‹ Jésus-ChristChapitre 23 sur 139 · LA MAGDELAINE · texte numérisé non relu

LA MAGDELAINE

Jésus haïssait les vices des Pharisiens, non pas leurs personnes. Il accepta de dîner chez l’un d'eux, nommé Simon.

Pendant le festin, une femme de Magdala entra dans la salle , portant un vase d’albâtre qui contenait une liqueur odoriférante. Elle était pécheresse, et toute la ville connaissait ses scandales. A la vue des convives, elle se prosterna derrière Jésus, lui baisa en pleurant les pieds, y versa ses parfums mêlés de ses larmes et les essuya de ses cheveux.

Le maître de la maison, voyant l’action de la Magdelaine, s’étonna que Jésus la souffrit. Il pensait en son esprit : « S'il était prophète, il saurait qui est cette femme et qu’elle est pécheresse ! »

Jésus voulut montrer au Pharisien qu'il savait mieux que lui quelle était cette femme, et ne le connaissait pas moins lui-même : — « Simon, dit-il,

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j'ai quelque chose à te dire. Un créancier avait deux débiteurs. L'un lui devait cinq cents deniers, l’autre cinquante, et, comme ni l’un ni l’autre n'avaient de quoi le payer, il leur remit à l’un et à l’autre ce qu'ils lui devaient. Des deux, lequel l’aima davantage ? » —« Suivant moi, répondit Simon, c’est celui à qui il a le plus remis. » — « Tu juges bien, reprit Jésus. »

Alors, se tournant vers la Pécheresse, mais continuant de parler au Pharisien : « Tu vois cette femme ? je suis venu dans ta maison, et tu n’as point préparé d'eau pour me laver les pieds : cette femme les a arrosés de ses larmes, et les a essuyés de ses cheveux. Tu ne m'as point donné le baiser : elle, depuis qu’elle est entrée, elle n’a cessé de baiser mes pieds. Tu n'as point répandu d’huile sur ma tête : elle a répandu sur mes pieds son parfum. C’est pourquoi, je te le dis, beaucoup de péchés lui seront pardonnés, parce qu’elle a beaucoup aimé. Mais celui à qui l’on remet moins aime moins. »

Le parfum de la Magdelaine a rempli la terre et les siècles. Accepté par Jésus, il est devenu l'odeur même du Christ, l'odeur de la clémence infinie qui attire à la vie éternelle. La Magdelaine est la première pénitente du. Sauveur. Elle le reconnut vraiment Sauveur, dans le sens qu'il devait « sauver son peuple de leurs péchés ». Elle lui demanda la vraie guérison, celle des plaies mortelles de l’âme; elle fit la vraie satisfaction, celle des larmes; elle paya Îe vrai tribut, celui de l'amour. Jésus lui décerne une gloire qu’il n’a donnée à nul autre : « Elle a beaucoup aimé. » Cette parole est de celles qui n'avaient pas encore été prononcées dans le monde, et le monde n'avait rien imaginé qui en approchît; elle est restée dans le monde, plus puissante sur les cœurs que toutes les lumières de la raison, tous les livres de la morale et toutes les contraintes de la loi.

Jésus donc dit à la grande Pécheresse, désormais la grande Pénitente : — « Tes péchés te sont remis. » Les Pharisiens murmurèrent, comme ils avaient fait à Capharnaüm en entendant le même langage. — « Qui est celui-ci, se dirent-ils, qui remet même les péchés? » Le monde, en pareil cas, ou ne permet point que l’on condamne, ou ne permet point que l’on pardonne. Il n’a qu’une infâme indulgence ou une implacable rigueur. Dieu voit le repentir, pardonne et purifie.

Sans répondre davantage aux Pharisiens, Jésus dit à la Magdelaine: « Ta foi t'a sauvée; va en paix. » [1 n’ajoute point ce qu’il a dit au Paralytique, ce qu’il dira plus tard à la femme adultère : « Ne péchez plus. » Elle aime, il n’a plus rien à lui dire.

