‹ Jésus-Christ, prêtre et victimeChapitre 22 sur 24 · VINGT-CINQUIÈME ET DERNIÈRE MÉDITATION · texte numérisé non relu

VINGT-CINQUIÈME ET DERNIÈRE MÉDITATION

De fanion de la très sainte Vibbcib h notre- Seigneur Jésos*Chbi«t dans le cours de la Vie Publique.

PREMIÈRE CONSIDÉRATION

MARIE est devant Notre-Seigneur , dans tous les Mystères de la Vie Publique, une Victime d'adoration et de louange.

Nous touchons au terme de nos Méditations sur la Vie Publique. Ce n’est pas assurément

(1) Ep. aux Hébr., n, 9. — (2) Apoc., xiy, 4.

que le sujet soit épuisé. Comment pourrait-il être épuisé? De même que saint Jean a écrit : « Il y a beaucoup d’autres choses que Jésus a faites ; mais si on les racontait une à une , je ne pense pas que le monde entier suffît pour contenir les. livres qu’il faudrait en écrire (1), » de même, si nous voulions méditer une à une les circonstances de la vie de Notre-Seigneur durant les trois années de sa prédication, tout le temps de notre existence ici-bas ne pourrait y suffire ; et c’est l’éternité seule qui offrira à nos coeurs avides tout ce qu’il faut pour les contenter dans la contemplation de tels sujets.

Après avoir considéré notre adorable Maître annonçant à ses Apôtres sa divine Passion, nous croyons que nous pouvons arrêter le cours de nos Méditations sur cette partie de sa vie voyagère. Mais avant de passer à l’étude des douloureux Mystères de cette Passion adorable, il faut nous agenouiller aux pieds de notre Mère, Marie, Reine de nos cœurs, et nous demander quelle fut l’union de $on Cœur au Cœur de son Fils, durant les années de la vie Publique.

Cette union très sublime nous parait être de

(I) S. Jean, dernier chap., dernier verset.

quelque manière exprimée par ces trois mots : Marie fut devant Jésus une Victime d’adoration et de louange, — une Victime de réparation et de satisfaction, — une Victime d’obéissance et de fidélité.

Cette première considération est consacrée à étudier la disposition de Marie, que nous avons ainsi indiquée : Marie fut Victime d’adoration et de louange.

Marte « suivait l’Agneau », son Fils, son Dieu, « partout où il allait » ; elle le suivait, elle ne le perdait pas de vue, elle étudiait chacune de ses démarches, elle entrait dans le sens de chacun de ses actes, elle écoutait ses paroles, et « elle les gardait dans son cœur (1) », et toute sa vie n’était qu’amour, et cette vie d’amour est sans nom dans le langage de la terre. Nous savons toutefois, sans crainte de nous tromper, que cet amour était une adoration et une louange incessantes. Le propre de l’amour est d’adorer et de louer l’objet aimé.

Marie, dans l’intime de son cœur, dans la joie de son âme, adorait et louait son Bien-Aimé. Sur les routes de la Palestine, aux pieds des

(1) S. Lac, il, 19.

montagnes, sur les bords du Lac de Tibériade, au milieu des saintes femmes, dans la foule, au désert, à Béthanie, chez Marthe et Marie, dans la synagogue de Nazareth ou dans le Temple de Jérusalem, quand Jésus guérissait les malades, ou chassait les démons, quand il parlait à ses disciples, aux Juifs, à ses ennemis, toujours, partout, sans que rien ne pût l’en distraire, Marie adorait et louait. Elle adorait, elle louait, la Divinité du Fils de Dieu, sa Toute-Puissance, sa Majesté, son Immensité, sa Beauté, sa Sainteté, sa Vérité, toutes ses Perfections éternelles ; elle adorait, et louait son Incarnation, sa Mission, sa Médiation , sa Rédemption , tous les Mystères si grands et si humbles, si beaux et si inconnus de sa vie d’Homme-DiEU ; elle adorait, elle louait son souverain Sacerdoce qui est le principe de ces Mystères et son état d’Hostie qui les contient tous ; elle adorait, elle louait son Cœur et toutes les dispositions de son Cœur, tant d’amour, tant de dévouement, d’indulgence, de douceur, de patience, de tendresse, chacune des paroles que son Cœur produisait et ses lèvres qui les proféraient, son regard, sa face, où se révélaient et la miséricorde du Dieu incarné et l’humilité du Fils de l’homme, ses mains qui ne

cessaient de bénir, ses pieds qui se lassaient à la poursuite des pécheurs, ce ravissant spectacle de l’Eternel devenu l’un de nous, et en qui, (ô merveille incompréhensible) l Marie louait et adorait son propre Fils !... .

