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adorer ou pour demander giàce, toute la race humaine sera
dans ses mains avec ses destinées, et il prouvera que son
Père lui a tout donné et qu'il est le Maître, en décidant avec une autorité suprême du sort des générations et en taisant
d'un seul arrêt de sa bouche, ou leur béatitude ou leur
malheur, et pour une éternité.
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Mais parce que la puissance de J.-G. ne se révélera dans sa plénitude qu'au dernier jour , il ne faut pas croire qu'elle restera enchaînée ici-bas et que l'être humain échappe complètement à son action et à son empire. Non M. F., tout lui appartient, et dès cette vie, et malgré les résistances de la volonté humaine, il n'en exerce pas moins souverainement sa royauté au milieu de nous, quoiqu'il ne doive en faire éclater la gloire que dans l'éternité.
En effet, au sein de ce monde visible et comme sous l'enveloppe des sociétés temporelles, un autre monde existe que ni le temps ni l'espace ne mesurent, mystérieux, caj^ne, le plus réel toutefois et le plus vivant des mondes. '^levé au-dessus des sens, l'homme charnel ne le soupçonne P^s. Plus haut que la pensée elle-même, le génie peut le Pi'essenlir; il ne l'aperçoit pas : la foi seule le révèle. C'est e monde surnaturel, le monde des âmes. Là est l'empire Pi"opre de J.-C, le théâtre par excellence de son action di- ^'ne. C'est ce qu'il faut vous développer.
^a plus noble puissance que conçoive la pensée, c'est ^ans contredit celle qui s'exerce sur l'âme de l'homme, et ||ne telle puissance n'appartient qu'à Dieu. Les dominations humaines s'arrêtent à ce qu'il y a d'extérieur et de ^nsible en l'homme ; elles ne vont pas jusqu'à son âme et, ^ ame leur résiste, leur puissance n'est plus que la sou- ^^'■aineté matérielle de la force. Oui, l'homme ici-bas peut ^ trouver le maître absolu des biens, de la liberté, de la eses semblables; mais leur pensée, leur volonté, leur ' «u un mot, ne relève que d'eux-mêmes et nul ne la saisir, SI librement elle ne se Uvre à son empire. ^ I', c'est la gloire de J.-C, et sa gloire incommunicable, ^^ isposer en souverain de ce qu'il y a de plus intime en ous et d'exercer sur l'être humain la plus haute domina
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lui puisse être, la domination sur la pensée, sur son
SERMONS. ■ ^ |g
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vouloir, et sans blesser en rien sa liberté. Et c'est là un des points de vue du dogme catholique de la grâce. Nous croyons que J.-C. Fils de Dieu, Dieu lui-même, peut tout sur l'âme de l'homme ; que tout en elle plie devant lui, quand il a résolu de la subjuguer, et que toujours obéissante, mais jamais esclave, la volonté humaine cède ini'ailliblement à l'action de sa grâce, libre toutefois, même alors qu'elle cède, et n'exerçant jamais plus noblement sa liberté qu'en cédant à la domination divine qui la subjugue.
Cette puissance de J.-C. sur les âmes fera l'objet de ce discours. Nous l'étudierons dans son action sur les cœurs infidèles et qui se sont éloignés de lui. Il peut tout pour les attirer à soi, il peut tout pour les renouveler, ce sera tout le sujet de votre attention. A. M.
Dieu, dont la sagesse infinie est toujours d'accord avec elle-même, agit de la même manière dans l'ordre de la grâce et dans l'ordre de la nature. Voyez le monde des corps; la puissance suprême s'y révèle, à certains intervalles et pour des fins dignes d'elle, par ces grandes et soudaines créations que nous appelons les miracles. Mais dans l'ordre habituel de la nature, elle agit par l'enchaînement régulier des effets et le naturel développement des causes. 11 en est de même dans le monde spirituel, dans le monde des âmes. Un regard, une parole, touche, subjugue et enchaîne à J.-C. ses premiers disciples. Un coup de foudre et une voix qui éclate dans les nues terrassent Saul et changent le persécuteur en apôtre. Mais dans l'ordre commun la vertu divine se manifeste par une action moins brusque, moins dominatrice en apparence, et qui n'en est ni moins sûre m
surtout moins efficace. Le maître souverain qui nous tient tous attachés à soi par une chaîne indissoluble, quoique souple et flexible, se prête aux mouvements de notre liberté qu'il a faite inviolable. Tantôt caché, tantôt visible, on dirait qu'il ne fait que suivre toujours, et toujours il conduit. Alors inême qu'il condescend avec plus de faiblesse apparente aux volontés de l'homme, il ne cesse de les diriger infailliblement et souverainement au grand but que sa miséri- ^rde s'est fjxé. Il est incessamment au seuil de nos cœurs. ^cce sto ad ostium etpulso. Et là il ne se lasse pas de frapper, j«a'tre sans doute de s'ottvrir accès dans nos âmes, s'il ^ voulait, fût-ce même par des brèches et par des ruines ; '«ais se faisant à soi-même, dans sa délicatesse divine^ "ne loi de ne régner en nous que par nous et estimant comme la plus douce et la plus belle gloire de son empire
e ne le devoir qu'aux libres mouvements de notre volonté.