Cette pécheresse est la même que Magdelaine, de laquelle il est ailleurs écrit que Notre-Seigneur l'avait délivrée de sept démons; la même aussi

‘que Marie-Magdelaine, sœur de Lazare et de Marthe, de qui Jésus dira qu’elle a choisi la meilleure part. Elle sera au Calvaire à côté de Marie et de Jean, les deux vases très-purs de la sainte virginité; elle y sera comme la réalité des promesses d’immense miséricorde dont Thamar et Rahab, aïeules du Messie, étaient la figure. Ressuscitée de la grâce, elle aura encore la gloire d’être la première, entre les Disciples, qui verra Jésus victorieux sortir du tombeau. Et l’Église, instruite et conduite par l'Esprit saint, chante, à la fête de l’Assomption de la très-sainte Vierge, l’évangile où il est rapporté que Marie, assise aux pieds du Seigneur, restait à l'écouter. Telle est cette femme, type touchant et sublime entre tant d’autres que Jésus a créés et donnés pour jamais à la terre, en pétrissant de ses mains et de son sang la fange de l'humanité.

Vers cette époque se termine le temps que saint Jérôme appelle l’année. : de paix, l’année douce de la vie de Notre-Seigneur, parce qu’en effet Jésus ne rencontra jusque-là que peu de contradiction et fut quasi accepté de tout le monde. Les Pharisiens n'avaient pas organisé leur résistance; le peuple, laissé à lui-même, recevait avec amour le bienfait de Dieu.

Ces premiers récits de l'Évangile, malgré leur austérité, éveillent une certaine idée de fête divine. On y respire l’allégresse d'une aurore. Il semble que la nature, enrichie de sa part de grâces, dut apparaître en ces heureux moments plus souriante, comme parée des reflets de P'Éden. Il y avait sans doute quelque chose de plus parfait dans la sérénité de ces nuits qui voyaient Jésus prier, dans la limpidité de ces eaux qui le portaient, dans la pureté de cet air qui recevait son haleine. Si les parfums de Magdelaine embaumaient toute la maison où ils étaient répandus, quelle odeur de vie ne devait pas réjouir toute cette contrée qui se remplissait du souffle de Jésus-Christ ! Faites pénitence, le royaume de Dieu approche! La douce

voix de Jésus répétait et confirmiait ce cri de Jean-Baptiste. En même

temps, le divin Maître répandait la beauté de la doctrine et abondance des miracles. Jamais rien de semblable n'avait été donné aux yeux ni au cœur des hommes; nulle part auparavant il n’avait été question de la proximité du royaume des cieux. L'âge d’or était derrière; le voici qui vient et qui approche, et c’est maintenant; et la pénitence est une larme du cœur, récompensée aussitôt par la plénitude de l’amour dans la vérité de Dieu.

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Fig. 46. — Un ange conduit les Hébreux au sortir de l'Égypte, figure de Jésus-Christ conduisant le monde. Manuscrit du xive siècle, fonds fr., n° 9561, Bibl. nat.

PACCEAPETE

Conjuration des Juifs, Miracles le jour du Sabbat, Institution des Apôtres. — Sermon sur la montagne, Lépreux guéri, le Fils de la Veuve, Autres miracles. — Le Semeur, l'Ivraie, le grain de Sénevé, le Filet jeté dans la

mer. — Incrédulité de Nazareth, Première multiplication des pains, Seconde tempête apaisée, Annonce de l'Eucharistie.

CONJURATION DES JUIFS, MIRACLES LE JOUR DU SABBAT, INSMITDUTION! DES APOTRES.

) PRÈS le banquet de Simon, les Pharisiens

s'appliquèrent à surveiller encore plus étroitement Jésus. Partout on les voit autour de lui, contrôlant ses actions, incriminant ses paroles, faisant effort pour échapper à la vérité.