Quel état en la divine Vierge que celui de cette adoration incessante et de cette louange perpétuelle ! Quel temple incomparable étaitson Cœur immaculé, son Cœur de Mère! Pourrait-on lui comparer le temple fameux que Salomon avait bâti et où des milliers et des milliers d’holocaustes étaient .offerts à Dieu? Qu’était toute la Religion de tous les prêtres du premier Testament, qu’étaient leurs hymnes et leurs cantiques composés par David lui-même, qu’étaient tant d’hçmmages solennels de tout un peuple, en comparaison de la religion intérieure, des cantiques et des hommages que Marie offrait à Jésus, dan$ le temple de son âme pleine de grâce? Il est dit de là religion des prêtres et, des lévites. cc qu’elle devait être perpétuelle (I), » et nous savons qu’il y avait en effet, dans le temple, un autel sur lequel les prêtres devaient

(1) Ervat sacerdoles mihi religions perpetud. — Exode,, xxix, 9.

sans cesse entretenir un feu toujours prêt à consumer des victimes (1). Mais ce feu était une figure de l’amour du Cœur de Marie; elle en était le prêtre, et à vrai dire, elle en était aussi l’hostie et l’holocauste, qui se consumait et le jour et la nuit, sans éprouver jamais aucune interruption . C’est ainsi que les saints docteurs ont parlé* en traitant de l’esprit de Victime qui animait la Mère de Jésus (2). Marie était, disent-ils, un holocauste d’adoration et de louange, dont l’amour le plus saint était le feu ; elle était même l’autel où le feu brûlait, où se consumait cet holocauste : c’est dire qu’elle était en un sens, (dans le sens catholique qui convient) toute la religion de Jésus-Christ, comme Jésus-Christ était toute la religion de son Père.

Un illustre saint du xme siècle a dit une parole qui répond à cette pensée, et qui, d!autre part, nous invite à la plus intime union avec l’auguste Vierge, dans cet esprit de religion. La voici : «Marie est un autel très large et très

(1) Lévitique , vi , 12. — (2) Voir notre ouvrage : De l'Union à N.-S. J.-C. dans sa Vie de Victime , chaf>. xx, xxi et xxii.

profond, dit le fervent disciple de Saint François, saint Antoine de Padoue. Marie elle-même est la première Victime qui y ait été immolée ; mais avec elle d’autres victimes doivent y être offertes et consumées (1). » Touchante parole ! qu’il plaise à Celui qui ravissait le Cœur de sa divine Mère, et en faisait une hostie si parfaite d’adoration et de louanges, de nous unir intimement à ce Cœur, et de nous y fixer comme sur un autel, l’autel d’un ardent holocauste, et de lions y consacrer victimes, nous aussi, de son adoration et de sa louange éternelles.

DEUXIÈME CONSIDÉRATION

MARIE, Victime de Réparation et de Satisfaction.

Saint Bonaventure a dit dans son pieux ouvrage : La Méditation de la vie de Jésus - Christ : « Le Seigneur Jésus était pour Marie un Fils, un Epoux, un Père, une Mère (2). » Saint Augustin avait dit aussi : « un Fils , un

il) Ap. Maracci, Polyanlhœa, Mananœ , voc. Altare. — (2) Chap. lxxxiii.

