CRETE
Notre premier volume a conduit les événements jusqu’au moment où Jésus, âgé d'environ trente ans, commence son ministère. Encore.
tout pénétré de la parole brûlante de Jean-Baptiste et du solennel refrain de sa prédication : « Repentez-vous, car le Royaume des cieux approche», il répétera ces mots du Précurseur, et, tout d’abord, il n’en dira point d’autres. |
Mais ce ne sera pas à Nazareth qu'il prèchera
ce qu’il appelle déjà l’ « Evangile», la Bonne Nouvelle, c’est-à-dire la rénovation prochaine préparée par le changement des cœurs et des vies. À Nazareth, il n’aurait point d'autorité ; on le connaît depuis son enfance, et « nul n'est prophète dans son pays». Et puis, il resterait inconnu. Nazareth est perdu dans les montagnes; il lui faut un centre d’où il puisse rayonner au loin. Alorsil choisit Capernaüm, et décide que ce village sera le point de départ de ses prédications et de ses appels. Ce choix fut, sans doute, de sa part, l’objet de recherches attentives. Il aurait pu se fixer ailleurs ; mais, restant en Galilée, renonçant, pour commencer (1), à Jérusalem, il n'était nulle part mieux placé qu'à Capernaüm. Il connaissait certainement déjà ce bourg et tous les bords du lac, et il avait fait souvent, dans sa jeunesse, les six à sept heures de marche qui séparaient Nazareth de la mer de Galilée.
IH se décide donc à quitter les lieux où «il
(1) Pour commencer, parce que ses premières tentatives sur Jérusalem n'avaient pas réussi; voir plus loin chapitre VIII, Voyages à Jérusalem.
avait toujours vécu ; la rupture fut certainement douloureuse. Ce village, où il avait grandi, ne lui laissait pas seulement les souvenirs de son enfance, mais tous ceux de sa jeunesse et jusqu’à l’âge de trente ans! Ces souvenirs, il est vrai, étaient mélangés. Sa mère ne le comprenait pas, ses frères le désapprouvaient, Jacques surtout, l’austère Juif‘strict et méticuleux, qui était presque de son âge, devait le considérer comme un enfant prodigue. Il l’accusera de folie quand il apprendra sa largeur, ses hérésies, Sa violation du Sabbat. Peu importe; pour Jésus, quitter Nazareth, partir, c'est rompre avec tout ce qu'il a de plus cher au monde.
Il s'en va donc; aucun des siens ne l’accompagne. Etait-il entièrement seul? Peut-être.
Mais là-bas, des amis l’attendent.
Au sortir de Nazareth, le chemin monte, et le pays se découvre de plus en plus. Le point culminant de la route est l’un des plus élevés de la Galilée; Jésus voit autour de lui des régions immenses, et, dans lelointain, l'Hermon éternellement blanc. Puis les montagnes com-
mencent à s’abaisser, et leurs larges ondulations descendent vers la mer de Tibériade, encore invisible et cachée par les collines étagées. Lorsqu'on l’aperçoit enfin, c'est une nappe d’un bleu grisâtre, entrevue dans un fond très lointain, et qui grandit peu à peu. Sur ses bords, apparaissent, de ces lieux élevés, des villes, des villages, des maisons blanches, des cubes de pierre très loin et très bas, et en grand nombre, comme sur un plan. |
La Galilée d'alors vivait d’une vie intense, et quand on la voit aujourd’hui, si morne et si morte, le contraste est poignant. Lorsque Jésus aperçut le lac du haut des collines, il vit en même temps Tibériade, Magdala, Bethsaïda, Capernaüm et les nombreuses barques qui passaient l’eau. C’est là, au milieu de cette population simple et naïve, qu’il apportera les idées nouvelles : la prédication de Jean-Baptiste et autre chose encore, tout ce qui fermente dans son âme, tout ce qui, depuis dix-huit ans, le préoccupe et l’attire, et tout ce qu'il y ajoutera demain; car sa pensée est en marche, et chaque jour il découvre quelque horizon nouveau et.
