‹ Jésus-ChristChapitre 43 sur 139 · MN · texte numérisé non relu

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Fig. 76. — Le Pharisien orgueilleux et le Publicain contrit de ses péchés. « Je vous déclare, dit Jésus, que celui-ci s'en retourna justifié et non pas l'autre, car quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera . élevé. » Schnoor , Illustration de la Bible; Paris, Schulgen.

autres; celui-là est voleur, injuste, adultère. Le Pharisien méprise tout le

genre humain, il fait tomber la masse de son mépris sur ce frère qu’il voit

humilié devant Dieu. Il ajoute le sommaire de ses bonnes œuvres, et voilà

sa.prière. Qu'il se vante, dit saint Grégoire ; par l’orgueil il ouvre la cité de

© son cœur aux ennemis qui l’assiégent. Vainement il l’a fermée par la prière et par le jeûne; il y a un endroit ouvert, l'ennemi entrera.

Je ne m'étonne pas, reprend saint Augustin, si Dieu pardonne au Publi-

cain, qui se juge lui-même. Il se tient loin, néanmoins il s'approche par la contrition, et le Seigneur est attentif auprès de lui; le Très-Haut s’abaisse vers les humbles. Il ne regarde pas, c’est ainsi qu'il mérite d’être regardé. Sa conscience le courbe, l'espérance le relève. Ilse frappe la poitrine comme pour punir son cœur de ses mauvaises pensées et le réveiller de son sommeil. Il confesse ses péchés, le Seigneur lui fera grâce. Vous avez entendu l’accusateur superbe, vous avez entendu lhumble coupable ; écoutez le Juge : « Je vous déclare que celui-ci s’en alla justifié et non l’autre, car quiconque s’élève sera abaissé, et quiconque s’abaïsse sera élevé. »

Saint Jean Chrysostome, instruisant son peuple, développe cette lecon sous une image toute byzantine.

Vous voyez, dit-il, deux chars dans une arène : l’un porte la justice unie. à l’orgueil ; l’autre le péché avec l'humilité. Le char du péché dépasse celui de la justice, non par ses propres forces, mais par la vertu de l'humilité; l’autre est vaincu, non point par la faute de la justice, mais à cause du poids de l’orgueil. L’excellence de l'humilité triomphe du poids du péché, s'élance et atteint Dieu ; le poids de l’orgueil entrave la justice. Eussiezvous fait une multitude d'œuvres vertueuses, si vous présumez de vousmême, vous en avez perdu tout le fruit; fussiez-vous chargé du poids de mille fautes, si vous vous estimez coupable, prenez confiance, Dieu ne rejettera pas le cœur contrit et humilié. Or, puisque l'humilité unie au péché est encore assez agile pour dépasser la justice unie à l’orgueil, quelle ne sera pas la course de l'humilité si elle est unie à la justice ? D’un autre côté, si l’orgueil peut avilir et entraver même la justice, dans quel abîme ne nous entraînera-t-il pas uni au péché? Ne négligez donc point la justice, mais évitez l’orgueil.

Pour entendre l'Évangile, il faut jeter un regard sur le monde et s’examiner soi-même. On voit aussitôt combien l'humanité a vécu de cette manne, combien toute âme en est éclairée. Alors on remonte à la source du fleuve de vie et de lumière. Qui a pu si parfaitement révéler Dieu et l'homme et les mettre en rapport, et trouver jusque dans la misère de l’homme des moyens de le rapprocher de Dieu! Qui pouvait faire que le péché lui-même, par l'humilité qu'il doit produire, devint presque un instrument de salut ? Considérant que la chute a motivé la Rédemption, et que

la Rédemption ne pouvait s'opérer que par l’Incarnation, l'Église a pu s'écrier : Felix culpa! A considérer comme l’orgueil nous tire constamment au plus loin de Dieu, le chrétien serait tenté de s’écrier : Heureusement que nous avons le péché ! Saint Paul s'appuie sur son infirmité ; il reconnaît que la tentation qui le soufflette comme un ange de Satan lui est nécessaire pour échapper à l’orgueil ; car il n’était pas possible, dit le commentaire attribué à saint Ambroise, que le cœur d’un homme qui avait vu de si grandes choses ne s’élevât s’il n’eût été humilié de quelque poids de la misère humaine. Ainsi le péché sert au moins à barrer la voie de l'orgueil ; nous évitons l'abîme parce que nous tombons sur le chemin. Cette science profonde de la misère de l’homme et de la clémence de Dieu éclate partout dans les paraboles, et en même temps leur simplicité reste accessible à tout entendement. C’est du lait pour les enfants et tout ensemble du pain pour les forts, dit. Bossuet. On y voit Jésus plein des-secrets de Dieu, mais on voit qu’il n’en est pas étonné : il en parle naturellement, comme étant né

dans ce secret et dans cette gloire.

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