‹ Jésus-ChristChapitre 82 sur 139 · SV · texte numérisé non relu

SV

Fig 121. — La Judée conquise. À gauche l'effigie de Titus, le vainqueur de Jérusalem ; à droite, la Judée captive (Judæa capta) assise sous un palmier. Cabinet des médailles, à Paris.

Bossuet nous montre ce plan de Dieu : « Notre-Seigneur Jésus-Christ, « voulant former le mystère de l'unité, choisit les Apôtres parmi tout le « nombre des disciples : et, voulant consommer le mystère de l'unité, ila « choisi l’apôtre saint Pierre pour le préposer non-seulement à tout le trou- « peau, mais encore à tous les pasteurs, afin que l'Église, qui est une dans « son état invisible avec son Chef invisible, fût une dans l’ordre visible de « sa dispensation et de sa conduite avec son Chef visible, qui est saint Pierre, « et celui qui, dans la suite des temps, doit remplir sa place. Ainsi le mys- « tère de l'unité universelle de l'Église est dans l'Église romaine et dans le « siége de saint Pierre ; et, comme il faut juger de la fécondité par l'unité, « il se voit avec quelle prérogative d'honneur et de charité le saint Pontife «est le Père commun de tous les enfants de l'Église. C’est donc pour con-

« sommer le mystère de cette unité que saint Pierre a fondé par son sang et

« par sa prédication l'Église romaine, comme toute l'antiquité l’a reconnu. Il établit premièrement l'Église de Jérusalem pour les Juifs, à qui le

royaume de Dieu devait être premièrement annoncé, pour honorer la foi

de leurs pères, auxquels Dieu avait fait les promesses. L’ayant établie, il

quitte Jérusalem pour aller à Rome, afin d’honorer la prédestination de

Dieu qui préférait les Gentils aux Juifs, dans la grâce de son Évangile; et il établit Rome, qui était le chef de la gentilité, le chef de l'Église chré- « tienne, qui devait être principalement ramassée de la gentilité dispersée,

afin que cette même ville, sous l’empire de laquelle étaient réunis tant de

peuples et de monarchies différentes, fût le siége de l'empire spirituel qui

devait unir tous les peuples, depuis le levant jusqu’au couchant, sous l’obéissance de Jésus-Christ. Car avec la vérité de l'Évangile saint Pierre

a porté à son Église la prérogative de son apostolat, c’est-à-dire la procla-

mation de la foi et l'autorité de la discipline. « Pierre, confessant la foi, entend de Jésus-Christ cet oracle : Tu es

« Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. Saint Pierre, décla-

rant son amour à son Maître, recoit de lui ce commandement : Pais mes

brebis, pais mes agneaux ! Pais les mères, pais les petits; pais les forts, pais les infirmes; pais tout le troupeau. Pais, c’est-à-dire conduis. Toi

« donc, quies Pierre, publie la foi et pose le fondement ; toi, qui m'aimes, « pais le troupeau et gouverne la discipline. »

Mais arrêtons-nous davantage à ce spectacle du plus humble des hommes, appelé dans la familiarité du Dieu tout-puissant.

Que de scènes touchantes ! que de douces et invincibles lumières ! Comme tout est merveilleux, écrasant de bonté et d'amour; et, cependant, comme Dieu ne fait rien qui ne soit digne de sa sagesse ! Non, saint Pierre n’est pas indigne de l'affection de Jésus. Pour que le miracle de la diffusion de l'Évangile et de l'établissement de l'Église fût dans toute la durée des siècles le grand défi jeté à la raison et à la force de l’homme, il fallait que les Apôtres fussent de simples et grossiers artisans, et Pierre, leur chef, le plus simple et peut-être le plus illettré de tous ;. mais, en même temps, Pierre devait être ce que nous le voyons, bon, pieux, sincère, aimable, si je lose dire, même par ses imperfections. [1 savait une chose que tout

homme devait savoir parmi les Juifs : il savait que le Messie viendrait, et il

Page 1