‹ Jésus-ChristChapitre 84 sur 139 · LE CHEF DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

LE CHEF DE L'ÉGLISE

prendre au nom de ce même Jésus, crucifié à Jérusalem entre deux iarrons. Il y venait enseigner le Dieu unique, le Dieu chaste, le Dieu juste, le Dieu miséricordieux et compatissant, le Dieu terrible, le seul Dieu. Il venait établir l'humilité dans ce royaume de l’orgueil, la pureté dans ce centre de la luxure, la liberté chrétienne dans cet enfer de la tyrannie. Il apportait la famille, avec l’indissolubilité du nœud conjugal et le respect pour la vie de l'enfant; il venait restituer à l’esclave sa qualité d'homme et y ajouter la dignité d'enfant de Dieu. A la place de l'empire de Néron il venait constituer l’empire de Jésus-Christ. « Merveilleux contraste! Dans le même temps « Sénèque, philosophe, éloquent, riche, fait l'éducation d’un nouvel empe- « reur, et Pierre, pêcheur de Galilée, sans lettres, sans argent, sans crédit, « fait l'éducation d’un nouveau genre humain. L'élève de Sénèque fut « Néron; l'élève de Pierre, c’est l'univers chrétien !. »

Pierre demeura vingt-cinq ans à Rome, étendant de là sa sollicitude sur toutes les Églises. Au bout de ce temps, on le prit un jour et on l’enferma dans la prison Mamertine, au pied du Capitole, comme si l’on eût voulu qu’il pût voir de ses yeux et toucher de ses mains, pour leur donner une dernière et victorieuse secousse, les fondements de ce sanctuaire des erreurs qu’il avait abolies et qui allaient finir. On l’en tira bientôt. On lui fit traverser le Forum, où le sénat siégeait en face de la tribune muette, et à l'extrémité duquel s'élevait la Maison d'Or de Néron. Il fut emmené sur le chemin d'Ostie, où il trouva Paul, qui allait aussi mourir. Une croix était préparée ; il demanda d’y être attaché la tête en bas, afin de soufrir avec un cachet d’ignominie ce supplice devenu glorieux par la mort de son Maître. Ce fut la fin de ses travaux et le commencement de sa gloire, qui durera autant que la terre et les cieux. Là prit naissance le second empire de Rome et se fonda le nouveau Capitole, d’où partirent, non plus des proconsuls, mais des Apôtres ; où l’on ne décréta plus la guerre, l'esclavage et l’extermi: nation des peuples, mais la paix et la liberté du monde.

Au dernier siècle, l'Anglais Gibbon, hébété par l'étude du paganisme et par le souffle d’impiété qui remuait en ce temps-là l'Europe, vint s’asseoir sur le Forum romain, entre le Capitole et le Colisée en ruines. Des moines

foulaient de leurs sandales les restes de la voie Sacrée. Ces débris et ce spec-

1 Rohrbacher, Histoire universelle de l'Église, t. IV.

tacle excitèrent en lui une stupide colère. — Jadis des triomphateurs, dit-il, aujourd’hui des moines ! Il oublia que ces moines étaient aussi des triomphateurs, et des triomphateurs plus grands que ceux qu’il regrettait, et il écrivit un livre longtemps célèbre, aujourd’hui méprisé, où il s’efforça de rabaisser le courage et l'œuvre des martyrs. à

On aime à se dire que, traversant ce Forum déjà déshonoré, mais encore dans toute sa splendeur, saint Pierre le vit en esprit, plus d’une fois, tel que nous le voyons maintenant ; qu'il vit la dégradation et la misère de ces théâtres d’orgueil, de sang et de luxure, et toutes ces idoles brisées et dispersées dans la poussière, et qu’il s'écria plein de reconnaissance et d'amour : Sois béni, Christ immortel ! tu as vraiment délivré l'humanité !

Et à son tour l'humanité reconnaissante voue à Pierre, serviteur du Christ, un culte qui ne finira qu'avec l'humanité. Qui exprimera jamais l'admiration et l’allégresse que le chrétien sent en son cœur lorsque, prosterné sur le tombeau de Pierre, devant le successeur de Pierre qui passe et qui bénit, il entend chanter ces paroles qui ne périront point: Tu es Petrus!

Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise !

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