Un jour que Jésus passait par les blés, ses Disciples, pressés de la faim, arrachèrent

quelques épis et en mangèrent. C'était pen-

Ms. fr. no 2092, Bibl. nat. xive siècle.

dant le Sabbat; les Pharisiens étaient présents. Ils reprirent aigrement les Disciples, et dirent au Maître : — « Voilà que les vôtres font ce qui n’est pas permis le jour du Sabbat! » Jésus leur répondit que les prêtres qui servent au Temple violent le Sabbat sans être coupables. Il leur rappela David qui, un jour de Sabbat, avait mangé les pains de proposition placés devant l'autel. Accusé lui-même, il s’est disculpé en alléguant le travail continuel de son Père; lorsqu'il s’agit d’excuser ses Disciples, il se contente de produire

l'exemple de David, serviteur comme eux. Il répéta aux Pharisiens que

Dieu préfère la miséricorde au sacrifice; et enfin, pour leur donner l'intelligence de la Loi et leur affirmer de nouveau sa propre puissance, il ajouta : « Le Sabbat a été fait pour l’homme, et non l'homme pour le « Sabbat; c'est pourquoi le Fils de l’homme est maitre même du Sab- « bat. » Saint Jean Chrysostome remarque que dans cette question du Sabbat, qui se présente souvent, Jésus ne se justifie pas seulement sous le rapport de’ sa divinité, mais aussi sous le rapport unique de son humanité. Tantôt d'une manière, tantôt d’une autre, il prend soin d'établir les deux choses, voulant faire admettre et le mystère de ses humiliations et sa dignité divine.

Peu de temps après, encore un jour de Sabbat, Jésus entra dans la Synagogue pour enseigner, suivant sa coutume. Ils lui demandèrent s’il croyait :

ermis de faire des guérisons le jour du Sabbat : car ils semblaient avoir résolu entre eux de lui imputer à péché ces actes de miséricorde. Ils attendaient sa réponse pour crier au scandale ou le mettre en contradiction avec lui-même, selon ce qu'il dirait. Jésus connaissait leur pensée. Il fit d'abord lever au milieu de l'assemblée un homme qui se trouvait là, et dont la main droite était desséchée. S'adressant ensuite aux Pharisiens, il leur demanda s’il est permis, le jour du Sabbat, de faire du bien ou du mal, de sauver la vie, ou de l’ôter (en ne la sauvant pas lorsqu'on le pourrait). Ils se turent. Jésus poursuivit : « Y a-t-il quelqu'un parmi vous qui, n'ayant qu’une brebis, si elle tombe dans une fosse le jour du Sabbat, ne l'en retire? Et de combien l’homme est-il au-dessus de la brebis! Il est donc permis de faire du bien le jour du Sabbat. » Mais ils continuèrent de garder le silence, frémissant de dépit. Jésus, affligé de l’endurcissement de leurs cœurs, les regarda avec indignation, puis il dit à l’homme qui avait la main droite desséchée : « Étends ta main. » Aussitôt cette main malade redevint saine comme l’autre.

C’est l'homme du siècle. Sa main gauche, la main des œuvres charnelles et du propre intérêt, est vivante, active et habile. Sa main droite, la main des œuvres saintes, demeurée oisive, est devenue aride; elle s’est desséchée. Si tu veux que ta main soit guérie, étends-la, mets-la aux œuvres de justice, ouvre-la sur les pauvres; que la charité distribue ce que l’avarice et la

fraude ont su amasser !

PAMÉUTURE

Les Pharisiens sortirent et délibérèrent avec les Hérodiens sur les moyens de perdre Jésus.

Ces Hérodiens étaient des Saducéens, incrédules en religion, absolutistes en politique, partisans d'Hérode et des Romains, que les Pharisiens détestaient. Les rigoristes et les corrompus, jusqu'alors ennemis, commencèrent à s’accorder contre le Juste. C’est l’histoire future de la religion; toujours et partout les sectaires et les impies ont fini par s'entendre pour opprimer l'Église. Mais il fallait trouver le moyen. Hérode n’avait pas encore osé tuer Jean-Baptiste, à cause du peuple; les Pharisiens voulaient un prétexte pieux pour tuer Jésus. Il venait de prouver qu’il croyait permis de faire des miracles un jour de Sabbat, mais il n’y avait employé que sa parole. Était-il défendu de parler le jour du Sabbat, ou fallait-il excepter du nombre des paroles permises celles qui guérissaient les malades?

Cette conjuration, si visiblement formée, atteste la véracité de l’histoire évangélique. Les deux chefs d'accusation contre Notre-Seigneur sont de s'être dit le Fils de Dieu, égal à Dieu, et d’avoir violé le jour du Sabbat. Or il n’a jamais violé le Sabbat qu’en faisant des miracles.

