‹ Jésus-ChristChapitre 59 sur 139 · C7 Â FN ' { (LU [UE TT NN · texte numérisé non relu

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Fig. 95. — La Flagellation, scène d'un parement d’autel sur soie ayant appartenu à la cathédrale de Narbonne, Musée du Louvre. xive siècle.

pour sortir honnêtement de cette cause. Jésus étant Galiléen et de la juridiction d'Hérode, il le renvoya devant ce prince, qui se trouvait pour lors

à Jérusalem.

Hérode se réjouit de voir Jésus, pensant qu’il ferait devant lui quelque

miracle. Il se mit à l’interroger avec une grande abondance de paroles. Jésus ne lui répondit point, non plus qu'aux accusateurs qui l'avaient suivi. Le prince et ses courtisans, blessés de son silence, le traitèrent avec dérision, à limitation des valets de la maison de Caïphe. On le revêtit d’une robe blanche, comme on avait coutume d’habiller les fous, et on le renvoya à la barre de Pilate en remerciant ce dernier de sa courtoisie. À cette occasion, Hérode et Pilate, auparavant ennemis, se réconcilièrent.

Pourtant le Gouverneur ne voulait point faire mourir Jésus. N’osant agir d'autorité, il imagina de proposer aux Juifs un arrangement, — Vous savez, leur dit-il, que je n’ai trouvé en cet homme aucun des crimes dont vous l’accusez; Hérode non plus. Ainsi il ne mérite point la mort. Je le ferai donc châtier et je le renverrai.

C'est la justice de Pilate! Mais, soit que ce moyen ne lui parût point sûr, ou qu’il le trouvât lui-même odieux, il en proposa un autre encore.

A la solennité de Pâques, le peuple pouvait faire relâcher un prisonnier. Or il y avait dans la geôle de Jérusalem un malfaiteur fameux, nommé Barabbas, coupable de vol, de sédition et de meurtre. Pilate leur donna le choix de délivrer ce Barabbas ou Jésus. Il ne l'aurait pas offert aux Scribes et aux Prêtres, dont il connaissait la haine, mais il comptait que le peuple se prononcerait pour l'innocent. Une circonstance singulière dut ajouter à son désir de ne point condamner Jésus: Sa femme lui envoya dire de n'avoir rien à démêler avec la cause de ce juste, et qu’elle était fort tourmentée d’un songe qu'elle avait eu le jour même à son sujet.

Mais l'attente de Pilate fut promptement déçue. D'une part, les Pharisiens avaient travaillé la foule; de l’autre, Barabbas, larron homicide et séditieux, n’était pas impopulaire. Les foules, dit Origène, se reconnaissent en Barabbas. A l'extérieur on y voit quelques séditieux, quelques homicides, quelques voleurs : beaucoup plus sont tels en leur âme. Ils demanderont toujours Barabbas; car quiconque fait le mal, ou veut le faire, demande que le Christ soit lié et Barabbas déchaîné. D’autres interprètes observent que Barabbas signifie fils de leur Maître, et que le maître de tout ce monde-là, comme Jésus le leur avait dit, c'était Satan. Lors donc que Pilate eut fait sa proposition, la foule, à sa grande surprise, lui cria :

— Donnez-nous Barabbas ! — Mais, reprit-il, que voulez-vous donc que je

fasse au roi des Juifs, à Jésus appelé le Christ? Ils crièrent : — Otez-le-

nous ! Crucifiez-le !

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Fig.c6. — Plate fait paraître Jésus sanglant, déchiré, la couronne d'épines sur la tête, les mains liées, les épaules couvertes de la pourpre de moquerie, et dit aux Juifs : « Voilà l'homme ! » Gravure de Rembrandt, xvie s, Bibliothèque de M. Ambr. Firmin-Didot.

C'était le supplice des esclaves ; les esclaves le demandaient pour celui qui

leur avait dit : La vérité vous rendra libres. Pilate reprit : — Quel mal a-t-il fait? Je ne vois rien en lui qui mérite la

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mort. Et revenant à son premier dessein : — Je vais donc, ajouta-t-il, le faire châtier, et je le renverrai. Mais les Juifs redoublèrent leurs clameurs, criant toujours : — Crucifiez-le ! Crucifiez-le! Donnez-nous Barabbas | Pilate commença de craindre que tout ceci ne devint une mauvaise affaire pour lui personnellement. Déjà, dans une circonstance grave, il avait eu le dessous contre la persévérance des Juifs à Jérusalem et à Rome. Il donna l’ordre de relâcher Barabbas et de flageller Jésus.

Ordinairement la flagellation précédait l'exécution des sentences de mort. On dépouillait le patient, et quatre soldats le frappaient sans compter les coups, avec des lanières de cuir armées de petites boules de plomb ou d'ongles de fer. Ce supplice était si cruel que souvent les condamnés en mouraient. |

Quand Notre-Seigneur l’eut enduré, les soldats romains, d’eux-mêmes ou à l’instigation des Juifs, voulurent s’amuser de lui, comme on avait fait chez Caïphe et chez Hérode. Ils le couvrirent d’un haillon écarlate, lui enfoncèrent sur la tête une couronne d’épines, placèrent dans ses mains liées, en guise de sceptre, une tige de roseau. Et, fléchissant le genou et se prosternant, ils lui disaient : —- Roi des Juifs, salut! Ensuite, comme pour se venger même de ces faux hommages, ils crachaient sur lui, le souffletaient, prenaient entre ses mains le roseau et le frappaient sur la tête. Annonce sinistre de la rage des futurs renégats. La soif d’étouffer le Fils de Dieu dans l’opprobre, la dérision des misérables soufflée par les Scribes, tolérée par les puissants, est le caractère le plus marqué et aussi le plus prophétique de la Passion.

