‹ Jésus-ChristChapitre 15 sur 139 · NE · texte numérisé non relu

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Fig. 31. — Marie mère de Jésus-Christ, reine des Vierges. Sainte Catherine présente l'anneau de son mariage mystique ; après elle viennent sainte Agnès et sainte Geneviève. Fresque peinte par Orsel, à l'église Notre-Dame de Lorette, à Paris. xixe siècle.

L'Ange dit encore : « Il régnera éternellement dans la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin. » En effet, Jésus-Christ règne dans la maison de Jacob. Son royaume sur la terre, l'Église visible, qui durera autant que lé monde, a été formé d’abord de ceux des enfants de Jacob qui ont accepté sa loi. Les autres, ayant rejeté le Christ, se sont par là retranchés euxmêmes; ils ne sont plus le véritable Israël. Les Gentils appelés à leur place ne forment qu’un même peuple avec la postérité fidèle. Jacob est la souche

commune des branches naturelles et des branches greffées. Saint Paul repré-

sente le peuple de Dieu comme un grand arbre dont le tronc, toujours subsistant, perd des branches et en acquiert de nouvelles.

Isaïe, annonçant l'incarnation du Verbe, s'était écrié : « Qui nous racontera sa génération?» Éclairant Marie, qui objecte son dessein de rester vierge, l’Ange lui dit : « Le Saint-Esprit surviendra en vous, et la vertu du € Très-Haut vous couvrira de son ombre; et c’est pourquoi la chose sainte « qui naîtra de vous sera nommée le Fils de Dieu. » Selon le commentaire de Bossuet : Le très-pur ne s’unit qu’à la pureté. [Il conçoit son Fils seul, sans partager sa conception avec un autre; il ne veut, quand il le fait naître dans le temps, le partager qu'avec une vierge. Le Père céleste étendra en Marie sa génération éternelle; du sang de la Vierge il composera un corps si pur, que le Saint-Esprit seul sera capable de le former. En même temps, ce divin Esprit y inspirera une âme qui, n’ayant que lui pour auteur, sans le concours d'aucune autre cause, ne peut être que sainte. Chose sainte par sa nature, sainte, non d’une sainteté dérivée et accidentelle, mais substantivement, SaNCTuM ; ce qui ne peut convenir qu’à Dieu, qui seul est une chose sainte par sa nature... Voilà donc une nouvelle dignité créée sur la terre : c’est la dignité de mère de Dieu. Et tel est le prix de la virginité : seule elle a pu faire une mère de Dieu.

Avec Marie, une nouvelle beauté apparaît dans le monde. C’est la Vierge, la Mère, la Sainte, la Martyre; c’est l’Amie; c’est quelque chose de plus grand, la perfection de l'humilité. Elle avait toutes les vertus et les unissait en une parfaite harmonie; la beauté de son visage n'était que l'expression visible de sa sainteté rendue. L'Esprit de Dieu la prophétise partout dans les saintes Écritures. Elle est le temple de Salomon, revêtu au dehors du marbre blanc de la pureté, au dedans de l’or très-éprouvé de la charité; la verge d’Aaron qui, déposée dans le tabernacle, s’y couvrit miraculeusement de fleurs et de fruits ; la toison de Gédéon, seule abreuvée des rosées célestes, tandis que la terre reste sèche alentour ; le vase d’or qui contient la manne ; l'arche d’alliance qui renferme non plus les tables de la Loi, mais l’Auteur de la Loi. C’est elle qui fut annoncée au serpent et qui lui écrasera la tête; c’est la nouvelle Eve, toute pure et invincible, préservée du péché et victorieuse du péché. Elle à la même part à notre salut qu'Eve a eue à

notre perte. Par elle, le nouvel Adam , Jésus-Christ, va recevoir une géné-

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ration semblable à celle du premier qui n’était que sa figure. Tenant le Verbe divin enclos dans ses entrailles, elle sera le plus saint des temples qu’ait vus la terre. Mais le temple est le lieu du sacrifice! L'Ange dit à Marie qu'elle a « trouvé » la grâce : elle ne l’a trouvée qu’afin de la rendre au monde. Ce qu'Eve a perdu, Marie l’a retrouvé; les fils d'Ève le redemandent, la croix le leur rendra.

