‹ Jésus-Christ, prêtre et victimeChapitre 1 sur 24 · SIXIÈME MÉDITATION · texte numérisé non relu

SIXIÈME MÉDITATION

Sur la première scène de la Vie Publique. — La vocation de saint Jean et de saint André.

PREMIÈRE CONSIDÉRATION

Le touchant tableau de cette première scène évangélique.

Saint Jean l’évangéliste, qui fut l’heureux témoin de cette première scène de la Vie Publi-

que de notre divin Maître, l’a racontée comme il suit dans son Evangile (1) :

« Un autre jour, Jean -Baptiste était arrêté avec deux de ses disciples, et voyant Jésus qui passait, il dit : « Voilà l’Agneau de Dieu ! »

» Les deux disciples, l’ayant entendu parler ainsi, suivirent Jésus.

» Jésus se retourna et , voyant qu’ils le suivaient, leur dit : Que cherchez -vous? Ceux-ci lui répondirent : Rabbi (c’est-à-dire Maître), où demeurez-vous?

» Il leur dit : Venez et voyez. Iis allèrent et virent où il demeurait ; et ils restèrent chez lui ce jour-là, car il était alors environ la dixième heure du jour [environ quatre heures de V aprèsmidi) (2). »

Que ce tableau est simple et touchant ! Arrê-

(1) S. Jean, chap. I, v. 35-39.

(2) Les Juifs comptaient douze heures de jour (c’est pourquoi N. S. dit au chap. iv de l’Evang. selon s. Jean : « N’y » a-t il pas douze heures en un jour? » ) et douze heures de nuit. Ils commençaient par compter vers l’aube du jour. La 3* heure, la 6* heure, la 9* heure, dont il est souvent fait mention dans l’Evangile, correspondaient à neuf heures du matin, midi et trois heures. — La 10* heure' est donc quatre heures du soir.

tons-nous à chacune des circonstances qu’il renferme.

Saint Jean-Baptiste voit passer Jésus et dit : « Voilà l’Agneau de Dieu ! y> C’est comme le signalement du doux Rédempteur. Il ne dit pas : Voilà le Roi, voilà le Conquérant que la nation attend. Mais : « Voilà l’Agneau de Dieu. » Les prophètes l’ont annoncé; ils ont sollicité sa venue par d’ardentes prières, quand ils disaient : « Seigneur ! envoyez l’Agneau, l’Agneau qui doit régner sur la terre (1); » le voilà! c’est Lui.

Nous venons de dire le mot beaucoup trop commun de signalement. Il répond mieux à notre pensée. Une autre fois déjà un signalement a été donné de Jésus. Nous nous en souvenons. C’est lorsque, Enfant nouveau-né, il était couché sur la paille à Bethléem. Un ange l’annonce aux bergers, et « voilà, dit-il, le signe auquel vous le reconnaîtrez : un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche (2). » O touchant mystère! Pannis involutuml... Ecce Agnus Deil... C’est notre Dieu! notre Rédempteur ! notre Jésus! toujours les mêmes signes et le même caractère : la petitesse, l’humilité, la

(1) Isaïe, xvi, 1. — (2) S. Luc, h, 12.

bonté, la douceur !... Pourquoi craignons-nous? Pourquoi n’allons-nous pas à Lui avec confiance, avec joie, comme les disciples de Jean, dont nous allons maintenant admirer la conduite?

« Les deux disciples, l’ayant entendu parler ainsi, suivirent Jésus. » Quelle simplicité dans leur foi ! Quelle docilité à la grâce ! La grâce attire, mais elle veut des cœurs dociles. Ceuxci furent dociles et allèrent à Jésus sans effort, sans violence, avec paix et droiture. Le mot : suivirent est aussi l’expression de leur humilité. Ils se mettent sur ses pas, ils marchent sur ses traces, — les traces de l’Agneau. Jean l’évangéliste, qui était l’un des deux, devait dire plus tard dans son Apocalypse que « les vierges suivent l’Agneau partout où il va (1) ; » il est vierge, et il commence à se mettre avec humilité et amour sur les traces de l’Agneau. L’autre disciple était André, comme le dit expressément l’Evangile (2). Or, André se met aussi sur les traces de l’Agneau. C’est bien sa grâce propre de suivre l’Agneau avec fidélité. Cette grâce ira toujours se perfectionnant en Lui, jusqu’à ce qu’il arrive, comme son Modèle et son Guide, à

(I) Apoc., xiy, 4. — (2) S. Jean, i, 40.

l’immolation de la croix ; car il mourut crucifié. C’est ainsi que déjà l’esprit d’hostie entraîne les deux disciples. O esprit si attrayant et à la fois si doux et si fort, attirez-nous, nous aussi, sur les traces de l’Agneau !

