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Fig. 68. — Le Christ consolateur. « Venez tous à moi, dit Jésus, vous qui ployez sous le fardeau du travail et de la douleur, et je vous referai; car mon joug est doux et mon fardeau léger. » Tableau d’Ary Schefler , gravé par Henriquel-Dupont. Paris, Goupil.
délices de Dieu, tout abattement se relève. Ceux qui aiment ne souffrent pas. Ainsi Jésus nous apparaît toujours doux, humble, compatissant et divin:
prodiguant les appels de sa large tendresse et les protestations de sa dépen-
dance à mesure qu'il multiplie les preuves de son universelle souveraineté. Le même jour, un Docteur de la Loi lui dit, à dessein de le tenter : —
« Maître , que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? » Il espérait quelque
parole qui paraîtrait contraire à Moïse. Jésus lui répondit : —« Qu’'ordonne « la Loi? Qu'y lisez-vous? » Par cette question, il l'oblige à faire lui-même une réponse évangélique. Il lui prouvera ensuite qu’en citant le texte de la Loi, il en a ignoré le sens. Le Docteur reprit donc : — « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de tout ton entendement, et ton prochain comme toi-même. » Jésus lui dit : « Vous avez bien répondu ; faites cela, et vous vivrez. »
Aussitôt le Docteur, voulant se glorifier de sa justice, dit à Jésus : — Et qui est mon prochain ?
On voit ici que la première question de cet homme était astucieuse et qu’il n'avait aucun amour pour le prochain, puisqu'il n’estimait point que quelqu'un fût son prochain. Il récite très-bien ce qu’il faut faire pour acquérir la vie éternelle, mais il ne sait pas le premier mot de ce qu'il récite. Il est plein de lui-même, vide de l'amour de Dieu. N’aimant pas son frère qu’il voit, ilne peut aimer Dieu qu’il ne voit pas. Or, ajoute saint Cyrille, il ignore son prochain parce qu’il ne croit point au Christ. Celui qui ne connaît point le Christ ignore la Loi; méconnaissant la vérité, il ne peut connaître la Loi qui annonce la vérité.
Jésüs dit : « Un homme descendant de Jérusalem en Jéricho tomba entre « les mains des voleurs qui le dépouillèrent, et, après l'avoir blessé, le « laissèrent demi-mort. Un prêtre descendit par le même chemin, vit cet « homme, et passa outre; un Lévite vint aussi, le regarda et passa de « même. Mais un Samaritain, qui était en voyage, .s'arrêta et fut touché de « compassion. Il s’'approcha du blessé, versa de l’huile et du vin sur ses « plaies, les banda, le mit ensuite sur son cheval, le mena dans une hôtel- « lerie et prit soin de lui. Le lendemain il tira de sa bourse deux deniers « d'argent qu’il donna à l'hôte, lui disant : Ayez soin de cet homme, et « tout ce que vous aurez dépensé de plus, je l’acquitterai à mon retour. »
Jésus lui-même est le Samaritain. Samaritain veut dire gardien. Il est écrit de lui : Celui qui garde Israël ne sommeillera n1 ne dormira point. Lorsqu'on le traita de Samaritain et de possédé du démon, il nia qu'il fût possédé ; il ne réclama point contre l’injure qui lui donnait un de sestitres, celui de gardien des infirmes.. Or ce Samaritain était en voyage : Jésus fut
réellement un voyageur ; il descendit pour nous sur la terre, et ne dévia pas.
Le but de son voyage était de venir au genre humain blessé, dépouillé, à demi mort. Il se fit notre prochain en prenant notre nature, notre voisin par sa miséricorde ; il eut compassion et s'approcha. La sagesse divine, pour approcher l’homme, créa le miracle de Jésus. Possédant en lui la justice et l’immortalité, voyant en nous le péché et la mort, Jésus ne prit pas nos deux maux, qui l'eussent rendu notre égal, et mis dans le besoin d’être délivré avec nous. Afin d’être près de nous et de n'être pas ce que nous sommes, il ne se fit point pécheur, il devint mortel ; prenant le châtiment sans prendre la faute, il abolit la faute et le châtiment.
