‹ Jésus-Christ, prêtre et victimeChapitre 2 sur 24 · Nous demeurons en Notre-Seigneur par · texte numérisé non relu

Nous demeurons en Notre-Seigneur par

(1) S. Matthieu, vm, 20. — (2) S. Jean, xv, 4.

l’exercice de la foi, parce qu’en effet, cette vertu divine nous fait sortir de nous-même, de nos propres pensées, de nos propres vues, et qu’elle nous transporte, nous fixe et nous fait nous reposer en Notre-Seigneur, en ses paroles, en ses promesses, en son amour, comme en une demeure pleine de paix et de sécurité, où nous trouvons l’aliment dont nos âmes ont besoin et la vie qui nous est indispensable. Saint Paul nous apprend : « que Jésus-Christ habite en nous par la foi (1) » ; mais avant qu’une grande foi l’attire en nous, il faut qu’une foi humble et vive nous porte vers lui et nous fasse reposer en lui. Jésus devient ainsi d’abord notre demeure et ensuite il daigne miséricordieusement choisir nos pauvres âmes pour s’y reposer. C'est l’ordre qu’il indique lui -même dans les paroles suivantes : « Qui manet in mey et ego in eo. Celui qui demeure en moi devient lui-même ma demeure (2). »

2. Nous demeurons encore en Notre-Seigneur par l’exercice de l’Espérance. A l’endroit même où ce miséricordieux Maître nous recommande de demeurer en lui, il ajoute : « Parce que, sans

(1) Epître aux Ephés., ni, 17. — (2) S. Jean, xv, 5.

moi, vous ne pouvez rien faire. » Rien faire ! ni résister à nos passions, ni combattre nos ennemis, ni commencer à pratiquer la vertu, ni faire le moindre progrès, ni entrer, ni persévérer dans la voie du ciel, ni, à plus forte raison, mourir dans l’état de grâce et recevoir la couronne éternelle. Donc Jésus est toute notre espérance, nous devons tout attendre de lui, de sa rédemption, de sa miséricorde, de la communication et de l’efficacité de sa grâce. Quel espoir de vie a le sarment qui est séparé de la vigne ? Aucun assurément. Mais cc on le jette, il se dessèche, et il n’est bon qu’à brûler. » Il en est de même de nous, si nous ne demeurons pas en Notre- Seigneur. O divine demeure ! O lieu de paix, de lumière et de vie ! que je ne cesse jamais d’être en vous î

3. Mais c’est principalement par la Charité que nous demeurons en Jésus-Christ. C’est pourquoi cet aimable Maître dit : « Demeurez en ma dilection (1). » Persévérez et fixez-vous en l’amour que vous commencez à éprouver pour moi, et que rien ne puisse à tout jamais vous en détourner. Car l’amour qui peut faiblir ne mé-

(1) S. Jean , xv, 10.

rite pas ce nom. — Il veut absolument que nous entendions ainsi l’amour que nous devons avoir pour lui; car voici l’exemple qu’il nous en donne : « Demeurez en ma dilection... comme je demeure dans la dilection de mon Père. » Quelle admirable exhortation ! Est-ce que Jésus peut cesser un instant de demeurer dans l'amour de son Père ? Est-ce que sans cesse il ne fait pas à l’égard de ce Père saint toutes les œuvres de l’amour, qui sont l’accomplissement de sa volonté et de son bon plaisir (1)? Soyons donc envers Jésus comme des victimes de son bon plaisir et de toutes ses volontés, très-attentives à le suivre en toutes ses voies, très-fidèles à marcher sur ses traces, et ainsi nous demeurerons d’une manière stable et fixe en son amour ; car il est écrit que celui qui demeure en lui doit suivre les mêmes voies que ce divin Maître a lui-même suivies (2). Oh ! qui pourra jamais exprimer le bonheur de l’âme qui fait de cet exil sa demeure en Jésus?... Mais voici maintenant la fin du récit évangélique.

(1) S. Jean, xv, 10. — (2) Qui dicit se in ipso manere debet , sicut ille ambulavit , et ipse ambulare . lr# Ep. de s. Jean, h, 6.

IL Les disciples avaient dit : « Où demeurezvous? » L’Evangéliste termine ainsi le récit : « Ils allèrent et iis virent où il demeurait, et ils restèrent avec lui ce jour-là, car il était environ la dixième heure. »

Ils disent : « Où demeurez-vous? » L’abbé Rupert, déjà cité, trouve un sens profond à cette parole. Voici l’interprétation qu’il en donne : « Nous disons au Seigneur : Où demeurez-vous ? lorsque notre esprit s’élève à la pensée de la patrie céleste. Dicimus Domino : Ubi habitas ? dum supernam cogitamus patriam, tibi sedet ad dexteram Patris (1). » N’est-ce pas ce que durent éprouver ces bienheureux disciples? Ils suivirent l’Agneau qui les mena loin de la terre et leur donna les avant-goûts du Ciel. « Quel jour fortuné, s’écrie saint Augustin, quelle nuit délicieuse ils passèrent ! Qui pourra nous dire les discours qu’ils entendirent de la bouche du Seigneur (2)? » Car il n’est pas ici question de quelques moments d’entretien ; mais de toute une nuit. C’était le soir quand Jésus leur

(I) In Joan., lib. 2. — Patrol. lat., t. clxix, col. 265. — (2) Quàm beatum diem duxerunt, quam beatam noctem! Qui s est qut nobis dicat quid audierunt illi à Domino? Tract. VII in Joan. — Patrol. lat., t. xxxv, col. 1442.

