‹ Jésus-ChristChapitre 116 sur 139 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

sang, Sa science et son amour. Il lui a fait connaître le Père et lui a laissé les deux commandements qui n’en font qu’un. L'art de l’homme, en aimant Dieu et le prochain, est devenu juste et bon, comme l’art de Dieu son modèle.

Notre-Seigneur a confié l’art à son Église. Il la lui a donnée pour mère et il le fait participer à toutes ses prérogatives par l'unité, l’infaillibilité, l’universalité et la perpétuité de sa doctrine; il a créé pour lui une source permanente d'inspiration dans la sainte liturgie, cette parole vivante de la prière et de l’enseignement, cette éloquence, cette poésie sublime de l’Ancien et du Nouveau Testament, commentée et enrichie de siècle en siècle par les écrits et les actes des saints Pères, des Docteurs et des Martyrs. L'Église a chargé l’art de pourvoir à toutes les magnificences de son culte; elle lui a confié les mélodies antiques pour exprimer ses joies et ses douleurs et lui prodigue par le symbolisme tous les trésors de la création.

L'architecture, la sculpture et la peinture s’unissent pour bâtir et orner les temples du Dieu vivant, et parviennent à une puissance et à une fécondité qu’elles n'avaient jamais connues. k

L'histoire de l’art, les causes de ses grandeurs et de ses décadences ne se peuvent comprendre qu’à la lumière du Christ. L'art fidèle au Christ a progressé depuis les catacombes jusqu’à la Renaissance, mais, au seizième siècle, il s’est séparé du Christ et il a été puni de son apostasie par une prompte décadence.

L'art véritable ne peut vivre que de la séve de l'Église. Le schisme l’immobilise; l’hérésie le proscrit, et le rationalisme, aussi incapable de produire le beau que de découvrir le vrai, ne peut que l’entraîner dans la corruption du sensualisme. Aïnsi l'erreur rend témoignage au Christ comme la vérité, mais, si ces témoignages expliquent les abaissements de l’art, ils confirment aussi la loi imprescriptible de sa vitalité, L'Église ne meurt pas : rien aussi de ce qu’elle a une fois touché de sa main, inspiré de son esprit, ne saurait être anéanti. Comme tout ce qui lui appartient, l’art chrétien a pour garantie une part des promesses éternelles, et il n'est pas d'abaissement ni d’infidélités antérieures qui puissent engager l'avenir, et ne laissent à la génération présente la faculté de reconnaître qu'il faut tout restaurer dans le

Christ. Znstaurare omnia in Christo.

Liturgie. — Chant grégorien. — Symbolisme. — Unité et perpétuité de l’art chrétien.

Notre-Seigneur avait, par sa vie, manifesté le beau suprême et rétabli dans l’homme la ressemblance divine. Ce qu'il avait fait, il voulut enseigner à le faire, et il ouvrit, dans l'Église, l’école de l’art chrétien.

L'art chrétien est l’art du Christ, c’est-à-dire l’union intime et parfaite de l’art de Dieu et de l’art de l’homme. Celui qui veut l’apprendre doit suivre les lecons du Maître et l'imiter dans toutes ses œuvres. Vasari luimême en reconnaît la nécessité. Dans l’enthousiasme sincère que lui inspirent les tableaux de Fra Angelico, il attribue leur mérite à la sainteté du peintre, et il cite de lui cette parole, qui est la vraie théorie de l’art chrétien : Celui qui fait les choses du Christ doit être toujours avec le Christ. Chi fa cose di Cristo, con Cristo deve star sempre.

Pour vivre avec le Christ, il faut être uni à son intelligence et à sa volonté par la vérité et l'amour. Le Christ est le révélateur d’en haut que les philosophes anciens appelaient de leurs vœux, et, si la doctrine de Platon, dernière lueur de la révélation primitive, illumina le génie de Phidias et lui inspira de si beaux chefs-d'œuvre, que ne fera pas la lumière du Verbe éclairant l'intelligence de l’homme et lui montrant les horizons infinis de la vérité? Non-seulement l'artiste possédera les vérités accessibles à la raison, mais encore les vérités surnaturelles de la Foi qu'il croira et qu'il aimera sur la parole du Maître. Au lieu de ces croyances incertaines, variables, individuelles des religions antiques, l’art chrétien aura pour s'inspirer le Credo, qui renferme tous les secrets de nos destinées, toute la science du passé, du présent et de l’avenir, puisqu'il nous fait connaître Dieu, notre principe et notre fin, et les moyens que Notre-Scigneur a pris pour nous unir à lui, dans son bonheur et sa gloire.