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Fig. 32. — Marie mère de Dieu, reine du Ciel. Saint Michel remet dans le fourreau l'épée de la Justice divine en présence de l’ange Gabriel qui annonce le mystère de la Rédemption. Fresque peinte par Orsel, à l'église . Notre-Dame de Lorette, à Paris. xixe siècle.

La douce scène de la Visitation, où Élisabeth, Jean-Baptiste et Marie prophétisent sous l’impulsion du Dieu caché, contient, dit Bossuet, une révélation profonde de l’économie de la grâce, et de la manière dont Jésus agit diversement sur les âmes. Il est caché et il opère tout. Nous voyons dans Élisabeth l’humble étonnement d’une âme qu’il approche, dans Jean- Baptiste l’ardent transport d’une âme qu'il attire, dans Marie lineffable

paix d’une âme qui le possède.

Sous l'influence de la grâce, Jean est déjà le Précurseur : « L'enfant que je porte a tressailli de joie. » De jote, c’est-à-dire avec connaissance. Tel est l'éclat de la lumière, que sainte Élisabeth redit à Marie la parole de l'Ange : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes! » Elle va plus loin, elle la nomme mère de Dieu. Et ensuite elle glorifie la foi dans les mêmes termes que Jésus emploiera : « Vous êtes bien heureuse d’avoir cru! » Jésus le dira à Pierre et, après sa résurrection, à Thomas. L'Évangile n’a qu'un langage, le même à la veille de Bethléem, le même au lendemain du Calvaire.

Élisabeth dit encore à Marie : « Le fruit de vos entrailles est béni. » C'est ce fruit suave dont il a été écrit : « L’odeur de mon fils est semblable à celle d’un champ de blé; » ce fruit destiné pour nourrir les âmes et pour détruire en elles les effets du fruit fatal cueilli par la désobéissance de la première Eve.

Dans tout l'Évangile, on ne trouve que sept paroles de Marie, toutes très-brèves et commandées par la circonstance. Elle est muette quand Joseph incline à la soupconner, muette au Calvaire. Une seule fois elle sort de sa réserve, et elle chante le glorieux Magnificat, que saint Ambroise appelle l’extase de son humilité. Retenons seulement cette parole prophétique : Toutes les générations me diront bien heureuse! Dix-neuf siècles se sont inclinés, et tous les siècles s’inclineront et diront : Amen !

Les Juifs s’inclineront à leur tour. Ils ont été dès l’origine et jusqu’à présent les seuls dans le monde qui aient haï la mère de Jésus. C’est une des malédictions qui pèsent sur eux, l’une des plus lourdes et des plus sanglantes. Mahomet fait dire à Dieu : « Parce que les Juifs n’ont pas cru en Jésus, ef parce qu'ils ont proféré de grands blasphèmes contre Marie, nous les avons maudits. » Le bâton musulman exécute la sentence.

Le style du Saint-Esprit n'est pas moins reconnaissable dans le cantique de Zacharie. Le saint prêtre, louant Dieu qui a visité son peuple, signale l’accomplissement des prophéties de l’ancienne Loi et prophétise les grâces de la Loi future. Parmi les objets de la miséricorde du Sauveur, il nomme Abraham et David et les pères d'Israël qui sont morts; car Jésus-Christ vient remplir les promesses qu’ils ont recues : sa bénédiction, remontant les âges écoulés en même temps qu’elle va s'étendre sur les âges futurs, portera

la délivrance à ceux qui attendent dans les limbes, comme elle fera péné-

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