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comprend mieux la volonté du Père. Sa nourriture est de la faire, et, ainsi, d'accomplir son œuvre.
Pour se rendre à Capernaüm, il ne passe pas par Tibériade. Peuplée d'étrangers et de païens, séjour d'Hérode, cette ville idolâtre, ou s’efforçant d'être idolâtre, iui inspire l'éloignement qu'elle inspire à tout Israélite patriote et fidèle ; il se rend directement au lac ; puis il longe sa rive (1),et là il rencontre ses premiers amis, auxquels, peut-être, il avait donné rendez-vous, deux frères, Simon et André, et plus loin deux autres frères, Jacques et Jean. Ces quatre jeunes gens, les deux derniers surtout, ses cousins germains, lui serviront de famille, et ne le quitteront plus. Jean, depuis longtemps déjà, le comprend, le suit et l’aime. Il est lié avec Jésus d’une étroite et tendre amitié. Il a subi, lui aussi, l'influence du Baptiste, a été son disciple, et voilà des années, sans doute, que Jésus et Jean
pensent ensemble, cherchent ensemble, com-
(1) Marc 1 : 16, Matth. 4 : 18.
prennent et trouvent ensemble. Seul des apôtres
au pied de la croix, il servira de fils à la mère du crucifié.
Capernaüm et les villages voisins, Bethsaïda,
Chorazin, seront les rendez-vous préférés de Jésus, et ce coin de terre deviendra le berceau du christianisme et du monde. Les idées nouvelles y fermenteront bientôt.
À Capernaüm, la maison de Simon et d’André, tous deux fils d’un certain Johanan, est la première demeure et l'asile de Jésus. Bientôt, grâce à la bourse commune qu'il a installée à la mode essénienne, il loue une maison, une de ces pauvres demeures, basses et sans fenêtres, où l’on ne passe que la nuit.
Ce n’est pas là qu'il parle; c’est en plein air sur les bords du lac, dont les petites vagues inof-
fensives déferlent trop doucement pour étouffer
sa voix. Un peu partout sur ses bords, Jésus donne ses enseignements. Les foules l’écoutent debout sur le rivage ; les pêcheurs, montés sur leurs barques, s’approchent jusqu’à la lisière des herbes pour l'entendre, et lui, assis dans le
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bateau de Simon Céphas, prononce quelques béatitudes ou raconte une parabole. Des oiseaux nageurs S’ébattent autour du bateau; l'horizon est éblouissant delumière, etles vagues viennent mollement s’éteindre, ici sur de petits galets et du sable, là sur le gazon et les fleurs.
Les pierres de la rive que foulent aujourd’hui les voyageurs ont entendu ses paroles, et nous, nous ne les entendons qu'à travers les disciples. Il prêche l'Evangile des premiers jours. À la prédication de Jean-Baptiste, il ajoute l’annonce de l’amour du Père et de la fraternité universelle. Il proclame le pardon et la miséricorde infinie, en un temps où les hommes ne connaissent que des lois de sang et de vengeance, des dieux sombres et jaloux, et celui qui parle ainsi appartient à Israël, c'est-à-dire à la race la plus fermée de toute l'antiquité. Ah! c’est bien l'Evangile, la Bonne Nouvelle que la terre va entendre ; la meilleure qu'elle ait jamais entendue et qu'elle entendra jamais. Or, cela, on ne l’expliquera pas ; et quiconque n'admet pas ici une révélation divine et persiste à dire : c’est une indéchiffrable énigme, semble, en vérité,
fermer volontairement les yeux à une évidence historique surabondamment démontrée.
D'autres fois, Jésus parcourt le pays. Il traverse la plaine de Gennezareth, resserrée entre la mer et les montagnes, admirablement cultivée, coupée par la route de Jérusalem à Damas, celle que saint Paul a suivie quelques heures avant sa conversion. Les caravanes y passent sans cesse. Cette plaine était un paradis, un jardin enchanté, plein d'arbres et de fleurs.