Le Samaritain, venant à l’homme abandonné, bande ses blessures après y avoir versé de l'huile et du vin; l'huile de la miséricorde, qui adoucit les plaies, le vin de la justice, qui en ronge la corruption; l'huile qui est la consolation de l'espérance, le vin qui est l’exhortation à la ferveur. L'huile représente encore la nature humaine du médecin, le vin sa nature divine. Car Jésus-Christ a agi tantôt humainement, tantôt divinement : il a versé l'huile et le vin en nous sauvant par son humanité et par sa Divinité; il a enseigné à mêler la sévérité et la douceur, afin que nous ne fussions ni ulcérés par trop de rigueur ni amollis par trop de condescendance. Et, ayant pansé nos bléssures, il les a bandées en nous imposant le frein d'une Loi plus sévère, sans laquelle nous ne pourrions retrouver notre première santé.
Le Samaritain met le malade sur son cheval, le bon Pasteur porte sur ses épaules la brebis retrouvée. Jésus-Christ détruit l'infirmité de notre chair en la prenant lui-même. Sous la figure du Samaritain, le voici déjà qui ouvre ces bras entre lesquels nous serons non pas conduits, mais portés au sein de l Église, où s'achèvera notre guérison.
La Loi ne recevait pas tous les hommes(fig. 69); il est écrit que le Moabite et l'Ammonite n’entreront pas dans l'Église de Dieu; mais maintenant l'Église est l'hôtellerie ouverte à quiconque veut croire. Venez de toute nation, venez chargés de toute misère, venez blessés ; venez souillés; venez au baptême de Dieu, au festin de Dieu, à l'hôtellerie et à l'amitié de Dieu : ! Car le Samaritain ne se contente pas de déposer le blessé dans l'hôtellerie ; ilentre avec lui, demeure et prend soin de lui.
Cependant ce Samaritain ne pouvait rester. Le jour suivant donc, il
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donna à l'hôtelier deux deniers d'argent et lui dit : « Aïe soin de cet homme. Ce que tu surajouteras, à mon retour je te le rendrai. » Ces deux deniers sont les deux commandements d'amour de Dieu et d'amour du prochain, que les Apôtres recurent pour évangéliser la terre ; ils sont la promesse de la vie présente et de la vie future : Æoc fac et vives.
« Et ce que tu surajouteras, je te le rendrai à mon retour. » Car cet hôtelier, ce prêtre nouveau n’est plus le mercenaire qui ne rend que les services dont le prix est débattu et payé, ni l'instrument quasi machinal qui ne va pas au-delà du travail requis. Les Apôtres, pleins de l'esprit de Dieu, ont surajouté. Au précepte ils ont ajouté le conseil; sur le devoir ils ont mis la couronne de la perfection. Quoiqu'il leur fût permis de vivre de l’Évangile, ils ont vécu du travail de leurs mains; ils ont cherché la croix quand ils pouvaient l’éviter. Mais il n'est pas possible à l’homme d’être plus généreux que Jésus. « À mon retour je vous le rendrai. » Ce retour sera le jour du jugement. Il payera sans mesure ceux qui l’auront servi sans mesure.
Après son récit, Jésus interrogea le docteur : Qui a été le prochain? Le docteur convint que ni le prêtre ni le lévite, qui vivaient sous la Loi, n’ont su faire ce qu'ordonnait la Loi, et que le Samaritain seul en a rempli les prescriptions. Jésus lui dit : « Allez, et faites de même. » Quand vous verrez un malheureux, qu'il soit Juif ou Gentil, voilà votre prochain. La dignité du sacerdoce n’est rien, la science de la Loi n’est rien si les œuvres manquent. Celui qui exerce la miséricorde, c'est celui-là qui remplit la Loi.
D’autres circonstances amenèrent le Sauveur à répéter l’instruction sur la prière. Il parla de la force de la prière insistante, dont l'exemple de la Chananéenne avait été un exemple si frappant. Tout lui était occasion d’instruire, et il se hâtait. Il répandait ces paroles créatrices qui révélaient aux hommes la vie spirituelle et instituaient la charité. En même temps, de terribles anathèmes atteignaient l'hypocrisie, l’orgueil, le faux savoir, la dureté des Pharisiens et des docteurs de la Loi. Par charité pour ceux que ces faux justes et ces faux sages égaraient, et par pitié pour eux-mêmes, il les traitait comme ils avaient coutume de traiter les pécheurs; mais surtout il s’appliquait à les dépeindre pour donner une lecon à son Église, afin que Pillusion d’une fausse justice n’y pôût jamais corrompre la vérité.