^insi toujours près de sa créature, alors même qu'elle
s efforce de fuir loin de lui , que dis-je ? toujours uni à sa
jeature par la nécessité de son être divin, alors même
4 elle est séparée de lui par le péché, il est en elle agis-
nt et travaillant sur toutes ses puissances pour l'amener 'n, de combats en combats, à céder volontairement à sa veraineté qui n'est autre chose que la souveraineté de ' auiour.
léri ^' ^' ^''"' ^^ '^^"'''^"^ ^ ^^ lumière de la foi l'action in- ^^Jeure de J.-C. sur l'âme infidèle et qu'il veut attirer à ^.J y découvre deux circonstances principales : il la trou-
^et 11 la réveille, il la détache et il la subjugue sel J, "^ '^ '"^ ^™"^^'- P'^"'''!»"^? Par-ce que, selon l'endans u""'"' '^^ *'^'"^"'''' ^^"'« ^"™« ''^rée aux créatures est esibes^- ""^'f f'''^''^ e^ d*^ «""""leil, et que, avant tout, il
son rL , ^"■'' '*' '^ '"^''■■''■^'^ ^' '•^ la appeler h la raien û est plus vrai, chrétiens, que l'effet de nos pan-
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276 JÉsrS-CHRIST RÉGNANT SUR LES AMES
chants déréglés est d'enivrer et d'endormir cette portion la plus noble de notre être par laquelle nous aspirons à Dieu et à l'éternité. C'est l' Esprit-Saint qui nous l'assure. Réveillez-vous , crie-t-il aux âmes mondaines par la bouche du prophète Joël, réveillez-vous, ô vous qui êtes ivres ! Expergisciminiebrii{l). Et par la voix de saint Paul : C'est l'heure de sortir du sommeil ; hora est jam. nos de somno surgere (2). Et certes , il en est ainsi. Voyez l'homme dans l'ivresse ou pendant le sommeil, la réflexion lui est ôtée et avec elle la liberté. Toutes les puissances intérieures sont liées. L'intelligence est le jouet d'illusions étranges. La pensée ne s'exerce que par des rêves. Il n'y a de volonté que pour poursuivre des ombres et des fantômes. N'est-ce pas là votre trop fidèle image, ô âme qui vous êtes donnée au monde et aux passions? Le vain amour des créatures vous a enivrée et vous n'êtes plus à vous-même. Votre œil troublé ne voit plus les réalités spirituelles. Vous ne savez ni réfléchir ni vouloir par rapport à Dieu et aux choses de Dieu. Dans votre sommeil vous ne laites plus que rêver, et ce qui vous reste encore de liberté vous le dépensez à poursuivre, dans la nuit où vous êtes, de fausses et décevantes apparences que vous appelez le bonheur. Oh ! que votre ivresse est profonde ! Oh! que votre sommeil sera difficile à rompre ! Mais rien n'est impossible à la puissance deJ.-C. Quelque temps il semblera se retirer et laisser l'âme à cet engourdissement maladif que vous prenez pour le repos. H lui permettra de boire à longs traits et bien avant dans la coupe le breuvage d'assoupissement, comme parle l'Ecriture. Car il entre dans ses desseins de miséricorde de lâcher en quelque façon la bride aux emportements de notre liberté, afin qu'après avoir épuisé toutes les jouis-
(1) ,loc\, 1, 5. ■ .
