LA PARABOLE
pressée dans ses détails. La nature est pleine de symboles touchants et grandioses. On y retrouve un rayonnement du monde supérieur et idéal; le langage humain est tout coloré de ces reflets, car, à y regarder de près, il n'est qu une perpétuelle métaphore ; chaque £ût spirituel se peint dans une image empruntée au monde inférieur. Qui pouvait mieux que Jésus discerner ces harmonies profondes entre les deux mondes? n était placé au foyer lumineux d'où partent tous les rayons. Au sein de la nature, comme dans la révélation biblique, il est dans la maison de son Père. Il n'est pas l'un des serviteurs établis sur une portion de ses biens, il est le Fils auquel tout appartient. Il'y a de la royauté dans la manière dont il comprend l'Ecriture et la nature; c'est plus que la science ou la poésie, c'est une divine et profonde intuition.
Jésus se plaît aussi à aiguiser en quelque so?te sa pensée en lui donnant le tour d'un aphorisme, ou bien il en fait une maxime saisissante et originale. Il est tel mot de lui qui pénètre dans l'esprit comme la pointe acérée d'une flèche. Le paradoxe est fréquent dans ses discours. Comment en serait-il autrement? Tout ce qu'il dit, tout ce qu'il fait, n'est-il pas une protestation contre l'existence ordinaire des hommes? Ne vient-il pas en déplacer le centre et en changer l'axe? Celui qui montre c ce que c'est que la charité en mettant sa vie pour ses frères, > ne peut parler sans heurter toutes les idées reçues et tous les préjugés dans un monde où régnent l'orgueil et l'égolsme. Quoi de plus absurde
pour ropinlon courante que de perdxe sa vîepovr k sauver? Et cependant cette parole est tout le chrialîftnisine et tout lésos-Christ»
Déjà danales discours recueillis par les synoptique» on rencontre une grande variété de tond et de formes dana la parole du Maître. On peut leur appliquer ce mot de Clément d'Alexandrie : c Le Sauveur, pour sauver l'homme^ emploie tous les accents et varie à Tinfîni son langage. Tantôt il menace et il avertit^ tantôt il s'indigne, tantôt sa pitié se répand sur tous avec ses larmes' . > Quelle différence eotre le sermon sur la montagne et les anathèmes lancés aux pharisiens! En changpeant de milieu^ en passant de la Galilée à Jérusalem, Jésus a dû modifier la forme de sa parole. Aux débuts de son ministëi ei, c'est un appel miséricordieux adressé aux brebis dispersées, d'Israël; à la fin, devant une liiéraix^hie hypocrite et superbe, e^ retentit comme un tonnerre de Sinaï« C'est toujours l'amour parfeôt, tantôt souB la forme de la pitié, tantôt sous c^e de l'indignation sainte qui ne saurait praiidre aoa parti du maL Nous avons déjà insisté sur les. circoiftstances qui expliquent le ton polémique et métapky* sique des discours de Jésus dans le quatrième évangik. On y retrom^ le même art de rattachi» Texpoaitioa aux incldent.s du moment et d'en modifier la. forme. Le miracle dâ la multiplication des pains sert de thème à mn profond discoHrs de la aynagoguede Gap^madm;
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il tire un parti aaalogfue des diverses cérémonies de la fètedesTabemaeleff. L'allégorie du bon berger rappelle lea paraboles les plus touchantes. Si dans la cbsiBbFe hante de Jémsaieiir, à la veille de sa mort, sa purolé devient une sainte effUsien mystique, qui. s'en éton^ naraidan&un tel moment, ponr \m iiel adieu?
On se tromperait beaucoup si Pon comparaitladia*^ lactique de Jésus à cdle de la philoBq)hie ordinairov Bien qui ressemble moins à^ c^ enchaînement rigoureux et noédiodique des pensées qui les lie les un^s ^aux autres par des articulations innombrables. Jésus supprime constamment les chaînons intermédiaires, parce qu'il atteint d'emblée dans le cœur humain la profondeur où se rejoignent les racines de l'être moral, et qu'il est placé à la hauteur où toutes les vérités se réunissent comme des lignes divergentes sur le point extrême d'une sommité. Cela n*ôte rien à la clarté de sa parole, qui revient sans cesse au tour direct et populaire.
Soit donc que nous considérions son enseignement dans son objet, dans sa forme ou dans sa méthode, il se présente à nous avec le caractère d'une incomparable perfection. On ne peut citer que deux hommes qui aient su, dans une certaine mesure, parler cette langue vivante qui s'adresse à tous. Les maîtres les plus populaires après Jésus ont été certainement Socrate, du moins celui de Xénophon, et Luther; le premier s'est débarrassé de toute fausse solennité et il a osé emprunter le texte de ses leçons aux incidents de la vie ordinaire; le second aurait pu dire à bon droit que la
fibre populaire répondait à la sienne, car il rendait sa pensée palpable et il avait l'art de ces mots concis et lumineux qui volent de bouche en bouche. Mais, sans insister sur Tinsuffisance de la meilleure des philosophies antiques et sans rappeler toutes les imperfectious du grand réformateur, qui oserait un instant comparer la parole, si souvent indécise et froide de Socrate, et le torrent impétueux de Luther à renseignement de Jésus tel que nous Tavons dépeint? Il demeure Tunique, à cet égard comme à tous les autres !