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ton prochain comme toi-même. — » Le jeune homme dit : « J'ai observé
ces préceptes dès ma jeunesse ; que me manque-t-il encore ? » Jésus aima sa sincérité et son innocence. Il lui dit : « Il te manque
encore une chose : Situ veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes,
« et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, et
« suis-moi. » Mais le jeune homme s’en alla tout triste, car il possédait de
grands biens. Et Jésus, jetant les regards autour de lui, dit à ses Disciples : « Qu'il est difficile que ceux qui ont des richesses entrent dans le royaume « de Dieu! » Comme les Disciples montraient leur étonnement de cette parole, Jésus répéta : « Mes petits enfants, qu'il est difficile que ceux qui « se confient en leurs richesses entrent au royaume de Dieu! Un chameau « passera plus aisément par le trou d’une aiguille qu'un riche n’entrera « dans le royaume de Dieu. » Les Disciples se disaient l’un à l’autre : — Qui donc se pourra sauver? Jésus leur dit : « Cela est impossible aux « hommes, mais toutes choses sont possibles à Dieu. »
Pierre demanda au Seigneur quelle serait la récompense des Apôtres, qui avaient tout quitté pour le suivre. Il lui répondit qu’au triomphe du Fils de l'Homme, ceux qui l’auront suivi seront avec lui les juges du monde... Car quiconque aura quitté pour son nom et pour l'Évangile sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou ses héritages , celui-là recevra au centuple dans la pleine joie de la vie éternelle.
Mais pour entretenir en eux une crainte salutaire, tandis qu’il leur annoncait l’ordre nouveau que la justice établirait au jour des rétributions, il ajouta qu’alors beaucoup des premiers seraient les derniers, et beaucoup des derniers les premiers. Et afin qu'ils connussent l'indépendance de Dieu dans la distribution de ses grâces, il leur proposa la parabole des ouvriers de la vigne, où ceux de la dernière heure recoivent la même récompense que ceux qui ont travaillé dès le matin (fig. 77). |
Il leur parlait et les instruisait ainsi en se rendant lentement à Jérusalem, n’y voulant arriver que pour la fête de Pâques. Sur son chemin, il guérissait les malades (fig. 78), toujours avec cette même douceur et ce même empire qui formaient également le caractère de sa parole et de ses œuvres; toujours le plus humble des mortels, toujours tout resplendissant de divinité. Nul n'avait parlé comme lui, et il parlait comme nul n’a le droit de parler. Un jour, s'adressant à la multitude, il dit.ces mots que le seul esprit de l’homme n’aurait pu dicter, ni soutenir, ni comprendre :
« Si quelqu'un vient à moi et ne hait point son père et sa mère, sa femme, « ses enfants, ses frères, ses sœurs et même sa propre vie et ne porte pas sa « croix et ne me suit pas, celui-là ne peut être mon disciple, »
On sentait qu’il avait dans sa main et le ciel et la terre et le cœur de
l'humanité. Nous l'avons entendu tout à l'heure, en s'adressant aux Dis-
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Fig. 77.
ciples, les appeler « mes petits enfants ». Cette parole si tendre est doublement leur gloire, parce qu’elle montre l'affection qu’il leur portait et la qualité qu’ils avaient. Le sens en est révélé par une de ces actions où se
révèle aussi son cœur.