(2) Rom. 13, li.
sances et perdu jusqu'à la possibilité de nouvelles illusions, l'expérience de tant de désirs trompés et de tant de joies qui se sont trouvées vaines nous désabuse à tout jamais des faux biens du monde et nous convainque sans retour du néant de tout ce qui n'est pas Dieu. Mais bientôt sa main puissante se fera sentir. Secouée en tous sens par cette main divine, l'âme aura beau se roidir et beau tendre tous ses ressorts, il ne lui sera plus possible de retenir ce sommeil qui la charmait. Tantôt c'est un événement imprévu qui fait crouler à ses côtés un édifice de prospérité, objet de son envie, et de chaque débris de cette fortune tombée il sort autant de voix qui lui crient : vanité des vanités et tout est vanité ! Tantôt ce sont des coups soudains qui la frappent elle-même, ou dans des êtres chéris qui par l'affection étaient devenus comme une portion de son être, ou dans ces faux biens,* ou dans ce corps avec lesquels elle se confond, tant elle a perdu le sentiment et l'idée de sa propre nature. D'autres fois, c'est l'inconstance d'un attachement auquel on avait foi et qui manque. Ou bien c'est la lassitude même de la prospérité, c'est l'ennui de la jouis- S'ince. Car telle est la misère du inonde que ce qu'il y a encore de moins vain dans ses joies , ce serait de les poursuivre toujours sans-«n jouir jamais. Enfin, c'est ce dégoût "e 1 existence qui ronge et tue presque toutes les âmes en ce cmps-ci où l'on va si vite au fond des choses humaines, où
°ii épuise en une heure des illusions dont nos pères vicient des années. Souvent ce ne seront que de simples etours de raison et de foi, des lueurs rapides, mais qui '^n seul coup jettent le jour dans ces dernières profon- ^Ws, comme ces éclairs qui la nuit illuminent tout un orizon et d'une seule lueur découvrent au voyageur égaré ^ abîmes qui l'environnent. Souvent encore, ce ne sera 4U une parole rencontrée dans un livre, qu'une parole
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tombée sans dessein des lèvres du prêtre; moins encore, une idée qui a jailli tout à coup de l'âme, et d'où et comment elle a pénétré dans l'intelligence , on ne saurait le dire. Mais cette parole a ébranlé des fibres jusque-là insensibles. Une puissance inconnue, qui n'est pas de nous, qui est en nous, l'a redite au fond de l'âme et lui a prêté une force surhumaine. Mais cette idée, une main invisible l'a attachée au plus intime de notre être et ne cesse d'en poursuivre la pensée, comme d'une vision fatale. Alors l'âme se prend à s'étonner et à s'effrayer de soi-même; elle veut se persuader que ce n'est là qu'une faiblesse de la pensée. C'est en vain ; elle est sous l'action d'une main toute-puissante qui lui permet encore la lutte, mais qui lui défend le sommeil. Désespérée, hors d'elle-même, l'âme s'efforce de fuir et d'échapper à Dieu et à soi. Dans sa fuite elle emporte toujours inhérente à son être la vision persécutrice. Elle se jettera dans le tumulte et le bruit des créatures ; elle ira peut-être jusqu'à rappeler les passions usées et dont elle a perdu le goût, afin d'étouffer, s'il est possible, la voix importune qui la trouble, afin de se dérober à la vision opiniâtre qui l'obsède. Un instant elle se flattera d'avoir retrouvé son sommeil. Et voici qu'au premier moment de solitude, voici qu'à la première de ces heures inévitables où les créatures nous laissent forcément à nous-mêmes, la voix fatale gronde de nouveau et est répétée par tous les échos de l'âme. La vision reparaît plus vivante encore, et plus menaçante que jamais. Fuyez maintenant, ômon âme, et si loin qu'il vous plaira. Gourez de passions en passions, vous efiorçant de vous perdre vous-même et avec vous ce qui fait votre supplice. Vous avez beau vous agiter en tous sens pour vous débarrasser du trait que vous portez en vous-même, vos mouveÊiients ne servent qu'à l'enfoncer plus profondément et plus douloureusement dans la plaie.
Ah ! plutôt ouvrez les yeux, reconnaissez qu'un Dieu est en vous qui vous remue et qui a résolu de ne vous laisser plus de repos. Vainement criez-vous : la paix, la paix! dicmtes pax,pax et non erat pax. Il n'y en a plus pour vous. Votre conscience divinement troublée ne vous laissera plus de repos, jusqu'à ce que, vaincu et cédant enfin, vous tombiez aux pieds de votre Souverain et de votre Dieu.