Jésus souffrait tout sans se plaindre, sans détourner la face, muet comme l'agneau que l’on égorge, ainsi que ses Prophètes l'avaient représenté.

Lorsque Pilate eut jugé qu’il y en avait assez et que les Juifs pourraient enfin être contents, il sortit du prétoire, et leur dit : — Voici que je vous l'amène ; sachez que je ne trouve en lui aucun crime !

Il fit paraître Jésus sanglant, déchiré, la couronne d’épines sur la tête, les mains liées, les épaules couvertes de la pourpre de moquerie, et il dit : — Voilà l’homme !

Le peuple se tut. Les gens du Temple et de la Loïetleurs satellites crièrent :

Crucifiez-le ! Pilate, irrité, reprit : — Crucifiez-le vous-mêmes ; car, pour

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Fig. 97. — Les instruments de la Passion, d'après le Mémoire de M.. Rohault de Fleury; Paris, 1870, in-4°. 1. Relique du roseau, à la cathédrale de Florence. — 2. La Couronne d'épines, donnée par saint Louis à la Sainte-Chapelle de Paris : elle se compose d'un anneau de petits jones réunis en faisceau. — 3. Relique de

l'éponge, à Sainte-Marie du Transtévère, à Rome. — 4. Un clou, à la cathédrale de Trèves. — 5. La colonne de la flagellation, à Sainte-Praxède de Rome: elle est en marbre noir veiné de blanc; au sommet était scellé un anneau de fer. — 6. Une épine de la couronne, à l'église de la Spina, à Pise.

moi, je ne trouve point de crime en lui. C'était la quatrième déclaration qu'il en faisait ; il la fera encore. Les J uifs répondirent : — Nous avons une

loi, et suivant cette loi, il doit mourir, parce qu'il s’est fait le Fils de Dieu.

Au crime d’État que Pilate refusait d'admettre, ils substituaient un crime de religion. à

Ce mot redoubla les perplexités et les secrètes terreurs du païen. Jésus lui avait manifestement inspiré du respect. Ce sage dont on rapportait tant de choses merveilleuses, ce héros de patience, cet homme innocent et pur ne pouvait-il pas être, en effet, le fils de quelque divinité ? Il ramena Jésus dans le prétoire et lui dit : — D'où es-tu ? Jésus ne lui répondit point. Pilate reprit : — Tu refuses de me parler? Ignores-tu que j'ai le pouvoir de te crucifier et le pouvoir de te délivrer ?

Jésus, montrant sa commisération pour ce puissant de la terre, daigna lui dire un mot : « Vous n’auriez, lui répondit-il, aucun pouvoir sur moi « s’il ne vous eût été donné d’en haut. C’est pourquoi le péché de celui qui « m'a livré à vous est plus grand que le vôtre. »

Parole de grâce dont Pilate pouvait profiter. Malheureusement, il était plus subjugué par une vaine pitié que converti par la justice. Il cherchait toujours le moyen de délivrer Jésus, mais toujours sans se compromettre lui-même. Il ne le trouva pas. Les Juifs lui crièrent : — Si vous le relâchez, vous ne servez point César ; car Jésus s’est fait roi, et quiconque se fait roi se déclare contre César !

Ils élevaient maintenant une accusation de lèse-majesté, crime irrémissible devant Tibère, et sur lequel tous les délateurs étaient accueillis.

La faible conscience de Pilate ne put tenir contre ce dernier assaut. Néanmoins elle continua de protester. S'étant assis dans son tribunal, au dehors, il fit ramener Jésus devant les Juifs, et leur dit de nouveau : — Voilà votre Roi. Ils crièrent : — A bas! à mort! Crucifiez-le! — Crucifierai-je votre Roï ? dit encore Pilate. Les Princes des Prêtres répondirent : — Nous n'avons d'autre roi que César.

Îls constatent plus directement que le temps du Messie est arrivé, et qu'ils le refusent. Ils connaîtront ce qu’ils lui préfèrent et quels rois sont Barabbas et César.

Le tumulte allait croissant, Pilate se décida. Mais il voulut donner une dernière attestation de l'innocence de Jésus, dernière attestation aussi de son

propre crime. Il fit apporter de l’eau et, se lavant les mains devant le

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peuple, il leur dit : — Je suis innocent du sang de ce juste; c’est vous qui en répondrez. Tous s’écrièrent : — Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants !

Pilate leur abandonna Jésus pour en faire ce qu’ils voudraient.

A Bethléem on voyait éciore des vertus nouvelles; ici surgissent des crimes nouveaux, des types plus hideux de la haine de la justice et du mépris de la vérité, Quelle lignée enfanteront ce Judas, ce Caïphe, cet Hérode, cette foule ! Que de fois le concours des traîtres et des apostats fera reparaître la vile face de ce Pilate, dont le jugement absout le Christ et

dont la lâcheté le crucifie !

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