Mais qu'on ne croie pas à ce qu'on a appelé l'idylle galiléenne. D'’immenses misères entourent Jésus, et il est sans cesse ému de compassion. S'il prêche, c’est qu'il a une mission à remplir. [Il est certain qu'il n’a pas commencé son ministère plus tôt parce qu'il attendait un appel divin. Maintenant il l’a entendu; Dieu lui a parlé au baptème ; il lui parle chaque jour, : et le sentiment le plus profond du cœur de Jésus, c’est le besoin d'accomplir l’œuvre de Dieu; l’œuvre que le Père lui a donné à’accomplir. Sa compassion le porte maintenant vers son peuple tout entier. Sa volonté, toujours
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droite, ferme, et, quand il le faudra, héroïque, sera la volonté constante de ce qui est bien, ou plutôt de ce qui est la volonté de Dieu. Est-il téméraire de supposer que les deux premiers mots de la prière qu'il a enseignée à ses disciples sont venus alors constamment sur ses lèvres, parce qu'ils étaient constamment dans son cœur ; d’abord, pendant les dernières années qui ont précédé sa vie publique, années de recherches et d'attente, et qu'ils furent plus que jamais dans son cœur et sur ses lèvres à ce
moment précis où il vint s'établir à Capernaüm :
« Père, que ton nom soit sanctifié!»> « Que ton règne vienne | » Deux sentiments dominent en lui : une compassion intense et émue pour les misères matérielles et morales qui l'entourent, et une communion avec Dieu, qui le soutient et le porte sans aucune défaillance. Dieu est là ; il le sent; il l’entend ; il vit avec lui et en lui; et cette union avec le Père est la source d’une paix
profonde et d’une joie immense qui le fait par-
fois tressaillir, et le remplit tout entier.
Essénien itinérant dans ses mœurs, Pharisien libéral dans ses idées, tel nous apparaît Jésus
dans cette toute première période de son activité. Il va rester dans le grand courant des meilleures doctrines pharisiennes, et ne se séparera pas du Judaïsme pendant ces premiers temps de son ministère. Son but est de préparer la venue du Royaume par sa prédication, et il espère fermement être reconnu et acclamé comme Messie par le peuple, et avant tout par ses conducteurs, les Pharisiens.
Il vit à la mode essénienne, mais ne se conduit pas en Essénien avec ceux qui l’approchent. Il arrive même que les gens qui s’attachent à ses pas forment un groupe très mêlé. On y voit des individus que les personnes respectables ne fréquentent pas (1), et tandis que l’Essénien se croit souillé, s’il est touché par des gens moins stricts que lui, Jésus, pour protester contre une telle étroitesse, dîne chez ces parias, et déclare qu'il est venu pour les pécheurs (2). |
Il va ainsi de village en village, recevant l’hos- (1) Matth. 0: 10 et suiv. Luc 15 entier.
(2) Matth. 0: 11 et suiv. Marc 2 : 16 et suiv. Luc 5 : 30 et Suiv.
pitalité, ou même la prenant, suivant l'usage. L’hôte avait alors beaucoup d’autorité. Le maïitre de la maison se mettait à son service, et lui témoignait une grande confiance. C’est ainsi que la première propagation de l'Evangile se fit par la prédication du foyer.
Le Rabbi Jehosuah entre, prononce quelques paroles de bienvenue, raconte une ou deux histoires allégoriques. Les femmes quittent leur travail, et s’asseyent à ses pieds, suivant la mode orientale; les enfants accourent pour le voir et être bénis par le Rabbi en voyage. Le
soir on lui amène les malades du bourg, car tout Rabbi est médecin ; il leur donne des conseils, et les guérit. Il communique: la perle de grand prix ; il apporte le trésor caché ; tout le monde est touché et ému ; plusieurs se déclarent pour lui. On dit : « Quelle autorité!
quelle puissance ! quel enseignement nouveau !» Le lendemain, les mêmes scènes se répètent au village suivant. Bien des détails s'expliquent ainsi par les mœurs orientales. Jésus dit que l’'ouvrier est digne de son salaire, et son salaire c'est l’hospitalité qu’il reçoit. Loger chez l’ha-
bitant est une sorte de droit public; cariln’ya d’hôtelleries que dans les grandes villes.