On avait coutume de lui amener des petits enfants pour qu'il les bénît. Une fois les Disciples voulurent les écarter, craignant que cette foule ne l’importunât. Au sens mystique, les Disciples figuraient les Juifs, jaloux de la vocation des Gentils. : |
Jésus leur dit : « Laissez'venir à moi les petits enfants, car le royaume « de Dieu est à qui leur ressemble. En vérité, quiconque ne recevra point « le royaume de Dieu comme ferait un enfant, celui-là n’y entrera point. »
Ce n’est pas qu'un âge soit préféré à un autre, car alors il serait fâcheux d'avancer dans la vie ; c’est l’innocence qui est préférée à tout. Le royaume de Dieu est à qui ressemble aux enfants, à qui conserve ou reconquiert cette innocence que la nature leur a donnée. L’enfant est sans haine, il ignore le crime, il ne recherche point la richesse et les honneurs, il revient à sa mère qui l’a corrigé ; il est docile à l’enseignement de ses maîtres, il ne dispute ni ne contredit, ni n'est méfiant : c’est ainsi que l’homme qui veut « entrer » doit recevoir la parole de Dieu. Tels étaient les Disciples. En même temps, Jésus leur apprend à ne point mépriser les petits de l'Église, à ne point rudoyer leur ignorance, à les instruire avec patience et douceur, à se faire enfants eux-mêmes pour gagner les enfants. Par l'amour qu’il témoigne à l'enfance, il enseigne combien il la faut aimer. Dans le monde civilisé, à Rome, on faisait apprendre par cœur aux enfants les dialogues de Platon, et ils les récitaient dans les banquets pour amuser les convives. Mais ce n'était que la moindre des souillures auxquelles l’enfance était exposée. Les droits de l’enfance datent du Christ. |
Et Jésus embrassa les enfants, leur imposa les mains et les bénit. Il montrait par là, dit saint Rémi, que les humbles d’esprit sont dignes de sa grâce. En imposant les mains, dit saint Chrysostome, il exprime l'opération de sa vertu divine; il bénit suivant une coutume humaine, parce qu'il est devenu homme en restant Dieu ; il embrasse ; comme pour ramener en son sein sa créature tombée. | |
S'il y avait dans l'Évangile une chose que l’on ne püût croire, ce ne sont pas les grands miracles qui commandent à la nature, ni les grandes paroles qui changeront la face du monde, ni ces audaces de la miséricorde qui déclarent le Publicain justifié par la seule vertu de sa prière, ni le Calvaire, ni 'Eucharistie, ni enfin rien de ce qui est incompréhensible et par là même
ENTREMTENS ET IPAR'ABOLES, 220
Fig. 78. — Guérison d'une femme infirme. Gravure d'Albert Dürer. xvie siècle. Bibliothèque de M. Ambroise Firmin-Didot.
visiblement divin. Tout cela est de Dieu, et dès qu'il l'a voulu faire, il est pour ainsi dire tout simple qu’il l'ait fait. Ce qui confond , c’est cette bonté
de la majesté divine qui sé mêle aux entretiens des hommes, parle leur
langage, bégaye avec eux, leur prend la main, embrasse leurs enfants, traite l'homme pécheur avec plus de tendresse qu’elle ne lui en a montré lorsque, revêtu encore de son innocence, il habitait le Paradis.
Quand la pensée s'arrête sur ces tableaux, sur ces enfants enfermés dans les bras de Dieu, on a comme un éblouissement de l'impossible. C’est donc ainsi que Dieu nous a aimés , c’est donc là ce que nous voulons, c’est donc là ce que vaut l'innocence ! Et cette innocence nous peut être rendue d’un mot, d’un soupir qu’il dépend de nous de jeter dans cet abîme qui nous sépare de l'infini.
Ces espaces sans mesure que nous avons mis entre nous et Dieu, cette lèpre qui nous couvre, tout cela n’est plus rien. Notre soupir, porté au Ciel par les Anges dont le Verbe créateur nous a entourés, arrivera tout de suite jusqu’au Verbe incarné, et notre lèpre tombera en un instant, et nous serons les enfants sans tache du Dieu Très-Haut; et rien sur la terre ni au ciel, aucune puissance de justice, ni aucun souvenir de nos iniquités, ne prévaudra contre la parole qui nous ouvrira son cœur : Père, j'ai péché!
C’est ainsi que Dieu a aimé le monde.
Fig. 79. — Quatre anges retiennent les quatre vents pour qu'ils ne nuisent pas à la terre, à la mer et aux arbres.
Apocalypse du xu® s. Bibl. de M. Ambr. Firmin-Didot.
Lazare. — La Résurrection universelle. — Caïphe, l'Aveugle de Jéricho, Zachée, Magdelaine et Judas.