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LE FILS DE DIEU

réclamer d*nne origine plus haute; nous sommes ainsi reportés au mystère de sa naissance qui le fait tout en- :^emble fils de David et Fils de Dieu. Il est le Seigneur de celui dont il est le descendant. Ce contraste se rencontre déjà dans le premier chapitre de saint Matthieu, qui, à côté de la généalogie de l'héritier de David, place le récit de la conception miraculeuse.

Le Messie est fréquemment désigné dans nos premiers évangiles comme Fils de Dieu. Ce titre lui est donné par une voix divine près du Jourdain, comme sur le mont de la transfiguration * . Les disciples, saisis d*admiration devant les grandes manifestations de sa puissance, le saluent de ce nom^. Lui-même, dans la parabole des vignerons, marque la distance qui le sépare des prophètes en déclarant qu'ils n'étaient que les serviteurs du maître de la vigne, tandis qu'il est le fils. Le motif déterminant de sa condamnation est qu'il s'e. t posé devant le sanhédrin comme le Fils de Dieu'. Si ses juges crient au blasphème, c'est que, apparemment, il n'a pas réclamé cette incomparable dignité dans le sens radouci que lui attribuent nos modernes exégètes. S'il eût simplement voulu dire qu'il reflétait la vie divine mieux qu'aucun autre homme, et qu'il était le plus fidèle serviteur de Dieu, il n'eût pas laissé subsister une effi*ayante équivoque qui poussait les Juifs à un forfait sans égal. Ces interprétations mesquines

* Matth. II, 17; UI. 19; XVU, 5: Marc IX, 7. Luc IX, 35.

« Matth. XIV, 33.

» Matth. XXVI, 63, 64. Luc XXII, 70.

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ne sauraient subsister en face de cette parole de Jésus dans le premier évangile : c Toutes chc^es m'ont été données par mon Père, et personne ne connaît le Père, si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils a voulu le révéler ^ » Pour maintenir une différence radicale entre le Christ des synoptiques et celui de saint Jean, on est obligé de rejeter arbitrairement le commencement et la fin de ce texte. N'est-il pas plus simple de lui donner pour commentaire ce mot décisif du quatrième évangile : c Moi et le Père nous sommes un ^. Dieu a donné son Fils au monde *. * On prétend que ces audacieuses affirmations sont plus insensées que le mot fameux du despote : L*£tat, c'est moi. On y voit un cas de folie bien caractérisé *. Que l'on convienne au moins que c'est la folie même du christianisme, car il n'y a pas là uniquement la démence d'un homme exalté; c'est la démence d'une religion tout entière qui, dès son premier jour, a vécu de cette idée ou de cet opprobre, car cette notion de Fils de Dieu est inhérente à son essence même et à la conception du royaume de Dieu tel qu'il a prétendu le fi)nder et l'a fondé en réalité.

1 Matth. XI, 27. Luc X, 22.

« 'Eyà) xa\ 6 warrip ëv ècii.ev. (Jean X, 30.)

* Jean III, 16. Il n'est pas légitime dMnvoqaer cette notion fondamentale du quatrième éFangile contre le texte Jean X, 34-96. Il nj a là, comme nous le verrons, qa*un raisonnement d fortiori^ qu'on n*a pas le droit d'isoler du vaste contexte de Tévangile de Jean. Schleiermacher s'efforce en vain, dans sa Vie de Jésus, de réduire la divinité du Christ & une simple union morale avec Dieu (p. 282 tX suiv.).

* Strauss, Vie de Jésus^ I, p. 202.

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La- disignation que Jësua semble s'être attribuée de pniférence est celle de Fils de rhomme. On ne saurait y voir une simple allusion au psaume VIII, qui peint en traits simples et pathétiques la faiblesse de rhomanité : c Qu'est-<;e que Thomme mortel que ta te souviennes de lui, et que le fils de Thomme que tu le visites? Car tu Tas fait un peu moindre que les anges et tu Tas couronné de gloire et d'honneur * . > Il est incontestable que la désignation de Fils de l'homme reportait les contemporains de Jésus aux grands oracles du livre de Daniel, si populaire à cette époque. Le Fils de l'homme de Daniel n'est pas une simple personnification du peuple d'Israël; c'est le titre donné à son chef victorieux, qui n'est autre que le Messie^. Comment en douter après Toracle si positif et si clair qui annonce que le conducteur futur du peuple élu doit amener la justice des siècles'? Jésus prend ce titre de Fils de l'homme préeÎBément quand il s'attribue les actes souverains qui n'appartiennent qu*au Messie. C'est ainsi qu'il déclare que le Fils de l'homme est maître même du Sabbat^. Il a l'autorité sur la terre de pardonner les

* Ps. vin, 5, 6.