L'amour complète la science; il y a des choses qu’il peut seul comprendre. Lorsque la science s'arrête en présence du mystère, l'amour s’y plonge à la suite du Christ. « Plus amour de Dieu augmente en nous, dit saint Augustin, et plus aussi le beau y augmente, car la charité est la beauté de l’âme. »

L’art ancien n’aimait pas ses Dieux : il les honorait et les craignait. Le peuple juit seul avait des chants de tendresse pour son Dieu qui ne ressemblait pas aux dieux des nations; mais il vivait sous la loi de crainte. Notre-Seigneur est venu nous donner la loi d'amour. La crainte est le commencement de la sagesse, l'amour en est la perfection. L'artiste a pu dire à Dieu, comme saint Augustin : « Je vous ai aimé bien tard, Beauté toujours ancienne, toujours nouvelle, je vous ai aimé bien tard. Vous étiez en moi, et je m'éloignais; je vous cherchais ailleurs et je me perdais dans les belles choses que vous avez faites. »

L'amour de Dieu est la grande inspiration de l’art. L'art qui aime Dieu, chante, bâtit et cherche, avec le ciseau et le pinceau, à glorifier Celui qu'il aime et qu’il veut faire aimer.

Notre-Seigneur, en donnant à l’art chrétien sa science et son amour, l’a uni étroitement à l’Église et l’a fait vivre de sa vie même par la liturgie. La liturgie est à l’art chrétien ce que le langage est à l'homme. Nous avons vu que, par sa parole, l’homme a un art vivant et personnel, qui manifeste plus ses idées que tous les moyens extérieurs. Il parle, et ses pensées deviennent visibles sur les lèvres, dans son expression et son geste. La liturgie est la parole, l'expression, le geste de l’art chrétien. Les arts extérieurs, l'architecture, la sculpture et la peinture n’en sont que l’ornement.

La liturgie est la forme du culte, la règle de la prière, du Sacrifice, des Sacrements, des cérémonies et des fêtes de la Religion. Elle est l’art de l'Église qui adore Dieu, l'implore et lui rend grâces; elle est par conséquent l'art par excellence. L'art divin et l’art de l’homme y sont unis d’une manière ineffable, puisque Notre-Seigneur en est l’âme, le principe, le moyen et l’objet, puisqu'il est le Médiateur, le Pontife suprême, et que ses ministres ne parlent qu’en son nom, et n’agissent que par sa puissance.

La prière liturgique est inspirée par l'Esprit saint; l'Église la puise dans l'Ancien Testament, dans l'Évangile et dans le cœur de ses fidèles. Peut-il y avoir une source plus pure et plus abondante? Quelle littérature humaine offre tant de beauté que les livres de l’Ancien Testament? Quels historiens, quels poëtes, quels philosophes oserait-on comparer à Moïse, à David, à Salomon et aux Prophètes? Et ce sont leurs paroles que l'Église

prête à notre esprit et à notre cœur pour exprimer nos pensées et nos sen-

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timents. L'Évangile est encore supérieur. Le style en est vraiment divin; il est aussi simple que sublime. Il est comme la lumière qui contient toutes les couleurs, sans en avoir de particulière, et qui les fait paraître sur tous les objets de la nature. L'Évangile éclaire et vivifie toutes les langues sans en avoir le caractère spécial, afin de pouvoir convenir au génie de tous les peuples.

Les livres sacrés ne sont pas les seuls trésors de la prière liturgique. L'Église, comme l’'Épouse du cantique, offre à Dieu des fruits anciens et nouveaux. La harpe de David n’est pas restée suspendue aux saules des fleuves de Babylone. Elle a passé des mains des prophètes dans celles des saints de la nouvelle alliance; Marie s’en est servie pour glorifier le Seigneur, et le vieillard Siméon, pour se réjouir du salut d'Israël. Saint Ambroise, saint Augustin en ont tiré de sublimes accords, et les générations se sont passé de siècle en siècle le divin instrument pour en faire résonner les voûtes du sanctuaire. Prudence, Fortunat, Adam de Saint-Victor, Innocent III, saint Thomas d'Aquin et tant d’autres ont enrichi la liturgie d'hymnes, de prose et d’antiennes, où l’âme trouve l'expression de sa foi et de son amour. De nos jours encore, l'Église a des poëtes inspirés qui célèbrent ses victoires et ses fêtes nouvelles.

La liturgie, pour chanter sa prière, nous a conservé la musique antique. Le chant grégorien est à la musique ce que l’art grec est à l’architecture : un type, un modèle, une règle qui nous ramène sans cesse à la simplicité, à la clarté, à l’unité du beau véritable.

Les anciens regardaient la musique comme un art divin qui avait présidé à la formation de l'univers et tout disposé dans l’ordre et l'unité. C'était elle qui réglait le cours des astres, dont ils prétendaient entendre l'harmonie. Ils lui attribuaient la civilisation des peuples et la construction des villes. Les philosophes la proclamaient le principe de la grâce et du beau dans l’homme, et la recommandaient autant pour l’éducation de l’âme que pour la formation du corps. Elle fut surtout consacrée au culte, et comme elle était, par sa nature, indépendante des formes de l'erreur, on peut croire qu'elle conserva, au sein même de l’idolâtrie, les beautés qu’elle avait reçues de la religion primitive. Elle subit sans doute, aux époques de la décadence,

l'influence des passions humaines. Elle prêta ses accords aux banquets

d'A , , Q LE ST ET à , , nacréon et aux débauches des Romains dégénérés, mais elle perpétua ses

mélodies antiques dans les chants sacrés des temples et des fêtes publiques.

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