Epoux , un Frère (1). » On comprend dès lors les mouvements incessants de Marie vers Jésus, mouvements d’un amour si fort et si doux, que Marie était véritablement vivante non en elle-même, mais en Jésus. C’était la vie, c’était la joie de cette Vierge, de cette Mère, de cette Epouse, de cette Sœur, de cette Enfant, de cette Hostie du Verbe incarné ; et c’était en même temps la très parfaite consolation et satisfaction de ce Verbe divin, Père, Mère, Epoux, Frère, Fils de l’adorable Vierge : consolation intime, profonde, continuelle, satisfaction qui répondait en quelque sorte à tout ce qui était dû à son amour, à son dévouement pour les hommes; mais consolation et satisfaction nécessaires. Car, ce que Marie donnait d’amour, et ce que cette humble Reine des apôtres, des disciples et de quelques àutres âmes dociles inclinait ce petit nombre à donner d’amour à Jésus, elle l’offrait à Jésus, au milieu de l’indifférence de presque tout ce peuple si privilégié et même de la haine de plusieurs. Il est écrit en effet : « Jésus est venu parmi les siens et les siens ne

(1) De sanctâ Virginitate, cap. v et vi.

l’ont pas reçu (1). » Jésus dit lui-même : c< Ils m’ont persécuté ; ils m’ont haï sans raison (2). »

La conduite des Juifs et principalement des chefs du peuple, des grands prêtres, des docteurs de la loi; des scribes, est un étrange mystère; mais le fait de la perversité de leur cœur est écrit à toutes les pages de l’Evangile. Voilà donc Jésus, le Sauveur de ses créatures rebelles et malheureuses, le Fils de Dieu, apportant, offrant aux hommes une participation à sa Filiation divine, donnant aux âmes toutes sortes de bénédictions dans le temps, leur assurant des biens infinis pour l’Eternité, objet de haine, de répulsion et de mépris !... Un jour, ils voulaient le précipiter du haut d’une colline (3) ; une autre fois le lapider (4). Us disaient brutalement : « C’est au nom du prince des démons qu’il chasse les démons (5). » Dans leur fureur stupide ils allaient jusqu’à cette insulte : « Vous êtes possédé élu démon (6). »

Quels affronts! quelles injures! Sur qui retombaient ces affronts et ces injures? sur la

(1) S. Jean, i. II. — (2) S. Jean, xv, 20, 25.— (3) S. Luc, iv, 29. — (4) S. Jean , vu», 59. — (5) S. Matth., ix, 34. — (6) S. Jean, vm, 48.

personne adorable de Jésus, sur son Coeur; mais aussi sur le Cœur si tendre, si affectueux, si sensible de la divine Vierge, sa Mère. Ce quei le prophète avait dit autrefois1 à Dieu*, Marie le disait à son Fils: «Les opprobres jetés sur vous par ceux qui vous insultent sont retombés sur moi (1). ». Et que faisait-elle, dans l’amère douleur de son âme, dans le brisement de Cœur qu’elle endurait, dans l’intolérable martyre que lui faisait subir l’incompréhensible conduite des hommes envers ce Dieu, ce: Rédempteur, ce Fils, dont la beauté, la sainteté, et la bonté la tenait dans un ravissement perpétuel, elle sa Mère, son Epouse, sa Fille, sa Sœur, son Unique, sa Bien-Aimée?..

Marie opposait à l’insulte l’adoration; au blasphème la louange, à tant d’ingratitude une reconnaissance inexprimable, à tant de mépris toutes les humiliations de son Cœur blessé, à tant de haine toutes les ardeurs consumantes de son immense amour. Marie réparait! Cette grande parole qui a occupé un si grand nombre d’âmes généreuses, depuis un demi-siècle sur-

(1) Opprobria exprpbantium tibi ceciderunt super me. — Psaume lxvui, 10.

tout et qui en passionne encore tant d’autres : La réparation, a été dite la première fois par Marie, témoin de l’indifférence et surtout des injures dont son Jésus était l’objet : et la grande, la sainte, la sublime disposition qu’elle exprime était la vie de Marie, vie humiliée, anéantie, amère, amoureuse, vie de Victime expiatrice, de Victime du Sacré Cœur.

