PRÉPARATION DE JEAN-BAPTISTE A SA MISSION
tesse sans connaître le chant joyeux de la moisson. On comprend ce que coûte une telle mission à ceux qui en sont revêtus; leurs contradictions momentanées et leurs hésitations poignantes font partie de leurs épreuves spéciales.
Les circonstances de la naissance et de Tenfianoe de Jean-Baptiste nous sont connues. Marqué dès son entrée dans la vie du signe d'une consécration divine, il fut nourri des plus grandes pensées par un père tel que Zacharie et une mère telle qu'Elisabeth. Ses yeux s'ouvrirent aux premières lueurs c de ce soleil levant > qu'avait déjà salué le pieux sacrificateur. Sans doute, les événements mémorables qui avaient précédé sa naissance lui furent racontés dès ses tendres années; mais n'étant pas commentés alors, comme ils le sont pour nous, par tout l'ensemble de l'histoire évangéliqne, ils conservaient pour lui quelque obscurité, d'antaat plus que l'on ne saurait supposer chez Elisabeth et Zacharie, dans le cours habituel de la vie, la profondeur d'intuition religieuse qu'ils avaient atteinte à l'heure de l'inspiration. Puis les grandes choses se voilent pins ou moins^ quand on ne les voit plus que dans le lointain. Les rapports entre Marie et Elisabeth étaient rares à cause de la distance entre Nazareth et les mcmtagnes de Judée. Tl paraît probable que les parents de Jean-Baptiste étaient morts long^mps avant qu'il entrât dans son ministère actif, car il n'en est fait aucune mention depuis lors. Tl n'est donc pas étonnant que ces souvenirs augustes manquassent de précision
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pour le jeune prophète; rien, d'ailleurs, ne nous prouve qu'il ait connu personnellement Jésus pendant cette période. Il savait seulement avec certitude que les temps du Messie étaient proches, et que lui-même, au premier signal de Dieu, il aurait à jouer un rôle important dans cette immense crise religieuse. On comprend ce qu'un tel pressentiment lui communiquait de ferveur.
Sa consécration à Dieu devait prendre une forme moins arrêtée, moins officielle que le sacerdoce auquel le destinait sa nai^:sance. Ce n'étaient ni les prêtres, ni les docteurs qui manquaient : l'esprit même du judaïsme était étouffé sous les rites et les traditions; c'est cet esprit qui devait être ranimé et dégagé en quelque sorte de ce qui le comprimait. Or, pour cela, il fallait le souffle libre et puissant de la prophétie. Tout fut exceptionnel dans une vocation aussi grande que celle du Précurseur. Il débuta par le nazaréat, espèce de vœu partiel qui consistait à s'abstenir de toutes liqueurs fermentées et à garder sa chevelure intacte; c'était chez les Juifs une manière de marquer ime con^ sécration particulière à Dieu *•
Ce n'était pas assez pour Jean. On voit par les fragments conservés de sa prédication qu'il était ao câblé de douleur à la vue de& misères et des péchés de sa nation. Ne se payant d'aucune apparence, il avait reconnu dans toutes les classes, et jusque sous l'austérité du pharisaïsme, l'impénitence et l'impiété.
1 Nombres VI, 1-21