En effet, 1l l’a préservée de ce péril. On a vu des Pharisiens au milieu du
ÉNTRETIENS ET PARABOLES. 197
Christianisme, parce que tous les vices sont de l'espèce humaine’; mais rien n’est plus étranger à l'Église que le pharisaïsme dans la doctrine et dans les mœurs.
À ce moment fut prononcée une parole comptée entre les plus profondes et les plus fécondes qui soient tombées des lèvres de l'Homme-Dieu. Passant par Béthanie, Jésus s'arrêta chez une femme nommée Marthe,
sœur de cette Marie-Magdelaine, la pécheresse pardonnée qu'on a vue au
Fig. 69. — Stèle du temple de Jérusalem, découverte, en 1871, par M. Ganneau, chancelier du consulat de France à Jérusalem. Époque d'Hérode le Grandi. — Trapucrion : « Que nul étranger ne pénètre à l'intérieur de la balustrade et de l'enceinte qui sont autour de lesplanade du temple : celui donc qui serait pris (y péné-" trant) serait cause que la mort s'ensuivrait pour lui. »
banquet du pharisien Simon. Marthe s'occupa aussitôt du repas qu'elle
voulait offrir à son Hôte et aux Disciples. Cependant Marie, assise aux
pieds du Maître, l’écoutait parler; car Jésus, donnant cet exemple aux
Apôtres, n’était pas entré seulement pour rendre du repos, mais surtout 2 y
pour enseigner. Or Marthe se présenta devant lui, et dit : — Seigneur, ne
considérez-vous point comme ma sœur me laisse servir toute seule ? Dites-
lui donc qu’elle me vienne aider. Jésus lui répondit affectueusement : —
à Lecture du texte original : Mnbévæ aMoyevñ eioropevechar ëvrdc toù mepi To iepèy Tpupaxtou nai
nepu66dou ds Ô dv XA90n éauté atuoc ÉGTAL Su ro éÉaxodoubeiy Bavarov.
« Marthe, Marthe, tu t'embarrasses et te tourmentes de beaucoup de « choses ; mais enfin, il n’y en a qu’une de nécessaire. Marie a choisi la « meilleure part, elle ne lui sera point ôtée. »
De tout le discours de Jésus, le Saint-Esprit ne nous a conservé que ce mot, qui exprime la seule chose nécessaire au bonheur présent et éternel de l’âme, la chose sans quoi tout le reste n’est que trouble et tourment, ou joie passagère qui bientôt nous sera ôtée. Jésus ne blâme pas l’empressement de Marthe, qui veut le servir, mais il l’avertit que toute œuvre faite pour Dieu doit être faite avec calme et humilité ; que c’est surtout par l’amour qu’il se trouve bien servi ; que rien n’est plus opportun que d'écouter Jésus-Christ et de s'attacher à lui seul. Par ce mot, il relève la vie contemplative audessus de la vie active, quelque louable que soit l’action ; car c'est la vie contemplative qui est vraiment féconde pour le ciel, qui produit même icibas les grandes œuvres. La contemplation de Dieu fait connaître sa beauté, la beauté allume l'amour, l'amour donne cette ample flamme, ce feu vivant qui est le sacrifice. Tous les saints ont contemplé Dieu, c’est pourquoi ils ont voulu vivre et mourir pour lui. Marthe a servi le Seigneur, Marie l'a davantage contemplé, et c’est Marie qui sera au pied de la croix.
LA FEMME COURBÉE, LES BANQUETS DE JÉSUS, L'HYDROPIQUE, LEÇONS AUX PHARISIENS.
Un homme vint demander à Jésus de partager une succession entre son : frère et lui. Jésus ne le voulut point et dit à celui qui l'en priait : « Gardez- «vous de toute avarice ; l'abondance des biens qu’un homme possède n’est «pas ce qui le fait vivre. » A cette occasion, il proposa la parabole du riche avare, à qui Dieu redemande son âme, tandis qu’il ne songe qu’à faire agrandir ses greniers.