Comme au jour de la Vie Publique, Jésus vit parmi nous. Il vit dans son Eglise, dans ses Prêtres, dans ses Religieux, dans ses Fidèles; et. en eux il est méconnu, méprisé, insulté, haï. Il vit au Saint Sacrement, d’une vie réelle, personnelle ; il est là, dans nos tabernacles, avec sa gloire et ses attraits et son amour. Et l’accablant, l’effrayant mystère de l’indifférence, de l’injure et de la haine des hommes sê reproduit sous nos yeux....

Que ferons-nous?.. Que ferons-nous, âmes sensibles à l’honneur de Dieu et de son Christ, âmes fortes et vaillantes par la foi, âmes généreuses et ardentes par l’amour, âmes humbles ef patientes par la commisération qu’il faut toujours avoir pour les plus grands pécheurs?... Nous ferons ce qu’a fait Marie. Nous verserons aux pieds de Jésus Hostie, nos larmes et nos

prières, nos adorations , et nos louanges, nos actions de grâces et nos bénédictions, nos satisfactions et nos expiations, toute l’humilité, toute la douleur , tout le dévoûment , tout l’amour de notre âme, notre vie toute entière pour qu’elle se consume devant la Sainteté, la Justice, et la Miséricorde du Fils de Dieu, devant sa Gloire outragée et son Amour méconnu et méprisé, comme un holocauste d’humble , suave, amère, heureuse, constante et universelle Réparation.

La Réparation est le soutien et la vie des ver tus. Par elle, l’amour est plus pur et plus fort, la foi est plus vive et plus agissante, l’espérance plus humble et plus ferme; la mortification et la pénitence atteignent leur but le plus élevé ; le zèle en tire toute sa noblesse, sa force et sa persévérance. La Réparation, c’est l’union intime avec Jésus et Marie, avec Jésus par Marie. Elevons-nous plus haut. Qu’est-ce que l’Incarnation, la Rédemption, l’Eucharistie, sinon la Réparation? El la Coopération de Marie à la Rédemption et sa Compassion et son action incessante dans l’Eglise, est-ce aussi autre chose que la Réparation? La Réparation, c’est la dette d’amour payée à Dieu, à Jésus, par Marie,

570 MÉDITATIONS SUR LES MYSTÈRES avec Marie et en Marie, pour nous pauvres pécheurs, et pour nos frères tous les pécheurs de l’univers... O sainte Œuvre! que de vœux tu nous inspires ! i

TROISIÈME CONSIDÉRATION

MARIE, Victime d'obéissance et de fidélité.

Que veut dire cette parole : Victime d’obéissance et de fidélité ? Elle exprime cette disposition intérieure que Notre-Séigneur a tant glorifiée qu’il semble l’avoir estimée plus sainte que la dignité même de Mère de Dieu. Il faut se rappeler cette circonstance de sa Vie Publique. Un jour qu’il venait de parler à la foule, une femme éleva la voix et dit: « Bienheureuses les entrailles qui vous ont porté et le sein qui vous a allaité ! » Et Jésus dit : « Bien plus heureux ceux qui entendent la parole de Dieu et qui en gardent les préceptes (1) ! » Il y a un autre fait non moins instructif. Il arriva que sa divine Mère et ceux qu’on appelait ses frères désiraient s’approcher de lui ; mais la foule était

(l) S. Luc, xi, 27, 28.

si nombreuse, qu’ils ne pouvaient y parvenir. Alors quelqu’un dit : « Voilà votre Mère et vos frères qui sont hors d’ici et qui veulent vous voir et vous parler. » Mais Jésus répondant dit: « Qui est ma Mère et qui sont mes Frères ? Ma Mère et mes Frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la pratiquent (1). »

Le point culminant, dans l’ordre de la grâce, c’est donc l’obéissance et la fidélité aux commandements de Dieu parfaitement remplis; et cette obéissance et cette fidélité sont aussi la preuve la plus sûre de l’amour, Notre-Seigneur lui-même ayant dit : « Celui qui m’aime, c’est celui qui garde ma parole et qui y est fidèle (2). »

Telle est l’excellence de l’obéissance à la volonté, au désir, au bon plaisir de notre Dieu, de notre Rédempteur, sur nous. Mais nous avons dit : Victime d’obéissance; en quel sens? Cette expression signifie l’état intérieur de sacrifice dans lequel est une âme qui adhère toujours à ce que Dieu demande d’elle. Or, l'on se rend compte facilement de la convenance et de la vérité de cette expression. Une âme qui

