‹ Jésus-ChristChapitre 117 sur 139 · ÎN D1F NATLVITATLS DNS STA AD SCM L'ITRI M · texte numérisé non relu

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Fig. 146. — Fac-simile de chant grégorien avec l’ancienne notation. D'après l'Anfiphonaire de saint Grégoire, ms. de Saint-Gall, daté de l'an 790.

Le Christ, l'Orphée des catacombes, purifia et bénit l'instrument profané, et l'Église n’eut qu’à donner des paroles à cette musique si digne, par sa simplicité et sa noblesse, d’être chrétienne. Saint Grégoire le Grand eut la

gloire de réunir ces chants primitifs adoptés par l'Église et d’en enrichir la liturgie romaine. Le chant grégorien est certainement la forme la plus vraie et la plus belle que l’âme puisse employer pour exprimer à Dieu sa foi et son amour ; la parole inspire le chant et le chant vivifie la parole. Il adore et prie sans abuser des sons et de leurs accords. Il a cette sobriété de l’ornementation grecque qui n’interrompt pas la ligne et ne trouble pas les surfaces ; il ne connaît ni les frivolités de la joie, ni les élans de la passion. Il ne ressemble pas aux illuminations de nos fêtes, mais à la lumière pure d’un beau jour. Saint Bernard en a donné les règles dans une de ses lettres : « Pour le chant, dit-il, qu'il soit plein de gravité. Qu'il évite la langueur autant que la rudesse. Qu'il soit agréable sans être frivole. Qu'il charme l'oreille pour toucher le cœur. Qu'il éloigne la tristesse et qu’il apaise la colère. Surtout qu’il n’altère pas le sens des paroles, mais qu'il le féconde; car c’est un grand préjudice pour le bien de l’âme, si la frivolité du chant l'empêche de profiter du sens des paroles et fait plus goûter la voix que la vérité. »

Le chant grégorien n’est pas captif dans la mesure; il suit librement la phrase de la prose ou le mètre du vers. Il n’a pas le rhythme du nombre, mais le rhythme de la pensée, qu’on distingue si bien dans la poésie des Hébreux. Il se renferme avec dignité dans l’octave et laisse aux sons toute leur plénitude. Son mouvement a cette noblesse, cette démarche qui révèle la divinité : Incessu patuit dea. Il se contente de l'unisson, la première et la plus simple des harmonies, parce qu’il veut être accessible à tous. Il est le chant de l’unité, de la charité, le chant de ceux qui n’ont qu’un cœur et qu’une âme. Sa simplicité, son calme, sa douceur ne diminuent en rien sa puissance, bien supérieure à celle de la musique profane. L'âme pure qui chante entre dans l’âme qui l’écoute, pour la rendre meilleure et la remplir des pensées du Ciel. Sa beauté n'exclut pas la variété. Il a des chants de joie et des chants de douleur; mais ces chants sont toujours des chants d'amour qui deviendront des chants de gloire, lorsque tous les bienheureux ne feront qu’un instrument, un orgue divin, dont le Christ, le Musicien suprême, tirera-une éternelle harmonie.

La forme la plus sublime de la prière liturgique est la sainte Messe, Le

Sacrifice auguste de l’autel est le centre de la Religion, le point d’union

entre le ciel et la terre. Ce drame divin entre le Créateur et la créature renouvelle tous les mystères de l’Incarnation et de la Rédemption, et celui qui le médite à la lumière de la Foi, y voit le prodige de l'amour du Christ et le salut perpétuel du monde.

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Fig. 147. — La messe miraculeuse de saint Grégoire le Grand (vi siècle), figurant la présence réelle de Jésus- Christ dans l'Eucharistie. — Miniature du xv° siècle. Bibl. de M. Ambr. Firmin-Didot.