« Jésus se retourna, et voyant qu’ils le suivaient, etc. » Jésus qui se retourne et qui montre sa face, c’est la grâce divine qui devient de plus en plus suave et puissante en son action, à mesure que nous sommes dociles à en suivre les mouvements. La grâce appelle de diverses manières ; ici ce fut d’abord par le ministère et la voix de Jean-Baptiste. Le moyen dont elle se sert est indifférent par lui-même. L’essentiel est que nous répondions à son appel avec fidélité. Si nous avons ce bonheur, la grâce presse davantage nos âmes ; et si nous répondons à son action divine avec une ardeur plus grande et une docilité plus parfaite qu’ auparavant, l’intimité avec Jésus commence.

« Jésus voyant qu’ils le suivaient, leur dit ; Que cherchez-vous? » Il ne dit pas : « Qui cherchez-vous? » C’était bien manifeste qu’ils cherchaient l’Agneau, ou plutôt ils l’avaient trouvé, et ils voulaient le suivre. Jésus est touché de leur foi et de leur humilité, et il leur dit :

« Que cherchez-vous? » En vérité, il le savait bien, lui-même, ce qu’ils cherchaient. Il n’ignorait pas qu’ils ne venaient pas lui demander les biens de ce monde, ni les consolations de la terre, ni les honneurs. « Que cherchezvous? » Il lut dans leurs cœurs, et il vit qu’ils cherchaient sa grâce, son esprit, son enseignement, sa conduite, ses voies, son bon plaisir, quelque intime union avec lui. Mais il leur fit cette question, afin de provoquer une réponse qui, étant un acte d’amour, leur mériterait d’obtenir ce qu’ils désiraient dans l’intime du cœur.

Ce mot : « Que cherchez-vous? » nous fait penser aussi à cette sorte de respect que Dieu lui-même veut avoir pour notre liberté, selon cette parole de l’Ecriture : « Vous disposez de nous avec un grand respect (1). » La grâce divine attire nos âmes, et nous devons répondre ; mais il faut que notre correspondance soit libre et spontanée. Il n’y a point d’esclaves au service du Maître adorable ; il n’y a point de victimes violentées sur ses autels.

« Les disciples répondirent : Rabbi (c’est-àdire Maître), où demeurez-vous ? » Ils dirent :

(1) Sagesse , xii, 18.

« Rabbi ! Maître » ! quel sens profond dans cette simple parole! Saint Jean-Baptiste a dit : «Voilà PAgneau de Dieu »; et ils disent: « Maître! » L’Agneau de Dieu est leur Maître. Or, que peut enseigner PAgneau, sinon la vie d’hostie? Qu’ils sont heureux ces premiers disciples ! O Jésus ! ô notre Maître ! ô notre doux Agneau ! soyez aussi notre Maître , pour que nous apprenions ce que vous enseignez à vos disciples privilégiés. Ceux-ci ajoutent : « Où demeurez-vous? » Ils ne répondent pas directement à la question de Jésus, qui leur avait dit : « Que cherchez-vous? » ou plutôt ils répondent de la manière la plus admirable. Car, en faisant cette réponse, c’est comme s’ils disaient : « Nous avons beaucoup à apprendre de vous, ô Maître ! Ce n’est pas sur la voie pnblique que nous voulons vous parler, vous interroger, vous écouter; mais dites-nous où vous demeurez , afin que, tout à l’aise , nous contentions le désir ardent que nous avons de vos paroles, de vos enseignements, de votre grâce , de votre esprit de vie, ô vrai Agneau de Dieu I ô Maître ! » Il n’y a point de présomption dans leur réponse , on le voit bien , ni hardiesse , ni familiarité excessive et déplacée. Elle est l’expression naïve d’âmes

simples et droites et, pour tout dire, d’âmes qui méritent d’être « les prémices de l’Agneau , » suivant la parole même de saint Jean dans Y Apocalypse (1). Ces âmes bienheureuses se soumettent déjà et sans hésitation à la grâce que Jésus apporte , laquelle n’est que douceur et amour. Et pourtant ce n’est pas que Jean , par exemple, qui est l’un des deux disciples, ne fût par nature une âme ardente , et que son ar^ deur pût porter trop loin. Un jour, Notre-Seigneur condamnera son zèle et l’appelera , par manière de reproche, un enfant du tonnerre (2). Mais , dès ce moment , Jean se met à l’école de l’Agneau avec docilité, et il subit déjà l’influence de son doux esprit.