Et voilà, M. F., une des plus éclatantes preuves de la puissance spirituelle de J.-C. Il a le pouvoir de troubler les âmes qui s'égarent et ce pouvoir il l'a seul. 11 trouble ! Ce n'est pas le monde qui le niera. Est-ce que le monde ne lui en fait pas tous les jours un sujet d'accusation? Que lui '"eproche-t-il sans cesse, sinon qu'il trouble les consciences? Il trouble! mais quelles consciences trouble-t-il ? Ce n'est P^s la conscience fidèle apparemment : c'est donc la conscience coupable. Mais qu'est donc votre Maître, qu'est •'•■G., si, devant lui, rien ne s'émeut que les passions, rien ^ est tranquille que la vertu? Il trouble! Mais si sa parole ^ est pas la vérité, mais si les terreurs qu'elle éveille au lond de l'àme ne sont qu'une faiblesse, essayez donc de Vous défendre contre lui par la raison et de lui répondre P^r le mépris. Ah ! si sa voix n'était qu'une voix de la terre, elle ne trouverait pas un si puissant écho dans nous-mêmes. "^^ le trait qu'il nous jette ne partait que d'une main <1 homme, il ne pénétrerait pas si avant dans nos âmes, ti'ouble ! Je ne m'étonne plus que toutes les passions lui ^lent déclaré la guerre et que partout, toujours une contraiction implacable ait poursuivi son nom. Elles ont usurpé empire de l'âme et en lui elles ont reconnu le Maître qui ^ent réclamer son domaine. Elles veulent rester souve- ^•nes et elles ont la conscience de sa force comme de son •"oit. Elles s'agitent devant lui parce qu'elles ont peur, et ^'les ont peur parce qu'en lui elles devinent un Dieu. H
trouble! Et pourquoi seul a-t-il la vertu de troubler les âmes? Venez à votre tour, ô sages ! Venez et parlez à mon cœur, à ma conscience et à ma raison. Je vous écoute et je ne sens rien en moi ni qui s'éveille à votre voix ni qui se remue à votre parole. C'est que vous parlez au dehors, là où il y a du bruit et je ne vous entends pas. .I.-C. parle audedans-, là où tout est silence et toutes mes puissances l'entendent. C'est que l'âme , ô sages, n'est pas votre empire. Vous êtes là dans le domaine d'autrui. Vous parlez et on ne tient pas compte de vos paroles. Quand il entre dans l'âme, J.-G. est chez lui : il parle, on l'écoute et il est obéi. C'est que vous n'êtes que des créatures. Dans l'homme, il n'y a rien qui vienne de vous et aussi il n'y a rien qui vous réponde. J.-C. est créateur; tous les nobles instincts de l'âme lui répondent parce que tous ils viennent de lui. Retirezvous donc, ô sages! et faites place au Maître! Et vous, ô Dieu, troublez toujours, troublez sans fin, les âmes qui sont loin do vous et troublez-les si heureusement qu'elles n'aient plus de ressources que de revenir à vous et de chercher le repos dans votre amour.
L'action de J.-C. a réveillé l'âme : il faut aller plus loin maintenant, il faut la détacher, l'affranchir et la subjuguer. Chaque être humain porte en soi comme deux êtres distincts et qui se font l'un à l'autre, dans un même cœur, une guerre irréconciliable. Par l'un, l'âme, ravalée à la condition des corps et identifiée avec les sens, devient toute terrestre, incapable de rien désirer et de rien goûter que ce qui est matériel et sensible. Par l'autre, l'âme, toute spirituelle et toute céleste, remonte à son principe, à sa patrie et est capable du ciel et de Dieu. Mais c'est l'effet des passions d'enchaîner tellement en nous l'homme spirituel qu'il n'a plus d'action et de mouvement, en sorte que l'âme ne sentant presque plus rien en soi qui l'élève à Dieu, finit par
ne plus croire à d'autre vie qu'à celle des organes et semble ne tenir de la nature des esprits que ce par quoi elle est capable de sentir. C'est donc cet homme selon l'esprit que la grâce divine s'efforcera de mettre en liberté, esclave et opprimé qu'il est sous le joug de l'homme selon la chair.