Il insistait sur l'aumôûne, sur la confiance en Dieu, sur l'humilité, sur la pénitence. Toutes ces brèves et douces paroles sont devenues les nobles lois de la société chrétienne. Il y mêlait des prophéties concernant l’Église ile second avénement, la réprobation et le retour des Juifs. I] enseignait ainsi
partout, sans cesse, en toute rencontre, à tout propos, mais plus particu-
lièrement le jour du Sabbat, dans les Synagogues, où le peuple accourait pour l’entendre ; et c'était un motif continuel de colère parmi les Pharisiens.
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Fig. 70. — Jésus chez Marthe et Marie. Marie, assise aux pieds du Maître, l'écoute parler. Marthe se présente et dit: « Seigneur, ne considérez-vous point comme ma sœur me laisse servir toute seule ? aider. » Jésus lui répond affectueusement : « Marthe, Marthe, tu t'embarrasses mais enfin, il ny en a qu'une de nécessaire. Marie a choisi la
devant Jésus, Dites-lui donc qu’elle me vienne et te tourmentes de beaucoup de choses ; meilleure part, elle ne lui sera point ôtée. » — Tableau de Le Sueur.
: Un jour, étant à la Synagogue, il vit dans l'auditoire une femme qu’un
esprit d’infirmité tenait courbée depuis dix-huit ans. Elle ne pouvait regar-
der en haut. Il lui dit: « Femme, tu es délivrée. » Aussitôt elle se releva et glorifia Dieu. Le Chef de la Synagogue en fut irrité. Mais n’osant s’attaquer à Jésus, dont il craignait les réponses, il s’en prit à la malade guérie et à tout le peuple qui montrait sa joie. — Il ya, leur dit-il, six jours pour travailler. Venez donc un de ces jours-là pour vous faire guérir, et non pas le jour du Sabbat.
Malgré ce détour, le Pharisien n’esquiva point la réprimande. — Hypo- « crites, dit le Sauveur, lequel parmi vous ne détache, le jour du Sabbat, « son bœuf ou son âne et ne le sort de l’étable pour le mener boire ? Et cette « fille d'Abraham que Satan tenait captive depuis dix-huit ans, il ne la fallait « pas guérir un jour de Sabbat! »
Soit à cause de la transgression d'Adam qui a introduit dans le monde les infirmités et la mort, soit à cause de ses propres crimes, cette femme souffrait par la malice du démon. Dieu a laissé à Satan cé pouvoir, pour que les hommes éprouvent le désir de devenir meilleurs ; parce que Satan est mauvais , il cherche à exercer son pouvoir de manière à rendre les hommes plus mauvais. Il s'applique à leur ôter la vue du ciel, afin qu’ils souffrent et n’espèrent point ; il les courbe vers la terre comme les brutes. La tête de l'homme est faite pour se tourner vers le ciel ; cette femme ne pouvait
regarder en haut. Jésus l'appelle par un mouvement de sa bonté prévenante :
« Tu es délivrée. » Il la touche de sa main. Maintenant, fille d’Abraham, regarde en haut; le démon n'a plus d’empire, tes liens sont brisés ! Elle se redresse et glorifie Dieu.
Semblable à ceux qui s’emportèrent contre l’Aveugle-né, le Chef de la Synagogue, témoin du miracle, ne voit que la gloire qui en résultera pour Jésus. Il aimerait mieux que cette femme restàt toujours dans son infirmité, courbée comme une brute, et que Jésus ne fût pas glorifié. On retrouve ici tous les chefs de toutes les Synagogues, tous les maîtres et tous les disciples de toutes les écoles d'erreur. Le bien que l'Église peut faire parmi les peuples, ils préféreraient qu’elle ne le fit pas, et qu’elle ne fût pas glorifiée. Ils ne veulent pas surtout qu’elle redresse les hommes, qu'elle les rende capables de regarder en haut. Celui-ci prend prétexte du service de Dieu ; . d’autres prendront prétexte du bien même de l’homme. Ils diront que c’est
nuire à l'homme de le redresser; que son intérêt est de rester courbé vers
ENTRETTENS-ET PARABOLES. 201
la terre. Ils emploieront tous les sophismes, ils emploieront la force pour détourner les peuples de venir à Jésus-Christ, ni le jour du Sabbat ni les autres jours. Ils craignent par-dessus tout que l’homme entende cette parole : Sursum corda! Cependant, en même temps qu'ils s’efforceront d’éteindre la lumière de l'Évangile, ils en ôteront le joug. Ils détacheront le bœuf et l’âne, l'instinct brutal; ils le mèneront à l’abreuvoir qu’ils ont préparé, aux eaux épaisses qui éteignent la raison et font haïr le jour. Quand ïls auront ainsi communiqué à l’homme le goût de la fange et Pamour de la nuit, ils lui diront : Tu vois! Nous t'avons rendu libre! Et ils le feront travailler pour eux.