Mais Capernaüm reste son centre; son nom signifie petite ville (caphar,, village) ; Jésus l’aima beaucoup (1). C’est surtout le samedi qu'il y enseignait à la synagogue. Pendant la semaine, il parcouraïit les campagnes où les populations étaient dispersées. |
La synagogue se prêtait admirablement à son but. On pouvait faire des objections et poser des questions au lecteur. L'assemblée était libre. Il y régnait même un certain désordre, et jamais aucun recueillement. On causait, on s’observait, on s’interpellait. Les discussions étaient parfois fort animées. C’étaient, par exemple, des querelles de préséance qui éclataient dans ce petit monde. On voulait la première place, le premier siège. Rien dans la synagogue ne rappelait le silence qui règne dans les Eglises chrétiennes et ce que nous appelons le respect du
saint lieu.
Jésus en prenant la parole, en offrant de faire
(x) Matth. 9 : 1: Marc 2/7.
la lecture, avait, de suite, un admirable moyen
de propagande. Son accord avec les Pharisiens, peu nombreux d’ailleurs en Galilée, était complet. Lui-même était le premier persuadé qu'il était dans le vrai courant du bon Pharisaïsme. On trouvait qu'il parlait bien ; on l’admirait beaucoup (1).
Son champ d’action était en somme fort limité. Jésus ne sortait guère de l'espèce de golfe que forme le lac depuis Tibériade jusqu’à l'embouchure du Jourdain. C’est une courbe de trois lieues. Elle commence par des rochers, au sortir de Tibériade; puis une plaine se découvre; c'est le pays de Gennezareth dont nous avons parlé. Là se trouve le village de Magdala.
Au bout de la plaine, un chemin taillé dans le roc, qui existe encore, et que Jésus a certainement souvent suivi: puis Capernaüm, et, dans son voisinage, Dalmanutha, Bethsaïda, Chorazin, bourgs disparus, dont l'emplacement sera toujours ignoré.
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. Ces villages étaient très peuplés : tous habités par des pêcheurs, gens honnêtes et paisibles, non sans intelligence ni même sans finesse, mais fort
ignorants, et d’une instruction juive trèsincom-
plète. [ls avaient une certaine aisance: et, sans être des Juifs de race pure comme ceux de Jérusalem, ils n’avaient rien du Grec. C’est parmi eux que Jésus avait recruté ses premiers disciples qui, d’ailleurs, avaient continué leur
métier de pêcheurs (1). Plus tard il choisira M
douze apôtres. Il n'y songe pas encore; mais nous en avons déjà compté quatre : Jean et Jacques, Pierre et André qui formeront, surtout les trois premiers, et même après le choix des douze, un comité intime d’amis et de disciples préférés.
Tout ce monde vit d’une vie bien différente de la nôtre, et dont il nous est presque impossible de nous faire une juste idée. Chez nous,
l'existence estune lutte. Nos conditions sociales
l'exigent. Là-bas, on n'avait pas à combattre
(1) Matth. 4 : 18. Marc 1 : 16. Luc 5 : 3, Jean 21 : 3.
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ou
PREMIÈRE ACTIVITÉ DE JÉSUS 53 pour la vie. On n'avait point de besoins à satisfaire ; on se nourrissait de peu ; on était content de tout. Le climat n'avait point de rigueurs; la nature était admirable ; et, comme on n'était jamäis chez soi, on ne se préoccupait pas de l’embellissement de l'intérieur. Les premiers disciples, qui entouraient le Maître, formaient un groupe d'amis confiants, vivant au jour le jour, ne thésaurisant pas, car le Royaume de Dieu était proche, et se bornant à demander quotidiennement le pain du lendemain.
