‹ Jésus-ChristChapitre 17 sur 139 · LES · texte numérisé non relu

LES

Fiz. 36. — La Vierge et Jésus enfant, avec deux saintes dont l'une tient la palme du martyre. Tableau du Pérugin, au musée de Vienne. xve siècle.

L'Évangile ajoute : « Jésus descendit avec Marie et Joseph, et il leur

« était soumis. » C'est une des paroles qui soutiennent la société humaine.

Soumis à l'autorité paternelle, soumis dans les plus humbles travaux, soumis à trente ans!

Jusqu'à la prédication du fils de Zacharie, nous ne savons rien autre chose de la vie de Jésus, sinon qu'il resta chez ses parents et qu'il leur était soumis, gagnant sa vie par le travail de ses mains. Il n’a pas voyagé pour s’instruire dans les fameuses sciences des Égyptiens et des Grecs. Les Juifs, étonnés de sa sagesse, se demanderont si ce n’est pas lui qu’ils ont vu parmi eux, dans l’humble condition d’artisan : un charpentier, fils de charpentier ? Au rapport de saint Justin, il fabriquait des jougs de charrue. Son pain céleste était d'accomplir la volonté de son père; il gagnait le pain terrestre à la sueur de son front. Prédication d’obéissance, d’humilité, de travail. Elle a duré trente ans!

Il y a une autre parole qui étonne : Jesus autem proficiebat; Jésus crotssait. Comment se peut-il faire que le Verbe éternel, principe de toute grâce et de toute sagesse, croisse en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes? Plusieurs Pères ont examiné cette question. Les hautes difficultés de l'Évangile, ce sont eux qui les ont vues. Selon saint Grégoire, ces parolés peuvent signifier que la sagesse dont Jésus était la source, se répandait chaque jour plus abondante sur ceux qui l’entouraient, les préparant aux lumières de sa doctrine. Selon saint Thomas, le Christ n’a pas voulu faire éclater dès son enfance la plénitude de divinité qui était en lui, afin de bien montrer que la nature humaine qu’il avait revêtue n’était pas une apparence, mais une réalité, puisqu'il se soumettait à ces conditions de faiblesse et de développement progressif.

Saint Bonaventure ne craint pas de jeter un regard dans cette petite maison de Nazareth où Jésus vivait soumis à sa mère et à son père adoptif. Pour l’orgueil humain, là est le grand abaissement; c’est la vie du pauvre avec toutes ses gênes et toute sa petitesse détestée. Ni prédication, ni combat, ni miracles; rien dans cette ombre. Tous les jours chacun gagne simplement sa journée. Joseph, dit le saint docteur, travaillait de son métier; Notre-Dame, l'aiguille ou le fuseau à la main, subvenait pour sa part aux besoins de la maison. Elle faisait les autres travaux qui sont de l'office de la femme, entretenait la décence du logis, préparait les repas,

servait enfin son époux, et son fils et elle-même, sans qu’il y eût personne

pour l'aider. Mais quoi, personne? N'y avait-il pas Celui qui est venu, suivant sa propre expression, pour servir? Jésus donc la servait et servait

Joseph. Nul doute que le Fils de Dieu n'ait aidé sa mère, n'ait pris ces

Fig. 37. — L'enfance de Jésus à Nazareth. Fresque de M. Savinien Petit, à la chapelle Saint-Joseph, de la cathédrale de Bordeaux. xixe siècle.

humbles soins de l'atelier et du ménage. Et c'est par là que l'envie a pu être éteinte au cœur du pauvre, que la sagesse y a pu entrer, et que l’humilité de toute condition humaine est devenue grande et glorieuse aux yeux

du chrétien.

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