‹ Jésus-Christ, son temps, sa vie, son œuvreChapitre 161 sur 309 · RÉALITÉ DES POSSESSIONS · texte numérisé non relu

RÉALITÉ DES POSSESSIONS

dite let la paralysie. Noos ne eonteBtoi» pas que la fetie ordinaire ne ressemble à quelques égards à ki poesessk». Il est Gertain que crile-ci se greffsit en qu^ que sorte sur la fblie et que, pour se déreiopper, ^e devait rencontrer certaines prédisposHions morales et physiques. Mais onn'explique pas suffisasamest le p6éneooène étrange qui nous est décrit dans nos évangiles, quand on nous le présente comme un simple efiet de k superstition populaire agissant sur les malades sous la forme d*uiie idée fixe. Nous ne saurions admettre que Jésus eût poussé l'accommodation jusqu'à parler des démons comme il l'a &tt, si leur influence a^ait été étfangère à cette terrible maladie. Il ne sert de rien d'invoquer l'exemple du médecinidiéniste qui commoDce par entrer dans l'idée de son malade afin de le guérir et qui ne ee -croit pas'tenu è la stricte vérité envers un infortuné pour lequel les mots n'ont plus leur valeur *. Jésus a parlé aux démoniaques en présence de ses disciples et de ses compatriotes. Or, il n'aurait pu légitimement tenir ce langage s'il n'avait partagé l'opinion de ses contemporains. Cette opinion avait donc sa part de vérité.

L'Evangile n'est pas seul à mentionner les possessions; rhistorien Josèphe en parle à plusieurs reprises, tout en les expliquant de la façon la plus erronée. Il voit dans les démons les âmes errantes des méchants et il

* (Test Topin h»- erronée daNéander, Vie de Jést»^ I, p. f&9, Bfl« e>r tvrartée par Luc X, 20, où le don de chasser les maaTais espriU

f ^* i-,\oQnu chez les disciples.

KSAUTÉ DBS POSSESSIONS. 383

a£Banne qaV)tt \m chasaait en récitant des formislœ emprantéesaux prétenéus livres de Salomon eè en iusamt respirer aux. malades certaines plantes isédicmales *. LaîsaoQ&^^assuperstitioiis gTossiàres; dks ne détruisent pas le lait hûnnâaie. Nous en reitrouvons la trace dans les pajB paSrais; saiixi Paul a guéri à Philippes4e MaeédoînenDe malheureiise esclave qui était en proie aux mauvais esprits ^. Ri^i n'empâcke d'admettre que les HÉàiaes causes générales qui avaient préparé Tinvasion de oexsai enr Judée Teussent également propagé ailleors» C'est à tort que Ton a identifié les possessions à la. nmntiqtte saerée^ au délire religieux des j^homsses, car il est avéré qu'on seproeurût ce délire à son gré^ et les Greos 7 voyaient une int^rention de laûivzniM et noB une infiueiKe des mauvais esprits* Pourquoi ne pas admettre que dans ce siècle tourmenté qui vograit finir lUfiaoïideY un mal nouveau, étrange^ se soit produit, on do moina que la folie y ait pris, une forme effrafyaute et. mystérieuse? Cette complication, l'Evangile l'explique par la possession, et Jésus a confirmé cette explication par ses paroles et par ses actes« Pour celui qui croit it l'eaisteace d^xm ro^ume du mal peuplé- d^eapcils matEsusants, rien n'empéehe d'adm^tre que san influence se manifesta de mamèies dÊverses. Le râle que jomst les démona dans la teatokion est déjà on g^rand mystère^ et cependant c'est tout en-

BeU, Jud,, VII. 6, 3.

384 RËAUTÉ DES POSSESSIONS.

semble un objet de foi et d^expérience. Cette action fiineste ne peut-elle pas, dans une crise suprême de rhistoire, se faire sentir d'une manière toute particulière sur des individus dont Tâme est déjà malade ? La psychologie a ses mystères aussi bien que la métaphysique ; et là encore les faits dépassent souvent les explications. Rien n'empêche d'admettre que la possession ne soit l'aliénation par excellence, c'està-dire une substitution complète d'une influence étrangère à la personne morale qui serait liée et enchaînée. Dans les phénomènes magnétiques nous voyons le magnétiseur tenir sous sa dépendance absolue le sujet endormi, lui dicter ses propres pensées et suspendre momentanément chez lui toute liberté morale. Il y a un magnétisme satanique qui s'empare à tel point du moi que le malade devient l'organe d'un pouvoir occulte. On entend bien sa voix, mais c'est un autre qui parle par lui; il ne s'appartient plus. Son système nerveux, son intelligence, tout est au service de cet autre dont il est le jouet. De là sa lucidité extraordinaire et aussi sa violence blasphématoire. Que cette influence, que l'on peut comparer à un magnétisme transcendant, soit due à un seul démon ou à plusieurs, cela ne change rien au caractère de ce mal terrible. Il est reconnu que la lune dans ses phases exerce une action étrange sur certaines maladies nerveuses; le royaume ténébreux dont nous ne sommes séparés que par une invisible et insaisissable frontière ne peut-il pas réagir avec bien plus de

GUËRISON DES POSSÉDÉS. 38S

force sur de malheureux êtres rendus accessibles à de telles influences par un état maladif et souvent par leur propre dépravation?

On ne saurait, croyons-nous, aller plus loin dans la détermination de ce qu'était la possession. Il nous suffit de savoir qu'elle est autre chose qu'une maladie ordinaire et qu'elle implique l'action directe d'esprits malfaisants. Ainsi se trouvent justifiées les paroles que Jésus a adressées aux démoniaques. Il les guérissait, non par un vain exorcisme, mais par un mot puis-sant qui éloignait l'esprit mauvais et rétablissait l'équilibre dans l'être moral. Nous voyons bien qu'on essayait, à côté de lui, de guérir les possédés; les pharisiens s'y employaient, comme il le reconnaît luimême'. Il est possible que, dans certains cas, une parole de foi et de piété ait eu quelque succès, mais ces cures devaient être bien imparfaites et bien précaires pour que tant de démoniaques aient été conduits à Jésus-Christ. Evidemment lui seul opérait la guérison eflScace. Nul miracle ne rentrait plus directement dans^ sa mission miséricordieuse, qui se résumait dans une lutte triomphante contre la puissance du mal^.

' « Que si je chasse les démons par Béelzébub, vos fils par qui les* chtssent-ilsr» (Matth. XII, 27.)

* On peut voir toute la discussion sur les démoniaques résumée dans le Biblisch, Realwoerterhuch de Winer, qui soutient Topinion naturaliste, et dans l'article d'Ebrard, dans la Real EncyclopœdU: d*Uerzog. Voir aussi Lange, Leben Jesu, U, p. 285.

Page 1