‹ Jésus-Christ pendant son ministèreChapitre 50 sur 53 · LA RE · texte numérisé non relu

LA RE

sentés par les quatre animaux, paraîtra le Royaume messianique représenté par un Æüls - d'homme. L’Ancien des jours confère à un être, semblable à un fils d'homme, le pouvoir de juger le monde et de le gouverner éternellement (11. Ce détail a une importance capitale; cette phrase de Daniel frappa les esprits au point que, au temps de Jésus, le nom de Fils de l’homme était devenu synonyme de Messie, considéré comme devant juger le monde et régner sur la société nouvelle, qui était imminente. Les preuves de ce que nous affirmons là sont abondantes (2), et Jésus a si bien connu tous les passages d’Enoch sur ce sujet et toute la théologie de son temps que, devant le Sanhédrin, il s'est appelé le Fils de l’homme dans les termes mêmes de Daniel.

Il n’y a donc aucun doute à avoir sur la

(y Id et 8 15 100:

(2) Enoch. 46 1,2, 3. 48: 2, 3:162:119, 1 1470) 14 CT Matth 10 23% "43.: 4 10623728. 10 22082407 37, 30, 44. 25 : 31.26 : 64. Marc 13 : 26. 14:62. Luc 124 40. 17 : 24, 26, 30. 21 : 27, 36. 22 : 69. Actes 7: 55 et 56.

Jean 5 : 27. Apoc. 1 : 13. 14 : 14.

CEE MUSÉE

signification que Jésus donnait à ce nom. Il acceptait le changement de sens que lui avait donné Daniel, ce que faisaient d’ailleurs tous les théologiens de son temps.

Mais, le peuple ne le faisait pas, et le nouveau sens du nom de Fils de l’homme lui était resté inconnu. Il continuait à le prendre dans le sens que lui avait donné Ezéchiel et qui était le plus

simple. Fils de l’homme était pour lui ce qu'il

était dans toutes les langues sémitiques et surtout en araméen, un pur et simple synonyme du mot homme. Dans toutes ces langues, en effet, le sens du mot fifs et de la tournure: fils de est extrèmement large (1). Le fils de l’homme n'était donc pas le Messie pour le peuple; mais un prophète, un Révélateur. On comprend alors que les apôtres n'aient jamais saisi le sens messianique

(1) Fils du diable se trouve Matth. 13: 38. Actes 13 : 10. Fils de ce monde. Luc 20 : 34.

Fils de lumière Euc 16: 8. Jean” 12 : 36.

Fils de la résurrection Luc 20 : 36.

Fils du Royaume Matth. 8-: 12. 13 : 38.

Fils de l’époux Matth. 9 : 15. Marc 2 : 10. Luc 5 : 34. Fils de la géhenne Matth. 23 : 15.

Fils de la paix Luc 10 :6.

de ce nom. En le prenant, Jésus, qui savait l'ignorance du peuple, entendait bien, tout en se donnant un titre messianique et se désignant comme le Messie, voiler, aux yeux des ignorants, la signification véritable du mot. Aussi a-t-il pu demander : « Qui dit-on que je suis, moi, le Fils de l’homme? (1) » Le nom pouvait se prendre dans deux sens, et Jésus, qui le savait fort bien, suivait sa méthode ordinaire : ne pas abolir, accomplir. Prendre un nom connu, traditionnel, et le tranformer, en faire quelque chose d’original et de nouveau pour presque tout le monde.

Le Fils de l’homme est donc, dans la pensée de Jésus : 1° le Messie, car les Rabbins, dans leurs écoles et les Apocalypses inconnues du peuple lui donnaient ce nom. 2° Un simple homme chargé d'une révélation divine, un prophète. Jésus l’'emploie dans les deux sens. Il est le Fils de l’homme, Messie glorieux et triomphant, dans les prédictions eschatologiques, et il estle Fils de l’homme, humble et pauvre, qui n'a pas un

(x) Matth. 16 : 14.

lieu où reposer sa tête dans ses discours au peuple. Ce nom répondait donc à un procédé que Jésus aimait etqu'il a mis en œuvre dans les paraboles : éveiller l'attention, forcer les consciences sérieuses à se poser un point d’interrogation. Ce nom le révélait et le cachait tout ensemble. Il ne disait pas tout et c'est bien ce qu'il voulait au début : sans se proclamer ouvertement le Messie, faire l’œuvre du Messie et laisser les hommes deviner et le reconnaître.