dit : « Venez et voyez. » Or, les interprètes de l’Evangile pensent, à la suite des Pères, que Jean et André passèrent non-seulement le reste de ce jour, mais la nuit toute entière avec Jésus. « Certes, dit saint Cyrille, ce n’est pas si promptement qu’on se retire, quand on a l’âme affamée de la divine doctrine. » Encore une fois, quelle heureuse nuit ! O disciples si privilégiés! que se passa-t-il dans vos cœurs, à ce face à face, dans ce premier épanchement de vos âmes, dans cette première révélation du Cœur de Jésus ? Il parlait, vous écoutiez. Quelle lumière! quelle douceur! quelle puissance dans sa parole! quelles saintes ardeurs elle faisait naître dans vos cœurs ! de quel feu inconnu elle les embrasait ! Il dut vous entretenir de son Père céleste et de ce qu’il mérite d’amour ; il dut vous parler de cette infinie et incompréhensible charité qui l’avait porté à donner son propre Fils pour le salut de nos âmes... Mais nous ne voulons pas hasarder d’autres conjectures, ne sachant pas comment il plut au très-doux Rédempteur de soulever devant vous, à cette première heure, le voile qui couvrait les desseins mystérieux du Père, et s’il daigna vous révéler (ce qui est pourtant si vraisemblable) l’amour,

le zèle, la tendresse de son propre Cœur pour le monde... Ce qui ne peut être douteux, ô bienheureux confidents de l’Agneau, c’est votre joie profonde, c’est le ravissement de vos cœurs, ce sont les flammes d’amour qui les embrasaient, c’est cette faim, c’est cette soif qui s’allumèrent en vous, c’est ce besoin si fort et si doux de vivre désormais avec Jésus, de ne plus le quitter, quelque sainte que fût la société de votre premier maître Jean-Baptiste, quelque parfaits qu’eussent été ses célestes enseignements...

Ah ! qui nous donnera d’avoir une ardeur si vive et un besoin si invincible de voir Jésus, d’entendre sa voix, de vivre avec lui et de lui, que nous ne puissions plus nous supporter sur cette terre, et que nos cœurs se consument du désir d’aller au Ciel, où il se montre sans voile à ses élus? Qui nous donnera de voir finir, nous aussi, ce jour de la vie présente, et d’entrer dans cette nuit , qui s’appelle la mort à cause de ses ombres et à cause des ténèbres de la tombe, mais qui en vérité est si lumineuse et si remplie de délices (1)? car elle nous met en possession

(1) Etnox illuminatio mea in deliciis meis. Ps. cxxxvm,ll.

de l’Eternité bienheureuse où Jésus ne dit plus : « Venez et voyez, y> mais : « Entrez dans la joie de votre Seigneur. » Ce n’est pas assurément que nous nous croyions dignes d’une telle grâce ; nous sentons au contraire le poids de nos péchés, et nos âmes se troublent à la pensée du Jugement ; mais , ô Agneau ! qui portez et qui effacez les péchés du monde, faites-nous miséricorde, hâtez-vous de nous purifier par la vertu de votre Sang, et « élevez nos esprits aux désirs célestes (1). » N’avezvous pas dit vous-même : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive (2) ? » Nous allons à vous ici-bas ; mais, parce que nous ne pouvons pas absolument nous soustraire à la fascination des choses périssables, notre soif de vous n’est jamais ni assez ardente, ni assez satisfaite. C’est pourquoi souffrez que je vous dise avec le Prophète : a Oh ! quand irai-je à vous? quand me présenterai -je à votre face? Mon âme a soif de vous, ô Dieu ! ô Fontaine vivante! J’irai et je me rassasierai, quand apparaîtra votre gloire. Car le passereau trouve sa

(1) Ut mentes nostras ad cœlestia desideria erigas. Litan. Sanct. — (2) S. Jean, vu, 37.

demeure et la tourterelle son nid où elle dépose ses petits; pour moi, mon Seigneur et mon roi, votre autel est ma demeure (1), » cet autel de l’éternité , où vous aimez à apparaître à vos prédestinés en qualité d’Agneau (2), autel d’or qui est vous-même (3) et sur lequel vous nous attirerez et consommerez dans l’unité de votre sacrifice. O autel de l’Agneau ! ô divine Demeure ! ô Demeure uniquement désirable ! Il est dit des bienheureux disciples : « Ils allèrent et ils virent où II demeurait et ils restèrent avec Lui. » Ah ! qu’ils ne tardent plus le jour et l’heure fortunée où nous irons à ce Lieu d’amour et de béatitude où l’Agneau demeure avec ses saints ! à cet autel qui est le Cœur de mon Dieu , éternellement embrasé des flammes de l’Esprit d’amour, et duquel s’élèvent à la gloire du Père les cantiques de l’adoration, de la louange et de l’action de grâces éternelles (4) !

(1) Psaumes xli, 3. — xvi, 15. — lxxxiii, 1-5. — (2) Et vidi... in medio seniorum Agnum stantem tanquàm occi - *um. Apoc., v, 6.— (3) Altare DeiFUius est . S. Greg. Magn. in Ps. 50. — Patr, lat.. t. 76, col. 600. — (4) Beati qui habitant in domo tuâ Domine, in sœcula sœculorum laudabunt te. Ps. lxxxiii, 5.

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