- Y a-t-il ici une âme qui ait connu les passions et leurs égarements et que la grâce ait rendue à elle-même et au devoir? Qu'elle rende gloire à Dieu, qu'elle dise si, aux jours qui amenèrent son changement, elle ne sentit pas naître en soi comme des penchants inconnus et je ne sais quels attraits nouveaux qu'elle ne comprenait pas. N'est-il pas vrai, ô âme, qu'une lumière qui n'était pas de ce monde ^int tout à coup vous éclairer sur vous-même et sur la. Vertu? N'est-il pas vrai que vous vous étonnâtes de trouver soudainement en vous comme un conseiller et un ami qui vous parlait et de votre dignité et de votre avenir, et de I*ieu et de ses droits, et du bonheur qu'il y a à le servir et a l'aimer? N'est-il pas vrai que peu à peu, à cette voix céleste, vous sentiez vos pensées s'élever, vos sentiments se légager de la terre et monter vers des régions plus nobles? Mais quelle puissance réveillait ou créait en vous ces penchants jusque-là ignorés? Mais quelle voix vous enlevait ^'nsi à la terre et à vous-même ? Mais quel conseiller, quel 3fni vous parlait de la sorte et dans cette région de l'âme que les sens ne soupçonnent pas et où la parole de l'homme ^^ peut arriver? Cette puissance, c'était la puissance de "'•-G. Cette voix, c'était la voix de J.-G. Ce conseiller, cet "*'ni, n'en doutez pas, c'était J.-G. Oui, c'est lui qui remuait par la vertu de son esprit cette portion de votre âme par laquelle vous tenez à Dieu et dont vous aviez perdu la conscience. Car voilà, M. F., la gloire de J.-G. Quand il va aune •iiiie pour l'amener à soi, il ne flatte pas ses passions, il ne compose pas avec ses faiblesses, il ne lui sacrifie pas un
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seul de ses droits, il ne lui dissimule pas un seul de ses préceptes; mais il s'adresse à ce que lui-même a mis en elle de divin. A sa parole, l'âme sent tout à coup naître en soi comme des facultés nouvelles, comme des puissances qui lui manquaient et par lesquelles elle se trouve subitement en rapport avec un monde mystérieux. Alors il se passe en elle des choses étranges. Il y a dans le même homme deux esprits, deux volontés et qui sont aux prises. On regarde le ciel, on regarde la terre; on appelle la vie de l'esprit, on ne peut renoncer à la vie des sens. Tout ensemble on veut et on ne veut pas le même objet, et, dans celte contrariété de vues, de désirs, de résolutions qui se détruisent, l'âme, dit saint Augustin, se sent déchirée et comme emportée en lambeaux. Cependant celui qui a résolu de vaincre dans sa créature ne s'arrête pas dans sa miséricordieuse poursuite. Il la presse de toutes parts, il l'assiège sur tous les points. Au dedans, au dehors, il multiplie son action divine et tout lui est instrument pour réduire ce cœur rebelle. Au dehors il ménage, comme autant de pièges heureux, mille circonstances singulières. C'est un ami engagé dans les mêmes illusions et qui se donne tout à coup à d'autres pensées. C'est un de ces anges visibles que Dieu place pour leur salut à côté des âmes qui s'égarent, une épouse, une mère, un enfant dont les larmes prient depuis si longtemps pour nous et dont quelque chose nous presse au fond du cœur de consoler les désirs en les exauçant. Ce sera un ministre sacré que le zèle rapprochera de nous et dont chaque parole répondra à quelque pensée intime de l'âme, à quelque mouvement secret de la conscience. Ainsi, dans des circonstances semblables, Augustin reconnaissait-il les saintes industries et comme les pieuses embûches de la grâce. Ainsi , dut-il et aux larmes de sa mère, et au zèle du grand Ambroise, et au récit des
merveilles opérées par l'Esprit-Saint dans des cœurs infidèles, cette sainte honte qui, en le faisant rougir de sa faiblesse, préparait son retour prochain à Dieu et à la nature. Ramenée au dedans de soi par tout ce qui l'entoure, l'âme se met à réfléchir sur elle-même, elle commence à se voir telle qu'elle s'est faite par ses passions, avec sa nudité, avec ses souillures, avec ses plaies mortelles et elle se prend en horreur et elle ne sait où se cacher elle-même à elle-même. Puis elle songe à cette fuite si rapide des années, à cette tombe dont si peu d'intervalle la sépare encore, à cette éternité qui tout à l'heure sera tout son avenir. Alors elle commence à désirer une vie nouvelle; elle se dit qu'il faut 6n finir quelque jour avec des passions qu'elle condamne 6t qu'elle méprise. Mais, ô faiblesse du cœur de l'homme, qui le matin s'éveille un instant et l'instant d'après retombe dans son sommeil ! L'âme veut déjà son changement, mais elle le veut pour un autre temps : ou bien elle le veut Un instant, l'instant d'après elle ne le veut plus. Toutes les passions semblent s'animer, dit encore saint Augustin, et se présenter à elle et lui dire : quoi! c'est