‹ Jésus-ChristChapitre 22 sur 139 · PTS · texte numérisé non relu

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Fig. 42. — Guérison de l'Hémorroïsse. « Ma fille, dit Jésus, prends confiance, ta foi t'a guérie; vas en paix. » Sarcophage des Catacombes, conservé au Musée du Vatican.

de lui, et nous devons savoir ignorer ce qu'il n’a pas encore jugé à propos de nous faire entendre. Ce que nous entendons suffit, et c’est là ce qu’il nous faut. |

Sortant de la maison de Jaïre, Jésus rencontra deux aveugles qui crièrent vers lui : « Fils de David, ayez pitié de nous!» Il ne parut pas les entendre; mais les aveugles, sans se lasser, le suivirent jusqu’au logis. Là, il leur demanda s'ils croyaient qu’il pût faire ce qu'ils désiraient. Ils répondirent : « Oui, Seigneur. » Alors il leur toucha les yeux, disant : « Qu'il vous soit fait selon votre foi; » et leurs yeux s'ouvrirent. Ensuite on lui présenta un homme qui était devenu muet par la puissance du démon. Parce que te malade n’avait plus sa liberté, il le guérit sans rien

lui demander, comme on donne le baptême aux petits enfants. Le peuple, plein d’admiration, s'écriait : « Jamais rien de semblable ne s’est vu en Israël! » Les Pharisiens, reconnaissant ces miracles, qu'ils ne pouvaient nier, disaient : « C’est par le moyen du prince des démons qu’il chasse les démons. »

Il avait le même jour vaincu les maladies, les infirmités, les démons et la

mort; mais l’impiété de l’orgueil ne croyait point. LE PARALYTIQUE DE LA PISCINE.

Jésus, enseignant et guérissant sur son chemin, se rendit à Jérusalem pour la fête des Juifs, ce que plusieurs entendent de la Pâque. Il savait qu’il y retrouverait les Pharisiens aussi malveillants et plus puissants qu’en Galilée. Depuis les miracles de Capharnaüm, les Pharisiens complotaient contre lui, non qu’il les eût encore beaucoup attaqués, mais parce qu’il prêchait une autre pénitence que la leur, faisait d’autres œuvres et menait une autre vie. Ils l’accusaient de blasphème. Sa charité leur fournit de quoi lui imputer un second crime. Le miracle dont le récit va suivre est des plus signalés par son importance dans la vie du Sauveur et par le sens vaste et profond des circonstances qui l’ont accompagné.

Il existait à Jérusalem une piscine célèbre par les grâces que Dieu y accordait. On la nommaiït piscine de Bethsaïde, et en grec piscine probatique ou des Brebis. Bethsaïde signifie maison de miséricorde. Les prêtres y lavaient les brebis du sacrifice : de là ce nom de piscine des Brebis. C'était un bassin d’eau pluviale, entouré de cinq galeries d’architecture. Sous ces galeries se rassemblaient un grand nombre de malades, aveugles, boiteux, étiques et autres, qui attendaient le mouvement des eaux. Car il arrivait qu’à certains moments de l’année, l’eau était soudainement agitée par l’action invisible d’un Ange; et le malade qui descendait le premier dans la piscine, après que l’eau avait été remuée, se trouvait aussitôt guéri, quelle que fût son infirmité.

Or il y avait là, couché sous les portiques de la piscine, un homme qui était malade depuis trente-huit ans. Jésus, connaissant la longue durée de

son infirmité, lui dit: « Veux-tu être guéri? » Le malade répondit : — « Seigneur, je n’ai pas un homme qui me descende dans la piscine lorsque l’eau est troublée, et, pendant que j'y vais, un autre y descend avant moi. » Jésus lui dit: « Lève-toi, prends ton lit et marche. » A l'instant, cet homme fut guéri. Il se chargea de son lit et marcha. Ce que voyant les

Juifs, ils lui dirent : — « C’est aujourd'hui le Sabbat, il ne t'est pas per-

Fig. 43. — Résurrection de la fille de Jaire : Jésus-Christ triomphe de la mort. D'après le tableau de Rembrandt, gravé par Smith.

mis de porter ton lit. » L'homme leur répondit : — « Celui qui m'a guéri na dit: « Prends ton lit et marche. » Ils lui demandèrent: — « Qui t'a dit: Prends ton lit et marche? » Mais cet homme ne savait pas qui était son bienfaiteur et ne put le montrer, parce que Jésus s'était retiré de la foule. |

Cependant le Paralytique sut qui l'avait guéri. Jésus le trouva dans le Temple. Usant de sa force recouvrée, il n’alla pas se mêler aux affaires ni

aux voluptés du monde; il vint au Temple. Par là il mérita de voir Jésus.