Mais l'heure n'était pas venue, et Jésus leur laissa le temps de délibérer contre lui. Il se retira vers la mer. On le suivit en foule, de Jérusalem et des diverses contrées de la Palestine. Tyr et Sidon accoururent; les malades se faisaient apporter à ses pieds. Il les guérit tous. Les démons qui agitaient les possédés se prosternaient devant lui et s'écriaient : « Vous êtes le Fils de Dieu ! » C'était bien lui; la prophétie recevait son accomplissement à la pleine lumière du jour : « Voilà mon serviteur que j'ai choisi, mon bien- « aimé. Je répandrai mon esprit sur lui, et il annoncera la justice aux « nations. Il ne contestera point et ne criera point, et personne ne l’en- « tendra se répandre en clameurs dans les places publiques. Il ne brisera « point le roseau froissé et n'éteindra point la mèche qui fume encore, « jusqu’à ce qu’il fasse triompher la justice; et c’est en lui que les peuples « espéreront. »

Sa tendre compassion pour les misères présentes et futures qu’il guérissait, et la nécessité de divulguer sa mission, n'étaient pas les seules causes qui lui faisaient multiplier les miracles. Il voulait rendre inébranlable la foi

de ses Disciples. Le moment était venu d’instituer le collége apostolique,

qui existait en germe depuis la première vocation de Pierre. Jésus pouvait à lui seul convertir le monde; mais, après s'être uni à la nature humaine, il ne pouvait pas lui faire un honneur plus grand que de l’associer à cette œuvre de salut. |

Ayant donc passé la nuit en prières, afin que l’Église comprit à jamais combien il lui importe d’être aidée de l'Esprit saint dans l'élection de ses ministres, il appela les Disciples, et choisit douze d’entre eux, à dessein de les envoyer prêcher. Il leur donna le nom d’Apôtres, qui signifie envoyés, avec le pouvoir de guérir les maladies et de chasser les démons.

Voici les noms des Douze : Simon, à qui Jésus donna le nom de Pierre; Jacques, fils de Zébédée; Jean, frère de Jacques; André, frère de Pierre; Philippe; Barthélemy; Matthieu, le Publicain; Thomas; Jacques, fils d'Alphée; Jude, son frère, nommé Thaddée; Simon de Cana; Judas l'Iscariote, qui trahit Jésus.

On croit que Barthélemy est le même que Nathanaël, qui paraît à la première vocation, attiré par Philippe. Jacques et Jude ou Thaddée, fils d’Alphée, sont les enfants de Marie, femme d’Alphée ou Cléophas, sœur de la sainte Vierge.

Les Évangélistes ne leur assignent pas tous le même rang. Saint Matthieu met André immédiatement après Pierre; il se met lui-même après Thomas, tandis que les autres le placent avant. Pierre est toujours le premier, et Judas toujours le dernier.

On trouve dans les Pères diverses interprétations du nom de chaque Apôtre se rapportant à quelque trait symbolique de sa vocation. Quant au nombre de douze, il est prédit et figuré maintes fois dans les livres de l’Ancien Testament. Si nous les considérons comme les pères des chrétiens, dit Ludolphe, nous les retrouvons dans les douze patriarches, pères du peuple de Dieu. Lorsqu'ils arrosent le monde des eaux abondantes de la doctrine, ils sont semblables aux sources d’eau vive qui sortirent miraculeusement du rocher d’Élim. Lorsqu'ils ornent l’Église de l'éclat de leurs vertus, ils sont les douze pierres précieuses qui ornaient le pectoral du grand-prêtre. Lorsqu'ils nourrissent les âmes du Verbe de vie, ils sont les douze pains consacrés, placés devant l’autel: du Seigneur. Lorsqu'ils pénètrent les secrets

divins, qu'ils communiquent aux fidèles, ils sont les douze espions que

ÉA LUTTE. | LR URSS

Moïse envoya dans la Terre promise, et qui, au retour, en firent au peuple de si merveilleux récits. Ils sont encore les douze pierres relevées dans le courant du Jourdain, contre lesquelles viennent se briser les flots du siècle :

les douze lionceaux du trône de Salomon, les douze colonnes de l’autel de

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