Ils étaient pauvres et cependant heureux ; comme ils ne possédaient rien, on ne pouvait rien leur prendre ; ils étaient donc sans souci, et ne souffraient d'aucune privation. Chez nous, -le pauvre a beaucoup de peine à se faire sa petite place au soleil. Là-bas, les pauvres jouissaient des fleurs, des ombrages, de la nature qui était à eux comme à tout le monde. La pensée du communisme venait naturellement au cœur ; non pas pour que tout le monde devînt riche; bien au contraire. « La richesse est chose mauvaise, disait-on : la pauvreté est un bien. Il faut donner le peu que l’on a. Ni la liberté, ni le
bonheur ne dépendent de ce que l’on a, oude
ce que l’on n’a pas.» Ces doctrines étaient dans l'air. Jésus en parlera, et il pratique déjà le communisme essénien. Un disciple est chargé de la bourse commune; elle se grossit des dons apportés par les nouveaux venus ou par quelques membres plus riches que les autres. Parmi ceux qui écoutent la voix de Jésus, quelques-uns
sont persuadés au point de donner tout et.
d'abandonner tout pour le suivre, et font le serment de ne le quitter jamais !
Que c'était peu de chose en apparence ! Que tout cela était humble et petit ! Quelques âmes orientales, rêveuses et ignorantes, ne sachant rien ni de la grandeur du monde, ni de la puissance politique des Césars, rien ni de la philosophie la plus élémentaire, ni des lois de l’univers, attendant le Royaume et voyant partout le
signe de son approche, croyant le ciel au dessus:
de nous, l’enfer au dessous et la terre au milieu; et ces Âmes, même dans ce qu’elles savaient et croyaient, étaient indécises et troublées, à demi-incrédules..... et quand on songe que ce
Le à nt ar frise,
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sont elles qui nous ont transmis Jésus, que nous ne connaissons Jésus que par leur intermédiaire, et que le peu qu’elles nous ont dit de lui, et si imparfaitement et si incomplètement, a bouleversé le monde et l’a changé, quand on songe que de ce qu’elles ont dit, nous vivons et nous mourons (car l'Evangile est ce que les hommes ont de meilleur pour apprendre à bien vivre et à bien mourir), et que l’on n’a rien trouvé d'autre, et que l’on ne peut s’en passer, alors l’enseignement de Jésus, son œuvre, sa personne, tout son être grandissent dans des proportions inouïes, et la certitude d’un message divin, d’une Révélation divine, d’une parole descendue du ciel et d’un être descendu du ciel s'impose à nous, nous domine, nous accable de son évidence.
Car enfin tout vient de lui: nos lois, nos mœurs, notre civilisation, toute notre sagesse, et nos idées les plus nouvelles; et ceux qui rejettent Jésus, le blasphèment et le nient, subissent encore son influence, et restent ses disciples malgré eux et par quelque côté ; et, d’autre part, les chrétiens dévoyés, pleins d’intolérance
et de fanatisme, les orthodoxes hypocrites et
orgueilleux de tous les cultes, et les mauvais
prêtres de toutes les communions relèvent aussi de lui, puisqu'ils se réclament de son nom; et il arrive même que ceux qui, stupidement, brisent sa croix, pensant travailler pour la liberté et la vérité, sontparfois poussés dans leur erreur par je ne sais quel mobile généreux qui se trouve, à cause de cette générosité même, relever de l'esprit évangélique et chrétien.
Quel que soit donc le jugement que l’or porte sur les Evangiles et leur authenticité, il demeure vrai qu’il y a eu une personnalité d’une puissance incomparable, à l’occasion de laquelle ces livres ont été composés. Tout l’ensemble de faits et d’idées qui se rattachent à Jésus, quiont provoqué la création de l'Eglise, l’activité des apôtres, l'enthousiasme des premiers martyrs, prouve l’apparition, au premier siècle, d’un être dont l’action a été colossale sur ceux qui l'ont connu et aimé.