donc pour toujours ! Quoi tu pourras vivre sans nous et être heureuse tom de nous ! Alors la tyrannie des habitudes se réveille. ^ âme n'aperçoit plus que sa faiblesse et la difficulté d'une conversion ; il lui semble que son courage l'abandonne et que la veitu est au-dessus de ses forces. Et la vertu lui apparaît comme à Augustin avec sa beauté céleste, et sa paix et ses joies surhumaines et, lui montrant ses disciples •unombrables, elle lui fait honte de ses lâchetés, de ses •^'ais, de ses prétextes, elle semble lui dire : quoi, tu ne pourrais ce que peuvent tes semblables!... Mon Dieu! qu alors cette âme est cruellement déchirée! Mon Dieu! 4Ui pourra dire quel supplice elle est ;\ elle-même et ce 'ï'^elle souffre tout ensemble et de ses désirs et de ses
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passions, et de l'habitude qui l'enchaîne, et de la grâce qui la presse de rompre ses liens? grâce de J.-C, que vous savez bien remuer le cœur de l'homme et que vous tratravaillez divinement une âme quand vous en avez résolu la conquête !
Cependant il faut venir à bout de ces résistances et de ces délais ; il faut contraindre librement celte âme à vouloir la fin de son martyre et son bonheur. Frappez donc, ô Dieu, . et portez le dernier coup à cette créature rebelle. Voilà, en effet, que l'action divine devient d'heure en heure plus énergique et plus puissante. Tout ce qu'il y a d'instincts surnaturels au fond de l'être humain s'exalte. Les terreurs de la vie future obsèdent sans relâche l'intelligence; les nuits ignorent le sommeil ; la veille ne connaît plus qu'une seule pensée; une fièvre sans nom dans la langue humaine travaille le plus intime de l'âme. Ce n'est plus la vie, ce n'est pas la mort; c'est quelque chose qui rassemble en soi et toutes les douleurs de la vie et tous les déchirements de la mort. L'âme toutefois dispute encore sa soumission; elle tente par un effort désespéré de retarder l'inévitable défaite qui cependant doit être son triomphe. Alors la lutte est terrible au dedans d'elle-même, et la parole de la terre ne saurait rendre ce qui se passe dans ce combat suprême. Voyez-vous, par le calme brûlant d'un jour d'été, le ciel se couvrir tout à coup? Entendez-vous je ne sais quels bruits étranges qui grondent dans le lointain de l'horizon? C'est la tempête. Tant qu'elle court dans la plaine et qu'elle ne rencontre sur sa route que les épis de nos sillons, elle courbe, elle ne brise pas. L'épi baisse la tête; l'épi se relève et la tige est intacte. Mais vient-elle aux hautes montagnes, aux vieilles forêts qui perdent leurs chênes dans les nues? Alors elle rugit, elle tonne, elle secoue, elle rompt, elle abat, elle emporte l'obstacle en mille lambeaux et, quand elle a passé,
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ce n'est plus derrière elle que de longs débris et des ruines immenses. Ainsi l'esprit du Seigneur J.-C, qui de soi n'est que douceur, se change-t-il en une puissance forte et terrible , quand il faut dompter une nature rebelle. Heureuse, mille fois heureuse l'âme qui obéit à la grâce! Comme un vent doux et léger, dit l'Écriture, la grâce la courbe sans la rompre et ne la plie un instant que pour la relever l'instant d'après. Mais malheur à l'âme indocile qui veut essayer de la lutte avec la force d'en haut. Voilà que l'esprit gronde ainsi que le tonnerre dans ses dernières profondeurs. Voilà comme une tempête divine qui rugit, éclate, bouleverse toutes ses puissances. Les pensées croisent les pensées ; les impressions les plus contraires se heurtent et se mêlent. Tout s'agite, se confond, tombe, se relève, tombe encore dans l'esprit, dans le cœur, dans la conscience. Partout ce ne sont que débris et ruines, débris vivants, ruines intelligentes. Renversée, mutilée, toute sanglante de ses blessures, l'âme épuisée est à bout. C'en est fait, elle cède, elle se rend, et, jamais plus libre que lorsqu'elle se soumet, de ce cœur tout saignant et brisé de tant de coups elle crie enfm merci à son vainqueur, elle dit enfin : Seigneur, que voulez-vous que je fasse. Domine, quid vis '*»e facere? Heureuse défaite où il n'y a de perte que celle de ses douleurs et de ses misères ! Heureux triomphe, où il n'y a point de larmes, si ce n'est celles de la joie et de la paix!