Jamais aucune religion n'aurait pu imaginer semblable sacrifice et l’entourer de tant de majesté. L'Église y résume l'Ancien et le Nouveau Testament. Elle y appelle les anges, les patriarches, les prophètes, les apôtres, les martyrs, les confesseurs, les vierges, les vivants et les morts. Elle met en présence de Dieu l'humanité tout entière, dans la personne du prêtre et des assistants. Ils viennent devant l'autel chercher la lumière et la vérité,

confesser humblement leurs fautes et implorer la miséricorde infinie. Leurs

voix se mêlent à celles des anges qui proclament la gloire de Dieu au plus haut des cieux et la paix aux hommes de bonne volonté sur la terre. Ils invoquent Celui qui seul peut exaucer leurs prières, les prophètes et les apôtres viennent ensuite les préparer à recevoir l'Évangile, et, quand ils ont entendu la parole du Christ, ils affirment leur foi par l’immuable Credo. Ils offrent alors à Dieu ce que Dieu leur a donné de meilleur, le pain et le vin, cette moelle de la terre qui sert à les nourrir. Ils savent bien que leur vie même serait insuffisante, mais ils demandent que leur offrande devienne la sainte Hostie, seule capable de louer dignement la souveraine Majesté. Les hiérarchies célestes eiles-mêmes n'oseraient pas, sans ce Médiateur, chanter les louanges du Dieu trois fois Saint. |

Le mystère s’accomplit. Jésus-Christ met sur les lèvres du prêtre sa parole même, cette parole efficace qui opère ce qu’elle dit. Le pain et le vin sont remplacés par le corps et le sang du Rédempteur. La matière et l'humanité sont ainsi divinisées. Le Christ est sur l'autel; le prêtre lui adresse cette prière qu'il a enseignée lui-même, et il lui demande le pain surnaturel qui donne la vie véritable. Comment pourrait-il être refusé? Le Christ est descendu du ciel pour s’unir à nous, et, de sa présence eucharistique dans l'Église, découlent la vertu des Sacrements, la grâce qui sanctifie les hommes et les choses, et qui spiritualise la nature tout entière.

Dans les messes solennelles, la liturgie prodigue ses richesses; elle multiplie ses lumières, ses cérémonies, ses ornements, le parfum de l’encens et les symboles de la charité. Elle demande au chant grégorien ses mélodies les plus belles et les plus variées. La préface et le Pater expriment l'adoration, avec la simplicité ct la majesté de l’art antique; le Kyrie et l'Agnus Det, la supplication de l'espérance; le Gloria, la joie et la confiance de amour ; le Credo, la fermeté de la foi qui reconnaît Dieu pour son principe et sa fin, et qui veut suivre le Christ et l'Église jusque dans l'éternité, Les antiennes enfin, l’introït, le graduel, l’offertoire, sont tout imprégnés des sentiments que doit faire naître la fête.

La liturgie a, comme la terre, un double mouvement : un mouvement quotidien et un mouvement annuel qui la ramènent régulièrement aux mêmes points du ciel. Tous les jours, elle tourne sur son axe, qui est l’autel, et elle sanctifie toutes les heures par le sacrifice de la Messe et par

l'office qui l'accompagne. Tous les ans aussi, elle accomplit son évolution autour du Christ, son centre et son soleil. Le Christ, immuable dans sa gloire, nous envoie du sein de son Père, avec les rayons de ses mérites infinis , les souvenirs de sa vie mortelle. La liturgie en parcourt le cercle lumineux , et, selon les points qu'elle traverse, elle a ses mois et ses saisons qui renouvellent pour l'Église les grands anniversaires de son histoire. Là encore, le visible révèle l’invisible, et l’action du soleil sur la terre est l’image de l’action du Christ dans les âmes. Les longues nuits des derniers mois de l’année figurent l'attente des nations et les désirs des fidèles , et c’est à Noël, au jour où l’astre qui doit ranimer la nature remonte à l'horizon, que l'Emmanuel apparaît dans son berceau. Sa vie obscure s'écoule au milieu des rigueurs de l'hiver, et il faut que la semence divine meure pour fleurir au printemps. Les tristesses du carême et les douleurs de la Passion précèdent les splendeurs pascales. Le froment des élus sort de son tombeau, et le feu du Saint-Esprit, comme les chaleurs de l'été, fait müûrir les plus riches moissons. Quand l'automne a donné tous ses fruits, l'Église célèbre la fête de tous les saints que le Père de famille a recueillis dans ses greniers célestes.