<c Jésus leur dit : Venez et voyez. Ils allèrent et ils virent , etc. » C’est la fin du récit évangé* lique que nous allons méditer dans les deux considérations suivantes.

O Jésus! ô Agneau de Dieü! que vos attraits sont doux ! Attirez-moi et que je demeure à jamais avec vous ! Ceux-ci vous ont vu passer et ils ne vous quitteront plus. Je vous ai vu , vous

(1) Primitiœ Deo et Âgno. Apocal., xiv, 4. — (2) S. Lue, ix, 55. — S. Marc, ni, 17.

vous êtes montré à moi , vous m'avez fait sentir votre présence, votre tendresse, votre ineffable amour, au divin Sacrement de votre Autel, et je ne me suis pas encore irrévocablement donné et attaché à vous!,,. O Agneau dominateur! soyez cette fois le plus fort ; faites-moi violence, s’il le faut. Mais faites-moi la grâce de votre divine compagnie, et que ce soit pour toujours en cette vie d’exil , jusqu’à ce que je sois admis « au banquet de vos noces éternelles (1). »

DEUXIÈME CONSIDÉRATION

Spécialement sur les paroles de Notre-Seigneur aux deux Disciples : « Venez et voyez. •

Considérons-nous maintenant, avec humilité et confiance , comme étant à la place des deux Disciples, et supposons que Notre-Seigneur nous dit à nous-même : « Venez et voyez. »

Un ancien auteur, l’abbé Rupert, qui est célèbre parmi les écrivains ascétiques du moyen âge, s'exprime ainsi : « Le Christ dit à chacun de nous : Venez et voyez , lorsqu’il élève notre

(I) Apocal., xjx, 9,

âme au-dessus d’elle-même et qu’il lui fait la grâce de la contemplation , l’admettant pour quelques instants aux joies célestes (1). »

Qu’il plaise donc à Jésus, notre unique Maître, de nous dire en ce moment : « Venez et voyez, » pour que notre âme, s’élevant au-dessus de tout ce qui est du monde et d’elle-même, s’applique avec amour, dans la solitude et le silence, dans la paix et le recueillement de l'esprit, à la contemplation de sa beauté , et de tout ce qu’il y a d'aimable dans sa propre personne, dans ses mystères , dans sa vie , dans les grâces qu’il donne ici-bas , dans les espérances qu’il comblera au Ciel !

O Dieu ! que cette application est sainte ! que cette occupation est délectable ! Oui ! ô Jésus ! dites-nous : « Venez et voyez , » afin que désormais et pour toujours notre esprit, notre cœur, notre volonté, tout notre être soit amoureusement fixé en vous et comme perpétuellement ravi par vos grâces et vos amabilités éternelles.

La contemplation de Jésus n’est pas seule-

(I) Tune autem Christus dicit : Venite et videte , quando mentem in contemplatione sublevat et cœlestibus gaudiis ad horam admittit . Rupert, in Joann. lib. 2. — Patrol. lat. t. GLXix, col. 266.

ment la connaissance des actions de sa vie et des diverses circonstances dont se composent ses Mystères, ou encore la connaissance de ce que la foi nous enseigne de son Incarnation , de sa Rédemption, de son état d’Hostie, de sa gloire au Giel; mais e’est cette même connaissance accompagnée d'une vive lumière et d’un grand amour, et en quelque sorte d’un goût intime de ces mêmes traits de sa divine vie de ces mêmes mystères , de ces mêmes vérités de la foi relative à son adorable Personne. C’est une vue qui est moins de l’intelligence que du cœur, vue après laquelle tout ce qui n’est pas Jésus devient insipide et fatigant. L’âme veut le connaître toujours plus, et en vérité elle sent qu’elle le connaît, et elle se sent aussi comme soulevée et entraînée par cette ineffable et incomparable connaissance ; car serait-il possible qu’elle vît une telle beauté et qu’elle fût en présence de tels attraits , sans vouloir irrésistiblement aller au Bien-Aimé et l’attirer à elle, afin de pouvoir dire en vérité : « Mon Bien- Aimé est à moi et je suis à Lui (4) ? » La contemplation de Jésus est un mystère caché pour le monde ;

. (1) Cantiques , il, 16.

elle est la lumière même pour l’âme que Jésus élève à cette grâce céleste , quand il daigne lui dire : « Venez et voyez. »

Mais cette grâce n’est pas donnée ordinairement d’une manière soudaine ; il y a une préparation et une coopération de l’âme, qui sont nécessaires. Nous devons en dire ici quelques mots.