Le peuple lui donna le nom de Fils de David, mais jamais les apôtres ; et lui-même nele prit pas. C'était cependant un des noms du Messie, d’après les idées courantes depuis la fin des Asmonéens. Îl était admis par tout le monde que le Vengeur attendu descendrait de David et naîtrait à Bethléem. Saint Paul, par exemple, était convaincu que Jésus avait été de la race de David selon la chair {1). Croire que Jésus était le Messie, c'était croire qu'il descendait de David ; l’un n'allait pas sans l’autre, et les deux

(1) Romains 1 : 3

mots Messie et Fils de David étaient synonymes.

Jésus cependant ne prit pas lui-même le nom de Fils de David; il se le laissa donner. Il y a là une nuance. Il acceptait certainement sa descendance davidique, puisqu'il ne l’a jamais niée ni contestée ; mais il préférait ne pas prendre officiellement le nom de Fils de David. Il est probable qu'il voulait bien établir par là, que son règne à venir n'aurait rien de commun avec celui d’un roi semblable à David, qui aurait des armées et exercerait une puissance militaire.

Il y avait d’ailleurs beaucoup de choses que Jésus ne repoussait pas, sans cependant les adopter, et qu’il laissait faire. Ainsi, il avait laissé ses disciples baptiser du baptème de Jean, à un moment où il se détachait de Jean et ne baptisait plus lui-même. De même, il y avait de son temps bien des idées, des opinions qu’il n'avait aucun motif de rejéter, car elles n'étaient ni fausses ni erronées en elles-mêmes, elles ne renfermaientrien de condamnable, et que cependant il ne prêchait pas et ne faisait pas siennes.

Les noms de Messie, Christ, Fils de l’homme,

Fils de David nous disent-ils tout ce que Jésus a pensé sur lui-même? Nullement; ils doivent servir de base; ils sont un point dedépart; mais il y eut un progrès. Sur cette base, Jésus a édifié une notion de sa personne plus complète et qu'il a résumée dans un autre nom, celui de Fils de Dieu (1).

En prenant le nom de Fils de l'homme, Jésus se donnait un titre historique, mais ne se définissait pas entièrement. Il revendiquait ce titre, uniquement pour montrer qu'il apportait les biens messianiques promis et pour rappeler sa qualité de Juge ; mais en outre il a instruit ses apôtres sur sa personne. Il leur a souvent expliqué qui il était, et dans ces entretiens intimes, où il insistait moins sur son titre de Messie que sur ses relations avec son Père, il prenait le nom de Fils de Dieu.

Pour comprendre dans la mesure où cela nous est possible, ce que signifie ce nom, il faut se rappeler que Jésus exerçait un grand ascendant sur ses disciples. Il les avait conquis par

(:) Matth. r1 : 27-30.

une- supériorité qui s'imposait ; c'était une grandeur morale, un charme si l’on veut, mais un charme d’une nature singulièrementélevée.

Il lui avait suffi de leur dire : Suivez-moi, pour qu'ils le suivissent. Ils l’admiraient, l’aimaient, étaient entraînés, subjugués, enthousiasmés.

Jésus a pris soin de maintenir cette impression première. [la développé cet attachement; il a fait davantage, il a eu avec ses apôtres des conversations particulières sur ce sujet : sa personne. Il a cherché à les convaincre de sa communion parfaite avec le Père, et c’est alors qu’il se donnait le nom de Fils de Dieu. Il était essentiel, en effet, qu'ils crussent en sa parole comme en la Parole de Dieu lui-même ; et, s'ils se donnèrent à lui, c’est parce qu’ils étaient convaincus qu'il était la Révélation de Dieu, queles destinées du Royaume lui étaient confiées ; en un mot parce qu'ils croyaient en sa personne.