Cette action de J.-G. dans les âmes, à qui de vous est-elle ^Irangère, mes çhers auditeurs? Où est donc l'âme, si errante loin d'elle-même, qui n'ait observé en soi ce travail Mystérieux de la grâce? Dites, chrétiens, est-ce qu'au fond du cœur vous n'avez jamais entendu une de ces voix inti- "^es qui crient si haut et si fort dans leur silence même? t-st-ce que jamais, dans vos heures de solitude, de malaise
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et de vide, nulle parole d'en haut ne vous a pressés de vous retirer de ces créatures si vaines et de porter votre âme à Celui-là qui seul peut la remplir? Peut-être que cette voix divine vous poursuit, vous aussi, et depuis de longues années. Peut-être que vous aussi vous portez le trait divin au fond de lame cl que depuis longtemps votre existence n'est qu'un effort désespéré pour vous débattre, pour échappera votre Maître et demeurer à vous-mêmes. Donc ne dites plus que la grâce vous manque. Et qu'est-ce donc que ce qui se passe en vous, si ce n'est l'action et le travail de la grâce? C'est votre histoire que je viens de raconter dans cette chaire et c'est vous qui êtes la preuve vivante de ce discours. Donc ne dites pas comme l'impie : si J.-C. est si puissant, que ne prend-il mon cœur et que ne me change-t-il malgré moi? Être changé, c'est le plus grand don du ciel : le méritez-vous? Être changé, c'est vouloir l'être, litre changé, c'est se changer soi-même en coopérant à J.-C. et à sa grâce. Auriez-vous donc le cœur d'accuser votre Dieu de cette volonté mauvaise qui est votre ouvrage et de lui repro- . cher cette liberté rebelle qui est votre crime ? Plutôt ouvrez les yeux et comprenez. Oh ! si vous saviez le don de Dieu! Si vous saviez ce qu'il s'agit de perdre et ce qu'il s'agit de gagner! Combien faciles et heureux les sacrifices qu'on vous demande ! Combien douce et divine cette nouvelle existence à laquelle on vous convie! Non, vous ne vous consoleriez pas de vos résistances. Non, vous ne vous pardonneriez pas de lutter si longtemps et contre Dieu et contre le bonheur.
Résumons, Chrétiens, tous les traits de l'action de J.-C. 11 pénètre, quand et comme il lui plaît, dans les âmes qui lui sont le plus obstinément fermées; il préoccupe de soi, et quand 11 veut, les esprits les plus indifférents. L'âme humaine est donc son empire, puisque nulle puissance ne saurait lui
en défendre l'arxès ni la soustraire à son action. Il parle aux âmes plongées dans les sens. Il leur fait écouter le langage des esprits, surtout il le leur fait comprendre. Il parle aux âmes qui ne connaissent et ne goûtent que les passions. Il leur parle du devoir et de la vertu et il prête à tous deux un charme irrésistible et une force qui subjugue. Il est donc à la fois et le Maître de la vertu, puisqu'il lui donne tant de grâce, et le Créateur de la volonté humaine, puisqu'il sait ainsi l'attirer au devoir. D'autres aussi prétendent dominer l'âme. Ou l'âme leur échappe ou ils n'ont sur elle d'empire que pour la corrompre et la pervertir. J.-C. va droit à l'âme avec ses maximes de haine de soi, de combat et de crucifiement. Elle peut bien lui résister, parce qu'elle est libre; mais elle ne peut entendre sa voix, sans gémir de ses faiblesses et sans en rougir. Tout ce qu'il y a d'élevé en elle vient donc de lui, puisque tout cela est d'intelligence avec lui. Sa puissance est donc la plus sainte qui puisse être, puisqu'elle ne combat que contre les passions et qu'elle ne triomphe que du mal. Enfin quand il a résolu de subjuguer '^n cœur, il fait tout servir à ses desseins, et ce qui est au dehors, et ce qui est au dedans. Il domine donc les événe- *^ents, puisqu'il les tourne ainsi selon ses vues. Il tient donc 6» ses mains toutes les âmes, puisqu'il fait agir tant d'âmes pour en gagner une seule. Il dispose donc de toutes nos puissances, puisqu'il les remue à son gré et en tous sens pour en faire sortir l'acte libre de la dépendance et delà sou- "lission volontaire. Oh !oui , le cœur de l'homme est à lui, et ^9 royauté a des racines dans toutes les fibres de notre être. J-G. peut tout pour attirer les âmes; j'ajoute qu'il peut tout pour les renouveler : ce sera la deuxième réflexion.