1. Ayons une grande et profonde dévotion pour le saint Evangile , où se trouve racontée , avec l’assistance du Saint-Esprit, la vie de notre Maître. Qu’il est touchant de penser que le Verbe éternel , Dieu véritable et infini , ayant voulu habiter cette terre pour notre amour, a fait écrire sa vie par quatre évangélistes , qui l’ont fait si humblement, si simplement. Quelle ne doit pas être notre Religion pour ce récit , pour ce texte si abrégé ! Adorons-le , aimons-le d’un amour plein d’admiration et de reconnaissance. Adorons et aimons chacun des versets , chacune des expressions; et, lorsque le sens d’un verset ou d’un mot nous est caché, adorons ce sens obscur, cette parole difficile à entendre, parce que dans l’Evangile tout est digne de Dieu , qui lui-même a voulu que tel mot, telle expression fussent employés plutôt que d’autres.

Ayons une Religion toute spéciale pour les paroles queNotre-Seigneur a prononcées. Quelle signification profonde elles doivent avoir ! Nous ne pourrons jamais ici-bas en saisir toute la portée ; mais retirons-en tout ce que nous pour- . rons en comprendre , comme un affamé qui est admis à un festin délicieux.

Arrivons ainsi à connaître exactement la vie , les actions , les divines paroles de notre doux Maître. C’est le premier degré de la contemplation de Jésus.

2. Demandons au Saint-Esprit, par d’instantes prières, la grâce d’arriver à l’intelligence des dispositions intérieures de Jésus, agissant et parlant parmi les hommes. Aidons-nous aussi de quelque livre, à cet effet. La science de l’Intérieur de notre Dieu incarné pour notre amour, la science des adorables dispositions de son Cœur est autant au-dessus de toutes les connaissances humaines, que la pure lumière est au-dessus des plus épaisses ténèbres. Notre vie devrait se passer à faire cette étude qui est plutôt du Ciel que de la terre.

3. Les dispositions intérieures de Jésus s’étant révélées extérieurement dans ses rapports avec ses créatures, exerçons-nous à en

découvrir la merveilleuse beauté. Suivant les circonstances, que de vertus divines et quel degré de perfection en chacune d’elles ! c’est la patience, c’est la douceur, c’est l’humilité, c'est la prudence, c’est la force, c’est la tendresse, c’est l’abnégation, c’est la pauvreté, c’est la charité..., c’est toujours la charité. Jésus en rapport avec ses apôtres, ses disciples, ses amis, les pécheurs, les affligés, les enfants, le peuple, les grands, les Pharisiens, les Scribes... Quelle admirable conduite toujours ! et s’il était permis de se servir du mot, quel magnifique caractère est le sien !... Nous devons arriver à le connaître, à en avoir une sorte de vue habituelle. A cette fin, faisons de sa vie, de ses actes, des dispositions de son Cœur et de l’expression extérieure qu'il en donne, le sujet de nos méditations quotidiennes, si c’est possible, de nos lectures habituelles, et même de nos entretiens avec les personnes instruites et pieuses; mais, en ce cas, toujours avec simplicité et humble joie.

4. Dans la conduite et la pratique de notre propre vie, appliquons-nous à ne pas perdre de vue notre divin et si attrayant Modèle, et de nous dire le plus souvent possible : « Dans la

circonstance où je me trouve, qu’aurait pensé, — qu’aurait fait, — comment aurait parlé mon Diéu, mon Maître, ma Victime ? » — Toujours sans effort d’imagination, ni contention d’esprit, mais simplement et amoureusement, dans la paix de notre âme. Cette pratique, si elle devient habituelle, sera d’une grande puissance pour nous faire avancer dans l’union à Notre- Seigneur, union qui est la lin de la contemplation de ses dispositions divines.

5. Une autre pratique, qui n’est pas moins efficace, consiste à ne pas perdre de vue son divin Cœur, dans le désir de lui donner quelque consolation, quelque satisfaction ou dédommagement, au milieu de ce monde où il est tant oublié et trop souvent méprisé. Ce désir nous porte à vouloir qu’il règne en nous parle triomphe de sa grâce et de son esprit, qu’il se contente en nous comme il lui plaît, et qu’il fasse de nos âmes, de nos corps, de tout notre être, ce qui est le plus conforme à ses desseins miséricordieux sur nous.

6. Même au milieu de la foule, sur les voies publiques, comme dans les solitudes, et aussi dans les affaires les plus communes, de la vie, aimons à tourner le regard du cœur vers, Jésus,

toujours vivant parmi nous, au sacré Tabernacle. O Dieu! quel spectacle! ce qu’est Jésus, dans ce Mystère immense d’amour, ce qu’il y fait, ce qu’il y donne de grâces, tout cet ensemble d’infinies merveilles devrait nous attirer, nous appliquer, nous ravir sans cesse. Ah ! quelle contemplation pour nos âmes, en ce pauvre exil !