Le Christ instruit son Église à ne pas craindre. Ces ennemis diront ce qu’ils voudront, ils feront ce qu’ils pourront ; parle, toi, agis, agis, accomplis l'œuvre de ma charité. En dépit de leurs menaces, répands la vérité, répands le jour. Et s’il faut que tu luises du haut du gibet pour que ces victimes du démon lèvent enfin la tête et soient délivrées , fais comme j'ai fait, va mourir |
A peu de jours de là, Jésus provoqua de nouveau ses adversaires. Il entra pour manger, un jour de Sabbat, dans une maison des Pharisiens. Tous l’observaient. Il y vint aussi un homme hydropique, qui se tenait devant lui. Jésus dit aux docteurs : — « Est-il permis de guérir le jour du Sabbat?» Ils gardèrent le silence. Alors Jésus prit l'Hydropique par la main, le guérit et le renvoya. Puis, connaissant les pensées des convives, il leur dit: « Qui « de vous, si son âne ou son bœuf tombe dans une fosse le jour du Sabbat, « ne l’en retire pas aussitôt? » Et ils ne surent que répondre.
C'est le quatrième banquet où nous voyons Jésus. Comme dansles autres, il y fait acte de grande miséricorde et de grand enseignement. Il allait aux festins, parce que là aussi on avait besoin de le voir, et que ceux qu’il y trouvait ne venaient point l'entendre. Les Pharisiens eux-mêmes, il voulait les sauver. En même temps il portait le bienfait de sa présence à leurs serviteurs, qu’ils ne laissaient point libres d'aller à Lui. Comme la colombe qui embrasse ses petits menacés par l’oiseleur, dit saint Augustin, il apparaissait corporellement au milieu des réjouissances du monde, de même qu’à présent il apparaît encore à notre pensée pour nous rappeler où est le vrai
festin et la vraie joie.
A cause de la grande renommée de Jésus, les Pharisiens le reçoivent volontiers ; ils l'invitent même. Mais, au lieu de l'écouter, ils l’observent. Il le sait; il voit leur malice quand l'Hydropique s’avance et se place devant lui, modèle de foi dans sa muette et persévérante prière. Les Pharisiens pensent en eux-mêmes : Que fera-t-il? S'il guérit ce malade, nous l'accuserons de violer le Sabbat; s'il le renvoie sans le guérir, il n’est donc pas si miséricordieux qu'il lé persuade au peuple imbécile !
Jésus, d’un seul mot, déjà prononcé en semblable rencontre, les déjoue : « Est-il permis de guérir le jour du Sabbat? »
Les Pharisiens n’osent rien dire. Cette question, qu’ils résolvaient unanimement contre Jésus, était controversée entre eux. Plusieurs prétendaient qu’on ne devait pas même donner aucun remède, à moins qu’il n’y eût péril de mort; d’autres étaient moins rigoureux. Jésus leur montre à tous qu’il peut se passer de leur congé et qu’il ne craint pas leur haine; il enseigne que c’est bien sanctifier les jours de fêtes que les consacrer à la charité; il récompense la foi de cet infirme qui attend humblement et qui n’ose prier qu'en présentant son mal. L'Hydropique est guéri. Voilà le crime que les Pharisiens attendaient. Jésus entend les murmures qu’ils n’osent articuler, et il y répond : — « Si c'était votre bœuf ou votre âne, votre moindre intérêt temporel qui fût en péril, vous ne songeriez guère au Sabbat ! »
Le bœuf et l'âne sont nommés pour renouveler à l'esprit des Pharisiens la prophétie d’Isaïe et pour leur en donner l’interprétation : « Le bœuf a connu celui à qui il appartient, l'âne a connu l’étable de son maître; Israël ne m'a point connu. » Le bœuf lié au joug est le peuple juif, dont la tête s’est endurcie sous le joug de la Loi; l’âne est le symbole de la Gentilité, assujettie à toutes les erreurs. Celui qui viendra au dernier jour les tirer de la fosse où ils sont tombés, est Celui qui guérit toute maladie, qui délivre de toute captivité, qui dissipe toutes ténèbres. Ce que les Pharisiens font par avarice, il le fera par charité.