Nous trouvons dans un des passages les plus authentiques des Evangiles, dans un passage tiré du recueil primitif des discours de Jésus, fait par l’apôtre Matthieu, ces paroles : « Tout m'a été confié par mon Père, et personne ne connaîtleFils

excepté le Père, et personne ne connaît le Père excepté le Fils et celui à qui il plaît au Fils de le révéler (1).» Nous surprenons là ce que Jésus disait à ses apôtres dans ses entretiens particuliers. Il a fait l'expérience de l’aveuglement des sages, des docteurs, des savants, il vient derendre grâces à Dieu de ce qu'il a révélé les choses divines aux enfants et aux humbles ; c’est lui, le Fils, qui fait connaître le Père aux petits de ce monde, et le Père l’a chargé de cette œuvre, qui est l’œuvre de la préparation de la venue du Royaume. Pour cela, il lui a tout remis et personne que Dieu ne connaît vraiment le fond de la pensée de Jésus; et il ajoute : « Venez à moi vous tous qui êtes fatigués et chargés, et c’est moi qui vous soulagerai. Prenez mon joug sur vous, et apprenez de moi, parce que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez du soulagement pour vos âmes, car mon joug est doux et mon fardeau léger (2). »

L'extraordinaire douceur de ces paroles n’est

(1) Matth. r1 : 25 et 26.

vatz) Matt: ;11 "2820; 30:

égalée que par leur incroyable assurance. Nous ne pouvons ni ne devons les dépasser. Nous ne saurions rien penser d'autre de Jésus que ce qu'il a pensé lui-même, et ce qu’il a pensé nous ne le savons qu’en partie. Acceptons cette ignorance ; Dieu n’a pas permis que nous en sussions davantage, et bien osés sont les constructeurs de théorie dogmatique qui bâtissent sur une base aussi insuffisante. Il faut leur rappeler cette parole : « Nul ne connaît le Fils que le Père, et personne ne connaît le Père que le Fils et celui auquel le Fils voudra bien le révéler. » Donc, personne ne connaît Dieu que Jésus et celui qui croira en lui et trouvera Dieu par lui; et quant au Fils lui-même, nul ne le connaît que le Père. Ainsi, plus nous vivons près de Jésus-Christ, plus nous vivons près de Dieu. N'en demandons pas davantage, et, au nom de cette parole, n’hésitons pas à appeler téméraires ceux qui formulent et précisent. C’est la grande erreur du quatrième siècle d’avoir oublié ce passage.

Jésus est le Fils de Dieu, mais il semble ne jamais avoir abordé l’idée qu’il pût être

une incarnation de Dieu (1). Les Juifs le calomniaient quand ils prétendaient qu'il se faisait légal de Dieu (2), et il est certain que ces expressions appliquées à son supplice : le sang de Dieu, la mort de Dieu, lui eussent fait horreur. Il est moindre que son Père (3), le Père ne lui a pas tout révélé (4). S'il est Fils de Dieu dans un sens spécial, il l’est aussi comme tous les hommes le sont ou peuvent le devenir (5). Aller plus loin, nous ne le pouvons sans entrer dans le domaine de la dogmatique, et nous nous en tenons au terme de filialité divine. Déjà, pendant les dix-huit années de sa préparation à Nazareth, c’est dans sa conscience de Fils de Dieu que Jésus a trouvé la force et la joie de son âme, et c’est parce qu'il se sent le Fils de Dieu

(1) Matth. 19 : 17. Marc 10 : 18. Luc 18 : 10.

{2, Jean 5 : 18 et suiv. 10 : 33 et suiv.

(3) Jean 14 : 28.

(4) Marc 13 : 32.

(5) Matth.}5 :0, 45. LudG: 35;20::36. Jean 1 : 12-13; 10 : 34 et 35. Cf. Actes 17: 28 et 29. Romains 8 : 14, 19, 215026, 2 Ep. aux Cora b 218. Cralatés 3: :201)et Ancien Testament Deut. 14: 1. Sapience 2 : 13, 18. Tous les ressuscités seront fils de Dieu (Luc 20 : 36.

qu'il est convaincu d’apporter une nouvelle lance; c'est parce qu’il se sent le Fils de Dieu, qu'aux jours de la tentation, il transforme la notion du Messie et celle de la préparation au Royaume messianique ; et, sur cette filialité divine, nous l’avons montré, il élève l’idée du salut. UE ;

Il est Fils de Dieu dans un sens spécial, car il dit mon Père, votre Père, mais jamais notre Père en commun avec ses disciples. II se sépare du reste de l'humanité; mais ce n’est qu’une apparence, car son but est d’élever l’humanité jusqu’à lui, de créer parmi les hommes et audedans d’eux le rapport normal avec Dieu que le péché a détruit. Pour cela il prêche le Père ; il révèle le Père; il faut que l'humanité connaisse Dieu comme Père ; il faut qu'il éveille le sentiment de la filialité divine, alors le Royaume viendra.

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