7. Et ensuite, que le regard du cœur s’élève vers le Ciel, suivant pour ainsi dire les rayons d’amour qui y montent sans cesse de tous les tabernacles et qui en descendent sans cesse; car le Ciel et l’Eucharistie, c’est tout un. Et dans ce beau Ciel, contemplons Jésus principe de toute la béatitude des saints, centre de toute leur joie et objet de tous leurs cantiques, Jésus Roi universel, Jésus Juge des vivants et des morts, Jésus Prêtre éternel et Hostie éternelle, Jésus consommateur de notre foi et de notre espérance, Jésus en qui nous aimerons le Père d’un amour digne de lui, Jésus en qui nous aimerons nos frères, les élus, d’un amour qui est l’Esprit même du Père et du Fils. O Dieu ! quel sujet de contemplation que Jésus dans la gloire de la Patrie !

8, Enfin, aimons à le contempler en tonte

créature, (puisqu'il est écrit : que le Christ est toute chose en tout (1) ) ; mais spécialement dans celles qui portent d’une manière plus sensible ses traits, comme son Vicaire ici-bas notre Saint-Père le Pape, nos Seigneurs les Evêques, les prêtres et ensuite les pauvres, les petits, les infirmes...

Seigneur Jésus! dites, dites encore : «Venez et voyez ! » pour qu’en vérité et sans hésitation ni retour, j’aille à vous et je voie comme l’aveugle de Jéricho ; car je suis aveugle moi aussi, ayant jusqu’à présent le regard obscurci et presque entièrement couvert de ténèbres, pour l’avoir fixé sur les vanités de la terre. Comme ce pauvre infirme, je crie vers vous : « Seigneur, que je voie ! (2) » Que je voie ce que vous êtes, que je voie vos traits, vos amabilités, vos grâces immortelles et infinies, ô Beauté toujours ancienne et toujours nouvelle ! ô Dieu ! ô Verbe ! ô le plus beau des enfants des hommes! O le Désirable, ô l’Aimé entre tous (3)!... Dites, dites encore : « Venez et voyez! i> Et « j’irai et je

(1) Omnia et in omnibus Christus . Colossiens, m, II. — (2) S. Luc, xviii > 41. — (3) Dilectus meus electus ex, mil libus ... totus desiderabilis . — Cantique», v, 10, 16.

verrai, et je serai témoin de cette grande vision (1) » qui commence ici-bas et qui s’achève et se consomme au ciel.

TROISIÈME CONSIDÉRATION

Sur ces dernières paroles : « Et ils allèrent et ils virent où il demeurait; et ils restèrent avec lui ce jour-là. Car il était alors environ la dixième heure. »

Nous avons ici deux réflexions à faire, l’une sur la demeure de Notre-Seigneur, l’autre sur le précieux temps que les disciples passèrent avec le divin Maître.

I. Sur la demeure de Notre-Seigneur. — Il faut distinguer deux demeures de cet adorable Sauveur : celle qui est matérielle, et la seconde qui est spirituelle. Quand les disciples disent î « Maître, où demeurez-vous?» ils parlent de la première ; mais la demeure spirituelle n’est pas exclue. Et en vérité, pressés qu’ils sont par l’esprit de Dieu, c’est bien plus celle-ci qu’ils

(1) Vadam et videbo visionem hanc magnant* Exode , ni. 3.

aspirent à connaître que la demeure matérielle et terrestre.

Nous n’avons pas, du reste, à nous occuper de ce lieu que Notre-Seigneur habitait accidentellement. Depuis qu’il avait quitté Nazareth, il n’avait pas de demeure en ce monde ; c’est l’hospitalité qui lui offrait un abri. Lui-même avait voulu ne rien avoir en propre ici-bas, et il devait dire plus tard cette parole si touchante : « Les renards ont leurs tanières et les oiseaux du ciel leurs nids : mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête. (1) »

La vraie demeure où il attire et où il introduit ses deux disciples est la seule désirable ; mais cette demeure spirituelle, qu’elle est-elle?. . . C’est lui-même, suivant ce qu’il dit ailleurs : » Demeurez en moi (2). » — Il nous a dit précédemment : « Venez et voyez. » Maintenant , considérons qu’il nous fait cette nouvelle invitation : « Demeurez en moi. » Or, comment demeuronsnous en Notre-Seigneur? C’est par l’exercice des trois grandes vertus théologales : la Foi , l’Espérance et la Charité.

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