L'avarice était le grand vice des Pharisiens. L’hydropisie en est la figure. L'Hydropique est brûlé d’une soif inextinguible ; une partie de son corps est gonflée horriblement, l’autre se dessèche; de ce corps où tout se change en impureté s’exhale une haleine fétide, C'est l’avare, toujours altéré, toujours
inassouvi, pauvre au sein de l'abondance, n’ayant que des pensées de lucre,
la plupart des prédications
ieu
de qu'eurent |
éria
, C'est auprès du lac de Tib
et ces miracles de Jésus-Christ,
LS
tat actuel d'après une photograph
Fig. 71. — Vue du lac de Tibériade, é
n’aspirant qu'à se remplir de ce breuvage d’or qui le gonfle et qui le tue.
Saint Paul dit que l’avarice est une idolâtrie. Qui pourra guérir ce mal? Jésus le peut. Il faut le lui demander comme faisait l'Hydropique, en se tenant devant lui. Ærat ante illum, dit l'Évangile, indiquant avec une brièveté divine la constance de la prière et la fermeté de l'espoir dans cet
homme qui voulait être guéri. Il est venu sans être invité ; il se tient là, bra-
vant les regards moqueurs, attendant le regard qui le délivrera, enseignant
au monde à demander et à obtenir des miracles. Et Jésus le prit par la main,
le guérit et le renvoya.
La hideuse maladie que cet homme portait en son corps, les Pharisiens l'avaient dans l’âme. Afin de les guérir aussi et d’appliquer le remède qui convenait à la plaie de ces âmes gonflées et dures, Jésus leur donna la belle leçon de ne point se mettre d'eux-mêmes aux premières places, comme ils s'empressaient de faire partout : « Car quiconque s'élève sera abaissé, et « quiconque s’humilie sera élevé. » Il leur recommanda encore de donner des festins aux pauvres plutôt qu'aux riches ; parce que les riches rendent ce. qu’on leur donne, mais ce que l’on a donné aux pauvres, c’est Dieu qui le rend. Ces choses nous paraissent vulgaires; elles ne le sont devenues que par Jésus-Christ et son Église, à qui il les a enseignées.
Un des convives s’écria : — Heureux qui sera du festin dans le royaume de Dieu ! Jésus répondit par la parabole de ceux qui refusent de se rendre au festin du Père de famille: les convives premièrement appelés allèguent divers prétextes et ne viennent pas. L'un va visiter une terre, l’autre veut essayer des bœufs nouvellement achetés, l'autre répond qu'il vient de se marier. Ainsi le souci des choses temporelles détourne les hommes des choses de Dieu. Tout ce qui est dans le monde, dira l’Apôtre, est concupiscence de la chair, concupiscence des yeux et orgueil de la vie. Le Père de famille fait ramasser les pauvres, les estropiés, les aveugles, et jusqu'aux vagabonds qui rôdent par les chemins; il veut qu'on les force d'entrer, afin que la maison se remplisse. Prophétie de la vocation des Gentils et de la multitude des pécheurs qui seront lavés et revêtus de la robe de fête pour participer au festin de Dieu. Les superbes refusent, les humbles sont choisis. « Ramassez-les sur les chemins.et le long des haies, dit le Père de famille,
et forcez-les d'entrer. » C’est ce fameux Compelle intrare qui a tant révolté
ENTREMIENS ET PARABOLES.