* Daniel VII, 13, 14.

s Daniel DC, 24, 25. M. Colani insiste sur la question de Jësvs à les disciples: «Qui disent les gens qu*est le Fils de Thommef» (Matth. XXI, 13.) Mais ne peut-il pas tout ensemble affirmer qu*il est le Messie, et demander ce qu*on pense de lui? N^y avait-il pas des notions diverses et contradictoires sur le Messie dans son peuple f

* Marc II, 23.

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péchés; il a le pouvoir de sauver ce qui eet perdu*. Eufin, quand il annonce son retour glorieux pour juger le monde et ressusciter les morts, il dit hautement que le Fils de Thomme reparaîtra sur les nuées assis à la droite de la puissance de Dieu*. II s^ensuitque Jésus, en prenant ce nom, s'est aussi bien désigné comme Messie que lorsqu'il acceptait le titre de fils de David et de Fils de Dieu. Sans doute, il veut exprimer par cette désignation son union intime avec l'humanité; il se donne comme son représentant, comme le second Adam, le roi spirituel de la race déchue, qui participe à toutes ses souffrances. Il n'est précisément le Messie que parce qu'il a revêtu notre nature avec toutes les infirmités qui ne sont pas des souillures morales. Mais, d'un autre côté, il ne réalise pleinement l'idéal humain, et il n'est, au sens absolu, le type de l'homme que par sa vie divine, car, pour un être fait à l'image de Dieu, la consommation dernière est dans son union avec la Divinité. Aussi peut-on dire que Jésus est d'autant plus le Fils de l'homme qu'il est davantage le Fils de Dieu. Il y a une synonymie réelle et sublime entre ces deux titres d'honneur; seuls ils expliquent le beau nom de Jésus- Christ, de Messie, de Sauveur, qu'il porte le plus ha-

1 Matth. IX, 6. Marc H, 10. Comment M. Colani ne voit ki qa*oo simple fait humain (Thése^ p. 79), c'est ce qui noua dépasse!

* Matth. XVI, 14. Voilà encore un texte que Ton efface d*ùn trait (le plume. En réfutant la thèse de M. Ck>lani,> nous avons réfuté également le chapitre sur la doctrine de Jésus dans les Varieswîffen liber neutestamentliche Théologie de Baur, ouvrage posthume publié en 1854, On y retrouve le même fond d'idées.

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bitoellement, car, pour sauver le monde, il devait être à la fois le Fils de l'homme et le Fils de Dieu. Sa haute dignité est donc la première condition de la léalisatîon de son plan*

nr. — L'Eglisb et l'apostolat.

La forme nouvelle sous laquelle Jésus concevait le royaume de Dieu impliquait la fondation de TEglise. Qu'est-ce, en effet, que l'Eglise, si ce n'est une société religieuse placée en dehors de la société politique, recrutée, non par la naissance, mais par la conversion, sainte famille des âmes croyantes se rejoignant pardessus toutes les barrières nationales, vraie cité de Dieu bâtie avec des pierres vivantes. Seulement, on ne trouve nulle part dans l'Evangile une institution formelle de l'Eglise par Jésus-Christ. C'est que cette cité toute morale ne pouvait être organisée comme une Sparte par un Lycurgue; ses institutions devaient être l'expression même de la vie nouvelle, et c'est cette vie qu'il s'agissait tout d'abord de créer et de développer. A l'origine, l'Eglise ne se constitue pas en opposition avec le temple; elle se détachera du judaïsme, par suite d'un développement intérieur, comme le fruit mûr de la branche qui l'a porté. Cependant elle existe en germe dès le début du ministère de Jésus*. Elle est fondée du jour où quelques disciples s'attachent à sa

1 Dans Matth. XVIII, 17, le mot même d*Egli8e est employé, mais cest encore dans son sens général d^assemblée religieuse, et comme par anticipation.

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