ne l'aurait jamais

entreprise, elle était impossible ; mais les Papes savent qu'ils sont dans le

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monde pour faire l’impossible quand l'intérêt des âmes le demande. C'est la volonté de Dieu, ce sera l’œuvre de Dieu. Ils déclarent le combat contre toute espérance de succès, un autre le reprend, un autre encore; les défaites s'accumulent. Et un jour, quand tous les héros sont morts, le victorieux vient trébucher sur leurs cercueils.

Saint Grégoire VII eut d’abord pour lui la conscience et l'admiration du genre humain. Mais la faveur du peuple est passagère; elle se donne, elle se retire. Le généreux Pontife mourut en exil, et on le crut vaincu. Il eut des successeurs. Avant d’être élevé au pontificat, il avait désigné quatre papes ; au moment de mourir, il en désigna trois, qui régnèrent après lui. Que peut la force humaine contre la Providence qui suscite de tels athlètes, leur donne une telle constance, et par de tels moyens prolonge leur noble vie? En réalité, le pontificat de saint Grégoire VII va de saint Léon IX (1048-1054), son premier protecteur et son premier disciple, au pontificat de Pascal IT (1099-1118): soixante-dix ans. Pascal II lui-même eut des successeurs pleins du même esprit, saints et magnanimes, qui, jusqu’à Innocent IV (1243-1254), soutinrent l’effort des Césars allemands, et abattirent enfin, sinon leurs prétentions, du moins leur espérance.

Les Césars d'Allemagne ne furent point des hommes de médiocre ambition. Ils aspiraient à l'empire du monde; la connivence des Papes le leur eût donné. Cent ans après Henri IV régnait Frédéric Barberousse. Le Pape était Adrien IV, homme de rien, comme Hildebrand. Enfant, des moines anglais lui avaient ouvert leur monastère, à la porte duquel il demandait son pain. Voilà l'obstacle de l'Empire ! Barberousse, ayant été salué empereur de Rome et du monde, prétendait que ce ne fût pas un vain titre. Il produisit une consultation des juristes bolonais, qui décidait que, en effet ; l'Empereur exerce de droit une domination universelle et absolue sur tout individu , tout peuple, toute ville. Adrien, élu Pape, fit dire à ce superbe de venir lui rendre hommage, et voulut qu’il tint les rênes de sa monture. C'était l'usage légal. Cet usage prouvait à l'Empereur l'existence d’un droit au-dessus de sa volonté. Les juristes, et plus encore les Césariens , frémissent au souvenir des exigences papales. Ils veulent des empereurs qui soient la loi vivante... dans leurs mains. Les villes lombardes applaudirent au Pape, l'Empereur plia. Plus tard, après dix-huit ans de triomphes, après

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