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les hérétiques et tant scandalisé la fausse sagesse d’un grand nombre d’orthodoxes. Les Gentils sont venus des places publiques et des carrefours, dit saint Augustin ; les hérétiques viennent des haies, car ceux qui plantent des haies établissent des divisions : qu’ils soient retirés des haies, qu'ils soient arrachés d’entre les épines! Mais ils ne veulent pas être contraints. Nous entrerons, disent-ils, par notre propre volonté. Ce n’est pas ce que Dieu a commandé : Compelle intrare. Que la nécessité vienne du dehors; de là naît la volonté. Et cette contrainte, ajoute saint Grégoire, est souvent directement de Dieu et de sa miséricorde. Ils entrent par violence ceux qui, brisés dans les adversités du monde, reviennent à l'amour de Dieu. Ils échappent à la terrible sentence qui a été prononcée en ces termes : « Je vous dis que nul de ceux « qui ont été conviés et qui n’ont pas voulu venir ne goûtera de mon festin. »
Jésus se rendait à Jérusalem, pour la fête de la Dédicace. Quelques-uns d’entre les Pharisiens vinrent le trouver et lui donnèrent le conseil de fuir, parce qu'Hérode en voulait à sa vie. Notre-Seigneur connut sans doute que c'était Hérode lui-même qui envoyait ces officieux. Il leur répondit : « Allez, «et dites à ce renard : Voilà que je chasse les démons et que je guéris les « malades aujourd’hui et demain, et le troisième jour tout sera consommé. « Toutefois il faut que je marche aujourd’hui et demain et le jour suivant; « car il ne convient pas qu'un Prophète soit tué hors de Jérusalem. » A cette pensée, plus ému du châtiment qui attendait Jérusalem coupable que de son propre supplice, il laissa parler tout son amour et toute sa douleur : « Jérusalem, Jérusalem, qui tues les Prophètes et lapides ceux qui te sont «envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants comme un € oiseau rassemble sa couvée sous ses ailes, et tu ne l’as pas voulu ! »
Les Pharisiens de Jérusalem, résolus à se délivrer de lui, l'abordèrent dans le Temple avec une de ces questions captieuses qu’ils méditaient pour le perdre. Ils lui dirent : — Jusques à quand nous tiendrez-vous en suspens ? Si vous êtes le Christ, dites-le-nous tout haut !
Ce qu'ils demandaient, ils le savaient bien, et Jésus les avait là-dessus satisfaits depuis longtemps. Mais ils voulaient le compromettre. Tout le monde attendait un règne temporel du Christ. Jésus disant : Je le suis, se serait par ce seul mot constitué en état de rébellion contre la domination
romaine. S'il se taisait, l’incrédulité pouvait s’autoriser de son silence.
La question des Pharisiens pouvait donc embarrasser la prudence humaine. Ils n'avaient pas compté sur la sagesse divine, et elle les confondit. Notre-Seigneur, qui ne voulait ni triompher comme un conquérant vulgaire, ni périr comme un séditieux, ne voulut pas non plus laisser un prétexte à leur mauvaise foi. 11 leur dit : « Je vous parle et vous ne croyez « pas. Les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage de « moi. Moi et le Père nous sommes un. »
En entendant ces paroles, ils prirent des pierres pour le lapider. Ils avaient compris. Mais il fallait leur aveu, et que le mot qu'ils s'étaient proposé de lui arracher sortit de leurs bouches mêmes. Il poursuivit donc : — « J’ai « fait à vos yeux beaucoup de bonnes œuvres par la puissance de mon Père; « pour laquelle de ces œuvres me lapidez-vous ? » Les Juifs répondirent : — Ce n’est point pour aucune bonne œuvre que nous te lapidons, mais pour tes blasphèmes, toi, homme, qui te fais Dieu !
Ce sont eux qui le disent, avouant du même coup dans quel but ils l’interrogeaient. Jésus, sans néanmoins se départir de la prudence dont il lui plaît d’user envers ces perfides, confirme ce qu’ils ont entendu : « N'’est-il pas écrit « dans votre Loi : « J'ai dit : vous êtes des Dieux? » Si donc l’Écriture, « qui ne peut être détruite, appelle Dieux les juges d'Israël, comment dites- « vous à Celui que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde, comment lui « dites-vous : Tu blasphèmes, parce qu'il a dit : Je suis le Fils de Dieu ? Si « je ne fais pas les œuvres de mon Père, vous ne me croyez pas, mais si je « les fais, quand même vous ne voudriez pas croire à ma parole, croyez à « mes œuvres, et connaissez et croyez que le Père est en moi, et que je suis « en Lui. » Les Juifs n’entreprirent pas de raisonner : ils cherchèrent à se saisir de Jésus; mais il leur échappa, comme il avait déjà fait, en les
rendant immobiles ou en se rendant invisible, et il sortit de Jérusalem.