Le Soleil de justice n’est pas seul au firmament. Des astres nombreux l'entourent et l’adorent; ils brillent sur le cycle liturgique, avec leurs lumières différentes. Ce sont les saints dans leur gloire, la Vierge-Mère qui les surpasse tous en éclat, les Apôtres, les martyrs, les confesseurs, les vierges, qui projettent sur la terre les doux rayons de leurs exemples. Et ainsi, chaque saison, chaque mois, chaque semaine de l’année a ses beautés, ses fleurs, ses ornements, et l'Église, dans son mouvement circulaire, tend toujours vers son centre et approche de siècle en siècle, du jour sans fin de l'éternité.

La liturgie est la vie, l'inspiration, la règle de l’art chrétien. Ses livres, le Missel, le Bréviaire, le Rituel et le Pontifical doivent être les guides, les manuels de l'artiste qui veut glorifier le Seigneur. C'est là qu’il trouve, non-seulement la doctrine dans toute sa pureté, mais encore le symbolisme dans toute sa perfection. Le symbolisme des religions anciennes en a influencé les arts, et nous avons vu que l’art grec dut surtout sa supériorité au symbolisme qu'il emprunta à la forme humaine. Le symbolisme de l'art chrétien est d’une richesse incomparable ; toute la nature

et l’histoire lui fournissent des images, non plus pour cacher la vérité, comme dans les mystères païens, mais au contraire, pour la manifester, et * pour la faire comprendre au peuple.

Le symbolisme est le grand moyen d’évangéliser les pauvres, et Notre- Seigneur s’en est servi pour se faire connaître au monde. Il s’est donné à nous, comme la lumière qui éclaire les hommes, l'agneau qui doit être immolé, le pain descendu du ciel, la vigne dont nous sommes les rameaux, la pierre angulaire, le rocher inébranlable, le laboureur qui sème le bon grain, le père de l'enfant prodigue, le vrai pasteur qui meurt pour son troupeau. L'Église n’a pas besoin d'imaginer des fictions pour le représenter, car il s’est peint lui-même dans l'Ancien Testament. Il a préexisté dans les patriarches et les prophètes, comme il existe encore dans ceux qui suivent ses traces. Il est le juste Abel, Noé dans l'arche, Abraham le père des croyants, le véritable Isaac, Joseph livré par ses frères, David victorieux, Salomon dans sa sagesse et sa gloire.

La Bible et l'Évangile débordent de symbolisme, et la liturgie le répand dans toutes ses prières, dans toutes ses cérémonies, dans tous les objets qui servent au culte. Qu’on lise les bénédictions et les rites qui consacrent les personnes et les choses à Dieu, et l’on verra que, par ses saintes paroles, elle spiritualise et transfigure la nature entière. L'eau, le feu, l’huile, la cire des abeilles, les fleurs, le voile des vierges, le lit nuptial, l'épée du combat, le soc de la charrue, le drapeau de la patrie, la semence du laboureur, la poussière du tombeau, tout recoit de la liturgie une beauté surnaturelle. La liturgie est vraiment l’art chrétien, vivant dans ses pontifes et ses ministres. Elle est reine et maîtresse des autres arts. Elle donne à l’architecture son programme, ses plans, son orientation. Elle dirige ses lignes et ses proportions ; elle prête un sens à toutes ses pierres, et revêt de poésie ses portes, ses fenêtres, ses voûtes, ses tours. Elle attribue aux cloches une puissance divine. La sculpture et la peinture recoivent d'elles leur mission, leurs sujets, leurs formes, leurs ornements, leurs couleurs. L’art devient une partie du culte et vit de la vie de l'Église.

L'art chrétien, par son union à l'Église, jouit de ses trésors, comme un fils de la fortune de sa mère. Il connaît la vérité dans toute la certitude et il

est assuré de l’unité de doctrine par l’infaillibilité pontificale. L’architecte

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