Jésus lui dit : « Ne pèche plus désormais, de peur qu’il ne t'arrive quelque chose de pire. »

La maladie de cet homme avait été la suite de ses péchés. Encore que tous les maux corporels ne viennent pas du péché, dit saint Jean Chrysostome, néanmoins le péché en est la cause la plus générale. Dieu punit le corps des fautes de l’Ââme, afin que la maladie du corps nous fasse penser à celle de l’âme sur laquelle nous nous abusons. Sa clémence fait tourner l’affliction de la chair à l’avantage de l'esprit. Nous ne tombons malades que par une disposition de la Providence, souvent cachée, toujours utile, jamais injuste. Nous guérissons plus sûrement par la prière que par les remèdes des médecins, dont les plus sages ordonnances, d’ailleurs, ont pour objet de nous ramener au moins matériellement au respect de la loi de Dieu. La loi de Dieu est donnée au corps comme à l'âme; l’accomplir est utile à l’un comme à l’autre : ce que l’on retire au corps, on le donne à

la vie.

Comme la grâce du repentir et le beau caractère du pécheur pénitent et pardonné apparaissent dans le Paralytique, le caractère de la réprobation se manifeste chez les Juifs qui l'entourent. Le Paralytique a été humble, il se retrouve au Temple; et, suivant plusieurs interprètes, Jésus, si attentif à ne pas outrer le pécheur, ne lui a fait cette lecon sévère que parce qu'il a reconnu en lui une âme vraiment patiente et de bonne volonté. En effet, il écoute avec respect, il se montre reconnaissant. Les Juifs lui ont demandé qui lui a ordonné de porter son lit le jour du Sabbat; c’est-à-dire, pour eux, de transgresser la Loi. C'était la seule chose qu'ils voulussent savoir. Dès qu’il connaît Jésus, il va leur dire, non pas celui qui m’a ordonné de porter mon lit, mais: « Celui qui m'a guéri, c’est Jésus. » En d’autres termes, selon la signification du nom divin : Celui qui m’a sauvé, c’est le Sauveur. On lui demandait une dénonciation, il fait une confession. Il n’est pas lent, dit saint Augustin, à évangéliser ce qu’il a vu. Mais les Juifs continuent de ne faire aucun compte du miracle et du bienfait, et ne s’attachent qu’à ce qu'ils considèrent comme une transgression du Sabbat.

Is voyaient Jésus se montrer en tout le plus exact observateur de la

religion; mais ce n'était pas leur religion à eux, celle qu'ils avaient faite

eux-mêmes, au gré de leur orgueil, au profit de leurs intérêts. Ils songèrent dès lors à le faire mourir, et commencèrent à le persécuter, criant partout que Jésus de Nazareth violait la loi du Seigneur.

Jésus leur répondit: « Jusques ici mon Père n’a point cessé d’agir, ni moi je ne cesse point d'agir avec lui. » Par ces mots, il affirmait sa divinité : Dieu ne se reposa le septième jour qu’en ce sens qu'il cessa de créer; il ne cessa et ne cesse d’agir pour la conservation des choses créées. En

appelant Dieu son Père et en établissant son unité d'opération avec lui,

Fig. 44. — Le Christ docteur. Tympan du portail principal de la cathédrale de Charires. Douzième siècle.

Jésus donc affirmait l'unité de nature. Il ne se disait pas fils par adoption seulement, à quoi les Juifs n’auraient pu rien objecter, mais fils par génération ; il s’attribuait la nature divine, la parfaite égalité avec Dieu. C’est bien ce que les Juifs entendirent, et il faut absolument ou l’entendre comme eux, ou comme eux accuser Jésus d’imposture; par conséquent, nier la mission divine en même temps que la divinité. Car, si Jésus-Christ n’est pas Dieu , il n’est pas même un homme sincère, par conséquent il n’est pas l'Envoyé de Dieu. Mais alors où en est la raison humaine, et que peut-elle comprendre à l'Évangile, au Christianisme, à Dieu, enfin à elle-même? Après avoir raconté la guérison du Paralytique,

saint Jean rapporte le discours par lequel Jésus, établissant la consubstantialité du Fils avec le Père, donne aux Juifs les titres suprêmes de sa mission. Devant ces paroles éclatantes, la raison s'incline; elle reconnaît profondément le Maître de la vie et de la mort:

« En vérité, en vérité, je vous le dis, qui écoute ma parole (fig. 44) et croit « à Celui qui m'a envoyé, a la vie éternelle et n’encourt point la condamna- « tion; mais il a passé de la mort à la vie. En vérité, en vérité, je vous le « dis, le temps vient, et il est déjà venu, où les morts entendront la voix « du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue recouvreront la vie. Car, « comme le Père a la vie en lui-même, aussi a-t-il donné au Fils d’avoir « la vie en lui-même, et il lui a donné le pouvoir de juger parce qu'il est « le Fils de l'Homme... Le temps approche que tous ceux qui sont dans « le tombeau entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui auront fait « de bonnes actions ressusciteront pour vivre, au lieu que ceux qui en « auront fait de mauvaises ressusciteront pour être condamnés. »

Or «les Juifs cherchaient davantage à le faire mourir, non-seulement parce qu'il violait le Sabbat, mais parce qu’il disait que Dieu était son père et parce qu'il se faisait égal à Dieu ».

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