LES PONTIFES DU PAGANISME
il fait encore. Il n’a de mépris que pour les prudences et pour les fortunes humaines; il ne doute pas de sa vérité, de sa divinité, de son efficacité. Il est de Dieu, il va à Dieu, Dieu qui ordonne de conquérir la terre et le ciel.
Les Apôtres ne raisonnaient pas. Ils avaient vu Dieu dans le Christ; ils voyaient le Christ dans leur raison et dans leur cœur. Pleins de la vie, ils ne songent qu’à communiquer la vie. A côté des temples les plus célèbres et des écoles les plus suivies, ils vont planter la croix. Le paganisme vit bientôt que sa doctrine ne le défendrait pas. Des bruits étranges couraient dans le peuple. Les esclaves, les femmes avilies, les enfants torturés prêtaient l'oreille aux paroles à la fois mystérieuses et claires qui sortaient de la bouche des Apôtres; du regard de l’âme, ils contemplaient cette œuvre inouïe. La sainteté apparaissait au genre humain. On se disait que des prêtres venus de l'Orient établissaient des sociétés où tous les hommes étaient égaux, s'appelaient frères, buvaient à la même coupe et rompaient le même pain; où toutes les femmes, patriciennes et esclaves, étaient également respectées et devenaient plus majestueuses et plus belles que les déesses chantées par les poëtes, et que toute vie humaine était sacrée pour ces hommes qui méprisaient leur propre vie, et qu’un Dieu meilleur était descendu du ciel. À ces dires s’en mêlaient d'autres ; la calomnie enfantait d’abominables outrages contre les mystères chrétiens, d’où naissaient tant d’espérances. Mais la vérité l’emportait. Quoique la foule pût tout croire sur l’infamie des dieux et l’abjection de leurs pontifes et de leurs sectateurs, tous les jours.on voyait plus de fidèles du Christ. Le paganisme, ne pouvant soutenir la dispute, persécuta. La persécution est un aveu d’impuissance. Celui qui persécute la justice et l'innocence sent qu’il ne peut raisonner et que son erreur tombera.
Les empereurs, pontifes des dieux que rien n’avait combattus, apprirent en même temps qu’ils ne croyaient pas à leurs dieux et qu’ils devaient les protéger pour conserver l'empire. Le paganisme n’était pas une religion; mais le Christianisme était une réforme d’une portée incalculable, et, quoiqu'il ne se le proposât point, il allait par le fait devenir un compétiteur. Chez les païens, les uns ne voulaient point de réforme, les autres ne voulaient point de rival. Contre la doctrine, ils n'avaient point de prêtres;
contre le rival, ils avaient des bourreaux.
Auguste et Tibère, dont Jésus voulut être le sujet, sont morts en même temps que Jésus apportait la liberté; ils ont vu les consuls, les patriciens, le peuple, Rome entière et le monde se ruer dans la servitude. Caligula et Claude n’ont point arrêté le misérable torrent. Néron est monté sur le trône, et le monde, {urba salutatrix, a salué Néron. Néron est le maître et le dieu du genre humain, plus dieu qu’Auguste et Tibère, plus dieu que Caligula et Claude; il est dieu devant le vrai Dieu, et lui-même il croit à sa divinité.
Néron, chef-d'œuvre de l’insolence de Satan, qui veut être adoré dans ce composé de toutes les corruptions, ardent à tous les crimes; Néron, fou, féroce, tout-puissant, lâche! Et en même temps, Néron est un lettré, un artiste, un magnifique. Il a en lui toutes les séves et toutes les lumières de la civilisation romaine; il en est le fruit suprême, la maturité. Il fallait Rome et Jules César et le siècle d’Auguste pour produire Néron.
11 a le sens de ce qu’il doit faire. Il jette Rome dans la volupté, si avant qu’elle ne pourra se déprendre; il donne la dernière main à la corruption païenne. Le Christ luttera longtemps contre cet ennemi.
Pierre était compté à Rome pour si peu de chose qu’on lui avait laissé la vie. Néron devine le Pape; il le prend et le tue. Chose étrange! ce sang de rien lui fait honneur auprès de son peuple. Le peuple de Néron a les instincts de Néron. Il hait les chrétiens à peine visibles encore aux yeux des politiques. Plus près d’eux, il leur reprochait ses vertus.
La persécution alimentait le cirque. Le troupeau de Pierre était une ressource pour les jeux, et l’impératrice Poppée, prosélyte juive, avait pu le signaler pour obéir au juif qui la gouvernait. Dieu fait son œuvre par la main de Néron. Il pose les assises de sa Ville au milieu de la cité du démon. Dans les fondations de cette Rome du ciel, il faut des matériaux éprouvés. La persécution y pourvoit. Elle écartera les gens de mélange qui s’offriront pour élever la croix sans renverser les idoles, pour concilier Jésus-Christ et Satan, et ces hommes seront jugés par ceux qui veulent servir Dieu dans la droiture de leur cœur.
De tels sages se sont entremis. Leur sagesse a égaré, leur modération a corrompu, leur humanité à. fait couler le sang, et la fange païenne est
devenue plus épaisse. Rome n’a plus de héros. Tous les héros vont au
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Christ; ils vivent pour la croix, ils meurent sur la croix. Par ces vainqueurs qui n’ont voulu que mourir, Rome, maîtresse du monde, se trouve
conquise avec le monde en moins de temps qu’elle n’était sortie du Latium.
NN