Il semble que J.-G. ait tout fait en se soumettant la volonté humaine. Le travail de la conversion n'est qu'ébauché toutefois et ce ne sont encore que 'les traits les moins éclatants de la puissance divine sur les âmes.
M. F., lorsque l'homme vaincu par la grâce tombe aux pieds de J.-C, il apporte une âme pleine de souillures et gâtée par les passions jusques dans ses dernières fibres. Aussi tout être humain qui revient à Dieu se fait peur à soi-même. La vue de sa corruption intime le saisit à un tel point, la conscience du mal qu'il porte en soi l'accable tellement qu'il n'ose presque ni former un désir de vertu ni lever un regard vers Dieu. Il lui semble, dirait-on, qu'un désir sorti de son cœur serait une profanation de la vertu et que le regard d'une créature si horriblement souillée serait une insulte à l'infinie pureté du Créateur.
Le premier besoin de l'âme qui s'est rendue â Dieu, c'est donc d'être purifiée, d'être régénérée, en quelque sorte, créée une seconde fois et refaite à neuf avec toutes ses puissances. Oui, supposez l'homme le plus franchement détaché des passions et des créatures, l'homme le plus énergiquement travaillé par l'Esprit-Saint, le plus irrésistiblement attiré à Dieu par la grâce , si vous lui laissez avec les souillures de sa conscience le sentiment de sa corruption toujours vivante, si vous ne trouvez pas le secret de le séparer, de le diviser en quelque sorte d'avec luimême et de faire qu'il y ait en lui comme deux hommes distincts, l'homme qui a voulu le mal et qui n'est plus, l'homme qui veut la vertu et qui seul vit et subsiste, en vérité, je vous le dis, n'attendez rien de cet homme. La
seule vue de sa dépravation intime luera en lui et le courage et la volonté et jusqu'au désir. Le cœur humain est ainsi fait; vous ne le cliangerez pas. L'un des plus grands obstacles au devoir ce sera toujours la conscience qu'on lui fut infidèle, et il suffît de se sentir criminel pour n'oser plus songer à redevenir vertueux. La puissance convertissante est donc impuissante où manque la puissance renouvelante et créatrice. Chrétiens, cette puissance de renouveler l'être humain appartient à J.-G. et n'appartient qu'à lui seul. Son esprit, qu'il a laissé à son Église et qui opère incessamment dans les âmes, s'appelle l'Esprit Créateur; et lui-même par la bouche de son apôlre, il nous apprend qu'il fait toutes choses nouvelles. Ecce nova lacio omnia.
vous donc qui avez eu le malheur d'oublier Dieu et le ejoir, gardez-vous de désespérer de la vertu et de vousmêmes! Venez seulement à J.-C, à J.-C. présent, visible, agissant dans son sacerdoce, et, en échange d'un aveu et dé ^ofre repentir, venez recevoir, avec le pardon, l'Esprit qui ^enouvcUc les âmes. Oui, quand, par impossible, vous rasetnbleriez en vous seul les iniquités du genre humain, quand vous ramasseriez dans votre cœur les souillures dé ^0"s les cœurs, dans votre conscience les désordres de toutes ^s consciences ; quand le mal serait entré jusque d.ins les oelles de votre être, quand vous seriez identifié avec lui J^'Jsqu'à en être la personnification, jusqu'à être le mal animé ^^ vivant, pleins de foi à la puissance de notre Maître, nous ^^^s dirions : repentez-vous et espérez. J.-G. prendra à sa flam """^ ^°"^^^ ''"^ ^"" ^^""^ rédempteur, il prendra une fait -"""^ '^^"^ ^°" ^"^"^ '^^ '"^ •'*^^''"^'* ''"^"^ "^^''^ "'"^- ^'*'" ^sl
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^ce, c'est un être nouveau. Ecce nova facio omnia.
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