(1) S. Matth., XII, 46. — S. Luc, vin, 19. — (2) S. Jean, xiv, 21-24.

obéit immole à Dieu sa volonté ; et, parce que la volonté est ce que nous avons de plus intime et, si l’on peut dire, de plus personnel, cette immolation est te plus excellent des sacrifices. Delà cette parole : « L’obéissance est meilleure que tout autre victime (1). »

Mais, pour justifier d’une manière plus décisive encore cette manière de parler, il n’y a qu’à se rappeler ce que saint Paul a dit de l’obéissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ. C’est elle qui l’a fait Victime, puisque c’est elle qui l’a conduit à la mort et à la mort de la croix. « Il fut obéissant, dit-il, jusqu’à la mort et à la mort de la croix (2). »

Revenons maintenant à notre Mère. Marie, Victime d’obéissance et de fidélité, c’est donc Marie toujours attentive, toujours soigneuse, toujours zélée et avide d’étudier, de comprendre parfaitement chacune des paroles, chacun des désirs, le moindre dessein, le moindre bon plaisir de ce Fils bien-aimé, dont elle était plus que tout autre le disciple. Est-ce que ceux qui disaient : « Jamais homme n’a parlé comrrie

(1) Prera. livre des Rois, xv, 22. — (2) Ep. aux Philipp.,

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Lui (1), » admiraient ses enseignements autant que sa Mère? Est-ce que Madeleine, agenouillée aux pieds de Jésus dans la maison de Béthanie, « écoutait sa parole (2) » avec autant de tendresse et de joie que sa Mère? Est-ce que Jean s'inclina sur son Cœur, pour en recevoir les plus intimes secrets, comme sa Mère ? Est-ce que ces hommes simples et généreux qui quittèrent tout pour le suivre, selon le témoignage de saint Pierre (3), furent prompts à répondre à son appel, comme Celle qui était devenu sa Mère, par cette simple parole : « Ecce Ancilla Domini! Voici la servante du Seigneur (4) ! »

Tout ce que Jésus enseignait, recommandait, ordonnait, insinuait, par ses paroles, par sa conduite, par chacune de ses actions, Marie l'adorait, l’aimait, se l’appropriait, se l’appli-, quait, en faisait son aliment, comme Jésus luimême le disait de la volonté de son Père (5) ; et cette fidélité constante, attentive, amoureuse, était sa vie. Elle faisait une partie essentielle de son œuvre de Réparation ; elle était la consolation la plus intime du Cœur de Jésus ; elle

(]) S. Jean, vu, 46. — (2) S. Luc. x, 39. — (3) S. Matth., IX, 27. — (4) S. Luc, i, 38. — (5j S. Jean, il, 34.

était la consommation de l’union avec cet unique Centre et Terme de toute vie, selon cette parole : ce Celui qui adhère à Dieu est un même esprit avec lui (1) ; » et encore : « Quiconque m’aime, garde mes commandements, et nous irons à lui (c’est-à-dire le Père, le Fils et le Saint-Esprit) et nous ferons notre demeure en Lui (2). » De sorte que ce qui semble réservé au Ciel, l’union parfaite à Dieu et à Jésus, la demeure de la Très-Sainte Trinité en nous, c’est la grâce éminente de l’âme qui accorde tout au bon plaisir divin, qui s’immole toute entière à ce bon plaisir adorable, qui se consume, comme dans les flammes d’un holocauste d’amour, dans toutes sortes d’œuvres de religion, de charité, de zèle, de mortification et de pénitence, que demande d’elle ce tout aimable bon plaisir.

Telle fut Marie, durant les jours de la Vie Publique ; mais d’une manière si sublime, à un degré si haut, et dans des ardeurs de charité si consumante que Celui-là seul lésait qui recevait avec tant de complaisance l’hommage de son humble Victime d’obéissance et de fidélilé.

(1) Prera. Ep. aux Corinth., vi, 17. — (2) S. Jeaa, xiv, 24.

