‹ Jésus-ChristChapitre 58 sur 139 · PILATE · texte numérisé non relu

PILATE

La multitude qui était chez Caïphe, juges et valets, entraînant Jésus garrotté, se rendit tumultueusement au palais du gouverneur romain, Ponce-Pilate. Notre-Seigneur, à son départ d'Éphraïm, avait dit : « Nous

« allons à Jérusalem, où le Fils de l'Homme sera livré aux chefs des prêtres

FER « et aux docteurs de la Loi, qui le condamneront à mort et le livreront aux « païens. » Le flambeau des prophéties, éclairant tout ce supplice hideux et effroyable, n’y laisse pas la majesté divine voilée un seul instant.

Les Juifs s’agitaient devant le prétoire, mais sans entrer, pour ne pas se souiller au contact de la maison d’un païen. On reconnaît les Pharisiens que Notre-Seigneur a décrits! La Loi ne leur défendait pas d'entrer dans la maison d’un païen, cela était purement de leurs observances; elle leur défendait de tuer l’innocent.

Pilate sortit et leur demanda quelle accusation ils portaient contre cet homme. Ils lui crièrent que c'était un malfaiteur, qu'autrement ils ne l’auraient pas amené. Pilate leur dit de le juger eux-mêmes, suivant leur loi. Ils reprirent : « Vous savez qu’il ne nous est plus permis de mettre personne à mort. » Donc le sceptre n’était plus en Juda, et le temps du Messie était arrivé.

Faisant tout pour que Jésus fût mis à mort, ses ennemis préféraient d’ailleurs n'être pas officiellement ses juges. Suivant la Loi, ils n'auraient pu le condamner qu’à la lapidation. Ils voulaient le submerger dans l’ignominie de la croix. L'auteur du livre de la Sagesse fait dire aux méchants qui complotent la perte du Juste : Condamnons-le à la mort la plus honteuse. D'un autre côté, ils songeaient à se couvrir contre l'indignation et la résistance possible du peuple; car cette valetaille qu’ils avaient jusqu'ici déchaînée, ce n’était pas encore la force. Quand le gouverneur aurait pris la responsabilité de la condamnation, il s'intéresserait davantage à faire exécuter la sentence. La haine et la politique des Juifs concouraient également «afin que s’accomplit la parole qu'avait dite Jésus pour marquer de quelle mort il devait mourir ».

Ils commencèrent donc à l’accuser devant Pilate : « Nous l’avons trouvé, dirent-ils, qui pervertissait notre nation, qui défendait de payer le tribut à César, et qui se donnait les noms de Christ et de Roi. » Cinq jours auparavant Jésus leur avait dit : « Rendez à César ce qui est à César. »

Pilate ne les crut pas; mais, sur une accusation de cette nature, sa charge l’obligeait à un semblant d’information. Il rentra, fit comparaître Jésus et lui dit : — Tu es le roi des Juifs ? Jésus répondit : « Le dites-vous

« de vous-même, ou d'âutres vous l'ont-ils dit de moi? » — Est-ce que

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je suis Juif? répliqua Pilate. Ceux de ta nation te mettent en mes mains. Qu’as-tu fait ?

C'était le juge régulier qui parlait, Jésus continua de répondre : « Mon «royaume, dit-il, n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce « monde, mes serviteurs combattraient pour que je ne fusse point livré aux « Juifs; mais mon royaume n’est pas maintenant d'ici. » Pilate reprit : — Ainsi donc, tu es roi ? Jésus répondit : — « Vous le dites, je suis roi. »

David avait chanté : Le Seigneur m'a établi roi sur sa sainte montagne de Sion (l'Église) pour annoncer son commandement. Jésus, achevant de répondre à Pilate, décrit de la même manière sa royauté : « Je suis né « et venu au monde, à cet effet de rendre hommage à la vérité. Et celui-là « écoute ma voix qui est du parti de la vérité. » e À

Pilate dit : — Qu'est-ce que c’est, la vérité ?

Dans tout l'Évangile, il n’y a point de trait d’exactitude historique plus frappant que ce mot. Non-seulement il peint à jamais les grands et les juges de la terre, mais il était alors particulièrement le résumé pratique de toute la philosophie, le dernier mot de la sagesse humaine. En le prononcant, le Romain ne demandait point de réponse, il était assuré qu’il n’y en avait point. Pilate alla donc aux accusateurs de Jésus, et leur dit : — Je ne trouve aucun crime en cet homme.

Une pareille décision, après un interrogatoire si court, fait assez connaître que le Juge était déjà instruit sur le compte de l'accusé, et que les clameurs des Juifs ne l’abusaient point. Ceux-ci, cependant, continuèrent de charger Jésus et multiplièrent les calomnies. Jésus se taisait, comme il avait fait devant Caïphe; c'était au juge à demander des préuves. Pilate, embarrassé de son rôle, dit à Jésus : — N'entends-tu pas combien de choses ils avancent contre toi? Mais Jésus ne répondit plus. Pilate en était grandement étonné. Il ne comprenait pas que Jésus, lui ayant dit ce qu’il fallait pour éclairer sa conscience, ne lui devait plus rien, et que c'était à lui, juge, de défendre l'accusé qu’il trouvait innocent. Pilate avait ce malheur des hommes qui se soucient peu de savoir ce que c’est que la vérité, et qui doutent qu’il y ait une vérité : il était faible devant le mensonge puissant. Les Juifs sentirent l'avantage que leur faisait sa faiblesse. Ils se

mirent à crier plus fort contre Jésus, disant : — Il soulève le peuple par la

doctrine qu’il prêche dans toute la Judée, depuis la Galilée où il a commencé, jusqu'ici.

En les entendant parler de la Galilée, Pilate crut avoir trouvé une issue

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