Quand Jésus avait dit : « Qui est ma Mère ? Quiconque écoute ma parole et l’observe fidèlement est ma Mère, » il désignait spécialement Marie; c’est Marie surtout qu’il avait le dessein de louer et de glorifier. En réalité, l’auguste Vierge était deux fois sa Mère, et sous les deux rapports, elle l’était à des titres magnifiques. Elle était sa Mère, puisqu’elle l’avait enfanté; mais cet enfantement avait été miraculeux et tout divin, et loin d'altérer ou d’amoindrir sa virginité, comme parle l'Eglise, il l’avait confirmée et consacrée (1). Mais elle était Mère d’une manière éminente et sans égale, dans le sens de la parole du divin Maître, puisqu’elle accomplissait, avec des dispositions si admirables et si parfaites, tout enseignement de ce Maître adorable, son Fils.

Et de même que, dans le Mystère de son divin enfantement, elle était devenue en même temps Mère de Jésus, et Victime avec Jésus (nous l’avons vu dans la Méditation ixe sur le Mystère de l’Incarnation (2), de même, aux jours de la

(1) Natus de Virgine Matris integritatem non minuit sed sacravit. — In festo Nativit. B. M. V. Sécréta, — (2) Tome premier, p. 118.

Vie Publique, elle mérita, par son obéissance et sa docilité, d’être appelée à la fois Mère de Jésus et sa Victime.

Elle devait plus tard, aux pieds de la Croix, devenir une fois déplus, Mère de Jésus et Victime avec Lui, en donnant naissance à son Corps mystique, qui est l’Eglise. — Nous le verrons en son lieu.

C’est ainsi que durant les trois années qui suivirent les jours si tranquilles et si beaux de Nazareth et qui précédèrent les scènes si douloureuses de la Passion, Marie ne cessa d’être devant Jésus une Victime d’adoration et de louange, — de réparation et de satisfaction, — d’obéissance et de fidélité.

O Marie ! vous êtes notre Mère. Une mère donne d’elle-même, de son sang, de sa vie, de son cœur, de son âme, à ses enfants. Donneznous de ce que vous êtes, de votre esprit, de votre vie, de votre âme, de votre cœur, ô parfaite, ô sublime, ô ravissante Hostie de Jésus ! Donnez nous! Et, que ce qui est en nous de nous-mêmes le cédant à ce qu’il vous plaira de nous communiquer de vous-mêmes, nous puissions dire, chacun en vérité : « Pour moi vivre.

c'est Marie! » 0 grâce infiniment aimable et désirable ! 0 faveur du Ciel plutôt que de la vie d’exil !... Et alors n’étant plus nous-mêmes, mais vous seule. O notre unique vie en Jésus ! nous serons, comme vous et en vous et par vous, des Victimes et des Hosties du sacré Cœur de votre Fils , « Hosties vivantes, saintes et assurément agréables (1), » Hosties d’adoration et de louanges, Hosties de réparation et de satisfaction, Hosties d’obéissance et de fidélité, devant chacun de ces Mystères, mais surtout, ah ! surtout, devant le Mystère qui les rappelle tous et qui les contient tous, celui de sa douce Présence, celui de son Amour vivant, celui de son Cœur Eucharistique ; et alors, avec Vous, par Vous et en Vous, c’est-à-dire en votre société, par votre médiation et selon votre esprit, ce qui n’est autre chose que la plus intime, la plus étroite, la plus amoureuse, la plus absolue union avec Vous, ô très-unique, ô très-aimée , ô très-aimable Mère! nous aurons le bonheur d’être icibas la consolation du Cœur de notre Dieu, de notre Prêtre, de notre Hostie, par toute notre vie intérieure, par toutes nos actions extérieu-

(1) Epître aux Romains, xii, 1.

res, par ce qui nous donne de la tristesse ou de joie, par le succès comme par l’insuccès, parle travail comme par l’impuissance, par les œuvres de zèle comme par celles de la contemplation, par tous nos vœux, par toutes nos aspirations, par tous les mouvements de vie qui sont en nous, et par notre dernier soupir qui sera, Mère! sous vos regards, notre dernier Sacrifice. Amen.

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